COMMENT LES MICROBES SE COMPORTENT DANS LE SANG
Le phagocytisme s'exerce surtout avec activité contre les microbes non pathogènes, le bacille de l'infusion du foin, le ferment lactique; on peut voir ceux-ci persister vingt-quatre heures; le microbe tetragenus se retrouve encore après quarante-huit heures. Les spores résistent plus longtemps; celles du pénicillium se voient encore au bout de sept jours, les spores du bacille du foin ont été trouvées intactes dans les endothéliums au bout de soixante-dix-huit jours.
En résumé, il existe, après la pénétration des microbes dans le sang, une période de recueillement pendant laquelle ils soutiennent une lutte intra-cellulaire; la cellule humaine peut demeurer victorieuse ; mais, si le microbe est plus énergique qu'elle, il réussit à se multiplier et l'infection continue.
Il est une catégorie de microbes que le sang à lui seul peut tuer par sa composition chimique, ce sont les anaérobies; la présence de l'oxygène en grande quantité dans le sang est une défense pour l'organisme.
Le mouvement du sang est aussi une condition qui s'oppose à la multiplication des micro-organismes végétaux; l'expérimentation montre que les cultures in vitro s'accomplissent difficilement ou ne se font pas dans les milieux agités. En général ce n'est pas dans le sang lui-même que les microbes se développent, mais dans les éléments les plus proches de lui, les cellules vasculaires; on dit que dans les maladies infectieuses le sang est infecté; ce n'est que rarement exact; il n'est pas facile de déceler la présence des microbes dans le sang ni par l'observation directe, ni par culture. Même les spirilles de la fièvre récurrente n'apparaissent dans le sang que pendant les accès; ils ont pullulé ailleurs, dans les vaisseaux sans doute, mais dans leur paroi fixe. C'est à tort qu'on attribue les accidents aigus fébriles des maladies infectieuses à la présence des germes infectieux dans le sang. Dans le charbon par exemple, la bactéridie n'apparaît que très tardivement dans le sang, longtemps après que les accidents graves se sont produits, et alors seulement qu'il cesse de s'hématoser. Il en est de même du vibrion septique qui est anaérobie et qui se voit dans le sang quand l'animal
agonise. Mais l'intoxication de tout l'organisme a été produite longtemps avant que le microbe pathogène ait infecté le sang.
Outre l'endothélium des vaisseaux, il est des tissus et des organes qui gardent longtemps les microbes. Certaines amygdales hypertrophiées sont vraisemblablement des amygdales contaminées, grosses d'agents infectieux, qui ultérieurement peuvent en sortir et faire de nouvelles migrations. J'ai vu des néphrites infectieuses succéder à des amygdalites incomplètement résolues.
Les ganglions aussi conservent longtemps les microbes; les bacilles tuberculeux peuvent séjourner presque indéfiniment au centre de ganglions caséeux, sans que leur migration s'opère. Les exsudats inflammatoires enfin peuvent être des réceptacles d'agents infectieux, et les néo-membranes d'une séreuse jadis enflammée peuvent contenir des bacilles tuberculeux silencieux et inoffensifs pendant un temps fort long. Cet état de sommeil des agents pathogènes dans une partie où ils sont en réserve, c'est ce que M. Yerneuil a nommé justement le microbisme latent.
La vie des cellules animales, l'activité de leur nutrition est encore une garantie de l'organisme contre les microbes. Ici la concurrence vitale, que j'ai repoussée comme hypothétique à propos de la fonction de virulence, est bien mieux admissible. Qu'un seul agent infectieux, se trouvant jeté au milieu d'un grand nombre de cellules, soit gêné dans son développement par la consommation incessante d'oxygène et de matières nutritives que font ces cellules, rien n'est plus naturel. Mais si la vie vient à fléchir, si l'activité nutritive des cellules se ralentit, surtout si elle s'arrête, le microbe a beau jeu. Rien n'est plus démonstratif à ce point de vue que l'expérience de M. Chauveau. Dans l'opération du bistournage, le testicule, par la torsion de son pédicule poussée jusqu'à oblitération vasculaire, se trouve privé de toute irrigation sanguine. Mais la peau n'a pas subi de solution de continuité. Le testicule s'atrophie et subit la régression graisseuse sans suppuration ni gangrène. Si avant l'opération on a injecté dans le sang des agents putrides, il s'en ren-