INJECTION INTR A- VEINEUSE DE VIRUS RÀBIQUE
dente. Cette omission un peu intentionnelle tient à l'embarras où je me trouve d'assigner sa place à cette méthode, ou mieux, de lui assigner une seule place; elle tient aussi à la difficulté plus grande que présente l'interprétation des faits. Mais surtout il m'a paru que l'absence de toute analogie apparente entre les faits de l'inoculation contre la rage et les autres données expérimentales relatives à la vaccination en général, réclamait pour la rage une étude à part que justifient d'ailleurs la nouveauté et l'importance du sujet, comme aussi le nombre et l'acharnement des critiques opposées à la pratique de ces inoculations.
Quand M. Galtier a obtenu pour la première fois l'immunité contre la rage (février 1881), il n'y avait dans sa pratique rien qui bouleversât nos notions théoriques; c'était l'application à la rage d'une méthode générale que peut revendiquer l'Ecole lyonnaise. En injectant alors le virus rabique dans les veines des petits ruminants comme il le fait aujourd'hui pour le bœuf, il obtenait, sans provoquer la moindre maladie, l'immunité à l'aide du virus naturel non atténué, détourné seulement de ses voies habituelles d'introduction. L'inoculation sous-cutanée de la rage, comme celle de la gangrène gazeuse ou du charbon symptomatique, produit la maladie mortelle; l'inoculation intraveineuse des trois maladies donne l'immunité, sans maladie. L'immunité ainsi obtenue est, sinon immédiate, au moins très rapide et est obtenue en si peu de temps qu'elle ne peut pas être considérée comme la conséquence d'une maladie atténuée, si légère qu'elle aurait pu passer inaperçue. La rapidité avec laquelle cette inoculation intra-veineuse produit l'immunité, dans certaines espèces animales, a été utilisée pour empêcher le développement de la rage préalablement inoculée par les procédés habituels. Traité ainsi vingt-quatre heures après morsure par un chien enragé, le bœuf est prémuni contre les suites de cette morsure. Tout cela présente des analogies avec des faits expérimentaux antérieurs et peut s'interpréter sans trop de difficulté, depuis que M. Pasteur nous a habitués à compter avec les vaccins solubles.
Mais dans l'inoculation contre la rage, telle que la pratique
M. Pasteur, le vaccin entre par la porte habituelle de la maladie; ce n'est pas dans les veines que le virus est déposé; c'est sous la peau, comme il l'est par la dent du chien enragé. Comment donc cette inoculation, au lieu de la maladie mortelle, donne-t-elle l'immunité sans maladie? Comment cette immunité est-elle si rapidement acquise que l'inoculation faite après la morsure empêche cette morsure de provoquer la maladie? Il y a là deux difficultés qui ne trouvent pas leur solution dans les faits antérieurement connus.
S'agit-il d'un virus atténué? On comprendrait dans cette hypothèse l'immunité sans maladie appréciable; mais on ne comprendrait pas l'immunité plus rapide que la maladie. Eh bien, il ne s'agit pas d'un virus atténué. Ces moelles desséchées, je vous le rappelle, quand on les inocule sous la duremère, provoquent la maladie mortelle tout comme l'inoculation sous-cutanée ou in tra -crânien ne de la moelle fraîche. Il y a bien quelques différences : ainsi la moelle fraîche sous la peau ne tue pas toujours et, quand elle ne tue pas, elle ne confère pas toujours l'immunité; d'autre part, insérée sous la duremère, la moelle fraîche tue plus vite que la moelle desséchée. Ces moelles, qui sont toujours virulentes puisqu'elles tuent toujours quand on les dépose au bon endroit, ont-elles cependant une virulence amoindrie? Cette durée plus longue de l'incubation pourrait le faire supposer. Mais reprenez la moelle fraîche de l'animal qui succombe aux suites de l'inoculation par la moelle desséchée, inoculez-la à un animal sain, la mort arrivera au bout de 7 jours. Le virus a donc gardé toute son activité, toute sa rapidité d'action, ce degré d'exaltation lentement obtenu par de très nombreux passages de lapin à lapin.
Ainsi ce n'est pas un virus atténué que M. Pasteur inocule, c'est un virus renforcé. Il pouvait prendre un virus moyen, celui de la rage canine, par exemple; il pouvait prendre un virus atténué, celui qu'on obtient par le passage répété de singe à singe; il a choisi un virus renforcé. Je soupçonne, — ce n'est qu'une supposition, car M. Pasteur n'a pas l'habitude de nous mettre dans la confidence de ses idées de derrière la tête,