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IMMUNITÉS PARTIELLES ET LOCALES

Mais, à regarder de près la question, cette division est-elle absolue? Même pour ces maladies infectieuses dont on dit qu'elles ne confèrent pas l'immunité, est-il bien sûr qu'elles ne produisent pas une certaine immunité ? C'est bien difficile à admettre. Et si j'incline à croire que ces maladies rendent pour un temps l'organisme réfractaire, c'est à cause de la façon même dont ces maladies guérissent.

Quand un chancre simple ou une blennorrhagie s'acheminent vers la guérison, quelle peut être la cause de cette tendance à guérir? Est-ce la diminution graduelle de la virulence de leurs agents infectieux? Non certainement : au moment où la maladie est sur le point de diminuer d'intensité, la virulence est la même qu'au début, elle ne s'épuise pas, elle ne disparaît pas par atténuation; la preuve en est que le virus peut transmettre à ce moment une maladie qui aura la même intensité que celle qui vient d'évoluer chez le malade. Alors la guérison ne peut s'expliquer que par l'augmentation de la résistance de l'individu ; l'état du malade au déclin de ces maladies est donc quelque chose qui ressemble bien à l'immunité. Car, le virus conservant son énergie jusqu'à la fin, la surface malade devrait s'inoculer incessamment, la maladie devrait être perpétuelle, et, si elle guérit, c'est par suite de modifications survenues dans les tissus du malade. Ce n'est assurément qu'une immunité de courte durée; ce n'est même souvent qu'une immunité locale : pendant que l'urèthre guérit, la conjonctive peut devenir le siège d'une blennophthalmie; seules les cellules de la muqueuse uréthrale ont donc gagné l'immunité, en combattant contre les microcoques infectieux.

À l'époque où on croyait réaliser la syphilisation en inoculant successivement des centaines de chancres simples, on finissait par ne plus obtenir que des pustules flétries parce que l'inoculation se faisait toujours dans les mêmes régions et arrivait à y créer une immunité locale ; l'ulcération se produisait avec plus d'intensité quand l'inoculation était faite dans une région éloignée des premières piqûres.

Ainsi, à regarder d'un peu près les choses, on peut se con-

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vaincre qu'il y a plusieurs espèces ou plusieurs degrés d'immunité; s'il est des immunités générales, persistantes, il en est qui sont restreintes comme durée et aussi comme étendue. L'immunité n'est jamais chose absolue : on a pu voir chez un individu deux fois la vérole ou quatre fois la rougeole ; même parmi celles qui paraissent conférer l'immunité la plus solide, syphilis, coqueluche, oreillons, variole, vaccine, il n'est aucune maladie qui ne puisse récidiver.

La récidive de la fièvre typhoïde n'est pas rare, moins encore celle de la scarlatine ; fréquente est celle de la rougeole. On arrive ainsi à se convaincre qu'il existe une série graduée d'immunités.

Chez les animaux l'immunité s'observe comme chez Fhomme; c'est établi pour la maladie des jeunes chiens, la gourme des jeunes chevaux, la clavelée, la péri-pneumonie épizootique, le charbon, le choléra des poules, le charbon symptomatique, le rouget des porcs, la gangrène gazeuse, la rage. Pour les six dernières de ces maladies, la démonstration a pu seulement être faite depuis qu'on sait les inoculer à l'état d'atténuation et faire que la première atteinte ne soit pas mortelle.

Passagère ou permanente, l'immunité doit dépendre des mêmes causes, être créée par des circonstances de même nature. Pour moi, j'ai grande tendance à croire que c'est la même cause qui guérit et qui préserve, qui met fin à la maladie et qui l'empêche de recommencer.

En quoi donc consiste essentiellement l'immunité? Quand je vois une fatigue, un excès, une maladie, modifier l'aptitude morbide individuelle, je ne puis me défendre de supposer que ces causes, en influençant les actes intimes de la nutrition, ont changé le milieu vivant et ont pu le rendre favorable à la culture du microbe. Quand je vois une race ovine qui, chez nous, ne résiste pas au charbon, devenir réfractaire quand elle a été transplantée sur la côte africaine, j'ai grande tendance encore à croire que les influences climatologiques ont agi sur la nutrition et par suite modifié le milieu vivant.

D'autre part, quand je pense à l'hérédité de l'immunité, je

puis l'expliquer par l'hérédité d'une modalité spéciale de la nutrition, mais je m'en rends compte aussi par l'hérédité de l'activité plus grande des cellules qui sont chargées d'engager la lutte contre les microbes. Quand je réfléchis aux faits d'immunité locale, je pense que le travail morbide a pu changer la nutrition des cellules du tissu malade, mais je pense aussi que ces cellules ont pu pendant la lutte s'éduquer et se perfectionner dans leur rôle de phagocytes.

Modification de la nutrition et phagocytisme, voilà les deux causes par lesquelles on peut expliquer l'immunité acquise. Je ne choisis pas, je les accepte toutes deux ; je choisis d'autant moins que je ne conçois pas le phagocytisme autrement que comme un acte nutritif.

La nutrition modifiée par la maladie dans toutes les cellules ou dans certaines cellules crée un milieu dynamique qui permet la destruction des microbes provocateurs de cette maladie, qui assure la victoire de l'organisme et la guérison. Cette modification de la nutrition persistant après la guérison permet à l'organisme de se débarrasser rapidement du même microbe en cas de nouvelle infection.

Ce n'est pas ainsi que les principaux théoriciens de l'infection ont tendance à toucher la question. Cette manière de voir que j'enseignais ici il y a huit ans, je ne vois guère que Grawitz qui l'ait adoptée. Pour tous les autres, la question est purement chimique.

Comparant la culture des microbes in vitro à leur développement dans l'organisme vivant, ils poussent à outrance cette analogie jusqu'à en faire une identité.

Dans une culture vieillie, la végétation s'arrête ; vous filtrez pour la débarrasser des anciens microbes et vous ensemencez avec une goutte de culture jeune : les nouveaux microbes ne s'y multiplient pas ; leur végétation est devenue impossible dans ce milieu. Yoilà donc un flacon qui a conquis l'immunité î c'est la fin de la maladie infectieuse de cette bouteille.

De même un homme atteint d'une maladie virulente cesse à un moment de laisser végéter le microbe pour lequel il a été un

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