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IMMUNITÉ PAR LES MATIÈRES VACCINANTES

graduellement les doses, supprimer tous les effets toxiques éloignés ou immédiats et cependant l'animal a quand même conquis l'immunité. Ces faits s'expliquent mieux si l'on admet que les microbes possèdent une fonction vaccinante distincte de la fonction virulente. Dans cette hypothèse, celle des deux fonctions qu'on supprimerait le plus facilement, c'est la fonction virulente. Il est vrai que la virulence n'est pas toujours ou exclusivement due à une matière toxique et que, peut-être, l'immunité n'est pas toujours et exclusivement conférée par une matière vaccinante. Cependant il n'est pas inadmissible qu'un même microbe puisse avoir d'une façon distincte une sécrétion vénéneuse et une sécrétion vaccinante, et qu'il puisse perdre l'une des deux fonctions. Il serait dès lors possible de cultiver des espèces perfectionnées qui permettraient de récolter le vaccin sans poison.

Par quel mécanisme peut-on supposer que les matières vaccinales donnent l'immunité? Faut-il admettre qu'elles imbibent les tissus et imprègnent indéfiniment l'économie , agissant comme la matière empêchante dans les cultures in vitro? Cette théorie de l'immunité ne peut être acceptée par un médecin ni par un physiologiste. L'organisme qui sait transformer, brûler, détruire, éliminer tant de poisons, garderait à demeure ces quantités minuscules de matière vaccinante pendant tant d'années? Nous n'accepterons pas cette hypothèse sans un violent effort.

N'y a-t-il pas lieu de chercher un autre mécanisme? Les microbes vivent très bien dans les humeurs d'un animal réfractaire. Chez les moutons vaccinés, on peut voir pulluler des bactéridies dans l'espace sous-arachnoïdien. Si ces moutons sont réfractaires grâce à la présence d'une matière vaccinante, cette matière vaccinante n'est pas une matière empêchante.

Je crois plutôt que la matière vaccinale modifie la nutrition des cellules et que ce type nutritif nouveau, anomal, continue ensuite; c'est le droit de toute cellule vivante de poursuivre un développement nutritif dévié. Nous savons que les choses se passent ainsi avec l'alcool; si le plomb peut se déposer dans les

cellules à l'état insoluble et continuer son action par sa présence, l'alcool, lui, ne peut rester dans les cellules : au bout de un an, de six mois, de dix jours, il n'y a plus d'alcool dans l'organisme, et pourtant celui-ci conserve un type nutritif dévié, la diminution de l'activité des échanges moléculaires persiste bien des années après que l'individu a cessé d'absorber le poison alcoolique. Pourquoi d'autres poisons organiques, comme ceux que sécrètent les microbes, n'agiraient-ils pas ainsi?

Ce ne sont pas là de pures conceptions théoriques. Il y a bien longtemps que je cherche dans les urines la trace des matières qui ont pu se former dans l'économie malade et jouer un rôle dans le complexus morbide ; que je cherche en particulier les substances que les microbes ont fabriquées dans le corps. C'est ainsi que j'ai étudié les variations de la toxicité des urines suivant l'intensité plus ou moins grande de la vie des microbes intestinaux; c'est ainsi encore que j'ai étudié dans les urines le poison cholérique, le poison pyocyanique.

Mais, si les poisons morbides sécrétés par les microbes s'éliminent par les urines comme les autres poisons, pourquoi les matières vaccinantes ne s'élimineraient-elles pas de la même façon? Elles s'éliminent : et la preuve, c'est qu'on peut vacciner avec les urines des malades atteints de maladies infectieuses. Je vous ai déjà fait connaître en partie quelques-unes des expériences qui m'ont amené à cette découverte. J'ai recueilli les urines d'une série de lapins nourris au lait et successivement inoculés dans les veines avec de petites doses de bacille pyocyanique. Ces urines filtrées au filtre de porcelaine et démontrées pures de tout microbe par des essais de culture restée stérile ont été injectées sous la peau de lapins sains, comme je vous l'ai dit précédemment. Chez quelques-uns, les symptômes d'origine toxique de la maladie ont apparu. A ce moment ils ont été inoculés par la voie intra-veineuse avec le bacille pyocyanique. J'entre dans le détail des expériences :

Deux lapins, qui avaient reçu à la dose moyenne de 30cc injectée tous les 2 jours, l'un 145cc, l'autre 140cc des urines filtrées fournies par les lapins pyocyaniques, ont été inoculés, l'un

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