PULVÉRISATIONS, INHALATIONS DE CRÉOSOTE
M. Gimbert a fait sienne cette méthode de l'administration sous-cutanée de la créosote. Il se sert de la solution huileuse au quinzième et introduit, de préférence sous la peau du thorax, par une seule piqûre, de dix à trente centimètres cubes de cette solution. Cette injection, qui se fait sans secousse et avec une extrême lenteur à l'aide d'un appareil à pression d'air, est fort peu douloureuse et ne provoque pas d'accidents.
M. Tapret aura attaché son nom à la méthode de pulvérisation continue. Ses malades vivent jour et nuit dans une atmosphère chargée de créosote, grâce à la pulvérisation incessante d'une solution de créosote à 20 p. 1000 dans de l'eau alcoolisée fortement. Je pense que les principaux effets sont dus dans ce cas à l'absorption du médicament par la surface pulmonaire, à une action thérapeutique générale, et accessoirement à une action locale.
Il observe d'abord une recrudescence de la toux avec exagération de la sécrétion bronchique, puis les signes locaux se modifient, l'expectoration diminue, la toux se calme, l'amaigrissement s'arrête, le malade regagne de son poids en même temps que la fièvre s'éteint.
M. Gimbert a fait aussi vivre ses malades dans une atmosphère créosotée. Il fait évaporer lentement pendant toute la nuit dans la chambre du malade environ 30 grammes de créosote pure. L'air reste sec, tandis qu'il est saturé d'humidité dans la méthode de M. Tapret. La toux du début est encore plus fatigante que pour les malades de M. Tapret, mais la sécrétion bronchique est moins augmentée, les modifications de l'état général sont également favorables.
J'ai obtenu des résultats analogues par l'administration de la créosote à l'intérieur. Au bout de 8 à 15 jours, l'expectoration diminue, puis la toux devient moins fréquente et moins pénible, l'appétit renaît, la fièvre est moins forte, les forces reviennent, les sueurs nocturnes se suppriment. L'amaigrissement cesse, et bientôt le poids augmente. Enfin les signes locaux s'amendent, les râles bullaires deviennent moins abondants, la matitér le souffle d'induration s'atténuent et disparaissent.
J'ai vu des malades récupérer 32 kilogrammes; nombre de fois j'ai constaté des augmentations de 15 et 20 kilogrammes.
Voici les résultats que j'ai obtenus personnellement. Parmi les tuberculeux atteints au lcl* et au 2e degré, chez 20 p. 100 j'ai constaté la disparition des phénomènes généraux et locaux; c'étaient des guérisons apparentes; chez plusieurs ultérieurement la phthisie pulmonaire a reparu, chez un j'ai vu survenir le mal de Pott. J'ai vu des améliorations dans 35 p. 100 des cas; en somme 55 p. 100 des malades ont tiré bénéfice de ce traitement.
M. Tapret, avec la méthode mixte du traitement interne et des pulvérisations, a eu 20 p. 100 de guérisons apparentes, 55 p. 100 d'améliorations, en somme bénéfice pour 75 p. 100 des malades.
M. Gimbert, à Cannes, a eu encore des résultats supérieurs, mais dans des conditions d'hygiène et de climat spéciales.
En Allemagne, Sommerbrodt, qui a traité pendant 9 ans 5000 phthisiques par la créosote, déclare que, s'il éprouvait autrefois un profond découragement en présence de ces malades, il a repris maintenant la confiance et l'espoir.
Les résultats avantageux que depuis quelques aunées on a obtenus dans le traitement de la phthisie ne sont pas seulement dus à l'antisepsie. Je crois l'antisepsie utile et je considère la créosote comme le moins mauvais des antiseptiques dans la tuberculose; mais j'ai la conviction que, si on se privait des ressources de l'hygiène dans le traitement de la tuberculose, on n'obtiendrait que de très minces résultats. Ce qui doit primer tout, c'est donc l'hygiène; mais, en associant l'hygiène et l'antisepsie, on obtient le maximum des bénéfices.
Je veux répéter que dans la phthisie l'homme malade est capable de se guérir lui-même, mais que le médecin peut lui venir en aide en lui enseignant l'hygiène spéciale du phthisique.
En première ligne, on doit placer l'hygiène alimentaire. L'alimentation doit être abondante, de bonne qualité, bien élaborée, c'est-à-dire bien digérée, afin de pouvoir être bien