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HISTORIQUE DE LA DÉCOUVERTE DES POISONS SOLUBLES

locaux et généraux des maladies infectieuses sont imputables à l'action de matières solubles qui pourraient être sécrétées par les microbes pathogènes.

Le 10 novembre 1879, M. Chauveau émet la même idée à l'occasion de l'expérience suivante : il avait vu que le charbon qui, inoculé à nos moutons indigènes, les tue, rend seulement malades les moutons algériens naturellement réfractaires. A la dernière ligne de sa communication sur cette expérience, il avance que ce malaise éprouvé par les moutons non tués est » dû à ce poison soluble fabriqué par les bactéridies. C'est une hypothèse qu'il propose ; mais il ne fournit aucune preuve à l'appui.

Enfin M. Pasteur, le 3 mai 1880, fournit le premier document expérimental à l'appui de cette idée. L'expérience avait été faite d'ailleurs par lui dans un autre but et sans succès. Voici cette expérience. M. Pasteur filtre sur du plâtre 120cc de bouillon de culture de choléra des poules, évapore à siccité à froid, redissout l'extrait dans 2CC d'eau distillée et l'injecte à une poule. Cet animal présente des symptômes qui rappellent ceux qui suivent l'inoculation du virus ordinaire, notamment le pelotonnement et la somnolence. Ces symptômes, à vrai dire, ne sont pas bien spéciaux, on les observe généralement quand la poule est malade. En tout cas cette expérience a démontré que l'extrait de la culture d'un microbe pathogène peut être toxique.

La même année, dans une communication à l'Académie des sciences, 26 octobre 1880, M. Chauveau pensa apporter une nouvelle preuve à l'appui de l'idée qu'il avait émise hypothétiquement : dans les veines de moutons naturellement réfractaires au charbon et dont l'immunité naturelle avait été renforcée par une série d'inoculations charbonneuses, il injecte 15cc à 70cc de sang charbonneux, contenant un nombre de bactéridies évalué à 200 milliards ; les animaux éprouvent des accidents graves, mais ne meurent pas. M. Chauveau conclut qu'ils ont été malades par intoxication , parce qu'il admettait que l'infection n'était plus possible chez ces animaux vaccinés. Cette expérience

fournit des résultats intéressants, mais les conclusions qu'en a tirées M. Chauveau ne sont peut-être pas légitimes. L'injection de 200 milliards de bactéridies, à ne les considérer même que comme des particules ténues, pouvait avoir produit des embolies; en agissant comme des poudres inertes, elles pouvaient avoir entraîné des lésions locales par troubles circulatoires dans des organes importants, causé des ulcérations ponctuées dans l'estomac ou l'intestin, des ecchymoses pulmonaires, des oblitérations vasculaires du rein. Mais, en outre, M. Chauveau avait injecté des bactéridies vivantes; la complexité des phénomènes est trop grande dans cette expérience; on ne peut apprécier les effets vraiment imputables à la matière toxique, puisqu'elle n'a pas été isolée de son cortège immense d'agents infectieux.

Je crois avoir apporté pour ma part un élément important à l'intelligence de ces faits, quand j'ai communiqué, en 1885, à l'Association pour l'avancement des sciences (congrès de Grenoble) des expériences relatives à l'injection d'urine de cholériques chez un animal réfractaire au choléra. Je n'ai pas pris, comme dans les expériences précitées, la culture de l'agent infectieux, je me suis adressé à l'organisme infecté. Sans m'inquiéter de savoir si le bacille en virgule était ou non le véritable agent pathogène, je me suis demandé si les accidents généraux du choléra n'étaient pas attribuables à un poison, s'il n'existait pas un poison cholérique dont on pût déceler l'existence dans les produits d'émonction. Je cherchai à résoudre le problème en comparant les effets produits par les urines des cholériques, soit au début de la maladie, soit après la période d'anurie, et ceux qui sont produits par l'injection des urines normales. J'ai procédé par injection intra-veineuse chez le lapin. Je constatai que les urines ont d'abord une toxicité commune à toutes les urines normales : elles produisent la contraction pupillaire, la faiblesse musculaire et respiratoire, la diurèse.

Mais en outre je trouvai qu'elles ont une toxicité spéciale : elles déterminent la cyanose des muqueuses pendant le cours de l'injection, une hypothermie plus considérable que celle qui résulte de l'injection d'urine normale, des crampes, distinctes

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