‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 62 sur 180 · FONCTION VIRULENTE ET FONCTION VACCINANTE · texte numérisé non relu

FONCTION VIRULENTE ET FONCTION VACCINANTE

ajouté du sulfure noir de mercure. Le développement du végétal s'est très bien fait; mais le liquide n'a pas présenté une quantité appréciable de pyocyanine. La culture ayant été filtrée au filtre de porcelaine, je l'ai injectée au lapin suivant la méthode adoptée par M. Charrin pour ses vaccinations ; l'animal a ensuite reçu dans une veine lcc de matière virulente qui, à la même dose, a tué un témoin dans les 24 heures; l'animal vacciné a survécu.

La fonction vaccinante se confond-elle avec la fonction virulente? En d'autres termes, est-ce la matière toxique qui est vaccinante? On serait tenté de répondre par l'affirmative. Pour les trois microbes dont les produits solubles sont toxiques et vaccinants, on n'a pas encore séparé ce qui est toxique de ce qui est vaccinant, le même liquide de culture filtré provoque les accidents et assure l'immunité. De même pour les humeurs de l'animal atteint de gangrène gazeuse. Je ne puis pas savoir sil y a mélange de deux substances ou si une seule substance possède la double action. Mais il y a d'autres microbes pour lesquels la séparation des deux fonctions semble évidente. Tous les microbes qu'on a réussi à atténuer et qui, dans cet état nouveau, confèrent l'immunité sans produire d'accidents morbides notables, semblent bien perdre leur virulence, c'est-àdire leur matière toxique, en conservant leur vertu préservatrice, c'est-à-dire leur matière vaccinante. C'est là, je le reconnais, une apparence plutôt qu'une certitude. Les virus atténués n'ont pas absolument perdu toute leur virulence; quand on y regarde de près, ils provoquent un état de maladie légère, de malaise. D'autre part, on ne saurait dire que leur pouvoir vaccinant ne diminue pas en même temps que leur virulence. Quand à trois animaux sains on inocule, au premier le virus charbonneux très atténué, au second le virus modérément atténué, au troisième le virus fort, le premier n'a qu'une maladie insignifiante, à peine perceptible, le second est manifestement malade et meurt le plus souvent, le troisième meurt sûrement. Si le virus très atténué est inoculé à deux moutons sains et si, après cette première inoculation, on injecte à nou-

veau, chez le premier le virus très atténué, chez le second le virus modérément atténué; si ensuite on inocule ces deux animaux avec le virus fort, le premier a grande chance de mourir, le second résistera presque certainement. Le virus faible vaccine contre le virus moyen, mais ne met pas à l'abri des effets funestes du virus fort. Un virus à faible virulence ne confère qu'une faible immunité. Yous voyez que l'exemple des virus atténués ne prouve pas l'indépendance de la fonction virulente et de la fonction vaccinante.

Si une même substance chimique est à la fois virulente et vaccinante, il faut admettre qu'elle rend réfractaire parce qu'elle est toxique; qu'elle vaccine parce qu'elle a rendu malade; que l'animal infecté est mithridatisé par les produits solubles de la vie des microbes et que, quand il a surmonté une première fois leurs atteintes, il est plus difficilement influencé par elles. A une première infection, pourvu que l'animal ne soit pas empoisonné, il arrive, grâce au phagocytisme, à se débarrasser des microbes; à une deuxième infection, l'empoisonnement n'a pas lieu, et alors l'organisme remplit librement et facilement son rôle de destructeur de microbes.

C'est ainsi que j'ai compris d'abord qu'une seule matière chimique fabriquée par le microbe pouvait donner l'immunité comme conséquence de la virulence. Je serais moins affirmatif aujourd'hui; j'incline même à penser que les matières vaccinantes sont distinctes des matières virulentes. Ce sont des raisons d'ordre expérimental qui ont ébranlé mes premières convictions. Quand on injecte chez le lapin les matières solubles fabriquées par le bacille pyocyanique, on voit se développer au bout de deux à quatre semaines, rarement plus tôt, les phénomènes manifestes de l'intoxication ; mais, dès les premiers jours qui suivent l'injection, l'animal est déjà vacciné et se montre réfractaire à l'inoculation du microbe. On ne peut pas dire dans ce cas qu'il est préservé parce qu'il a été malade. Je sais bien qu'il y a d'autres effets toxiques que les paralysies tardives et que de fortes doses de matière soluble provoquent immédiatement une fièvre parfois intense; mais on peut, en diminuant

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