‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 27 sur 180 · AUTO-INTOXICATION GASTRO-INTESTINALE · texte numérisé non relu

AUTO-INTOXICATION GASTRO-INTESTINALE

vorable à nos cellules; mais je vous ai dit que je ne pensais pas qu'elle fût capable de déterminer des phénomènes pathologiques appréciables.

J'ai abordé, enfin, l'examen de cette hypothèse d'après laquelle les microbes pathogènes agiraient en sécrétant des poisons.

Dans cette étude de l'empoisonnement par les microbes, j'ai considéré d'abord les intoxications et les infections putrides et je vous ai fait assister à l'évolution historique de cette doctrine dont l'édification a coûté deux tiers de siècle de travail (de 1822 à 1888); je vous ai cité les principaux ouvriers de cette œuvre considérable ; parmi eux vous devez retenir surtout les noms de Gaspard, Panum, Bergmann, Hiller, Roux et Chamberland.

Pendant longtemps, on a considéré comme le type des autointoxications par infection putride les accidents généraux qui se produisent chez des individus porteurs de plaies anfractueuses où stagne le pus. Le type que je voudrais imprimer dans la conscience de tout médecin, c'est l'auto-intoxication par putridité intestinale. Là l'infection est constante; chez tout homme et à toute heure les agents de la putréfaction se trouvent dans la cavité intestinale, donnant naissance à des produits toxiques, que l'intestin absorbe, et l'intoxication à des degrés divers est extrêmement fréquente; elle s'exerce d'une manière plus ou moins intense, créant des maladies dont le médecin méconnaît souvent la nature, depuis l'embarras gastrique et la simple indigestion, jusqu'à l'intoxication putride la plus grave.

Si cette auto-intoxication n'est pas plus fréquente encore, si elle n'est pas quotidienne, c'est que l'organisme est outillé pour s'en préserver; le foie arrête, détruit ou transforme une partie des poisons absorbés par l'intestin; le sang en brûle une partie, le rein élimine le surplus. Mais quand l'abondance du poison est excessive, les accidents d'intoxication apparaissent, constituant des états morbides primitifs ou secondaires à d'autres états morbides. Dans l'intoxication par les viandes gâtées, les accidents sont rarement produits par les poisons qui préexis-

taient dans la viande corrompue, mais ces poisons continuent à se former dans les voies digestives par la pullulation des microbes introduits avec la viande. C'est encore une infection putride qui produit l'intoxication putride. La preuve, c'est que les accidents sont tardifs, précédés d'une période d'incubation de dix-huit à trente-six heures.

Dans l'indigestion l'arrêt de sécrétion des sucs digestifs, l'insuffisance d'acide chlorhydrique ont favorisé le développement de fermentations anomales. Ainsi nous avons dans ces états morbides le type des auto-intoxications par infection, et le rôle des poisons sécrétés par les microbes dans les accidents d'ordre putréfactif est bien prouvé.

La question se pose maintenant de savoir si les accidents des maladies virulentes proprement dites peuvent aussi reconnaître pour cause des produits toxiques sécrétés par les agents pathogènes.

Il n'est personne qui, dissertant sur le parasitisme et ébauchant une théorie de la virulence, n'ait formulé ce dilemme : en vivant dans notre corps, les microbes nous sont nuisibles soit parce qu'ils consomment des matériaux qui nous seraient utiles, soit parce qu'ils fabriquent des matières qui nous sont nuisibles. On restait indécis entre la concurrence vitale et l'intoxication. Cette idée que, dans les maladies virulentes, les microbes agissent par des poisons solubles était dans l'air. Elle a provoqué dès 1878 un essai de vérification expérimentale : Tiegel et Zahn, injectant la culture filtrée de charbon, constatèrent qu'ils ne provoquaient aucun trouble morbide. Dans la même année, cette idée était formulée chez nous comme pure hypothèse et sans preuve le 15 avril 1878. M. Toussaint, dans une note un peu confuse, affirma que la bactéridie charbonneuse fabrique ou excite l'organisme à fabriquer une substance toxique, soluble, phlogogène, capable d'amener des oblitérations vasculaires, le ramollissement et l'ulcération de la paroi des capillaires, et par suite des hémorrhagies et des infarctus. Le premier il a formulé avec précision, mais sans en fournir la preuve, cette idée destinée à faire son chemin, que les accidents

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