‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 16 sur 180 · TRANSFORMATIONS DU BACILLE PYOGYANIQUE · texte numérisé non relu

TRANSFORMATIONS DU BACILLE PYOGYANIQUE

Ce ne sont pas là des faits nouveaux. Tout le monde sait depuis longtemps, et Colin lui-même l'a noté, que les bâtonnets du charbon, qui sont relativement courts quand on les observe dans les capillaires, deviennent des filaments interminables dans les bouillons de culture. Dans tout cela il n'y a rien qui établisse le polymorphisme; l'isomorphisme disparaît, mais le monomorphisme persiste. Nous avons vu des bacilles s'allonger ou se raccourcir, rien de plus.

La vraie démonstration du polymorphisme a été donnée péremptoirement par MM. Guignard et Charrin dans un travail fait dans mon laboratoire et communiqué à l'Académie des sciences le 12 décembre 1887. Ils ont démontré que le bacille pyocyanique peut, sous l'influence de modificateurs divers, subir les transformations les plus complètes. Ce microbe est d'ordinaire un bacille court et trapu. Or, sous l'influence de la chaleur à 40°, il prend la forme d'un bactérium lancéolé; de même quand on le cultive dans un milieu additionné de créosote (0,75 p. 1000). Il devient un très long bâtonnet dans les milieux additionnés de naphtol (3 (0,20 p. 1000) ou de thymol (0,50 p. 1000). Il devient tout à fait filamenteux sous l'influence du bichromate de potasse (0,2 p. 1000) : on obtient ainsi des filaments très longs et enchevêtrés. Dans l'acide borique à 6 p. 1000, les changements sont encore plus saisissants, le bacille devient courbe comme le bacille en virgule du choléra ; il se segmente en plusieurs filaments articulés et courbes de manière à représenter un demi-cercle ou un cercle presque comple ou bien à affecter la forme d'une S. L'allongement et la multiplication considérables de ces divers segments donnent même naissance à une spirale, qui peut avoir jusqu'à 10 tours de spire. Enfin il passe à l'état de microsphère, de microcoque, si on le soumet à faction de la créosote (0,75 p. 1000), du naphtol p (0,20 p. 1000), de l'acide salicylique (1,50 p. 1000), et si la culture est maintenue dans ces milieux pendant quinze à trente jours. Ainsi le même microbe peut, à volonté, se présenter sous la forme de microcoque, bactérium, bacille, filament, vibrion, spirille. Malgré ces métamorphoses artificielles, le microbe reste

spécifiquement le même. La preuve, c'est que, quelle que soit sa forme, si on le reporte dans un bouillon normal, il reprend immédiatement sa forme normale de bacille trapu sans mélange avec des organismes d'autre forme, et qu'il sécrète de nouveau la pyocyanine. Cette variation passagère de sa forme n'était donc pas une transformation d'espèce, et, si le rêve de Nâgeli semble réalisé, ce n'est que d'une façon temporaire.

Mais ces transformations peuvent-elles devenir permanentes? Wasserzug chauffe le micrococcus ou mieux le bacillus prodigiosus à 50° au lieu de 37°, comme faisait Schottelius et, comme

lui, obtient des filaments qui persistent l'auteur ne dit pas

pendant combien de temps. Il émet les mêmes affirmations pour le bacille du lait bleu, qui s'allonge par le chauffage à 50° dans un bouillon additionné d'acide tartrique. Le temps a manqué à Wasserzug pour nous faire savoir dans quelles limites de temps ces changements de forme pouvaient persister. MM. Gui gnard et Charrin ont répondu au défi de Gaffky; mais il faut reconnaître qu'on n'a pas encore fait un bacille avec un micrococcus, d'une manière permanente; ni fait dériver de façon définitive un spirille d'un bacille. Peut-être y arrivera-t-on un jour! Puisqu'un bacille charbonneux peut cesser d'être virulent par suite d'une éducation spéciale et transmettre à ses descendants cette absence de virulence, rien ne s'oppose à ce qu'on puisse concevoir la possibilité de modifier d'une manière définitive et héréditaire cette partie de la nutrition qui impose la forme.

Quand an voit un même microbe passer de l'état de court bâtonnet à celui de très longs filaments, on est tenté de dire que cet allongement est le témoignage d'une grande puissance de végétation.... Bien au contraire; c'est là un signe de gêne dans la vitalité du microbe. 8a nutrition continue, son fonctionnement continue même souvent (pas toujours cependant; car, dans les cultures où le bacille pyocyanique affecte la forme filamenteuse, il cesse quelquefois de fabriquer sa pyocyanine). Mais, sa multiplication s'arrête, le filament ne se segmente pas; le nombre des microbes ne s'accroît plus. Ainsi nous appre-

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