COMMENT ON DEVIENT PHTHISIQUE
société seraient détruits par elle. Mais il y a dans les particularités de la nutrition de l'homme quelque chose qui le met en général à l'abri de l'atteinte du bacille. Seulement, si son énergie vitale vient à s'amoindrir, sa résistance à l'infection diminue, il acquiert au contraire une prédisposition morbide.
Ainsi les hommes malades sont plus prédisposés que d'autres; les chroniques de nos hôpitaux deviennent souvent phthisiques, tandis que les gens bien portants peuvent vivre impunément en contact avec eux. Les suppurations et les diarrhées chroniques, l'affaiblissement causé par des grossesses successives et la lactation prolongée, les troubles de la nutrition comme le diabète, prédisposent à la tuberculose. Si le bacille pénètre en nous tous, il ne produit ses dégâts que chez les sujets épuisés par la mauvaise hygiène et la maladie, ou momentanément amoindris par quelque cause dépressive.
J'ai signalé avec insistance, parmi les maladies qui prédisposent à la phthisie, les maladies chroniques du tube digestif; elles n'ajoutent certainement rien à la vertu nocive du bacille, mais, en déterminant une insuffisance alimentaire, elles privent l'organisme de Tune de ses défenses ordinaires contre l'infection.
Cherchez parmi les tuberculeux combien il y a d'individus atteints primitivement de troubles dyspeptiques. Chez 80 pour 100 (et non plus seulement 75 pour 100, comme je l'avais dit antérieurement) on constate qu'une lésion antérieure du tube digestif, la dilatation de l'estomac, existait depuis de longues années. Cette ectasie gastrique n'est pas, comme on l'a prétendu, la conséquence de la phthisie; vous pouvez être certains qu'elle remonte à une époque ancienne, quand vous trouvez chez le malade les stigmates qu'elle imprime sur le squelette et en particulier les nodosités des deuxièmes articulations des doigts.
Toutes les conditions mauvaises, les influences hygiéniques et pathologiques que je viens d'énumérer, ont pour effet de créer la prédisposition à la tuberculose en diminuant la nutrition de l'homme, en affaiblissant son immunité naturelle, si
bien qu'il devient comparable au lapin, au cobaye, à la vache, espèces animales qui, par nature, offrent beaucoup moins de résistance à l'infection tuberculeuse.
Mais nous sommes les maîtres de modifier les conditions hygiéniques, souvent même les conditions pathologiques, et nous pouvons agir sur les détériorations qui résultent des vices de l'hygiène. Nous le faisons pour ce qui est de la tuberculose dans deux ordres de circonstances.
Nous sommes consultés par exemple pour quelque enfant encore sain, mais né de parents tuberculeux; d'autres enfants des mêmes parents ont succombé déjà à des méningites ou portent des cicatrices d'écrouelles. Que fait le médecin pour cet enfant exposé comme nous tous à la contamination par les bacilles ambiants, mais probablement moins capable de résistance? Il emploie les ressources hygiéniques qui peuvent produire les résultats contraires à ceux que des conditions hygiéniques défavorables avaient entraînés.
La privation d'air amène, disions-nous, la diminution de la résistance vitale ; ce prédisposé à la tuberculose sera soumis à une aération aussi continue que possible, la nuit comme le jour. L'absence de soleil abaisse le taux nutritif, soumettons-le à une radiation solaire énergique. Envoyons-le respirer Fair des montagnes, l'air marin : l'été, utilisons pour lui les stations d'altitude où l'air est froid, mais sec; l'hiver, nous le dirigerons non pas vers les pays chauds, mais vers ces plages méridionales où le ciel est habituellement clair, où le soleil ne reste jamais longtemps absent, où l'on peut vivre continuellement au grand air.
Connaissant l'inconvénient de l'insuffisance alimentaire, nous réglerons l'alimentation de manière à rapprocher l'homme des carnassiers qui sont réfractaires à la tuberculose. Nous ne négligerons pas les stimulations nerveuses, nous conseillerons les distractions, les occupations agréables, l'activité cérébrale, et non le repos de l'esprit. Nous nous adresserons au système nerveux central en excitant les expansions nerveuses périphériques cutanées et rétiniennes; nous utiliserons les frictions,