CORPS INSOLUBLES POUR ANTISEPSIE INTERSTITIELLE
loue de l'administration de l'huile de ricin. S'il faisait Fanfisepsie préalable, il serait peut-être plus frappé des inconvénients du purgatif.
Antisepsie interstitielle.
Les premières introductions d'antiseptiques dans l'épaisseur même des tissus sont déjà anciennes. Cependant peu de chose a été fait jusqu'ici. Davaine pratiquait des injections d'iode dans la pustule maligne. Bœckel faisait déjà des injections d'acide phénique dans l'épaisseur de la peau atteinte d'érysipèle, alors qu'il supposait seulement l'existence d'un agent pathogène.
Mes premiers essais ont été faits aussi avec des antiseptiques solubles; mais ils ne peuvent être employés qu'à petites doses et l'absorption réduit à peu de temps la durée de leur application. Il est d'ailleurs avantageux qu'il en soit ainsi. Si actifs qu'on les choisisse, il faut qu'ils ne puissent agir localement que pendant peu de temps, il est nécessaire que leur contact avec les tissus soit d'autant moins prolongé qu'ils sont plus énergiques. Si peu irritants qu'on les suppose, on est empêché de les déposer abondamment dans les tissus par la crainte de l'intoxication générale. Pour cette double raison j'ai été conduit à préférer, même pour l'antisepsie interstitielle, les antiseptiques insolubles pulvérulents qui, au point de leur application, peuvent être puissamment antiseptiques, sans risquer de provoquer la nécrose locale ni l'empoisonnement général. Je ne nie pas pour cela les services qu'ont rendus déjà les antiseptiques solubles injectés dans les tissus.
J'ai fait d'abord dans des ganglions tuberculeux des injections d'huile créosotée, et j'ai obtenu ainsi la résolution de ces ganglions sans suppuration; j'employais une solution à 25 p. 100.
J'ai injecté avec succès de l'iode dans la pustule maligne; dans un cas, la température qui était à M0 tomba à 37°, 5, après une seule injection, et le malade fut guéri après deux séries
310 ANTISEPSIE INTERSTITIELLE
d'injections faites an centre de la tumeur et à sa périphérie, dans la zone de tissus envahie par l'œdème infectieux.
J'ai fait des injections antiseptiques dans le tissu de certaines tumeurs qui pourraient bien être de nature infectieuse, dans le cancer. Chez un homme qui était atteint de plus de cent tumeurs carcinomateuses de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, j'ai traité une seule de ces tumeurs par des injections d'iode à 2 p. 1000 dissous dans l'eau avec 2gr,85 d'iodure de sodium et 4gr,15 de chlorure de sodium. Quelques gouttes étaient injectées chaque jour en plusieurs points de la tumeur par une seule piqûre. J'ai vu peu à peu la tumeur se flétrir et disparaître, et, quand le malade a succombé, il avait une tumeur de moins. Je neveux pas conclure d'un tel fait que l'intervention du médecin dans le traitement des tumeurs malignes, substituant les injections interstitielles à l'ablation, serait un progrès. Il est plus sage et plus rationnel d'enlever une tumeur, qui a déjà infecté les ganglions; il serait impossible d'aller faire des injections interstitielles dans tous les ganglions qui paraissent encore sains quand déjà ils sont infectés. A l'exception donc de quelques cas où les injections interstitielles antiseptiques pourraient être utilisées comme un moyen palliatif, mieux vaut l'ablation large de la tumeur et de tous les ganglions suspects.
Pour les raisons énumérées plus haut, j'ai plus tard donné la préférence aux antiseptiques insolubles. J'ai commencé par des essais sur les animaux. J'ai expérimenté l'iodolorme, la naphtaline et le naphtol, maintenus à l'état pulvérulent en suspension dans l'eau ou dans la glycérine, ou en solution dans l'alcool, qui, s'hydratant au sein des tissus, produit la précipitation rapide de la substance dissoute.
Il fallait s'inquiéter d'abord de l'action des dissolvants euxmêmes. On peut injecter l'alcool absolu dans le tissu cellulaire sans déterminer de nécrose jusqu'à la dose où il devient mortel par intoxication générale. Avec Acc en solution aqueuse à 20 p. 100, on tue 1 kilogramme de matière vivante par injection intra-veineuse ; on peut injecter 8cC par la voie sous-cutanée.