ETUDE DE LÀ TOXICITÉ DE LA CRÉOSOTE
c'est-à-dire déterminer d'une part la dose unique qui peut causer la mort, et d'autre part la dose quotidienne qui, administrée pendant un certain temps, finit par tuer l'animal ou le rend malade. J'ai employé la voie sous-cutanée et, comme il fallait pour dissoudre la créosote un véhicule qui ne mouillât pas les tissus et pût cependant être résorbé, en entraînant la substance dissoute, j'ai choisi l'huile, dans laquelle j'ai dissous la créosote dans la proportion de 50 p. 100.
J'ai pu déterminer ainsi que, injectés en une fois dans le tissu cellulaire sous-cutané du lapin, 5CC,6 de créosote par kilogramme tuent en 2 h. 30m., — Zicc,22 tuent en 2li heures; — à 3CC, 15 l'animal survit; il est malade quelque temps, albuminurique, mais il guérit. Il est important de savoir quelle est la dose exacte de créosote qui est présente dans le sang de l'animal au moment où il succombe; car c'est là vraiment la dose unique toxique; c'est ce que nous apprend l'injection intra-veineuse de créosote dissoute dans Feau alcoolisée à
la quantité d'alcool étant alors négligeable. Il suffit dans ces
conditions de 0CO,17 par kilogramme pour tuer, c'est-à-dire une dose 19 fois moindre que celle qui tue quand on fait l'injection sous-cutanée de la solution dans l'huile.
Voyons pour les doses quotidiennes. J'ai injecté sous la peau des solutions dans l'huile à 50, à 33, à 25 p. 100; j'ai pu injecter ainsi lcc,05 de créosote pure par kilogramme d'animal, chaque jour pendant 18 et 21 jours, et même pendant /i2 jours ; mais de temps en temps un animal mourait. L'injection de 0CC,35 par jour a même une fois donné la mort. J'ai fini par m'arrêter à injecter 0CC,25 par kilogramme en solution huileuse à 25 p. 100 (1 partie de créosote, 3 parties d'huile) ; c'est cette proportion que je conseille d'employer pour les essais expérimentaux sur l'animal, je n'ai jamais eu avec elle d'accidents, sauf quelques abcès. Cette dose quotidienne, qui est sans danger pour l'animal, équivant à 15 grammes pour un homme de 60 kilogrammes Or, chez l'homme, je ne donne d'ordinaire pas plus de 3 grammes de créosote par jour.
Les injections d'une solution à 25 p. 100 sont douloureuses. M. Gimbert emploie une solution contenant 68r,66 p. 100, c'està-dire à 1/15.
Quand on donne aux animaux des doses non mortelles, le seul phénomène physiologique qu'on observe est un ralentissement de la respiration ; le chiffre des respirations tombe de 80 à 16 par minute ; on note des pauses respiratoires parfois très longues et inquiétantes.
J'avais déjà noté ce ralentissement de la respiration chez l'homme. Mais chez l'homme, avec les doses thérapeutiques, on n'observe aucune action sur la circulation, la nutrition et la calorification. La proportion d'urée, d'acide phosphorique dans l'urine reste la même; l'acide urique diminue seul. Ainsi la créosote n'exerce pas une action physiologique sur l'homme au moins aux doses auxquelles je l'administre, et ces doses sont huit fois plus fortes qne celles des médecins allemands. Mais elle agit sur le microbe. Retenez ces deux chiffres : la dose 0CC,06 dans un kilogramme de bouillon rend la végétation du bacille insignifiante et, pour tuer un kilogramme d'animal par injection intra-veineuse, il faut 0CC,17. Théoriquement donc, on doit agir avec la créosote sur le microbe, puisqu'en donnant le tiers seulement de la dose toxique pour l'animal on exerce un effet nuisible sur le microbe.
Pratiquement, dans leurs recherches sur les substances qui entravent la vitalité du bacille, MM. Coze et Simon (de Nancy) ont reconnu que la créosote seule donnait des résultats.
Je vous ai rendu témoins d'une expérience qui m'a semblé encourageante :
Le même jour, deux lapins de même poids et de même âge ont été inoculés avec une même quantité de la même matière tuberculeuse. A partir de ce moment tous deux ont été conservés dans la même cage; l'un a été laissé sans traitement, l'autre a reçu quotidiennement 0gr,25 de créosote par kilogramme. Le premier a été en dépérissant et a fini par mourir trois mois après l'inoculation. Le jour de sa mort, l'autre a été sacrifié, et les viscères des deux animaux ont été placés sous