INJECTIONS SOUS-CUTANÉES DE GLYCÉRINE, D'HUILE
La glycérine injectée dans le sang tue à la dose de 12 grammes par kilogramme; dans le tissu cellulaire, 8 grammes suffisent pour amener la mort, et, si on la dilue avec de l'alcool, on augmente beaucoup sa toxicité. 5CC de glycérine par kilogramme injectés sous la peau produisent un peu d'albuminurie, 8CC donnent la mort; mais 5CC de glycérine additionnée de 1 à 5 parties d'alcool produisent l'hémoglobinurie : au lieu même de l'injection se forme une vaste collection rouge, qui n'est qu'une pseudo-hémorrhagie, car elle est constituée seulement par du sérum sanguin chargé d'hémoglobine. La glycérine alcoolisée détermine l'œdème par filtration du plasma sanguin à travers les vaisseaux et, comme la glycérine produit Thémoglobinhémie, le plasma exsudé est coloré en rouge. L'injection infra-veineuse de glycérine amène la mort par hémoglobinurie; les choses se passent comme après les injections de sang chauffé à 50° ou d'hémoglobine pure; des concrétions se font dans les capillaires qui s'obstruent; des hémorrhagies surviennent, enfin la mort arrive avec vacuité du système artériel et accumulation du sang dans le système porte. La glycérine doit donc être abandonnée pour l'antisepsie interstitielle un peu étendue. Je préfère l'alcool à 30 p. 100.
L'huile dissout certaines substances, la créosote, le naphtol, les essences; elle m'a permis de faire des injections interstitielles de ces médicaments. C'est une méthode intermédiaire entre les injections de substances solubles et les injections d'antiseptiques pulvérulents. En effet l'huile, s'absorbant très lentement, permet au médicament de séjourner assez longtemps dans les tissus. Comme, d'autre part, elle ne mouille pas les tissus, elle empêche certains antiseptiques de produire localement une action chimique destructive ou irritante. C'est ainsi que j'ai pu injecter la créosote en solution huileuse à 20-50- 75 p. 100 sans provoquer jamais la nécrose, tandis que les mêmes doses en solution alcoolique amenèrent la mortification immédiate.
L'huile est admirablement tolérée par les tissus; introduite en petite quantité, elle ne provoque aucun accident; le tissu
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cellulaire l'émulsionne lentement et elle n'est absorbée qu'après cette transfonnatiou préalable. C'est une digestion véritable accomplie par les cellules du tissu conjonctif. En effet la fonction digestive qui, dans les organismes compliqués, semble exclusivement dévolue à un appareil spécial, appartient en réalité, bien qu'à un degré rudimentaire, à toutes les cellules. La disparition de 1 à 30cc d'huile dans le tissu cellulaire s'accomplit en 3 ou k jours, sans laisser aucune trace, si l'huile a été stérilisée par la chaleur à 110° ou rendue antiseptique par l'addition de créosote (1 p. 1000). J'ai même pu injecter de Tliuile non aseptique en grande quantité, une fois iiOcc d'un seul coup à la même place, souvent 75cc. J'ai pu injecter jusqu'au tiers du poids de l'animal en plusieurs fois. Quelques-uns des animaux sont morts, je ne sais pourquoi. En n'injectant pas plus que le l/20c du poids de l'animal, on n'a jamais de mort; quand on injecte des quantités trop considérables d'huile, la résorption quelquefois ne peut pas s'effectuer complètement. On voit alors se produire un kyste persistant à parois feutrées, à contenu crémeux, formé par l'huile finement émulsionnée. Chez l'animal que je place sous vos yeux , le kyste date de treize mois.
Que deviennent les poudres antiseptiques introduites au sein des tissus? L'iodoforme ne détermine pas de phénomènes réactionnels locaux. Avec le naphtol, les phénomènes réactionnels sont peu apparents, mais réels. On retrouve à l'état de couche plâtreuse le naphtol introduit dans le poumon et dans le tissu cellulaire. Lorsqu'on injecte dans le foie par la veine porte du naphtol en solution alcoolique ou en suspension dans l'eau, les particules de naphtol s'arrêtent dans les capillaires du foie. L'animal est pris de secousses des pattes, de convulsions des lèvres et des paupières, et succombe. J'ai cru d'abord qu'il s'agissait d'une auto-intoxication par suppression des fonctions du foie. J'ai reconnu depuis que la mort était bien le résultat d'une intoxication, mais que le poison était le naphtol dissous dans le sang. On produit en effet les mêmes phénomènes en injectant dans les veines de la circulation générale, pour chaque
SCLÉROSES EXPÉRIMENTALES PROVOQUÉES PAR LE NAPHTOL 313
kilogramme d'animal, huit centigrammes de naphtol p en dissolution dans l'eau chaude alcoolisée.
Si l'injection de naphtol en poudre dans la veine porte est faite à dose faible, au bout d'un certain temps on obtient une cirrhose expérimentale typique. Cette cirrhose-là n'est pas parasitaire. Rassurez-vous au sujet des malades soumis à l'antisepsie intestinale : rien de semblable n'est à craindre quand l'introduction du naphtol est faite par le tube digestif.
Quoi qu'il en soit, le naphtol pulvérulent introduit dans le sein des tissus exerce une action irritante, provoque la multiplication des éléments conjonctifs, bref un processus de sclérose. C'est là une propriété qui pourra être utilisée avantageusement dans quelques cas. Chez l'homme j'ai fait quelques essais d'injection de naphtol dans les ganglions et dans le cancer. Dans les ganglions tuberculeux les injections interstitielles que j'ai pratiquées ont eu l'avantage d'amener la rétraction progressive de la coque fibreuse, d'éviter la suppuration et même de provoquer la résolution des ganglions voisins non injectés.
Je puis citer, en terminant, un cas où une injection interstitielle d'eau oxygénée a arrêté net un phlegmon gangreneux chez l'animal.