VINGTIÈME LEÇON
(2-4 mai 1888.)
Outre l'évacuation des microbes introduits dans l'organisme, outre la protection de l'organisme contre leur invasion, l'antisepsie doit se préoccuper des poisons qu'ils ont fabriqués. — Distinction entre les antiseptiques vrais et les substances qui neutralisent les ferments solubles. — Action physique du charbon contre les poisons putrides. — Possibilité de protéger l'organisme contre certains poisons chimiques en les faisant entrer dans des combinaisons insolubles. — Antisepsie indirecte faite en excitant le sang et les tissus à oxyder les poisons (diminution de la toxicité des urines par le séjour dans l'air comprimé), en stimulant la fonction du foie relative à la destruction des poisons. — Stimulation de l'activité des émonctoires et surtout du rein au point de vue de l'élimination des poisons.
Thérapeutique physiologique visant non plus le microbe et ses produits, mais l'organisme qu'on se propose de fortifier contre l'infection. — Nécessité d'éviter aux blessés et aux opérés les secousses nerveuses, l'excès de souffrance ; danger de la secousse génitale, du choc de froid. — Soins à donner à l'alimentation au cours des maladies infectieuses. — On doit se préoccuper des conséquences tardives des infections : lésions viscérales et vasculaires, scléroses des centres nerveux (fréquence du tabès chez les syphilitiques et chez les tuberculeux). Faits expérimentaux qui démontrent l'existence de conséquences lointaines des maladies infectieuses : paraplégie tardive, dégénérescences rénale et cardiaque dans la maladie pyocyanique. — Les antiseptiques et les spécifiques n'ont plus d'action curative sur ces lésions secondaires et éloignées. — Le mercure fait place aux iodures dans la thérapeutique de la syphilis tertiaire.
Éloigner de l'homme les microbes, chasser ceux qui sont à la surface de son corps ou ceux qui vivent dans ses organes intérieurs, s'opposer à ce que les germes du dehors arrivent aux surfaces par où pourrait se faire l'infection, et, si cette infection est déjà réalisée, balayer ces organismes parasites, les tuer ou restreindre leur pullulation, c'est faire de l'antisepsie; mais ce
n'est qu'une part de l'antisepsie. Les microbes sont surtout dangereux par les matières qu'ils sécrètent; nous ne sommes pas sans action sur ces matières.
Parmi ces produits de la sécrétion des microbes, il y a des ferments solubles et des substances toxiques. L'acide salicylique, médiocre antiseptique, est un des meilleurs agents de neutralisation des ferments solubles. Pour empêcher l'action nuisible des poisons sécrétés par les microbes, nous disposons de moyens très nombreux. Pendant dix ans, j'ai fixé sur la poudre de charbon végétal les poisons putrides de l'intestin, rendant ainsi leur absorption impossible. C'était déjà de l'antisepsie que je faisais en 1874 quand j'administrais le charbon à haute dose dans la fièvre typhoïde; cependant je ne touchais pas au microbe. C'était, je crois, un progrès, mais ce n'était qu'un premier pas dans la voie de l'antisepsie intestinale.
A défaut d'un corps agissant comme le charbon par une de ses propriétés physiques, on peut soustraire les matières toxiques à l'absorption à l'aide de moyens chimiques, en produisant des combinaisons insolubles. Pour certains alcaloïdes toxiques ce serait peut-être réalisable. De telles combinaisons s'accomplissent quelquefois spontanément dans le sang.
Il y a une septicémie que j'ai décrite en 1870 et que j'avais obtenue par un procédé analogue à celui de Davaine, en chauffant du sang humain dans l'étuve à Z|2° pendant 48 heures; chez le lapin atteint de la septicémie que produit l'injection de ce sang, on constate pendant la vie la présence de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien; l'ammoniaque fabriquée par le microbe forme au contact des phosphates et de la magnésie contenus dans les humeurs un composé insoluble qui, pendant un temps, l'empêche de manifester ses propriétés toxiques. Ce fait se trouve signalé dans la thèse de M. Perret sur les Septicémies. On peut trouver là peut-être l'indication d'une médication à étudier dans les cas d'ammoniémie.
On peut faire mieux que de précipiter les substances toxiquesr on peut inciter l'organisme à les brûler dans le sang ou dans