‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 80 sur 180 · STATISTIQUE DE L'INSTITUT PASTEUR · texte numérisé non relu

STATISTIQUE DE L'INSTITUT PASTEUR

vétérinaires sont moins sévères quand il s'agit de délivrer les certificats qui ouvriront les portes de l'Institut Pasteur. Il y a donc là deux éléments d'erreur qui faussent la statistique d'ensemble, l'un par excès, l'autre par défaut.

Dans la statistique générale, prenons celle qui a trait uniquement aux Français et aux Algériens inoculés à Paris ; ceux-là ont pu arriver au laboratoire dans les plus courts délais, et les renseignements ont été plus faciles à recueillir à leur sujet. Parmi eux on a établi trois subdivisions correspondant à trois catégories. L'une contient les cas où la preuve de la nature rabique de la morsure est absolue : la preuve découle ou de ce fait que sur plusieurs personnes mordues par le même animal l'une a déjà succombé à la rage, ou de ce que la matière du bulbe de l'animal inoculée au lapin a déterminé la rage. C'est à cette catégorie de cas que répond le tableau A, inattaquable puisqu'il a pour base une preuve expérimentale ou clinique.

La deuxième catégorie (tableau B) offre encore d'assez grandes garanties : elle comprend les personnes mordues par des animaux qui, examinés par des vétérinaires, ont été, d'après les symptômes et d'après l'autopsie, considérés comme atteints de rage.

La troisième catégorie (tableau G) comprend les individus mordus par des animaux qu'on a des raisons de présumer seulement enragés.

L'ensemble des individus, Français ou Algériens, inoculés appartenant -à ces trois catégories est de 3000 : il y en a 34 de morts; la mortalité est de 1,15 p. 100. Ces 3000 inoculés se décomposent de la façon suivante :

Le tableau A comprend 273 cas; il y a eu h morts : la mortalité a été de 1,36 p. 100. Yoilà un résultat incontestable qui à lui seul est de nature à prouver l'utilité de la méthode, puisque le chiffre le plus probable de la mortalité naturelle avant la méthode était de 16 p. 100. Ces 273 individus mordus par des chiens qui étaient certainement enragés auraient dû fournir kh décès. L'inoculation a abaissé ce chiffre au onzième de ce qu'il aurait dû être.

Le tableau B comprend 2175 cas, il y a eu 28 morts : mortalité 1,28 p. 100.

Le tableau C comprend 552 cas; 2 morts : mortalité, 0,36 p. 100. Je ne tiens pas compte de ce dernier tableau et n'invoquerai même pas les chiffres si éloquents du second, tout en faisant remarquer que le chiffre de mortalité est à bien peu de chose près identique dans les deux premières catégories, ce qui est de nature à montrer que le tableau B n'est guère inférieur au tableau À au point de vue de la nature réellement rabique des morsures.

Dans la catégorie des individus mordus par des animaux sûrement enragés, toutes les morsures n'ont pas la même valeur. Si par exemple la morsure a été faite sur une partie du corps recouverte de vêtements, elle peut n'être pas dangereuse; si c'est à la jambe, la botte peut avoir préservé assez les téguments pour que le mordu n'ait eu qu'une contusion et que sa peau n'ait pas été en contact avec la salive rabique; Tinterposition de vêtements d'étoffe est encore une garantie relative contre l'infection, parce que la dent du chien, en les perforant, peut être débarrassée de la bave virulente. D'une gravité toute différente sont donc les morsures des parties découvertes, des mains et du visage.

Les morsures du visage ont été de tout temps considérées comme incomparablement plus dangereuses. Si on a pu admettre une mortalité de 16 p. 100 pour les morsures prises en bloc, la mortalité pour les morsures de la tête et de la face prises en particulier oscillait entre 60 et 81 p. 100 avant la mise en pratique de la méthode de M. Pasteur. Or, sur 242 individus mordus à la face et inoculés, parmi lesquels 213 appartiennent aux tableaux A et B, il y a eu 11 morts : soit une mortalité de 4,58 p. 100. La comparaison de ces chiffres est vraiment démonstrative en faveur de l'utilité de l'inoculation.

Il y a des morsures plus dangereuses que celles des chiens, ce sont celles des loups. Elles sont plus graves pour plusieurs raisons, peut-être parce que la bave du loup est en elle-même plus virulente, mais surtout parce que cet animal s'acharne sur

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sa victime, fait des blessures plus étendues, plus nombreuses, plus profondes, s'attaque presque toujours à la face et ronge le crâne. Le traumatisme a été quelquefois assez violent pour être seul cause de la mort.

Les statistiques anciennes attestaient toutes la gravité des morsures des loups. Renault indique une mortalité de 66 p. 100 sur 254 cas. M. du Mesnil, dans une statistique établie d'après 300 faits observés pour la plupart par son père, admet une mortalité de 65 p. 100.

Or, sur 199 individus mordus par des loups et inoculés, la mortalité a été de 16 p. 100. Ce chiffre est énorme sans doute; mais il convient de remarquer que la plupart de ces individus sont venus du fond de la Russie, qu'ils ont été inoculés trop tard et que leur appoint charge indûment la statistique. Et cependant la mortalité pour ces inoculés est encore k fois moindre que celle des statistiques établies pour les morsures de cette sorte, antérieurement à la méthode de M. Pasteur.

C'est à propos de ces morsures de loup qu'on a été amené à modifier à l'Institut Pasteur les conditions de l'inoculation. Depuis juillet 1887, on a augmenté la quantité de moelle de lapin dans chaque injection; on dilue deux fois plus de moelle dans la même quantité de bouillon. La conséquence avantageuse de cette modification n'a pas tardé à se faire sentir; dans les mois suivants, r\\\ 1er juillet au 31 décembre 1887, la mortalité en bloc n'a été que de 0,73 p. 100.

On a encore modifié depuis la méthode en augmentant la quantité du liquide inoculé, on injecte depuis le commencement de cette année lec,5 au lieu de lcc. La mortalité a encore diminué. Depuis le 1er janvier jusqu'au 30 avril 1888, la mortalité n'a été que de 0,34 p. 100, c'est-à-dire le quart de ce qu'elle était autrefois.

Je ne veux pas triompher de ces chiffres donnés par la statistique en bloc. On a tant essayé d'émouvoir l'opinion au sujet de ces vaccinations intensives, qu'il convient d'y regarder d'un peu plus près. C'est à Odessa qu'elles ont été pratiquées avec le plus de hardiesse. Là on n'a pas seulement inoculé souvent

et beaucoup, on ne s'est pas arrêté à la moelle du quatrième ou du troisième jour, on a poussé jusqu'à la moelle de vingt-quatre heures. Sur 400 cas, les vaccinations simples avaient donné une mortalité de 2 p. 100; sur 140 cas, les vaccinations intensives ont donné zéro comme mortalité.

A Paris, avant l'adoption de la méthode intensive, la mortalité de l'ensemble des séries A et B était de 1,57 p. 100; depuis la méthode intensive, elle est de 0,97 p. 100. Avec les inoculations simples, les morsures de la tête donnaient une mortalité de 7,35 p. 100; avec la méthode intensive, la mortalité des morsures de tête n'a plus été que 1,28 p. 100. Ainsi, loin d'aller en augmentant, la mortalité a diminué à mesure qu'on a augmenté les doses de la matière vaccinante et virulente.

Si nous examinons une autre statistique des cas de morsure et des cas de rage faite l'année dernière très soigneusement par M. Dujardin-Beaumetz au sujet des individus mordus en 1887 dans le département de la Seine, nous voyons qu'il y a eu 350 cas de morsure. Les mordus ont été divisés en 2 catégories. Les uns ont été traités à l'Institut Pasteur, c'est le plus grand nombre heureusement ; pour eux la mortalité a été de 0,76 p. 100 (2 sur 306). Les autres, qui ont été pour une raison ou pour une autre détournés d'aller se soumettre au traitement, sont au nombre de M; 7 sont morts; la mortalité a été de 15,9 p. 100, exactement le chiffre indiqué par M. Leblanc pour la rage, avant la méthode de M. Pasteur,

Yoilà le résultat auquel aboutit la campagne menée à l'Académie et dans une certaine presse.

Je sais bien que M. Peter trouve très exagéré le chiffre de 16 p. 100, le plus faible qui soit indiqué dans les statistiques dont je vous ai parlé; il préfère prendre pour base d'appréciation une statistique de Hunter, à laquelle il attribue une mortalité de 5 p. 100 seulement. Je ne connais pas cette statistique et ne puis pas la discuter; mais, en acceptant même ce chiffre, il est encore sept fois plus fort que le chiffre de la mortalité observée chez les Parisiens qui ont eu le bon esprit de se faire inoculer par M. Pasteur.

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