‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 32 sur 180 · INTOXICATION DANS LE CHARBON · texte numérisé non relu

INTOXICATION DANS LE CHARBON

toxique. Quand on inocule le charbon à la lancette, par piqûre sous-épidermique, il est rare qu'on constate une tuméfaction notable; mais, quand on inocule en injectant sous la peau une quantité notable de culture, on obtient d'ordinaire un œdème considérable.

Dans un cas semblable, avant que l'animal fût mourant, pour me mettre à l'abri de la présence de microbes autres que la bactérie qui peuvent envahir le corps des animaux dès que la vie a cessé, j'ai recueilli la sérosité de l'œdème, je l'ai filtrée sur la porcelaine et j'en ai injecté hkcc sous la peau d'un lapin de 1500 grammes. L'animal a été malade, il a cessé de manger, son poil s'est hérissé; il avait bien l'attitude d'un animal charbonneux, mais il n'avait pas le charbon; il était guéri au bout de quatre jours. Ainsi, dans celte maladie où l'étude expérimentale de la toxicité des cultures a donné des résultats négatifs, on trouve du poison dans le corps même de l'animal vivant.

Je crois avoir épuisé les documents tendant à établir la réalité de phénomènes toxiques dus à des poisons solubles dans certaines maladies infectieuses. J'ajoute qu'il s'agit de poisons solubles anomaux et que ces poisons sont fabriqués par des microbes. Ce dernier point ne découle pas de l'injection d'urines cholériques, ni de l'injection de la sérosité prise dans l'œdème charbonneux.

Mais les expériences faites avec le choléra des poules, la maladie pyocyanique, la gangrène gazeuse le démontrent; car pour ces maladies le poison a été pris dans les cultures.

Donc, pour expliquer la virulence, non seulement on peut invoquer l'action mécanique et traumatique des microbes, mais on doit aussi invoquer l'intoxication par leurs produits. Si la preuve est insuffisante pour autoriser la généralisation de ce processus à toutes les maladies virulentes, elle est en tout cas absolue pour certaines maladies.

Outre les actions mécaniques exercées par les microbes sur les cellules dans l'intimité de nos tissus, outre la nocivité de leurs poisons, il existe dans les maladies infectieuses des lésions

BOUCHARD. Maladies infectieuses. 6

anatomiques localisées dans divers organes, lésions que la maladie produit, mais qui continuent ultérieurement à évoluer pour leur propre compte et peuvent entraîner la mort lorsque les microbes et leurs poisons n'existent plus dans l'organisme. Je parle de la congestion pulmonaire, des ulcérations intestinales, des pleurésies, des péricardites, des suppurations, des néphrites : de tout cela on souffre et on meurt. Il y a donc lieu d'envisager dans les maladies infectieuses non seulement la lésion initiale, la vulnération des cellules par les microbes, Tintoxication par les produits qu'ils sécrètent, mais encore l'importance des lésions locales qui, provoquées par eux, évoluent ensuite d'une manière indépendante.

Comment se développent ces lésions locales? On pourrait dire qu'elles sont le résultat de l'action mécanique et traumatique des microbes : en effet je vous ai montré que par ce mécanisme se produisent des infarctus du rein, des ulcérations de l'estomac. Les bacilles de la lèpre pénètrent dans les cellules ; dans la blennorrhagie, les micro coques se développent dans les cellules épithéliales et leurs noyaux et en amènent la chute. Mais tout n'est pas là. Si, dans les maladies infectieuses, les matières solubles nuisibles sécrétées par les microbes peuvent provoquer des troubles fonctionnels et la mort sans lésions locales, par une intoxication générale, je pense que les matières solubles nuisibles élaborées par les microbes peuvent aussi provoquer des lésions locales par un processus de fermentation.

Les microbes ont leurs excrétions qui peuvent être nuisibles à nos tissus et qui peuvent aussi à un moment donné entraver la vie des microbes eux-mêmes; mais ils ont également des sécrétions utiles pour eux, sécrétions qui leur permettent d'adapter à leurs besoins les milieux où ils sont, en dissolvant les tissus voisins.

Qu'ils aient été introduits directement dans les tissus, ou que le sang les y ait apportés et qu'ils s'y soient répandus par diapédèse, les microbes y provoquent des congestions, des hémorrhagies, des œdèmes, des inflammations, des suppura-

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tions, des gangrènes, des altérations graisseuses, etc. Tout cela suppose des modifications dans l'activité nutritive des cellules.

On a cru autrefois que cette réaction était due à l'irritation que produiraient les microbes agissant comme une épine, comme un corps étranger.

Mais on sait maintenant que les corps étrangers aseptiques ne peuvent déterminer ni inflammation suppurative, ni gangrène; tout ce qu'ils produisent, c'est la congestion, l'œdème, la sclérose, l'atrophie; ils ne peuvent agir autrement que les grains de charbon ou de minium chez les individus tatoués ; les cellules du tissu même ou celles des ganglions lymphatiques voisins peuvent se les incorporer, mais on ne constate pas de phénomènes réactionnels comparables à ceux que provoquent les microbes.

Les désordres locaux sont-ils la conséquence de la concurrence vitale entre les microbes et les cellules, les premiers privant les secondes de matériaux nutritifs et d'oxygène? Cela est très possible, mais je manque de documents pour l'établir.

0. Weber, il y a longtemps, a admis que les lésions locales sont causées par une matière phlogistique ou phlogogène. Toussaint a repris cette hypothèse : il suppose que cette matière phlogistique est sécrétée par le microbe. Certes beaucoup de corps sont irritants pour nos tissus, phlogogènes par conséquent. Tous les caustiques sont phlogogènes, il y a aussi certaines essences, l'huile de croton, la cantharidine, etc.

Les microbes fabriquent-ils de telles matières? Il y en a qui produisent de l'ammoniaque, des acides volatils et fixes; mais ces substances se trouveraient dans nos tissus à un tel état de dilution que, pour agir, il leur faudrait un temps fort long; il serait difficile de leur attribuer d'autres altérations que celles d'épithéliums délicats, ceux du rein par exemple *.

Aujourd'hui on soupçonne que les microbes agissent localement par des ferments solubles qui adaptent le milieu aux

1. M. Arloing a démontré récemment que le microbe de la péripneumonie épizootique sécrète une matière phlogogène.

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