GUÉRISON ET IMMUNITÉ OBTENUES PAR L'ORGANISME
des microbes. Il ne peut le plus souvent que venir en aide à l'organisme en lui donnant le temps et la force de réagir contre eux; il peut cependant les influencer dans une certaine mesure en modifiant leurs fonctions, en modérant leur pullulation. Son rôle est donc double. Quelquefois cependant le médecin réussit à détruire vraiment lui-même les microbes, quand ils sont localisés dans un tissu accessible, sur une surface limitée, dans la cavité d'un abcès, dans la plèvre, dans l'intestin; ce sont là des cas exceptionnellement favorables.
Ce qui se passe au contraire à chaque instant, c'est que l'organisme à lui seul immobilise les agents infectieux et les détruit sans notre secours. Peu à peu par cette lutte avec les microbes ses cellules s'aguerrissent; elles triomphent de plus en plus aisément des mêmes ennemis. L'organisme est ainsi mis en mesure de ne plus subir les affronts des agents infectieux qui sont encore en lui, en même temps qu'il se trouve à l'abri des outrages futurs de ceux de même espèce qui pourraient s'y introduire ultérieurement.
C'est donc par un même procédé que se trouvent réalisées la guérison et l'immunité. Ce résultat est dû en partie à une modification imprimée à la nutrition des cellules par le fait même de leur lutte contre les microbes; quelquefois aussi un élément chimique intervient; les matières solubles fabriquées par les microbes concourent à imprimer aux cellules une modification nutritive durable; ces substances à la fois morbifiques et vaccinales ont ainsi, suivant les doses et les circonstances, une action fâcheuse ou favorable.
Mais les matières chimiques solubles élaborées par les microbes ne sont pas les seuls agents capables de modifier la nutrition des animaux. Il en est d'autres qui peuvent la suractiver au point de la rendre aussi puissante contre les parasites infectieux que celle des individus vaccinés. Je veux parler des modificateurs hygiéniques qui sont indubitablement de nature à augmenter la résistance de l'organisme contre l'infection. L'influence de l'air, de la lumière, de la chaleur, du froid, de la sécheresse, de l'activité nerveuse, de l'alimentation, si
nous savons en tirer partirent nous mettre à l'abri des atteintes des microbes pathogènes. L'immunité naturelle est en somme la résultante de toutes ces influences. L'inévitable exemple des moutons algériens se représente à la pensée; ils sont réfractaires au charbon; les moutons français y sont très prédisposés. L'immunité qu'ont acquise les moutons français par suite de leur transplantation en Algérie est uniquement due à la nutrition particulière que des conditions hygiéniques différentes leur ont imposée ; l'hygiène a suffi pour faire disparaître la prédisposition morbide de la race primitive.
Les conditions contraires à celles qui créent l'immunité naturelle rendent l'organisme animal capable de contracter des maladies. Une mauvaise hygiène diminue la résistance vitale, augmente l'aptitude à devenir malade, crée la prédisposition morbide. La pathologie humaine, à l'appui de cette assertion, nous fournit entre autres l'exemple de la tuberculose. Tous les cliniciens savent que les chagrins, les influences morales dépressives, l'ennui, la vie en captivité, volontaire ou non, la privation d'air et de lumière, le séjour dans une atmosphère confinée, l'habitation dans un appartement humide où ne pénètre pas le soleil, tout le monde sait que les excès, le surmenage, l'alimentation insuffisante ou défectueuse diminuent la résistance de l'organisme à la phthisie. Il y a des degrés dans l'aptitude à contracter la tuberculose. L'homme n'est pas l'espèce la plus prédisposée à cette maladie. Il est exposé à une contamination incessante, parce qu'il vit en société; dans les cités chacun de nous est en contact à chaque instant avec des phthisiques qui expectorent sans précaution sur le sol ; la dessiccation et le cheminement incessant des passants transforment les crachats en détritus pulvérulents que le vent soulève et que chacun de nous respire. Nous tous particulièrement qui vivons dans les hôpitaux et passons notre existence avec des phthisiques, nous sommes incessamment en contact avec des bacilles tuberculeux, et cependant la contamination est en somme exceptionnelle. Si le dépôt d'un seul bacille dans l'appareil respiratoire devait donner la tuberculose, tous les hommes en