COEXISTENCE DES DIVERSES MALADIES VÉNÉRIENNES
Méconnu jadis, ce cas est d'autant plus commun cependant que, fidèle au proverbe, le vénérien retourne irrésistiblement à la source qui l'a infecté ; entraînement auquel Fexis-
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tence actuelle d'une maladie n'est qu'un faible obstacle, puisque, à part la chancrelle et la blennorrhagie aiguë, les affections dont la durée est la plus longue (syphilis, blennorrliée) ne rendent l'acte génital ni difficile, ni sensiblement douloureux.
Un chancrelleux vient-il à contracter un chancre ? Un chancreux à contracter une chancrelle?... Si c'est au même point, M. RoUet nous a appris ce qu'il en résulte : un chancre mixte, qu'il faut traiter par la solution de nitrate d'argent, en avertissant le malade des effets constitutionnels qui s'ensuivront, et en veillant sur ces effets. — Si chancre et chancrelle siègent sur deux points distincts, traiter chacun des ulcères selon ses mérites, en évitant que le chancre s'inocule accidentellement du pus de la chancrelle ; ce qui en prolongerait le cours et créerait des risques de bubon.
La blennorrhagie et la chancrelle s'accordent à merveille ; car celle-ci ne gène point l'emploi du copahu, et presque jamais celui des injections. De son côté, quelle entrave la blennorrhagie, même aiguë, peut-elle apporter au simple pansement que réclame la chancrelle ? Aucun, à moins que ce ne soit une blennorrhagie vaginale dont le liquide, coulant à pleins bords, entraînerait ou souillerait le pansement d'une ulcération de la vulve. Dans ce cas, au lieu de mettre de la charpie sur cet ulcère, on se bornera à le toucher, deux fois par jour, avec un pinceau imbibé de la solution caustique. — Le phimosis causé par des chancrelles peut, il est vrai, empêcher de faire des injections urètrales. Mais la blennorrhagie, qui coexiste alors, étant née à la même époque que la chancrelle, se trouve, tant que celle-ci dure, à l'état aigu; et dans ce cas les injections seraient contre-indiquées : ou bien elle est à l'état chronique, c'est-à-dire il s'agit d'un suintement ancien préexistant à la chancrelle ; et alors il y a peu d'inconvénient à ajourner son traitement par injections, jusqu'à la très-prochaine guérison du phimosis symptomatique.
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La cliancrelle peut coexister avec une autre maladie que l'on ne compte point parmi les vénériennes, mais qui les complique souvent puisque, comme elles, elle se contracte fréquemment par le fait ou k l'occasion des rapports sexuels : je parle de la gale, et j'avertis les malades qu'ils s'exposent à inoculer leurs vésicules, si, sans s'être lavé les doigts, ils y portent les ongles, après avoir pansé leur cliancrelle. — Même danger et même avis si le galeux, au lieu d'une cliancrelle, avait un chancre ou toute autre lésion syphilitique nécessitant des pansements.
Mais c'est la syphilis et la blennorrhagie — et justement les deux maladies les plus fréquentes — qui, par leur coexistence, créent la complication la plus défavorable à la cure de chacune d'elles et partant la plus embarrassante pour le praticien. D'abord, en règle générale, quoi que vous disiez et ordonniez, le client soignera de préférence celui de ses maux qui l'incommode le plus, et naturellement il négligera l'autre. De son côté, le médecin, accoutumé à avoir ses aises, à régler le régime, les médications, les habitudes en vue de la diathèse, ne se voit pas, sans quelque dépit, forcé de tenir compte de la complication qui vient se mettre à la traverse. Je le dis parce que je l'ai éprouvé : rien n'est contrariant comme de voir surgir, au milieu du plan d'attaque que vous aviez combiné, une escarmouche imprévue nécessitant une dépense de forces défensives qui déjoue vos calculs et peut compromettre le résultat final. — Pour n'en citer qu'un trait, il est certain que la dépression morale, le découragement profond que cause à un sujet syphilitique la présence d'un suintement rebelle est une condition détestable pour la guérison de sa syphilis.
Que ce soit l'une ou l'autre qui ait précédé, la blennorrhagie peut se rencontrer soit à la première, soit à la seconde période de la syphilis ; et elle s'y rencontre soit à l'état aigu, irrépressible, soit mûre, à l'état répressible.
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Il y a ici un point préalable à observer. Une blennorrhagie aiguë se traite, on le sait, par le régime ténu et les délayants. Mais comme la syphilis a besoin, tout au contraire, de toniques, de reconstituants, on doit adopter comme transaction de diminuer le nombre des bains, et de substituer aux boissons simplement diurétiques de l'eau avec du sirop d'écorce d'oranges amères, cjuelques infusions de camomille ou de germandrée, un macéré de quassia amara, l'usage d'eaux ferrugineuses comme celles de Saint-Alban, de Marcols, de la Bauche.
S'agit-irplus tard de couper?... La décision devient plus difficile à prendre. Avant tout, il faut avoir étudié comparativement les allures des deux maladies ; pour la blennorrhagie en particulier, tacher de savoir, d'après son ancienneté, sa marche, son caractère plus ou moins inflammatoire, quel temps elle demandera pour arriver à maturité.
Ce compte est établi en vue de pouvoir traiter les deux maladies en évitant de faire ingérer à la fois au patient le mercure et le copahu, deux remèdes dont l'emploi simultané ne saurait être continué sans risquer de provoquer une irritation gastro-intestinale qui, outre ses dangers directs, entraverait l'absorption des médicaments.
Pour atteindre ce but, plusieurs voies sont o.uvertes ; et c'est affaire au praticien de choisir entre elles, selon les circonstances. En principe, la vérole se compose de poussées successives qui laissent entre elles des intermittences ; et nous savons que, durant ces intermittences, le mercure n'est pas indiqué. Le secret du double traitement consiste donc à conduire les choses de façon à faire concorder le moment où le copahu est bon à prendre avec celui où l'on peut se passer du mercure. Il suffît, pour cela, de pousser plus vivement ou au contraire de faire un peu traîner le traitement maturatif de la blennorrhagie, afin qu'elle se trouve fépressibie à l'un des moments de sommeil de la syphilis.
Si, au contraire, la syphilis est grave, si elle exige une mé-
dication énergique et prolongée, ne sacrifiez rien à cette indication ; en traitant le syphilitique, faites prendre patience au blennorrhagien, et laissez l'inflammation urétrale se consumer d'elle-même, jusqu'à ce que, quand elle sera complètement éteinte, la guérison du suintement qu'elle laisse à sa suite puisse être obtenue par les simples injections.
Il est aussi, dans cette guerre, des hasards heureux et des transactions permises. Quand le copahu est nécessaire et qu'on hésite cependant à cesser la mercurialisation, on peut la continuer soit par les frictions, soit, plus efficacement, par les injections hypodermiques.
Dans d'autres cas, la syphilis ne nécessitant, pour le moment, qu'une médication par l'iode, et la blennorrhagie étant très-mûre, je l'attaque avec succès en faisant boire, matin et soir, un verre d'eau où, après y avoir dissous 1 gramme d'iodure, on délaie 2 ou 5 grammes de poivre cubèbe pulvérisé.
Quoique excluant volontairement de mon sujet l'examen des mesures de police sanitaire, j'aurais encore à écrire un long chapitre si je m'attachais à signaler, pour les prévenir, les diverses causes capables d'engendrer les maladies vénériennes. En effet, ces causes viennent de partout; il n'est pas de contact qui n'expose à en subir l'atteinte ; et la seule syphilis des nourrices, des vaccinés, des verriers, des chirurgiens, des expérimentés, etc., prêterait à des développements aussi étendus qu'instructifs.
Mais je dois me borner à la préservation personnelle instituée à l'occasion du coït ; et j'omettrai même, en outre, tout ce qui, sous ce rapport, a été conseillé d'insuffisant ou de difficilement praticable, ne voulant indiquer — mais y insistant autant qu'il le faut pour qu'on sache en tirer bon parti — que les moyens usuels que chacun a, en toutes circonstances, à sa disposition.
Avant de décrire ces moyens, j'avertis expressément qu'AU- CL'N is'est iisFAiLLiBLE. Cela dit, j'établis la division la plus naturelle en m'adressant d'abord à ceux qui risquent de donner, puis à ceux qui risquent de prendre.
1" A ceux qui peuvent donner.
Porteur d'une blennorrhée suspecte de contagiosité, vous vous trouvez conduit, obligé, dites-vous, à agir comme si vous étiez bien portante Dans ce cas, il faut, avant l'acte, avant chaque acte, et le plus près possible de l'acte, nettoyer le vagin et l'urèthre. Pour le vagin, faites une injection à grande eau avec tout le contenu et tout le jet d'un irrigateur; de l'eau vinaigrée, de l'eau même suftit. — Pour l'urèthre, le meilleur détersif est le plus naturel, l'urine. Placez la pulpe d'un doigt - devant l'orifice ; ceci fait, poussez Vurine avec force tout en l'empêchant avec le doigt de sortir : après cinq ou six secondes, lâchez tout. L'urèthre est ainsi balayé de tout ce qu'il pouvait contenir de contagieux'' ; le procédé est applicable aux deux sexes.
Porteur d'une chancrelle, le plus sûr serait de la cautériser, de les cautériser toutes au Canquoin, six ou huit heures avant l'acte ^. En cas d'impossibilité, versez sur l'ulcère quelques gouttes de collodion ; réitérez cela trois fois, à cinq minutes d'intervalle. Ainsi l'ulcère sera couvert de trois couches su-
^ J'écris ici à l'adresse spéciale des fiancés, des époux, qui se croyaient guéris ou dont une minute d'égarement a compromis la santé, et 'que le jour de la cérémonie ou celui d'un retour imprévu du conjoint obligent, dans l'intérêt commun, à ne rien laisser soupçonner.
- L'homme est plutôt porté à fermer le canal en pinçant le bout de la verge entre deux doigts; ce qui est plus commode, mais donne moins de garanties de lavage complet.
5 Ceci implique l'obligation de garder, avant de s'exposer, une certame quantité d'urine dans la vessie. Le précepte est élémentaire; mais il n'importe pas moins de l'énoncer, de le répéter même, surtout à l'usage de ceux qui rêpclent.
* Ali bout de ce temps, l'eschare est sèche dans toute son étendue, et la réaction inflannnatoire ambiante est à peine commencée.
perposées d'un enduit protecteur, imperméable, d'une sorte de cuirrasse flexible ; et si vous avez soin d'huiler l'organe, quelques instants avant de l'exposer, cet enduit résistera aux frottements.
La femme a à sa disposition une manœuvre qui donne un supplément de sécurité. D'un doigt, elle peut tenir couverte la région malade; de deux, elle peut diriger les choses de façon à faire éviter tout contact de l'organe contagionnable avec les endroits dangereux.
Porteur de lésions syphilitiques où qu'elles soient, quelles qu'elles soient, et vous tous qui, sans avoir, pensez-vous, de lésions actuelles, vous savez en puissance de syphilis, abstenez-vous, de grâce. Une lésion transmissible peut rester méconnue, vu l'indolence complète dont elle jouit le plus ordinairement. Un simple érythèmc du gosier, du prépuce, de la vulve, est souvent l'agent de la contagion redoutable. N'ayez donc qu'une confiance très-modérée dans la cautérisation de celles de ces lésions que vous découvrez vous-même. S'il y a urgence de vous exécuter, tâchez de vous faire examiner, cinq ou six heures avant, par votre médecin, et que lui-même, après avoir bien et complètement exploré, touche et retouche au nitrate acide tout ce qui lui paraîtra suspect.
2° A ceux qui'peuvent prendre.
Ceci s'adresse à tous. Mais tous ne se trouvent pas également en état de suivre nos conseils ; tous, surtout, ne sont pas toujours en état de les entendre. Ainsi, il faut évidemment posséder une certaine expérience, jouir d'un certain empire sur soi-même pour prendre efficacement, avant et pendant l'acte, les précautions suivantes :
Laisser d'avance s'accumuler la matière sébacée, enduit protecteur ; sinon s'enduire d'un corps gras.
User de l'enveloppe membraneuse.
Examiner son conjoint ; l'explorer localement, s'il est possible. En tout cas, jeter un coup d'oeil sur les régions où la syphilis laisse surtout des traces, aux commissures des lèvres, à la paume des mains, sur l'état des cheveux, des ongles. En feignant de badiner, tàter les ganglions sous-occipitaux, et exclure tout sujet chez qui ils paraîtraient engorgés.
Durant l'acte, pas de retards, de suspensions volontaires ; pas de répétitions trop fréquentes, si elles ne peuvent avoir lieu qu'à la condition d'être très-prolongées ; terminer chaque fois qu'on a recommencé.
Après l'acte, on retrouve tout son sang froid, doublé d'une juste frayeur. Commencez alors par bien laver l'organe qui s'est exposé. Pour la verge, immergez-la en plein dans un large bol ou une cuvette étroite remplie aux trois quarts d'eau froide, condition nécessaire pour que le doigt puisse frotter exactement tous les plis, pendant que l'organe baigne dans l'eau. C'est faute de ce soin indispensable que le dessus de la région balano-préputiale n'étant ordinairement qu'asperge et non immergé., les chancres et chancrelles s'y observent beaucoup plus fréquemment que partout ailleurs.
Le contact de l'eau froide a éveillé l'envie d'uriner. Urinez donc, aussitôt que vous le pouvez, et selon les préceptes cidessus. Cette lotion, ce balayage naturel est le meilleur des préservatifs contre le danger le plus commun, contre la blennorrhagie uré traie. Voulez-vous contre ce danger-là un supplément de garantie ?... Faites une injection de vin ou d'eau vinaigrée, que vous garderez une minute (j'avertis que cette minute paraît longue). Pour que cette injection serve et ne nuise pas, il y a deux règles à observer : n'introduire dans le canal que le contenu d'un quart de seringue et ne pas repousser le liquide d'avant en arrière ; fermer l'urètre non en en pinçant l'extrémité, mais en appliquant un doigt sur son orifice.