‹ Thérapeutique des maladies vénériennes et des maladies cutanéesChapitre 18 sur 58 · CODE MORAL ET SANITAIRE · texte numérisé non relu

CODE MORAL ET SANITAIRE

M. Langlebert, dans un petit mais excellent ouvrage, a posé et discuté les différents cas qui se rapportent au mariage, à la génération, au nourrissage des sujets atteints de syphilis. Grâce à lui, ce sujet a désormais sa place marquée dans tous les traités spéciaux. On ne saurait mieux faire que notre trèsspirituel confrère; mais on peut faire autrement. C'est ce que j'ai essayé dans les entretiens suivants, où je mets en action un client venant me consulter successivement sur chacune de ces questions si intéressantes. Cette forme m'a paru la meilleure pour signaler, tels qu'on les rencontre, les préjugés, les exigences, les erreurs que nous avons à combattre, pour initier, en un mot, le médecin aux difficultés parfois très-graves que soulèvent .de tels problèmes où l'avenir des familles, la paix des ménages, la santé publique, les justes griefs des innocentes victimes ont en nous leurs défenseurs naturels, et bien souvent, hélas ! n'en ont pas d'autres.

PREMIÈRE VISITE. " Ll'aptitude au mariage.

— Docteur, j'ai eu un chancre il y a trois mois, et l'on me traite à présent pour des accidents secondaires. Je viens vous

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demander si, en me soignant, bien, je pnis espérer d'être guéri de manière à pouvoir me marier.

— Oui sans doute : dans cette maladie, la guérison est la règle.

— Bon ! mais quand serai-je guéri ?

— Pour une syphilis comme la vôtre, de force ordinaire, qui date de quatre mois,... en vous soignant bien.... ce sera en moyenne, dans huit ou dix mois.

— Et cà quoi pourrai-je reconnaître que je suis guéri? Serace quand je ne me verrai plus de mal sur aucune partie du corps ?

— Pour vous, cela ponrrait assurément suffire. Mais vous m'avez parlé de mariage ? En ce cas, il faut, pour être certain de sa guérison, une autre garantie; car l'aptitude qu'a un homme à pi'ocréer des enfants infectés, continue quelque temps encore après qu'il a cessé d'avoir des signes apparents de syphilis.

— Et ce temps, docteur, quel est-il ?

— Lorsque, à partir du dernier accident visible, vous aurez, sans faire de traitement spécifique, vu passer deux fois complètement la saison du printemps sans qu'il soit revenu de nouveaux symptômes, alors vous pourrez vous marier.

— Voyons! nous sommes aujourd'hui en octobre 1874 Eh bien ! je me suppose, comme vous me le faites espérer, délivré de tout symptôme dans dix mois, en août 1875. Cela reporterait mon mariage après le 31 mai 1877, près de trois ans 1

— Oui, le compte est juste.

— Mais c'est une éternité cela, docteur. N'y a-t-il donc pas moyen de savoir plus vite son sort? On m'a dit que, en allant aux eaux, ou en prenant une vingtaine de bains sulfureux, si vous n'êtes pas bien guéri, il vous ressort du mal sur le corps, et que, s'il ne vous ressort rien, cela prouve que vous êtes iïuéri .

— Le premier seul est vrai, cher monsieur. Oui, si les bains font revenir une éruption réellement syphilitique, cela prouve évidemment que vous êtes encore malade. Mais s'ils ne font rien reparaître, cela ne prouve point que vous puissiez engendrer avec sécurité. Rappelez-vous ce que je vous disais tout à l'heure : l'aptitude à procréer des enfants infectés survit à l'aptitude à avoir des symptômes apparents. »

— Oui, oui, je comprends bien. Je ne comprends que trop. Mais enfin, docteur, si je m'exécute, si j'attends jusqu'au terme fixé, vous me promettez au moins, à ce prix, que je n'aurai plus aucune crainte à avoir ni pour moi, ni pour ma famille ?

— Je puis vous assurer, monsieur, que, en exécutant exactement les diverses conditions que j'ai stipulées, vous aurez toutes les chances possibles d'échapper, vous et les vôtres, au danger que vous redoutez avec raison.

— Toutes les chances, docteur! Hélas! ce n'est point là une certitude. Il n'y a donc pas, votre art ne peut donc pas donner la garantie positive que, un jour ou l'autre, on en aura enfin fini avec cette horrible maladie ? Suis-jc donc condamné à toujours craindre, et à ne jamais craindre pour moi seul ?

— Vous exagérez beaucoup, cher monsieur. Le degré de certitude que je vous donne est le même que celui qui, dans la vie ordinaire, suffît, en mainte circonstance, pour autoriser un homme raisonnable à prendre une décision sérieuse. Ne nous en demandez pas davantage , et agissez en conséquence.

— Tout ceci est bien vague, docteur ; bien vague et bien triste. Voyons : les choses s'étant passées comme vous le fixez, pourrai-je, le 51 mai 1877, me marier, je ne dis plus sans rien craindre, mais sans manquer à mes devoirs d'honnête homme? En conscience, répondez-moi oui ou non.

— En conscience, oui.

— Si vous aviez une fille, docteur, et que je vous convinsse

SOUS les autres rapports, dans de telles conditions me la donneriez-vous ?

— : Oui, et de grand cœur, mon cher client... si le nouveau ménage me faisait l'amitié de consentir à habiter avec moi.

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