‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 79 sur 180 · STATISTIQUES ANCIENNES DE LA MORTALITÉ RABIQUE · texte numérisé non relu

STATISTIQUES ANCIENNES DE LA MORTALITÉ RABIQUE

Cette comparaison se présente malheureusement dans des conditions très défectueuses, car les deux termes ne sont guère comparables; d'une part, nous possédons au sujet des personnes mordues et traitées des documents statistiques précis, extrêmement nombreux; et d'autre part, les renseignements que nous avons sur les sujets mordus et non traités, sont très nombreux sans doute, mais peu précis et peu dignes de confiance.

Examinons d'abord quelle était, avant la mise en pratique de cette méthode, l'opinion des médecins sur la mortalité à la suite de morsure par chien enragé. Poland admet 25 p. 100; Gamgee conclut de l'examen des différentes statistiques partielles à une mortalité de 5 à 55 p. 100; Gowers dit 30 à 50 p. 100; Faber, 20 p. 100. Renault, d'après un nombre considérable de faits, donne 33 p. 100. Bouley, se basant sur les renseignements du Ministère de l'agriculture, qui relève chaque année les cas de morsures par chiens enragés et les cas de mort à la suite de ces morsures, admet pour une période de dix ans Kl p. 100. M. Leblanc, jugeant sur des observations personnelles moins nombreuses, mais plus précises, arrive à 16 p. 100 seulement. Yulpian a adopté un chiffre intermédiaire, 20 p. 100.

En résumé, quel que soit le chiffre accepté, si léger que soit le pourcentage, il n'a jamais été considéré comme inférieur à 16 p. 100. Je n'accepte pas les hl p. 100 de Bouley, parce que ce chiffre est basé sur une statistique officielle qui est nécessairement fausse ; car, si on sait à peu près exactement au Ministère le nombre des morts, jamais on ne connaîtra le nombre des mordus. Je préfère de beaucoup le témoignage de vétérinaires praticiens comme M. Leblanc, qui peuvent dire : « J'ai reçu un chien qui avait mordu tant de personnes; j'ai suivi ce chien jusqu'à l'autopsie inclusivement, j'ai suivi les personnes mordues : parmi elles, il y en a tant qui ont succombé à la rage. » Leur chiffre de mortalité est le plus faible, mais je le crois plus proche de la vérité.

Voyons maintenant ce que nous fournit l'examen de l'autre catégorie d'individus, ceux qui, ayant été mordus, ont été inoculés d'après la méthode de M. Pasteur.

Les hommes inoculés avec le virus rabique sont actuellement plus de 6000. De juillet 1885 à février 1887, le nombre des inoculés était de 3852, la statistique n'a pas été arrêtée en février, mais trois mois après, en mai 1887, afin que les cas de mort qui pouvaient survenir chez les derniers inoculés aient eu le temps de se produire. Le nombre des morts a été de 5Zi, ce qui fait une mortalité de 1,4 p. 100. Cette statistique a été apportée avec un véritable enthousiasme par Vulpian à l'Académie des sciences. Admettant que la mortalité naturelle par la rage est de 20 p. 100, il concluait que 770 individus auraient dû mourir, et que par conséquent 716 avaient été sauvés par la méthode. De telles exagérations sont compromettantes. Il n'est pas possible d'admettre que, avant la découverte de M. Pasteur, il y ait eu, en moins de 20 mois, 770 décès rabiques, plus de 460 par année.

Le mouvement d'opinion qui s'est produit sous l'influence des polémiques soulevées par la découverte de M. Pasteur a été cause que beaucoup d'individus se sont présentés qui n'avaient pas été mordus par des chiens enragés ou qui même n'avaient pas été mordus du tout. Je concède donc tout ce que voudront ceux qui ont accusé l'exagération de Vulpian.

Cependant, entrons dans les détails.

Beaucoup d'individus mordus se sont présentés pour être traités dans des conditions défavorables. Il y a eu des étrangers venus du fond de la Russie et même d'Amérique, ayant dû faire de longues démarches avant d'être envoyés à Paris, ayant ensuite subi la lenteur du transport. Ils arrivaient au terme de l'incubation et toute tentative de préservation devait être illusoire. En revanche, parmi les individus de France, il y en avait certainement qui, ayant été mordus par des chiens dont rien n'avait prouvé la rage, avaient été poussés par la simple frayeur à venir se faire inoculer. Je sais bien qu'on est très sévère sur ce point à l'Institut Pasteur et qu'on se refuse à inoculer les gens qui ne sont pas porteurs de certains documents de nature à faire admettre pour vraisemblable l'existence de la rage chez l'animal mordeur. Mais je sais aussi que les médecins ou les

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