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Thérapeutique des maladies vénériennes et des maladies cutanées

Ce livre est le fruit, aujourd'hui inùr, île plus de trente ans d'étude et d'expérience. Une si longue pratique des maladies vénériennes, éclairée par la part incessante que j'ai prise au journalisme médical, me donne, je pense, quelque droit de dire que, durant le cours de ma carrière, il n'est guère de méthodes, de formules, tant en France qu'à l'étranger, que je n'ai connues et mises à l'épreuve.

Eh bien ! de toutes ces ressources, ce ne sont que celles reconnues par moi comme vraiment utiles que j'ai voulu consigner dans cet ouvrage. Qu'on n'y cherche donc point un exposé, moins encore une critique des acquisitions successives de la science et de l'art. Une seule chose m'a préoccupé : décrire les médications nécessaires avec assez de détails, et les rattacher à leurs indications, souvent si complexes, avec assez de précision pour que, en aucun cas, le praticien ne puisse être arrêté par une difficulté sérieuse ; pour que, en un mot, autant qu'il se peut, au sortir de ces pages, le lecteur, initié, soit fait spécialiste.

Tel a été mon but; et dès l'abord j'ai dû l'énoncer. Cette déclaration m'expose, je le sais, à de légitimes exigences ; mais elle servira, par contre, à justifier en partie mon œuvre des omissions et lacunes qu'il serait si aisé d'y relever.

P. DIDAY.

On a appelé vénériennes les maladies qui ont leur source la plus ordinaire dans les contacts et frottements mutuels destinés à provoquer l'éjaculation.

Ces contacts et frottements agissent tantôt comme moyen de transmission, tantôt comme cause d'irritation vulgaire. De là, àëux classes de maladies vénériennes : les contagieuses, au nombre de trois, blennorrhagie, chancrelle, syphilis; les non contagieuses, végétations, adénite, balanite, herpès, phimosis et para-phimosis, urétrorrhée, prostatorrhée, spermatorrhée, abcès vulvaires, abcès juxta-frénaux, etc.

Sans doute, il serait logique de faire de ces maladies deux classes distinctes. Mais celles de la seconde catégorie naissant habituellement pendant le cours, à l'occasion de celles de la première, il est préférable de décrire ces diverses lésions groupées selon leurs affinités naturelles, c'est-à-dire selon les rapports soit de siège, soit de causalité, soit de succession, soit de simple coïncidence, que la clinique nous montre entre les unes et les autres.

I!LE»0RRHAG1E

Ce mot. dans le langage usael, comprend des inflammations de diverses membranes mm^ueuses. déterminant la sécrétion d'un pus dont le contact sur les muqueuses similaires soit du malade, soit d'un autre individu, y reproduit la même inflammation. L'urèthre. le ragin. la conjonetÎTe sont les sièges les plus cz'mmuns de la blennorrha^ie.

BLENNORRHAGIE URÉTHRALE A. — Cbez IlioiiLme.

La plus firéquente de toutes, elle est comme le type des affections blennorrliagiques. Mais elle a aussi été prise peur tjpe def iofliumnaïions de rurèlhre : si bien que dès qu'un homme coule ou que seulement il souffre du canal, instinctÎTement il croit avoir eontraeté une blennoirhagie. avoir, selon régression Tulgaire. prû du mal. . .

C est là un préjugé, et un préjugé fertile en teiTeurs imaginaires, en 5onpç^:»ns injustes, en accusations mal fondées. Aussi nous attacherons-nous à faire sur ce point la lumière, en consacrant, après la blennorrha^ie. un chapitre spécial (sous le nom de hlennorrhoîdes aui diverses uréthropathies qui peuvent la simuler, et qui souvent \i compliquent.

I^. blemiorrhagie uréthrale provient toujours du cjntact du pus d'une blemiorrhagie : c'est là sa seule origine.

Médicalement, ee principe ne se conteste point, car il n'est qu'une a]^ de la loi qui préside à la pathogénie de

toutes le= ^ - . :î contagieuses.

Ibis dans le monde on ne l'entend point ainsi. « La femme que j'ai Tue n'avait point de mal î » telle est la première

BLE>>ORRHAGIE L'RÉTHRALE CHEZ L'HOMME. 5

parole que tout blennorrhagien, et sans qu'on le questionne, adresse à son médecin. Ce qui justifie parfaitement la réponse de Ricord à un naïf de cette espèce ;

« Eh bien! s'il en est ainsi, mon ami, je n'ai qu'un conseil à vous donner : c'est, une fois guéri, de ne plus voir que des femmes qui ont du mal. »

— « Que des femmes qui ont du mal, docteur !!...

— « Dam ! Puisque celles qui n'en ont pas vous en donnent ! . . . »

Ce trait désarçonne le client. Mais préférez-vous le contenter? Rien de plus facile. Dites-lui seulement : « Mais peutêtre cette femme avait-elle des pertes blanches !» A ce mot, vous voyez sa figure s'épanouira Et cette solution, qui le satislait en ouvrant à son amour-propre un échappatoire, satisfait également le médecin ; car bien souvent, lorsqu'on examine la femme ([ui a donné du mal à un homme, on ne trouve chez elle que des pertes blanches.

Or, toute j^erte blanche peut-elle produire une blennorrhagie?... Non. Celles qui proviennent de gastralgie, d'aménorrhée, de lymphalisme, de catarrhe utérin simple, etc., sont sans danger pour l'homme (comme les flux uréthraux de l'homme, qui dépendent de l'arthritis ou d'un rétrécissement, le sont pour la femme) . Seulement, si la femme qui passe pour avoir une perte blanche a, en réalité, quelque reste de blennorrhagie vaginale ou utérine, qu'arrive-t-il ? C'est qu'une goutte de ce pus blennorrhagique peut contagionner, ou que, se mêlant au liquide inoffensif d'une perte blanche, il donne à celle-ci ses propriétés contagieuses ; cas d'autant plus com-

*■ 8 Mais si elle n'a qu'une perte blanche, insistent certains clients moins accommodants, comment se fait-il qu'elle ait pu me donner du mal; car elle ne souffre pas, elle, et moi je soutire! » Fermez la bouche à ces raisonneurs, en leur expliquant que le même mal peut être douloureux ou inoffensif, selon le siège qu'il occupe, selon qu'il existe sur Vurcthre où le passage de l'urine et l'érection produisent de la douleur), ou sur le vagin ^qui est exempt de ces causes irritantes).

6 BLENiSORRHAGIE.

mun que la goutte, ou suintement blennorrhagique n'est pas moins tenace, persistante dans le sexe féminin que dans le masculin ; cas d'autant plus insidieux que, parvenue à ce degré, la blennorrhagie ne cause à celle qui en est atteinte aucune douleur ; que cette blennorrhagie a tous les caractères objectils de la perte blanche, ne s'en distingue absolument que par son origine, origine que la coupable ignore souvent et, en tout cas, n'avoue jamais.

Un fait bien connu prouve la justesse de cette explication. On ne prend jamais de mal avec une femme honnête^ ; généralement un mari n'en prend pas avec sa femme, quoique celle-ci ait des pertes blanches. Et le même homme, notons-le bien, contractera la blennorrhagie s'il voit, en dehors de son ménage, une fille ayant des pertes, quelques soins de propreté, quelques précautions que ces sortes de créatures prennent pour épargner à leur amant le contact de l'écoulement vaginal.

J'ai dit qu'il est parfois impossible de reconnaître par l'examen si un écoulement vaginal contient de la matière blennorrhagique ? Il y a cependant des probabilités qu'il en est ainsi quand les surfaces sécrétantes offrent la rougeur et le gonflement propres à l'inflammation, quand l'écoulement est extrêmement purulent, et surtout quand il y a coexistence d'un écoulement par l'urèthre, car la perte blanche simple, la leucorrhée, ne s'accompagne point d'uréthrite ; celle-ci, chez la femme, est donc presque toujours de natur-e blennorrhagique.

Conclusion, comme règle de conduite : tenez-vous à plaire à vos deux clients, à celle qui trompe comme à celui qui veut

* Au rebours de Brantôme, j'entends ici par femme honnête celle qui l'est réellement. — Mais il est des cas cependant, cas rares mais bien constatés, où une femme, restée fidèle à son mari, peut lui donner une blennorrhagie : c'est lorsque le mari, en ayant une, Fa d'abord communiquée à sa femme. Or, pendant que le mal méconnu ou négligé par celle-ci persiste chez elle, le maiù se traite du sien; si bien que, plus tard, guéri lui, il peut, en cohabitant avec sa femme, qui a gardé un reste, coïncidant ou non avec des pertes blanches, contracter à nouveau une véritable blennorrhagie.

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être trompé?... Acceptez la perte blanche pour argent comptant; laissez cette étiquette honorable garantir les produits d'un commerce dont les fraudes ne pourraient être mises au jour sans péril pour la paix des ménages. — Tenez-vous, au contraire, à connaître la vérité vraie, afin d'en faire profiter ceux qui savent l'entendre?... Alors, pénétrez-vous des principes ci-dessus. Interrogez, explorez à fond les femmes incriminées. Examinez leur vagin plusieurs heures après qu'elles se sont lavées, leururèthre plusieurs heures après qu'elles ont uriné; n'omettez jamais le spéculum pour rechercher s'il existe un suintement venant de l'utérus ; pressez aussi sur la glande de Barlholin : et souvent une goutte de pus, émergeant à l'improviste, vous fournira à la fois l'explication du passé et la sauvegarde de l'avenir.

La blennorrhagie uréthrale est une inflammation aiguë, à marche réglée. Ses symptômes (douleur en urinant et dans l'érection, sécrétion mucoso-purulente, gêne de la miction), suivent par conséquent un cours constant d'augmentation puis de déclin, l'un et l'autre graduels.

Mais ces phases successives de croissance et de décroissance, médiocrement intéressantes pour le pathologiste, le sont, au contraire, beaucoup pour le spécialiste. Car à chaque période correspond une médication distincte, qui ne servira plus, qui pourra même nuire si on l'administre dans une phase autre que celle à laquelle elle est appropriée. Aussi, afin de mettre dans la description autant de précision que la thérapeutique en exige, diviserai-je l'évolution de la blennorrhagie en quatre périodes : celle de début du mal (où on peut le faire avorter) ; celle d'état (où il n'y a pas d'espoir d'obtenir la cure rapide et où parfois il serait préjudiciable de la tenter) ; celle de maturité (où cette cure peut et doit être provoquée) ; enfin celle de chronicité (où des indications toutes différentes naissent de la tendance du mal à persister). En d'autres termes, pour le

praticien : état abortible; état irrépressible; état répressible, et souvent état stationnaire.

1° ÉTAT ABORTIBLE.

La sensation de lassitude locale qui parfois succède, pendant huit ou dix heures, au coït a fait place à un état complètement normal. Durant au moins vingt-quatre iieures, souvent quarante-huit ou soixante, l'homme même qui s'observe le plus minutieusement n'a eu conscience d'aucune modification dans son fonctionnement génito-urinaire, lorsque, en moyenne deux jours et demi après l'acte contagionnant, il éprouve, en urinant, une sorte de chaleur très-faible et absolument sans douleur. Peu d'heures après ce premier avertissement, un picotement est senti dans la fosse naviculaire, picotement instantané comme celui que produit une mouche qui se pose.

Dès lors, un vieux routier, un blennorrhagien émérite connaît son sort. Il a pu s'y laisser prendre : il ne s'y laissera pas tromper. Ce simple éclair, ce vague frémissement, éclatant en pleine santé, au moment où la fatigue résultant du coït avait cessé, lui dénote l'invasion fatale. S'il doute encore, — ^ en pareil cas, qui n'aime à douter? — il se met en mesure de vérifier le fait de visu ; et pour cela il espace ses mictions, afin de permettre à la sécrétion morbide, encore faible, qui va avoir lieu, de s'accumuler en quantité perceptible.

Si donc, cinq heures après avoir uriné, en pressant le canal, vous amenez au méat une goutte blanche, ou même seulement teintée de blanc, n'hésitez plus à tenter l'abortion. A ce moment, elle est possible, et de plus très-probable. Tout retard, inutile pour le diagnostic, ne ferait que diminuer les chances de réussira

Une injection avec la solution de nitrate d'argent est le

' La plupart des malades laissent passer ce moment, et, ne nous consultant que deux ou trois jours après, nous disent candidement, au sujet de cette première goutte : « Comme c'était peu de chose, j'ai pensé que ce n'était rien. »

PÉRIODE ABORTIBLE. 9

/ meilleur agent abortif. Dose suffisante, mais nécessaire, 0,2 [ de sel sur 18 grammes d'eau distillée.

Autant que possible, ne confiez pas le soin de faire l'injection au client, le plus souvent inexpérimenté, craintif ou maladroit. Chargez-vous en : quoi qu'il arrive, il vous en saura gré.

Au début, l'inflammation n'occupant encore que 5 ou 6 centimètres de l'urèthre, il suffit d'injecter 8 grammes (environ une cuillerée à café) de la solution. Mais l'inflammation ayant commencé par le méat, il importe que l'extrémité du canal, qui est la plus malade, n'échappe pas à l'action du liquide caustique : il faut donc retenir ce liquide, non en pinçant le bout du gland, comme on le fait d'ordinaire, mais en plaçant un doigt devant l'orifice.

Retenez ainsi l'injection cinq minutes. Puis, après l'avoir laissé sortir, et le client étant averti de ne pas uriner immédiatement, prévenez-le que dans une heure et demie commencera une sécrétion purulente épaisse, avec douleur en urinant, sécrétion dont il ne doit pas s'alarmer, qui n'est que l'effet de l'injection, et qui cessera d'elle-même au bout de vingt-quatre ou trente-six heures.

A ce terme, si l'abortion a réussi, on trouve le canal sec, quoiqu'un peu de dysurie (effet de la cautérisation) doive persister durant quelques jours. En cinq jours, la guérison est complète, et le client peut reprendre toutes ses habitudes.

Si, au contraire, l'abortion a échoué, voici ce qu'on observe : Après un jour ou un jour et demi de guérison apparente, il s'établit, peu à peu, une sécrétion purulente, sécrétion qu'on distinguera aisément de celle produite par l'injection, d'abord, parce qu'elle ne commence que trois jours après l'injection , faite, puis, parce qu'elle va en augmentant, tandis que celle due à l'injection va toujours en diminuant.

A ce moment, c'est-à-dire quand la blennorrhagie, suspendue, mais non guérie par l'injection, reparaît, quelques malades demandent qu'on en fasse une nouvelle. Erreur que

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le médecin ne sanrait partager, car si le mal, pris au début, a résisté à la médication, n'y résisterait-il pas à plus forte raison encore, étant pris à une période plus avancée ?

J'ai précisé l'époque où l'injection abortive réussit presque certainement. Mais si le malade a été négligent, l'inQammation a eu le temps non-seulement d'envahir une plus grande étendue de l'urèthre, mais encore de pénétrer les tissus à plus de profondeur. Le sujet doit donc être prévenu des chances moindres qu'aurait alors un essai d'abortion. Sur sa demande on peut néanmoins consentir à le faire, si la sécrétion n'est pas exclusivement purulente, et s'il n'existe pas encore de rougeur, et surtout d'oedème des lèvres du méat.

En ce cas, ne cherchez pas à compenser le désavantage de la situation en élevant la dose du caustique. Trois manœuvres supplémentaires réaliseront mieux ce but :

1" C'est, d'abord, le séjour plus prolongé de l'injection, «ou mieux deux injections faites successivement dans la même séance, et de cinq minutes chaque^ On peut même aller jusqu'à quinze minutes en tout.

2° Puis, l'injection étant faite, tandis qu'avec le pouce gauche je ferme l'urèthre, du bord externe de l'index droit je refoule di arrière en avant le liquide ; ainsi comprimé entre les deux doigts qui le pressent en sens inverse, le liquide forcément étale les plis, comble les lacunes, enfile les follicules de la muqueuse, s'insinue, en un mot, partout où a pénétré l'inflammation qu'il doit éteindre sur place,

5" Enfin, lorsque le méat est déjà rouge, il faut, pendant que l'injection est dans l'urèthre, coiffer cet orifice avec un dé à coudre plein du même liquide, et l'y tenir, ainsi renversé, près de trois minutes; ceci pour agir sur les lèvres même du méat.

* La première sort en effet blanchie; ce qui prouve que la solution s'était (îécomposée au contact d'un peu d'urine, était, en partie devenue un chlorure d'argent, que par conséquent son pouvoir caustique s'était affaibli.

Certains clients sont dans de bonnes conditions pour tenter l'abortion ; mais ignorant cette ressource, ils n'en demandent pas l'application. D'autres, quoique étant venus consulter à une période un peu avancée, insistent pour qu'on essaie de couper. Que doit faire le médecin ?

Aux uns comme aux autres, il doit dire quelles sont leurs chances; leur représenter, avant tout, qu'il n'y a, à tenter l'abortion, ni danger, ni même perte de temps, seulement un peu de douleur. Mais à tous, surtout aux tard venus, il déclarera qu'on n'est sûr de rien, que, même dans les conditions les plus favorables, il n'y a jamais que présomption plus ou moins grande de réussir.

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