ÉTAT IRRÉPRESSIBLE
Ce mot n'est pas ici sans dessein. Je l'ai choisi parce qu'il répond à un préjugé aussi funeste que général.
Quand l'uréthrite date de plusjle trois jours ; quand sa sécré- \ tion fournit une goutte de pus par heure; quand il y a douleur, soit en urinant, soit durant l'érection ; quand les bords j du méat — indice de l'état de la muqueuse uréthrale, comme j la langue l'est de celui du tube digestif — sont rouges et luisants, beaucoup de malades et quelques médecins s'imagi- | nent que, même à ce degré, on peut obtenir la guérison expéditive, au moyen du copahu et d'injections astringentes, cathé- \ rétiques ou caustiques. Ils entreprennent doiic cette cure, et, i immanquablement, voici ce qui arrive : J
L'écoulement est presque supprimé au bout de cinq jours, mais il persiste à cet état de quasi-suppression. Souvent, alors, on varie les remèdes, on passe à de plus actifs ; on change les préparations, jusqu'à ce que, de guerre lasse, et voyant continuer ce suintement, on cesse toute médication.
On cesse ; et aussitôt l'écoulement, la douleur, la tuméfaction recommencent tels qu'au début. Le mal, dès lors, suit son cours progressif sans que la médication précoce, intempes-
12 BLEISISORRHAGIE.
tivement instituée, ait eu d'autre résultat que d'habituer l'organisme à l'effet des anti-blennorrhagiques, de ces précieux agents, qui, lorsqu'on y recourra plus tard, auront ainsi perdu la plus grande partie de leur action curative.
On contestera l'exactitude de ce tableau ; on arguera sans doute d'une pratique plus heureuse que la mienne... Mais je maintiens mon dire ; et, au nom de trente ans d'observation^ (plus d'une fois exercée sur les terres de mes voisins), je défie qu'on me montre, guérie en quinze jours, une blennorrhagie uréthrale, dont le traitement aura été commencé durant la période aiguë , telle que je viens d'en spécifier les caractères.
Mais les préjugés ont la vie dure. Battu dans sa prétention principale, celui-ci se retranche sous un amendement. Une catégorie non moins nombreuse de clients consentent bien à laisser couler avant de couper. Mais ils n'y consentent que pour quinze jours. Quinze jours ! c'est, et aux yeux de tous, le temps réglementaire ^ A ce terme, la chaudepisse est censée répressible. Douloureuse ou non, copieuse, purulente, avec œdème ou gonflement inflammatoires, peu importe; il faut l'arrêter; elle doit être mûre. N'a-t-on pas pris des rafraîchissants pendant quinze jours?... On essaie donc de la couper; et... et les mécomptes surviennent, se succèdent comme il a été dit plus haut.
A ces illusions qui font la fortune des pharmaciens-traitants et le désespoir des malades, substituez hardiment l'impitoyable mais salutaire vérité. A tout blennorrhagien qui vient vous consulter, au moment où la période aiguë est établie, annoncez qu'il en a, en moyenne, pour un mois ou six semaines avant qu'il y ait possibilité d'administrer utilement les spécifiques. Il se récriera : Tenez bon. — Il vous quittera : Patience! Bientôt vous le reverrez, et plus que converti.
* Comme les vingt-el-un jours de saison thermale, qui doivent absolument guérir les diathèses les plus invétérées !
Si cette période paraît longue au malade, elle n'est pas moins pénible pour le médecin.
11 est triste de voir revenir, tous les huit jours, un homme à qui l'on ne peut répondre que par la décourageante formule : Prenez patience. Car cet homme sait qu'il existe des spécifiques contre sa maladie ; et, ne comprenant pas qu'ils n'ont d'efficacité qu'à une période déterminée, il s'étonne des délais que vous lui imposez. S'il ne vous accuse pas tout haut de le traîner en longueur, soyez sûr que, à ses yeux, vous y mettez un mauvais vouloir systématique. Son langage, ses obsessions, ses visites réitérées dénotent, malgré lui, cette impression, qu'on retrouve identique, à tous les degrés de l'échelle sociale : « Docteur, quand couperons-nous çà ? » — « Débarrassez-moi, je vous en prie, cher docteur; je suis obligé de partir... d'aller chez mes parents... je vais me marier. » — « Oh ! je paierais bien tout ce qu'il faudrait pour être guéri dans quinze jours. » — « Voyons, docteur, soyez gentil : je ne vous tourmenterais pas dans un autre moment; mais à présent, je vous assure que je n'ai vraiment pas le temps d être malade ! »
Ces insinuations ne sont que trop claires. Souvent, elles m'ont fait monter la rougeur au front ; et je comprends que certains confrères trouvent plus facile d'y céder que d'y résister. C'est, pourtant, dans ce dernier parti qu'est le devoir du médecin. Placé entre le soupçon d'ajourner les remèdes par cupidité et la certitude de nuire en les donnant trop tôt, il ne doit pas hésiter à adopter la temporisation. Mais j'ajoute que tout moyen est licite pour la faire accepter, et aussi prolongée qu'elle a besoin de l'être.
Or, ces moyens varient selon le caractère du client. Aux uns, il suffit de répéter avec lermeté la déclaration faite lors de la première visite : « Vous avez à couler cinq ou six semaines. « ;^ A d'autres, il convient de dire, en premier lieu, que le
délai sera court; sauf à rejeter ensuite, sur quelque incident imprévu, la dérogation trop prévue à cette promesse.
Pour ceux qui semblent vous accuser de vouloir multiplier les visites, spécifiez bien que vous ne leur demandez de revenir quune seule fois, c'est-à-dire lorsque l'écoulement en sera arrivé à offrir les caractères que vous aurez soin d'indiquer exactement sur l'ordonnance.
Plus d'une fois, j'ai dompté d'autorité certaines rébellions : « Vous voulez que nous coupions dès aujourd'hui? disais-je à un client insistant plus que de raison. Eh bien ! tenez : voici — et je l'écrivais sous ses yeux — voici la formule du remède pour couper. Prenez-la, puisque c'est votre désir. » — Aussitôt la scène change, et l'impatient, j'allais presque dire l'impertinent de tout à l'heure, murmure, l'oreille basse : « Docteur, si je viens vous consulter, c'est que j'ai couiiance en vous; je ne veux rien faire, que lorsque vous me l'ordonnerez. »
Pour tous, il inq)orte de varier, de temps en temps, la médication, dût-on ne changer que le nom des remèdes, afin de leur laisser croire (comme ils le demandent sans cesse ou le désirent sans le demander) qu'on fait quelque chose de nouveau pour les guérir plus vite.
Après ces règles de conduite, que j'ai dû développer, dans l'intérêt mutuel des malades et du médecin, je passe à la thérapeutique proprement dite de Vétat irrépressible.
Tant que la miction ne cause qu'une souffrance modérée et que les érections ne troublent pas le sommeil, la médication doit se borner à des prescriptions peu incommodes et peu coûteuses; car, plus elle sera simple et mi^ux on obtiendra qu'elle soit continuée durant le temps voulu. Voici l'ordonnance que je fais en pareil cas :
N° 1 . — « Quatre ou cinq fois par jour, boire un verre d'eau, qu'on sucrera soit avec du sirop d'orgeat, soit avec une pincée de la poudre suivante :
PERIODE AlGLË. 15
) ââ 60 grammes.
Poudre de sucre
— de gomme arabique. . .
— de guimauve
— de nitrate de potasse.
Mêlez 1.
« Prendre, tous les trois jours environ, un bain.
« S'abstenir de bière, vin blanc, vermouth.
« User, avec modération, de vin pur, café, liqueurs, charcuterie, ragoûts épicés^
« Éviter de porter les doigts aux yeux, après avoir touché la verge.
« Plusieurs bains locaux, par jour, dans de l'eau froide.
« Porter un suspensoir, qu'on ne quittera qu'en se mettant au lit. »
Date et signature.
Cette ordonnance, faite pour la période inflammatoire, suffit parfaitement lorsque l'état aigu ne s'exaspère pas, c'est-à-dire dans la plupart des cas. Elle permet de continuer le genre de vie et les occupations ordinaires. Il est prudent, au début, d'avertir le client, que, malgré ce traitement sédatif, l'inflammation, parcourant sa marche naturelle, augmentera pendant quelque temps encore, pour s'apaiser ensuite.
Si les symptômes phlegmasiques deviennent plus accentués, sans cependant atteindre leur summum ," l'ordonnance suivante répond à l'indication :
N° 2. — « Boire cinq ou six verres par jour de tisane de chiendent et racine de fraisier, sucrée avec le sirop de guimauve.
* Le malade, à son gré, choisit entre ces deux boissons délayantes, ou en alterne l'usage. Il pourrait les remplacer, selon sa convenance, par de la limonade, des bavaro ses, une eau gazeuse de table, du coco (si bien nommé tisane de polisson) ou par de l'eau sucrée et même de l'eau pure.
- La bière a une action fâcheuse qu'on n'explique pas, mais qui n'en est pas moins réelle. Le vin, le café, l'eau-de-vie, pris avec modération, ne a jouissent pas du même inconvénient, » ainsi que l'écrit un auteur moderne.
« Tous les deux jours, avant de se mettre au lit, prendre un bain d'une heure et demie de durée'.
« Prendre, deux ou trois fois par jour, un bain de la verge, dans de l'infusion de mauve tiède.
« En se couchant, mettre dans le dernier verre de tisane, une cuillerée k bouche de sirop de codéine.
« Saupoudrer l'intérieur du suspensoir de poudre de camphre.
« Pas de courses trop longues, ni d'efforts répétés; ni surtout d'équitation, à moins qu'on ne soit habitué à cet exercice. »
Au summum d'intensité phlegmasique, le gland est rouge, tuméfié; l'urèthre dur, rigide, laisse sentir sur son trajet une série de granulations (follicules muqueux engorgés); le prépuce, gonflé, offre, surtout en bas, un œdème plus ou moins douloureux, parfois énorme ; l'écoulement est purulent, souvent mêlé de sang, très-abondant ; la souffrance extrême dans la miction, la marche, et notamment l'érection. L'insomnie qui résulte de cet état ajoute ses effets à ceux de la fièvre de réaction inflammatoire. A ce degré répond la prescription suivante :
N° 3. — « Appliquer huit sangsues au périnée'.
» Garder le lit ou la chambre. En marchant, maintenir la verge élevée.
* Pour obtenir d'un bain le meilleur effet sédatif, il faut le prendre dans la soirée, et, pendant le dernier quart d'heure, laisser tant soit peu refroidir l'eau. On peut y uriner, mais il faut réprimer les envies d'uriner répétées à chaque instant, que la vue et le contact de l'eau font naître chez quelques personnes. En hiver, on se soustraira aux chances de rhume, qui i-ésultcnt des bains multipliés, en ayant soin de frictionner vivement tout le corps avec les linges, avant de s'habiller.
" Il est très-rare que l'inflammation soit assez forte pour nécessiter une déplétion sanguine locale. Je n'y ai, quant à moi, pas eu recours plus de iuiil ou dix fois. Quand on. s'y décide, il faut ordonner au minimum 8 sangsues, parfois 12 ou 15 chez les sujets sanguins, vigoureux. Il peut aussi arriver qu'on n'obtienne un effet sédatif qu'en renouvelant l'émission, à six ou huit jours d'intervalle. En tous cas, dans les conditions sociales où se trouvent la plupart des blennorrhagiens, je ne crois pas que le soulagement dû aux sangsues com-
« Boire deux ou trois litres de tisane de nymphœa ou de graine de lin, émulsionnée.
«( Grands bains quotidiens, de deux ou trois heures de durée.
« Bains locaux multipliés dans l'infusion de mauve ^ N'uriner que la verge étant plongée dans l'eau tiède.
« Eviter toute occasion, physique ou morale, d'érection.
« Tenir le ventre libre, en usant alternativement, un jour d'un verre d'eau avec 15 grammes de sulfate de soude, bu le matin à jeun; et, le jour suivant, d'un lavement de décoction de son avec deux cuillerées de mélasse ou de miel . »
L'inflammation rend les érections plus fréquentes, et malheureusement elle rend aussi l'urèthre inextensible. Sollicité par l'érection à s'allonger autant que les corps caverneux, il résiste donc, formant alors comme la corde d'un arc que représentent ainsi ces corps (chaudepisse cordée) mais ne résiste pas sans subir un tiraillement très-douloureux.
Ces douleurs, qui coupent le sommeil et atteignent parfois une intensité intolérable, sont donc justiciables de deux ordres de médication à employer simultanément : l'une pour abattre l'inflammation (voyez ci-dessus), l'autre pour prévenir l'érection ou la faire cesser. Voici un spécimen de la prescription visant ce dernier but :
N" 4. — « Avant de se coucher, avaler quatre des pilules suivantes (une par une, de quart d'heure en quart d'heure) :
Camphre 5 grammes.
Extrait thébaïque 2 décigrammes.
Pour 24 pilules. ^ j f, , ( ^ i 'J ç^g^^^J^ ^^
pense le décangement et surtout l'effet compromettant qui résulte de leur application. — Sous ce dernier rapport, cependant, on avertira, au besoin, le malade que, avec quelques précautions, il peut parfaitement faire cette petite opération dans un établissement de bains, et rentrer ensuite chez lui (avec un tampon hémostatique improvisé par deux mouchoirs de poche) sans que la famille y ait rien vu.
* Pristièdes, ils calment davantage; froids, ils exposent à la cystite.
18 BLEiS'NORRHAGlE.
« Si l'on s'éveille prendre dans un peu d'eau l'un des paquets :
Sucre )
T ,• i ;ia 11) grammes.
Lupulin ) '='
TriUirez ensemble et divisez en cinq paquets.
« Ne pas résister à l'envie d'uriner et chaque fois qu'on a à y satisfaire, sortir du lit.
« S'il y a tendance aux pollutions, boire, après chacune des quatre pilules, un demi-verre d'eau avec 5 décigrammes de bromure de potassium.
« Supprimer le deuxième matelas et l'édredon. Coucher sur le côté. Prendre un lavement d'eau froide, avant de se mettre an lit : le rendre presque immédiatement.
« En cas d'érection incoercible, tenir, pendant cinq minutes, sur l'endroit le plus douloureux de l'urèthre, une boulette de coton mouillée de chloroforme. »
On a aussi conseillé :
De boire, par intervalles, dans la soirée, une émulsion de graine de courge (de 120 grammes), additionnée de poudre de jusquiame 20 centigrammes.
De prendre et garder un quart de lavement avec 2 grammes de camphre et 8 ou 10 gouttes de laudanum de Sydenham, — ou un suppositoire avec 1 ou 2 décigrammes d'extrait de belladone.
De se tenir debout, les pieds nus sur le carreau, ou de prendre la posture du sahit à la niahométane (sur les coudes et les genoux).
De céder à l'appel qu'adresse l'érection (compromis immoral, inefficace et nuisible).
De casser la corde (ceci met instantanément fin aux douleurs, mais expose à l'espèce la plus dangereuse des rétrécissements uréthraux).
De lier la verge et les bourses en masse avec une bandelette de diachylon, en se couchant.
En résumé, rien ne pouvant juguler l'inflammation, rien non plus ne peut détruire entièrement les érections, non plus que la douleur qu'elles occasionnent. C'est un mal qu'on atténue, mais que, faute de mieux, il faut savoir supporter; mal passager d'ailleurs, inoffensif en somme et qui, croissant et décroissant selon l'intensité de la phlegmasie, est pour le praticien le meilleur des hlennorrhagimètres .
Le copahii et le cubèbe ont, contre la blennoniiagie uréthrale une action plus ou moins forte^ mais^sonstante . Mais comme cette action se perd par V usage, il faut attendre, pour commencer à la mettre en œuvre, le moment où elle sera décisive, oit elle pourra, non pallier'^, mais guérir.
Tout le traitement de la blennorrhagie est dans ce précepte, par conséquent dans une sage expectation. Mais l'insistance des clients en entrave le plus souvent l'exécution. Un spécifique existe... et ils le savent. Chaque ami ou voisin de table le leur conseille ; chaque journal l'étalé en caractères monstres ; chaque pharmacien le vend et le vante. Pourquoi l'ajourner, disent-ils?
Aussi s'est-on mis en quête de médications qui, sans nuire plus tard à l'effet du copahu, puissent mûrirldt blennorrhagie plus vite que les délayants aidés du temps. — Je divise ces remèdes en deux classes : les uns qui ont, en réalité, un certain pouvoir dans ce sens ; les autres qui servent surtout à tromper l'impatience du malade.
Les adjuvants réellement utiles sont assez peu nombreux. Ce sont :
1° L'eau froide, soit en bains de rivière, (la meilleure et la plus agréable des formes) ; soit en douches, soit en affusions
' La vertu palliative du copahu et du cubèbe est utilisée dans des cas d'acuité exceptionnelle. On donne, pendant quelques jours, ces médicaments à petite dose ; mais il faut les discontinuer dès que rindammation est devenue supportable.
quotidiennes sur l'hypogastre, le périnée, la verge, et les bourses; soit sur un linge, mouillé à nouveau toutes les heures, dont on tient enveloppés le pénis et les bourses ; soit en bains de la verge, courts et fréquents.
2° Les préparations de haschich. — J'en avais, en 1864, obtenu, dans deux cas — dans deux cas seulement — un effet maturatif prodigieux d'après cette formule :
Lupulin 6 i^rammes.
Extrait aqueux de chanvre indien. . G décigramrnes. Pour /'. s. a. 60 pilules.
A prendre 2 le matin, '2 à midi et 2 le soir.
Mais les nombreux insuccès qui suivirent ces réussites exceptionnelles m'avaient dissuadé de continuer, lorsque la formule suivante parut reprendre faveur :
Eau distillée 200 grammes.
Teinture de haschich 2 »
Acide benzoïque 1 »
Mêlez.
A boire en trois ou quatre fois dans les 24 heures.
Ainsi qu'il en fut de la première préparation, celle-ci, le plus ordinairement restée impuissante, a produit de temps en temps (1 fois sur 6 ou 8) une amélioration rapide et permanente de l'état aigu. — Incapable d'expliquer ces variations par les conditions individuelles, ou la diversité des cas morbides, je les attribue plutôt à la difficulté d'avoir la substance naturelle et de trouver des préparations bien faites.
5" La bière. — La plus nuisible des boissons chez les blennorrhagiens, celle qu'il faut le plus soigneusement proscrire en pareil cas, elle a, au contraire ^ deux fois, sous mes yeux, prise en excès, non - seulement diminué l'acuité du mal, mais tari complètement le flux, guéri, en un mot, guéri complètement, sans accident, et en deux jours, une blennor-
* L'un de ces deux malades était un jeune docteur devenu depuis lors l'un de nos confrères les plus distingués.
rhagie très-aiguë. — Je ne recommande point, cependant, un pareil procédé; mais j'ai dû dire ce que j'ai vu et bien vu, quoique je m'avoue tout à fait hors d'état d'en rendre compte.
4° La diète. — J'en ai observé des effets frappants à la suite de la fête annuelle (jour du grand Pardon), où les Juifs sont tenus de ne boire ni manger quoi que ce soit, pendant vingt-quatre heures. Ce jeûne, rigidement observé par eux, sèche le flux uréthral, de même que l'abstinence de boissons supprime momentanément les crachats des catarrheux et des phthisiques. Mais, dès le lendemain, avec l'habitude reprise, la sécrétion reparaît. Sans nier l'influence d'un régime ténu, je le crois donc plus nuisible qu'utile, parce que, au jour oiî il faudra, tôt ou tard, y renoncer, sa cessation, à elle seule, devient une cause de rechute.
5° La transpiration forcée. — Deux sudations coup sur coup ont produit, exceptionnellement, il est vrai, un résultat très-satisfaisant. Ce moyen, en tout cas, est sans danger.
Après ces remèdes doués de quelque efficacité, je range, sans pitié, parmi les insignifiants :
L'eau de goudron, le sirop de bourgeons de sapin, les capsules d'essence de térébenthine, les pilules de Baume du Pérou (agents très-préconisés à cause de leur analogie avec le copahu) ; — le perchlorure de fer (de 5 à 6 gouttes, trois fois par jour, dans un verre d'eau ; — l'essence de santal jaune, les préparations de matico\ d'iode, de brome;
— le sirop d'ortie blanche (6 cuillerées à bouche par jour) ;
— les purgatifs (sulfate de soude, 20 grammes, à jeun, tous les trois ou quatre jours) ; — l'acétate de potasse (à 1 ou 2 grammes par jour) ; — les injections d'eau froide (ou de solution de sulfate de zinc au 300"^'^) très-souvent répétées (médication qui expose à une cystite) ; — le lactucarium; — le seigle ergoté ; — les bains de vapeur et bains térébenthines ; — les
' Celles du moins qui ne contiennent pas de copahu, lequel leur a été subrei^ticement, et très-judicieusement associé, par quelques pharmaciens.
astringents, à l'intérieur, tannin, ratanhia, acide nitrique dilué; — les bains sulfureux ou salins, ou alcalins ; — les frictions sous le canal avec une pommade camphrée et belladonée; — l'application de poudre de camphre sur les bourses ; — le tartre stibié, à dose altérante; — la cautérisation superficielle et réitérée de la région du filet, avec le crayon de nitrate d'argent! — le mélange de vin de colchique, 12 grammes, et teinture d'opium 0,6, à la dose de 21 à 50 gouttes, trois ou quatre fois par jour, par lequel M. Froinus affirme avoir guéri, en sept jours, 60 malades!! — l'application à demeure sur le gland d'un linge fréquemment imbibé d'une solution de sulfate de zinc au 1 00*^, avec 1 centième de laudanum, qui, d'après M. Dubouchet, a guéri plus de 200 blennorrhagies, même aiguës!!! — les pilules d'aloès 0,1 et thridace 0,1 , qui, au nombre de deux par jour, guérissent, d'après Sandras, les blennorrhagies aiguës, en huit ou dix jours , avec une efficacité supérieure à celle du copahu!!!! — le nitrate d'argent, à l'intérieur (M. Spadafora) !!!!!
Dans cet arsenal aussi pauvre qu'encombré, c'est au praticien de choisir ce qui lui semblera le mieux approprié au degré d'intensité de l'inflammation, à la constitution du sujet, à sa bourse et un peu aussi à son caractère. Qu'il utihse de préférence ceux de ces agents qui répondent à l'indication sédative. A moins de bons motifs, qu'il se garde de repousser un remède vers lequel le client paraîtrait incliner. S'il croit devoir changer de médication, uniquement pour changer, qu'il préfère celles qui ne font point de mal à celles qui promettent merveilles. Qu'il s'abstienne presque toujours d'injections, surtout des infaillibles. Qu'il agisse, en un mot, dans les limites de sa confiance et.de sa prudence, vis à vis des adjuvants dont je viens de dérouler la liste ; mais qu'il évite surtout de s'avancer inconsidérément, de trop faire espérer de leur emploi.
5 ETAT REPRESSIBLE.
Peu à peu l'inflammalion uréthrale, qui était trop forte pour céder complètement à l'emploi de certains remèdes dits spécifiques (copahu, cubèbe, injections), a diminué et devient accessible à l'el'fet curatif de ces mêmes remèdes.
Mais quand ce changement a-t-il lieu? Et comment juger s'il est suffisant?... Grave problème dont la solution contient tout le secret du traitement de la blennorrhagie. En effet, donnez^ les spécifiques trop tôt..., ils échoueront contre un mal dont la force à ce moment est encore supérieure à la leur, et voici pour longtemps, en pure perte, usé par l'habitude leur pouvoir sur l'état morbide. — Donnez-les, au contraire, trop tard, quand l'écoulement est réduit à un suintement indolent... à cette période extrême, leur action est devenue nulle : en les ajournant outre mesure, vous vous êtes donc privé d'un utile secours.
Mais, en pratique, ce dernier défaut, l'excès de temporisation, est de beaucoup le moins commun. C'est donc contre l'impatience des malades, contre la sienne propre aussi que le médecin doit surtout être mis en garde. Il le sera parles
règles suivantes
Un écoulement ne doit pas être considéré comme mûr, par cela seul qu'il existe depuis le temps que la théorie, les préjugés ou les convenances du malade assignent comme durée ordinaire de l'état aigu, irrépressible. Chaque blennorrh.igie, sous ce rapport, a ses allures à elle ; et s'il est permis de compter, pour obtenir la maturation, sur une moyenne de cinq ou six semaines, elle est qu£lquefois plus^courte et très-souyentphis longue à obtenir. Fréquemment ce temps va jusqu'à deux niois etjlemi et trois mois. Un de mes condisciples a vu sa blennorrhagie dont le traitement, fort régulier, était secondé par une bonne hygiène n'entrer en maturité qu'au bout de
24 BLEISNORRHAGIE.
onze mois! Il faut dire que, dès le cinquième, il parlait sérieusement de se suicider.
Ces exemples d'acuité exceptionnellement prolongée se présentent surtout chez les individus herpétiques ou rhumatisants. La temporisation est alors obligatoire. Vous ne gagneriez rien sur l'écoulement et vous vous exposeriez à provoquer des complications redoutables, en usant prématurément des anti-blennorrhagiques (copahu, injections). Et si, chez un sujet, les deux diathèses coexistent, s'il est à la fois atteint d'herpétisme et de rhumatisme, il n'y a absolument qu'à attendre, à prêcher la patience, à continuer la médication émolliente jusqu'à ce que d'elle-même l'inflammation ait progressivement diminué ; ce qui, en pareil cas, demande une moyenne de trois ou quatre mois.
Le cours de la blennorrhagie ouvre, entre le malade et le médecin, une lutte de ruses, ruses de sa part extrêmement préjudiciables à ses intérêts, qu'il faut par conséquent connaître pour les déjouer par une diplomatie supérieure.
Il n'est pas de client en effet qui, à chaque visite, ne cherche à vous influencer, à vous persuader que sa chaudepisse est mûre. Tenez donc pour suspect tout renseignement venant de lui. A l'en croire, il ne souffre plus ; il coule à peine î... Ne contestez pas, mais vériOez par vous-mêmes ; voyez si le méat n'est pas rouge ; si la pression sur ce canal, qu'on vous affirme être sec, n'amène pas une goutte d'urine, indice d'une miction récemment exécutée pour vous induire en erreur ; si la chemise, qu'on vous montre exempte de taches, ne démontre pas, par l'excès de sa propreté, que le malade a porté interposé entre elle et la verge, un linge, qu'il se gardera bien d'exhiber^ ? ■
D'autres, réellement illusionnés, prennent pour améliora-
1 II y aurait une monographie, avec planches, à écrire sur les taches du linge, clans la blennorrhagie. Qu'on sache seulement qu'elles traduisent fidèlement, mais en l'exagérant, le caractère de l'écoulement. Ainsi, la goutte opaline
tion suffisante, l'une des améliorations suivies d'exacerbations, série d'alternatives qui constituent le procédé normal, régulier de décroissance du mal.
Un client, qui n'en est qu'au quinzième jour d'une blennorrhagie aiguë, se présente, coulant à peine !... C'est qu'il a pris récemment, ou prend encore quelques injections astringentes qui suspendent la sécrétion. Mais l'aspect du méat rouge et gonflé éclaire le praticien et le met en garde contre cet amendement artificiellement obtenu, et qui va cesser avec la cause qui l'entretient.
Quelquefois, l'écoulement et l'inflammation ont, à notre grande surprise, beaucoup diminué, presque cessé, avant le terme que l'évolution du mal vous avait fait prévoir!... Cherchez si, au lieu d'être une maturation naturelle, cet effet ne résulte pas d'une épididymite, ou cystite ou bronchite, etc., qui a attiré sur un autre organe la phlegmasie uréthrale déplacée, mais non diminuée. Dans ce cas, l'emploi du copahu ou des injections, dangereux peut-être, serait à coup sûr inefficace.
A quels signes reconnaît-on qu'une blennorrhagie est mûre?
Elle est mûre quand il n'existe plus ou presque plus de douleur lors de la miction et de l'érection ; quand le méat n^esLplus rouge ni tuméfié ; quand l'écoulement a beaucoup diminué, et que, après avoir été jaune ou vert, il est devenu blanc, et un peu filant.
Cette dernière propriété est caractéristique, et comme elle ne peut se manifester sans que les autres signes de la maturation existent, elle résume, à elle seule, tous ces signes au
dénote, on le sait, un état moins aign que la blanche, la blanche moins que la jaune, la jaune moins que la verte. Eh bien ! il faut qu'on sache que la goutte Incolore déposée sur du linge y produit une place comme empesée; la goutte opaline une tache grisâtre; la goutte blanche une tache jaune; la goutte jaune une tache verte. Il y a donc toujours à rabattre de moitié sur le témoignage de la tache.
■2() BLEMNORRHAGIE.
point de vue du diagnostic; si bien qu'on est autorisé à déclarer îiii/re toute blennorrhagie dont la matière, ayant été recueillie assez longtemps après l'érection et prise entre deux doigts, file à un cenlimèire de longueur quand on écarte ces doigls.
Malgré ces données si précises, déterminer si la blennorrhagie est réellement mûre reste toujours une chose difficile, aussi dii'ficih^ qu'importante. Elle exige de l'habitude, du tact; et, quant à moi, pour formuler un avis sur ce point, je ne m'en rapporte jamais qu'à l'examen direct de l'écoulement; et souvent même je demande à avoir vu plusieurs fois le client, à avoir pu suivre le cours de sa maladie, avant de me prononcer.
Mais enfin cette maturité est constatée; on s'est assuré qu'elle n'est l'effet ni d'une médication, ni d'une métastase, qu'elle persiste depuis trois ou quatre jours. Faut-il couper? Non encore, pas avant d'être certain que le dernier coït — qui pourrait avoir contagionné à nouveau — remonte à plus de cinq ou six jours ; et pas, non plus, avant de s'être informé si le malade n'aura point, pendant les trois semaines qui vont suivre, des occasions obligatoires d'excès (voyages, boissons, travail de nuit), capables d'entraver le traitement qu'on va commencer, ou d'en compromettre le résultat.
Ces sûretés prises, on peut, comme il se dit, aller de Vavant.^SiW& ces conditions, voici l'ordonnance que je délivre :
rs° 5. — « Trois fois par jour, une heure au moins avant le repas, prendre, dans de l'hostie mouillée, gros comme une noisette du mélaniie suivant :
Baume de copahu. ........ 40 grammes.
Essence de menthe qq. gouttes.
Poudre de cubèbe q. s.
Pour f : s. a. un opiat.
« Continuer pendant douze jours.
« Durant ce temps s'abstenir de bains, de tisanes et de bois-
sons rafraîchissantes. Boire aussi peu que possible, aux repas, et rien dans l'intervalle ^ »
Commencé dans les conditions précitées, exécuté avec une drogue bien pure\ soutenu par la diète sèche, continué pendant le temps voulu, ce traitement a, surtout s'il s'agit d'une première blennorrhagic, un effet excellent. Dès le lendemain, l'écoulement a sensiblement diminué : au septième jour environ, il est tari, et les doses ultérieures n'ont plus d'autre but (but essentiel, d'ailleurs) que de consolider la guérison obtenue. Il ne reste alors qu'à interdire, pendant encore une semaine, les bains, la bière, le coït% après quoi la santé locale est rétablie dans son état primitif.
Mais, dans la majorité des cas, il faut l'avouer et il importe qu'on le sache, comme plusieurs des conditions propices au
* Explication à donner de vive voix pour l'ingestion de l'opiat, en remettant cette ordonnance :
« Cassez un morceau d'hostie, de cinq centimètres carrés ; trempez-le dans un verre d'eau, et placez-le sur la paume de la main. Alors, avec un couteau, détachez la quantité indiquée d'opiat, et laissez la tomber au milieu de l'hostie. Puis, relevez les quatre coins de l'hostie, de manière à ce que, en se collant l'un sur l'autre, ils enveloppent la boulette d'opiat.
« Le paquet étant ainsi fait, mettez-le sur la langue; remplissez la bouche avec de l'eau; et alors, pour le faire passer facilement, exécutez à la fois ces trois mouvements : 1° serrer les mâchoires; 2° renverser brusquement la tête en arrière ; 5° avaler.
« Pendant le quart d'heure qui suit l'ingestion du remède, il y a des renvois. Pour n'en sentir ni l'odeur, ni le goût (ce qui vous causerait une répugnance, ■capable d'enjpccher la continuation du remède), il suffit, lorsque vous les sentez remonter, de vous pincer le nez. En même temps si, à ce moment, vous causez avec quelqu'un, ayez soin de vous détourner, et cela par prudence encore plus que par politesse. »
Je préfère l'opiat aux capsules, dragées, etc., que le commerce nous livre par milliers de boîtes et par centaines de variétés. Au moins, avec les préparations officinales, si l'on rencontre un pharmncien consciencieux, court-on la chance d'avoir le médicament en qualité et quantité convenables. D'autre part, faite selon les règles que j'ai détaillées, l'mgestion de 1 opiat est réellement plus facile que celle de corps moins volumineux, mais durs et incapables de se mouler sur le calibre des organes de la déglutition.
^ L'odeur de copahu, qu'offrent les urines, prouve que le médicament était de bonne qualité, et qu'il a exercé sur la sécrétion rénale l'influence d'où dépend son efficacité thérapeutique.
'' Toute imprudence doit être sévèrement proscrite à cette période. Pendant qu'on coulait, elle ne lésait que retarder la guérison : elle la compromettrait main-
succès sont omises ou incomplètement remplies, tout ne marche point aussi franchement vers une heureuse terminaison.
Il est donc prudent d'observer comment les choses se passent afin d'employer à temps, si elle devient nécessaire, une nouvelle ressource. Aussi toutes mes ordonnances jjoin^ couper se terminent- elles par la recommandation suivante :
No 6. — « Au bout de six jours :
- « Si l'écoulement a disparu, continuer le remède encore sept jours.
« Si l'écoulement n'a pas cessé, revenir immédiatement, sans discontinuer le remède jusqu'à ce qu'on revienne (pléonasme non-seulement licite mais nécessaire, vu l'incurie de ceux à qui il s'adresse) . »
Cette visite du sixième jour est décisive. D'abord, elle me permet de voir si l'opiat est bien tolérée Puis on y juge de ce que peut le remède d'après l'essai fait jusque-là, essai qui, d'ailleurs, a duré trop peu pour que l'accoutumance de l'organisme, si nuisible aux essais à tenter ultérieurement, ait eu le temps de se produire. Mais entrons dans les détails et voyons quelle doit être la conduite du médecin, selon ce qu'il trouve lors de cette visite :
L'écoulement n'a-t-il diminué que de moitié?.. En général le client est content, lui, et insiste pour continuer l'opiat. Ne cédons pas : cet effet incomplet du remède prouve son impuissance actuelle à guérir. Au lieu de persister dans une voie sans issue, et non sans inconvénient, suspendons le spécifique, sauf à le reprendre plus tard, dans des conditions plus favorables, après un nouvel emploi, dûment prolongé, de la médication antiphlogistique.
tenant en annihilant l'effet d'un remède dont on ne peut espérer deux fois de suite le même résultat favorable.
* On peut y incorporer 10 centigrammes de chlorhydrate de morphine, ou G grammes de sous-nitrate de bismuth, ou 2 grammes de sous-carbonate de fer, suivant qu'il résulte de son usage des vomissements, de la diarrhée ou de la srastralcrie.
L'écoulement a-t-il diminué au moins des trois quarts?.. Il faut ici distinguer :
Si, malgré cette diminution, la goutte a conservé sa couleur jaune, si les taches sur le linge ont un contour net, sans auréole, sans ombre à leur circonférence, si surtout les bords du méat sont brillants, comme vernissés, si enfin la petite douleur ou les picotements uréthraux qui existaient encore avant de commencer l'opiat, subsistent, méfiez-vous. En ce cas, il vaut mieux renoncer pour le moment à l'espoir de couper que de risquer de voir le mal, après 12 ou 15 jours de médication spécifique, reparaître et plus indomptable qu'auparavant.
Par contre, dans les conditions opposées, si, au sixième jour, la blennorrhagie, quoique n'ayant que diminué, est indolente et ne produit qu'une sécrétion de plus en plus muqueuse, alors il faut insister sur la médication qui a donné ce bon résultat ; et pour cela l'on peut :
1° Ou, pendant 4 ou 5 jours, forcer les doses de la même préparation qui a déjà prouvé son efficacité ;
2° Ou la remplacer par une préparation plus énergique^ en substituant à l'opiat la potion de Chopart^ à la dose d'une cuillerée à bouche matin et soir. Ce recours à un purgatif spécial énergique produit d'excellents effets, mais n'est pos-
* Cette progression de force du remède doit quelquefois être réalisée d'une autre façon, c'est-à-dire en ayant eu soin de commencer par un médicament moins actif que l'opiat. Si, par exemple, je suis contraint, par les instances du client, à essayer de couper avant maturité indubitable, je tûle, en donnant d'abord le cubèbe (5 grammes de cubèbe pulvérisé récemment, matin et soir, dans un verre d'eau sucrée). Et, au sixième jour, si le résultat m'encourage, je continue par l'opiat. Si, au contraire, le cubèbe a échoué, je le cesse; je reviens aux délayants, ayant ainsi l'avantage de garder intacte, pour plus tard, l'action thérapeutique souveraine de l'opiat.
^ Médicament qui jouit d'un renom mérité, mais d'une saveur abominable. On en atténue le goût en se gargarisant, après l'ingestion, avec un peu de cognac, dont on avale quelques gouttes. Un ancien maire de Lyon usait d'un meilleur procédé :
« Je commence, me communiquait-il officieusement, par mâcher et avaler du sucre noir de réglisse. Ma bouche et mon gosier étant ainsi tapissés d'un enduit imperméable, je me pince le nez : j'avale mon chopart, je remâche et avale du réglisse; puis, je me lâche le nez et je n'ai rien senti. »
sible que chez les sujets robustes et ne doit, en général, être continué que cinq ou six jours, pour revenir ensuite à des agents plus tolérables ;
5° Ou, tout en continuant l'opiat pendant encore 6 ou 8 jours, lui associer l'emploi de l'une des injections astringentes ou cathérétiques dont il sera question plus loin, et que l'on devra continuer 10 ou 12 jours sans aucune interruption, surtout chez les jeunes gens que, malgré leurs protestations de sagesse, on voit alors un peu trop pressés d'aller réparer le temps perdu. J'ai l'habitude de prescrire, dans ce cas, une faible injection au nitrate d'argent, injection dont l'effet passagèrement irritant met l'organe hors d'état de fonctionner pendant les quelques jours d'abstinence qui sont encore nécessaires. En principe, il ne faut permettre le coït que lorsque le canal est resté entièrement sec pendant 7 ou 8 jours, comptés à partir de la cessation de tout remède.
C'est au praticien à se décider pour l'un ou l'autre ou l'un et l'autre de ces trois partis, d'après une appréciation qui est trop délicate pour être ici mise en préceptes, appréciation dont son expérience et l'étude attentive des circonstances particulières à chaque cas peuvent seules lui fournir les éléments. »
Telle est la terminaison et telle est l'histoire des blennorrhagies auxquelles on a, de bonne heure, appliqué un traitement méthodique. Mais ce n'est point Là le cas ordinaire. Pour dix malades qui consultent dès le début, écoutez l'invariable récit que nous font quatre-vingt-dix autres : « Trois jours après avoir vu une femme, j'ai aperçu une goutte. J'ai cru que ce n'était rien. Cependant, comme cela continuait, j'ai été trouver un pharmacien qui m'a dit que ce n était rien, et qui m'a ordonné des dépuratifs et des injections qui ont coupé l'écoulement. Alors, je lésai cessés. L'écoulement est revenu; le pharmacien m'a donné des capsules qui ont encore coupé.
mais ça est revenu; alors j'ai été voir un autre pharmacien qui m'a donné de l'opiat avec des injections plus fortes, etc., etc. »
Quand un malade vous consulte, ayant ainsi perdu deux ou trois mois à se droguer sans résultat, il faut absolument le mettre aux délayants, et si alors l'écoulement, jusque-là maté et non vaincu, reparait avec quelque acuité, il faut continuer les délayants jusqu'à maturité tout à fait complète ; délai qui d'ailleurs est nécessaire à un autre point de vue non moins important, c'est-à-dire pour préparer l'orgajiisme à mieux subir l'effet des spécifiques, dont il aura ainsi eu le temps de se déshabituer.
Peut-on, quelquefois, enfreindre le précepte de temporisation, sur lequel je fonde le traitement de la blennorrhagie? Peut-on couper une blennorrhagie pendant qu'elle est à l'état d'acuité?. . . Il existe — et j'ai cité — des exemples où le succès a couronné de pareilles tentatives ; mais ces cas sont extrêmement rares '. presque toujours une récidive plus opiniâtre que la maladie elle-même succède à ces réussites apparentes. En généralisant la pratique qui ne les réalise qu'exceptionnellement^ on sacrifierait donc les intérêts de la plupart des malades ^
* C'est en s'obstinant à lutter, par de fortes doses de spécifiques, contre les blennorrhagies aiguës que l'on s'expose à provoquer les éruptions accidentelles, résultant de la non-tolérance du médicament : je veux parler de la roséole copahique qui envahit les bras, la poitrine, surtout les poignets, sous forme de taches participant à la fois de la rougeur de l'exanthùme et de la proéminence, ainsi que de la pruriginosité de l'urticaire. Cette éruption qui, quoique sans réaction générale bien sensible, effraye beaucoup les malades, s'efface spontanément en trois ou quatre jours, à la condition qu'on ait immédiatement discontinué le copaliu. — Du reste, elle n'oblige point à le cesser; car d'abord elle ne cause aucun accident sérieux, et, d'autre part, elle disparaît au terme ordinaire, aloi's même que l'on continuerait le remède. Un marinier qui prenait, à l'Antiquaille, la potion de Chopart pour une blennorrhagie eut, le 11 mars 1850, une roséole confluente. M. Rodet, voyant là un beau sujet clinique pour le concours du majorât de l'Antiquaille, ouvert ce jour-là même, voulut maintenir l'éruption en contimiant la potion. Néanmoins l'éruption, suivant son évolution habituelle, alla en déclinant, si bien que, le 15, jour de l'épreuve clinique, elle était presque complètement effacée. Cmq jours après, la blennorrhagie était guérie.
* Jadis les médecins se divisaient en deux camps, affirmant, les uns, qu il faut laisser mûrir la chaudepisse avant de la couper ; les autres, qu'on peut la
52 BLEÎN'NORRHAGIE.
Je ne vois, au traitement jugulant de la blennorrhagie aiguë, qu'une seule indication ; et encore à peine osé-je la dire rationnelle. En présence d'un malade qui, malgré vous et quoique bien averti du danger, veut absolument /o?îch'onner, pour obéir à certaines convenances sociales (un mariage irrévocablement fixé, un retour dans le ménage), si, en vue de prévenir un mal pire, on croit devoir céder à ses instances, on peut lui promettre de le rendre disponible \iour un jour, mais — il importe de le lui répéter — pour un jour seulement. L'ordonnance suivante vise ce but:
N° 7. — « Pendant les trois jours qui précèdent le moment cVagir, prendre, matin et soir, une forte dose du mélange suivant :
Beaume de copahii 50 grammes.
Gomme gutte . . 2 décigrammes.
Poudre de jalap 5 grammes.
Essence de bergamotte quelques gouttes.
Poudre de cubèbe q. s.
Pour un opiat.
« Abstinence complète de boisson, hors des repas. Aux repas, ne boire que la quantité d'eau et de vin strictement nécessaire pour se désaltérer.
« Vingt-quatre heures avant le moment, faire une injection
avec :
Eau distillée 50 grammes
Nitrate d'argent 5 centigrammes,
couper d'emblée. Mais cet espoir n'est qu'une illusion : c'est un de mes titres auquel je tiens le plus, que d'avoir, sur ce point, désabusé par mon enseignement une bonne partie de la nouvelle génération médicale. — Quelques années après ma sortie de l'Antiquaille, j'entendais un jour l'un de mes successeurs y soutenir un avis opposé. « Choisissez im malade, lui dis-je, et essayons. » Nous prîmes un blcnnorrhagien récemment entré : au vingtième jour de sa maladie, il en était encore à la période d'acuité, modérée mais réelle. Un interne, aujourd'hui illustre, dépassant, comme c'est l'usage, l'opinion du maître, s'intéressa au défi et dirigea en conséquence lui-même l'administration du copahu et des injections. Au bout de douze jours, on me montra, en effet, le malade guéri, et il sortit, sous cette qualification, de l'hôpital,... mais pour venir, huit jours après, dans mon cabinet avec son écoulement qui avait reparu spontanément, trois jours après la cessation des remèdes, et aussi aliondant qu'avant de les avoir conmiencés.
« Ne la garder dans le canal que pendant deux minutes. « Uriner avant l'acte. Et quant à l'acte lui-même , non bis in eadeni nocte. »