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QU'EST-CE QUE LA VIRULENCE

La virulence d'un microbe est une résultante de propriétés diverses. — Les microbes peuvent causer des désordres dans l'organisme par des actions mécaniques (nécroses par embolies), — par des actions traumatiques, — en entrant en concurrence vitale avec les éléments anatomiques ; — en produisant des intoxications.

Historique de la question des infections putrides et des intoxications par les produits de la vie des microbes : Gaspard, Boyer, Bonnet, Dumas, 0. Weber.

Panum. Sepsine de Bergmann et Schmiedeberg. Pyine de Gùterbock. — Schmidt et Petersen. — Alcaloïdes cadavériques (ptomaïnes et leucomaïnes) : Selmi, A. Gautier, Brouardel et Boutmy. — Mes recherches sur les alcaloïdes putrides intestinaux.

Action des produits putrides débarrassés des microbes: Panum, Hiller, Buchholz, Anders.— Recherches de Roux et Chamberland sur le vibrion septique.

Je me suis efforcé d'établir que nous pouvions faire varier la virulence des microbes. Mais qu'est-ce que la virulence? Est-ce une qualité particulière de certains microbes, comme la fonction chromogène ou la sécrétion d'acide butyrique? Non, je pense que c'est une résultante de propriétés diverses.

La maladie infectieuse n'est pas directement la fonction d'un microbe. Le microbe peut bien avoir pour fonction de sécréter une substance chimique toxique qui, absorbée par l'homme ou l'animal, les rend malades. Cette fonction chimique peut être l'une des propriétés qui font qu'un microbe est pathogène. Mais dans la conception de la virulence il y a lieu de tenir compte d'autres facteurs.

Ainsi les agents infectieux peuvent nuire à l'organisme par

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une action simplement mécanique. Ils peuvent par leur abondance obstruer les capillaires de certains organes (ceux du poumon, comme l'a vu Toussaint dans le charbon); ils peuvent déterminer des infarctus par suite de la disposition anatomique de certaines régions; ils peuvent s'accumuler dans des lacunes vasculaires, dans les nids valvulaires des veines, pénétrer les cellules endothéliales ou en amener le gonflement, de manière à constituer, avec l'appoint de la fibrine coagulée, des thromboses avec les phénomènes d'ischémie localisée qui en sont la conséquence : ils peuvent aussi faire des embolies qui s'arrêtent surtout dans les poumons, parce que la circulation veineuse générale les y apporte d'abord; le foie est leur première étape, si l'entrée de l'embolie microbienne a eu lieu par les veines de l'intestin.

Ces premières étapes franchies, les embolies microbiennes vont échouer dans les capillaires terminaux. Elles déterminent, suivant les espèces virulentes, des obstructions dans la rate, les organes lymphoïdes ou les reins. Elles peuvent n'aboutir qu'à des troubles de nutrition, à des nécroses par ischémie, sans gangrène ni suppuration, comme le font des poudres inertes, des graines de tabac, injectées dans la circulation.

Lorsque l'embolie microbienne, agissant d'une façon purement mécanique, se produit dans la peau ou la muqueuse intestinale, la gangrène peut s'emparer de la partie ischémiée à cause du voisinage de l'air et des microbes de la putréfaction, toujours prêts à s'emparer de la matière où la vie a cessé. Je place sous vos yeux un exemple remarquable d'ulcérations ponctuées de l'estomac, très fines et extrêmement nombreuses, produites par des embolies de bacille pyocyanique dont l'inoculation a cependant été faite dans le tissu cellulaire souscutané. Les conséquences qui résultent de l'oblitération des vaisseaux diffèrent suivant la valeur fonctionnelle des organes affectés. Ainsi la pullulation des bactéries dans les capillaires du poumon a pour effet spécial de diminuer l'hématose. Toussaint a même pensé que telle pouvait être la cause de la mort dans le charbon.

'60 qu'est-ce que la virulence?

Les microbes peuvent encore produire d'autres lésions mécaniques comparables à des traumatismes; ils peuvent ébranler, dissocier, perforer les cellules (ainsi agissent les microbes de la lèpre). Dans ces cas, l'analogie est moindre avec les effets des injections de poudres inertes; là, il faut enregistrer un phénomène vital, le mouvement. Il y a trente ans, j'ai étudié le travail destructif que font les microbes dans la stomatite ulcéro-membraneuse : si on examine au microscope le bord d un fragment nécrosé de la muqueuse, on voit les vibrions qui s'insinuent entre les cellules, et, par une sorte de mouvement de levier, ils les font sauter une à une hors de leur gangue. Il y a bien là un effet mécanique, mais il est en partie attribuable aux mouvements spontanés du microbe.

Yoici une autre action plus franchement vitale exercée par les microbes : pour vivre il faut qu'ils consomment de la matière; vivant dans l'organisme, ils ne peuvent consommer que la matière destinée à la nutrition des cellules de celui-ci. Ainsi s'établit une concurrence vitale entre les cellules des parasites et les cellules de l'organisme infecté, obligées de subir ces nouveaux commensaux. On peut supposer que les parasites dévorent une substance qui est nécessaire à la vie des cellules animales et que par suite l'énergie, la résistance de celles-ci se trouvent diminuées. Ces matières que les microbes consomment au détriment des tissus, ce sont les sucs nutritifs dans leur complexité ; c'est également l'oxygène qui est aussi indispensable que les matières récrémentitielles à la vie des cellules animales, et qui est non moins indispensable à celle des agents infectieux, de ceux du moins qui ne sont pas anaérobies, et c'est le plus grand nombre.

Mais faut-il admettre que les phénomènes morbides observés dans les maladies infectieuses s'expliquent tous uniquement par ce mécanisme de la concurrence vitale? Cela n'est nullement démontré.

Pour le charbon en particulier c'est plus que contestable. Les déterminations directes qui ont été faites de la teneur du sang en oxygène ne prouvent pas absolument la légitimité de l'hypo-

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