DIXIÈME LEÇON
(26 avril 1888.)
RÉACTION ET MOYENS DE DÉFENSE DE L'ORGANISME CONTRE LES MICRORES ET LEURS PRODUITS
Résumé des actes complexes qui constituent la virulence : action traumatique exercée par les microbes mêmes; actions chimiques locales et générales immédiates de leurs produits; troubles nutritifs à longue échéance.
La virulence n'est pas la maladie. — Réaction locale des cellules contre les microbes. — Réaction générale de l'organisme.
Moyens de défense de l'organisme : impénétrabilité de l'épiderme et des épithéliums à l'état sain. Prédisposition créée à certaines infections par un mauvais fonctionnement de l'estomac; dilatation de l'estomac et fièvre typhoïde.
Phagocytisme de Metschnikoff. — Rôle des leucocytes dans la destruction des microbes. Hypothèse de M. Toussaint relative à des thromboses lymphatiques causées par une prétendue matière phlogogène. Arrêt des microbes dans les ganglions lymphatiques. Part dévolue dans le phagocytisme aux poumons, à la rate, à la moelle des os, au corps thyroïde, aux amygdales et aux cellules endothéliales des vaisseaux.
Le mouvement circulatoire, l'oxygène contribuent à entraver la pullulation des microbes dans le sang. — Arrêt et sommeil des microbes en certains points de l'organisme, microbisme latent de M. Verneuil. — Concurrence vitale entre les cellules de l'organisme et les microbes; triomphe des microbes dans les points où fléchit l'activité nutritive des cellules. Expérience de M. Chauveau sur l'atrophie ou la gangrène du testicule après le bistournage.
J'ai terminé l'étude de la virulence, c'est-à-dire de l'ensemble des propriétés par lesquelles les micro-organismes pathogènes peuvent nous nuire. Parmi les hypothèses qui ont été proposées pour expliquer la virulence, quelques-unes sont démontrées : ainsi l'action mécanique traumatique des microbes, ainsi la sécrétion de poisons et de ferments solubles; les autres, y compris celle qui invoque la concurrence vitale entre les microbes et les cellules du corps, et qui est cependant vraisemblable, restent à l'état d'hypothèses.
Nous savons que l'action mécanique ou traumatique produit des lésions locales d'abord passives, mais qui éveillent ensuite la réaction de l'organisme : ces lésions locales sont la nécrose de certains tissus par suite de l'ischémie qu'y déterminent des oblitérations vasculaires emboliques, ou thrombosiques. Les microbes peuvent agir plus directement et produire des dislocations de cellules, des perforations, des vulnérations analogues, sous une forme réduite, aux grands traumatismes.
Les poisons éveillent déjà plus vite la réaction vitale; ils provoquent des troubles fonctionnels immédiats, principalement dans les tissus dont les éléments anatomiques sont élevés en dignité fonctionnelle, surtout dans le système nerveux : céphalées, torpeur, coma, obnubilations, vertiges, délire, convulsions, faiblesse musculaire, troubles du cœur et des circulations locales, troubles nerveux de la respiration, des sécrétions, delà caloriflcation. L'élévation thermique ne saurait s'expliquer par l'augmentation des combustions et des oxydations sous l'influence de l'excès d'oxygène introduit dans le sang par la respiration plus précipitée; une part revient dans la genèse de l'hyperthermie à la réaction des centres nerveux régulateurs de la calorification.
Outre ces troubles fonctionnels immédiats, les poisons produisent des troubles nutritifs plus tardifs et plus durables. Le produit de sécrétion du bacille pyocyanique détermine, des semaines après qu'il a été injecté dans l'organisme, des accidents identiques à ceux qu'on observe dans les cas où l'agent infectieux est réellement agissant dans le corps de l'animal. Dans ces cas d'accidents tardifs, l'intoxication produit des modifications dans la nutrition des cellules, ils troublent ces échanges moléculaires qui sont essentiellement la vie. A ce point de vue, ces poisons sécrétés par les microbes ne se comportent pas autrement que les poisons ordinaires ; parmi les poisons dont nous connaissons le mieux les effets, s'il en est qui sont surtout redoutables par leur action immédiate, comme l'atropine, la strychnine, etc., il en est comme l'alcool, le plomb, le mercure, l'arsenic, le phosphore qui, outre les phénomènes