‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 78 sur 180 · THÉORIE ET FORMULE DE LÀ VACCINATION ANTIRABIQUE · texte numérisé non relu

THÉORIE ET FORMULE DE LÀ VACCINATION ANTIRABIQUE

— je soupçonne que, dans ce choix sans précédent, il a été guidé par cette idée : ce qui importe, ce n'est pas de faire de l'immunité contre une inoculation ultérieure de la rage, c'est de produire cette immunité après morsure quand le virus ra= bique naturel commence déjà à évoluer. Il faut donc le devancer, le gagner de vitesse, recourir à un virus vaccinant à évolution plus brève, employer par conséquent un virus renforcé. Inoculé sous la peau, un virus rabique quelconque vaccine souvent; un virus à courte incubation, le virus du lapin, vaccinera, s'il ne tue pas, avant que le virus du chien ait produit la maladie. S'il s'était agi de prophylaxie véritable en vue de morsures possibles dans l'avenir, la source du virus aurait importé peu; mais il s'agissait d'inoculations thérapeutiques. C'est pour cela, je pense, que M. Pasteur a fait choix de la moelle du lapin. Il a fait subir la dessiccation à cette moelle, parce qu'il a constaté empiriquement que, si la moelle fraîche insérée sous la peau tue quelquefois, la moelle desséchée ne tue pas ou ne tue que très exceptionnellement. Il a de plus reconnu empiriquement que plus on insère de virus, moins on a chance de tuer et plus on a chance de conférer l'immunité. En conséquence, M. Pasteur a dû multiplier les inoculations, en faire chaque jour et plusieurs fois par jour. Guidé, sans doute, par des raisons de prudence purement théoriques, il a choisi pour les premières inoculations les moelles les plus anciennes, celles qui ne sont plus virulentes ou qui vont cesser d'être virulentes, pour passer ensuite à des moelles un peu plus dangereuses, pensant faire ainsi des immunités partielles capables de rendre tout à fait inoffensives les inoculations ultérieures de moelles qui auraient subi une moindre dessiccation.

Je me figure que la pratique de la vaccination antirabique a été ainsi édifiée peu à peu, guidée par des vues théoriques et par des raisons empiriques. Cette pratique ayant été démontrée bonne par l'expérience, sa formule est restée définitive et n'a pas varié, même quand la théorie a été modifiée de fond en comble.

Aujourd'hui, M. Pasteur croit que ses moelles desséchées

renferment un virus non atténué, mais raréfié, et d'autant moins abondant que ces moelles sont plus anciennes. 11 admet que ce virus pour produire la maladie exigerait un temps plus long que celui d'une moelle fraîche, la durée de l'incubation étant proportionnelle à la quantité du virus. Il suppose que pendant cette longue incubation l'immunité a mieux le temps de se produire, mais il affirme que cette immunité n'est pas due au virus; qu'elle est produite par une matière vaccinante qui existe dans la moelle à côté du virus et que, si la dessiccation détruit le virus, elle respecte la matière vaccinante.

Désormais le virus ne sert plus à rien : dans la vaccination antirabique, il n'y a qu'une chose utile, la matière vaccinante. Dès lors, pourquoi choisir un virus renforcé, un virus à courte incubation? Pourquoi faire les inoculations successives avec des moelles de virulence croissante? Pourquoi ne pas se limiter à la moelle du quatorzième jour, à la moelle qui cesse d'être virulente et qui est toujours vaccinante, qui a ce qui est utile, qui ne contient plus ce qui risque d'être dangereux? On n'a rien changé à la pratique de l'inoculation contre la rage après morsure parce que cette pratique a fait ses preuves. La nouvelle théorie permettra sans doute d'instituer chez l'animal une méthode plus rationnelle, plus simple, plus sûre, qui pourra être plus tard appliquée à l'homme. En attendant, on reste fidèle aux anciens errements. Les moelles desséchées sont broyées avec du bouillon stérilisé. On fait deux inoculations par jour en commençant par la moelle du quatorzième jour, on arrive graduellement à la moelle du quatrième et même du troisième jour. Voyons quels résultats a donnés cette pratique. Est-elle efficace? N'est-elle pas dangereuse?

Pour trancher la question de l'efficacité de la vaccination contre la rage chez l'homme, on ne peut inoculer un sujet et le faire mordre ensuite par un chien rabique. Le seul moyen que nous ayons de faire notre conviction est de comparer la mortalité des individus qui ont été traités suivant la méthode de M. Pasteur avec celle des individus qui ont été mordus avant l'application de cette méthode.

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