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FURONCLE

Une petite tumeur rouge, circonscrite, douloureuse, proéminente, entourée d'une auréole inflammatoire, se terminant par l'ulcération de son sommet, l'issue d'une petite quantité de pus et l'élimination d'une masse blanc jaunâtre, habituellement désignée sous le nom de bourbillon, tels sont les principaux caractères des furoncles.

Unique ou multiple, il apparaît souvent, dans ce dernier cas, d'une manière successive, et constitue alors une véritable éruption furonculeuse.

Les furoncles se développent sur toutes les régions du corps, mais de préférence à la nuque, aux fesses, aux membres supérieurs, à la figure, etc. Ils ont souvent leur siège dans les glandes sébacées ou dans les follicules pileux ; aussi n'est-il pas rare de voir leur sommet perforé par un poil. Oo en rencontre encore sur le bord libre des paupières ; il a alors son siège dans les glandes de Meibomius, — hordeolum, orgeolet, compère Loriot.

Les causes sont de deux ordres, locales ou générales. Parmi les premières figurent toutes celles qui déterminent une irritation de la peau : frictions avec des substances excitantes ; vésicatoires entretenus pendant longtemps, au pourtour desquels ils se développent souvent ; frottement de certaines parties du vêtement ou du col de chemise ; les frottements, les compressions de la selle chez les cavaliers, surtout pour les apprentis dans cet exercice ; l'influence prolongée d'une température élevée, dans certaines professions, etc.

Le furoncle est aussi une complication de la gale et des teignes. On le rencontre surtout dans la troisième période de la teigne tonsurante, — période sycositique (Bazin).

Enfin, l'apparition de furoncles a été, depuis longtemps, constatée pendant l'administration des préparations arsenicales.

Mais les plus importantes sont les causes générales : les fatigues physiques, une alimentation insuffisante, les excès, un régime alimentaire excitant, trop animalisé, surtout s'accompagnant d'un défaut d'exercice, l'abus des salaisons, les troubles des fonctions digestives, mais notamment le diabète.

Dans le tiers des cas environ, on trouve le diabète comme origine des éruptions de furoncle, lesquelles, d'autres fois, seraient le prélude de la maladie diabétique (Denucé) . — Le rapport entre ces deux affections est aujourd'hui parfaitement démontré.

On voit encore des furoncles apparaître fréquemment dans le cours de maladies graves, notamment vers la fin de la variole confluente. « Souvent, dit Trousseau, à partir de la quatrième semaine de la maladie, survient, après la chute des croûtes, une véritable diathèse furonculaire , en vertu de laquelle les malades ont sur la surface du corps jusqu'à vingt, trente, cent furoncles, qui déterminent d'atroces douleurs, et se renouvellent de manière à durer deux, trois, quatre, cinq et six mois. »

Mais une cause non moins certaine, et peut-être plus ordinaire, de cette éruption, c'est la diathèse herpétique. M. Delioux de Savignac^ a mis ce point parfaitement en lumière. Ils coïncident très-souvent, en effet, avec des affections dartreuses ; les individus qui offrent ces successions indéfinies de furoncles — véritable diathèse furonculaire — portent le plus souvent des traces d'eczéma, de pityriasis ou d'autres manifestations herpétiques, plus ou moins prononcées. « Chez ceux-là aussi, dit M. Delioux de Savignac, les furoncles se reproduisent avec plus de ténacité, sont plus petits, plus nom-

* Bulletin général de thérapeutique, 1875, t. LXXXIY, p. 529.

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breux, parfois même plus confluents : ils évoluent plus lentement et tendent souvent à s'indurer ; forme éruptive et chronique à la fois, propre au furoncle herpétique, et qui le distingue du furoncle inflammatoire, aigu, volumineux, plus douloureux et ordinairement solitaire. »

Traitement. — On a conseillé, au début, pour faire avorter le furoncle, des applications de diachylon gommé, de teinture d'iode, d'onguent mercuriel, de compresses imbibées de chlorure de calcium 30 grammes, eau 500 grammes, des frictions avec l'alcool camphré, répétées trois fois par jour, ou encore des compresses imbibées d'eau froide, des vessies remplies de glace, des mélanges réfrigérants, composés de deux parties de glace et d'une de sel. Hebra recommande de placer le mélange ci-dessus dans un sac de mousseline, maintenu ouvert à l'aide d'un anneau, de manière que l'eau puisse toujours s'écouler immédiatement , le froid étant ainsi constamment au même degré. On applique ce sac sur la surface malade, pendant environ dix minutes ou du moins jusqu'à ce que la peau devienne blanche, dure et presque insensible. Une autre méthode consiste à toucher, toutes les secondes, la partie enflammée avec le sac contenant le mélange réfrigérant, jusqu'à ce que l'effet soit produit. Une fois ce résultat obtenu, on se borne à recouvrir le furoncle de compresses imbibées d'eau glacée.

La cautérisation directe (par le crayon de nitrate d'argent fondu) a été employée avec succès, dans quelques cas, comme moyen abortif du furoncle.

Cette méthode de réfrigération offre d'incontestables avantages pour le traitement des furoncles isolés ou qui dépendent d'une cause irritante locale, externe.

Mais, quant à ceux produits par une dyscrasie, nous sommes bien placé, à Lyon, pour être plus réservé à leur égard : car, ainsi que nous le disions dans une note de notre traduction des maladies de la peau d'Hebra, nous nous souvenons

encore de l'un des nôtres, d'un confrère éminent entre tous, le professeur A. Bonnet (de Lyon), dont la mort prématurée fut certainement hâtée, au jugement de ceux qui le connaissaient le mieux, par des bains froids qu'il prit dans le cours d'une éruption furonculeuse.

Les cataplasmes et les fomentations chaudes, conseillés durant la première période, ont parfois l'inconvénient, surtout les premiers , de provoquer autour du furoncle des éruptions artificielles secondaires , notamment de pustules d'ecthyma, qui peuvent devenir le point de départ de nouveaux furoncles.

Une fois le furoncle arrivé à la période d'élimination, on peut favoriser l'issue du bourbillon par l'application d'onguent maturatif. Sous ce rapport, on n'aura que l'embarras du choix, car, à tous ceux qui figurent dans les formulaires anciens et modernes, il faut en joindre une foule d'autres, dont la formule mystérieuse , plus ou moins compliquée, d'ailleurs, se transmet, comme un héritage précieux, dans beaucoup de familles. Ces onguents, dont la litharge forme presque toujours la base, vous les retrouverez invariablement collés sur les furoncles de tous les villageois : c'est, du reste, la panacée de toutes les tumeurs et de toutes les plaies.

Aux émollients, toujours utiles, on peut adjoindre les pansements toniques, tels que lotions vineuses, d'eau de vie camphrée, décoction de quinquina, etc. Continuez ainsi les toniques pendant la période de réparation ou remplacez-les par des pansements au styrax, au baume du Pérou, au baume du commandeur, etc.

Lorsque le furoncle coexiste avec un état saburral, il faut, en même temps qu'on institue le traitement local, administrer un purgatif et de préférence un purgatif salin.

Lorsque, au contraire, il existe des éruptions successives, espèce de furonculose, il faut surtout rechercher s'il n'existe

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pas quelque état morbide, préexistant ou concomitant, auquel cette persistance du mal puisse être rapportée.

Ainsi, chez les dyspeptiques, on administrera les alcalins, les eaux alcalines naturelles de Vichy, de Vais, de Fougues, etc. , les eaux gazeuses, les amers, les toniques, vin de colombo, de gentiane, de quinquina, la noix vomique, etc.. Le grand air, un exercice régulier, le séjour à la campagne, le changement d'occupations, seront aussi de précieux auxiliaires de la guérison.

Chez les diabétiques, c'est aux agents conseillés contre l'affection principale qu'il sera surtout nécessaire de s'adresser, notamment aux alcalins et au régime approprié , qui joue aujourd'hui un grand rôle dans le traitement de la glucosurie.

Enfin dans la furonculose des sujets dartreux c'est à la médication antiherpétique qu'il faudra avoir recours, et en particulier à l'arsenic. Dans ces cas aussi on a employé les purgatifs, mais ils sont loin d'avoir la même action que daas certaines périodes de l'eczéma et de l'impétigo. Le plus ordinairement même les purgatifs ne paraissent pas avoir d'efficacité, et comme l'a dit M. Delioux de Savignac, c'est l'un des traitements qui échouent le plus souvent. N'usez donc jamais des purgatifs qu'avec modération et réservez leur usage pour les individus obèses, lymphatiques, disposés à l'embarras des premières voies ou à la constipation, ne donnant d'ailleurs jamais que des purgatifs salins.

Mais la base du traitement sera toujours l'arsenic, auquel M. Delioux de Savignac associe les purgatifs de la manière suivante :

Arséniate de soude 0,10 centigr.

Eau distillée 200 grammes.

Une cuillerée à café le matin à jeun, une autre le soir avant le dernier repas, dans un peu d'eau suci 3e, d'eau vi-

neuse ou de tisane, à prendre à une certaine distance des repas. Cependant nous avons quelque fois vu l'arsenic pris ainsi à jeun donner lieu à des maux d'estomac qui cessaient quand on avait soin de l'ingérer avec les aliments, ou du moins immédiatement avant. Ses effets curatifs nous ont, du reste, toujours paru les mêmes dans les deux cas. — Après avoir pris cette solution (ce qui exige vingt jours), le malade ingère 20 à 50 grammes de sulfate de soude. Dix jours après , il reprend la solution arsenicale qu'il fait encore suivre d'une dose du même purgatif. L'auteur dit n'avoir jamais été obligé de réitérer plus de quatre fois successives sa solution arsenicale. — On donne en même temps une décoction très-chargée de bourrache et de chicorée sauvage, ou de pissenlit avec herbes fraîches ; ou encore du jus d'herbes, qu'on pourra remplacer par l'infusion de 10 à 15 grammes de racine de salsepareille. Comme l'auteur du reste, nous croyons que des infusions de plantes amères, quelles qu'elles soient, rempliraient le même but. Les alcalins doivent être employés simultanément. Une cure de raisin offre aussi de réels avantages.

L'auteur prescrit la même médication contre les jetées furonculeuses que l'on observe souvent à la fin et dans la convalescence de la variole coniluente. Dans ces cas, d'ailleurs, comme dans tous ceux où des furoncles surviennent à la suite de maladies graves, prolongées, la médication reconstituante est simultanément et spécialement indiquée.

Quant au traitement chirurgical du furoncle, il est inutile d'y avoir recours dans les cas ordinaires. S'il s'agit d'un furoncle volumineux ou devenant phlegmoneux, une incision cruciale, dépassant un peu la limite du mal, me paraît le meilleur mode opératoire, celui qui facilite le mieux l'élimination des produits morbides. Comme pour le traitement de l'anthrax, il est utile de faire, en général, suivre les incisions de cautérisations avec la pâte de Canquoin, afin d'éviter la

résoi'ption purulente qui survient parfois à la suite de l'ouverture par incision de ces vastes foyers furonculeux dans lesquels des vaisseaux béants se trouvent alors en contact avec la sanie purulente.

Tumeur inflammatoire des glandes de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, tel est l'anthrax à son début; il présente, à cette période, lapins grande analogie avec le furoncle. Mais, au bout de quelque temps, la surface de la tumeur devient empâtée, la peau s'amincit et la suppuration se fait jour à la surface cutanée par plusieurs petits orifices à l'ouverture desquels on voit apparaître le bourbillon; souvent plusieurs de ces pertuis se réunissent et forment une plaie dont les bords sont décollés, rouges et indurés, — anthrax furonculeux. Dans le véritable anthrax les symptômes atteignent un degré plus prononcé et la tumeur, qui doit se terminer par la mortification de la peau, s'accompagne de phénomènes généraux tels que fièvre, courbature, anorexie, prostration des forces, etc La tumeur, dure, un peu aplatie, moins acuminée

que le furoncle, chaude au toucher, d'un rouge violacé, est le siège de douleurs sourdes, d'élancements ; plus tard elle se ramollit, le sommet présente une fluctuation latente et au bout de quelques jours il se forme une ou plusieurs phlyctènes au-dessous desquelles on trouve ces escharcs gangreneuses plus ou moins étendues qui caractérisent l'anthrax. Souvent aussi la peau est perforée de petits pertuis d'où s'échappent du pus mêlé de sang et des lambeaux de tissu cellulaire mortifié. Les douleurs qui accompagnent l'anthrax sont parfois intolérables. Il n'existe en général qu'un seul anthrax à la fois. Les sièges de prédilection de l'anthrax sont la nuque, le dos — notamment chez les personnes âgées.

Le furoncle et l'anthrax sont des affections de même na-

ture au point de vue des lésions locales, avec une intensité il est vrai plus grande dans un cas que dans l'autre. Il est constant aussi que l'antbrax dans sa forme grave est en général l'indice d'une altération plus ou moins profonde de l'économie et que y une fois suppuré, il peut devenir le point de départ de phénomènes graves, septiqucs. La gravité de l'anthrax tient donc, soit à ce que l'inflammation a envahi une grande étendue de la peau et du tissu conjonctif, soit aux mauvaises conditions de santé dans lesquelles se trouve le malade. Ainsi une nutrition vicieuse, l'état de débilité, de déchéance de l'organisme à la suite de fièvres graves, le diabète, l'albuminurie, etc., sont autant de causes qui favorisent l'apparition des anthrax, rendent leur évolution et leur signification pronostique plus sérieuses. Le diabète surtout coïncide le plus souvent avec l'anthrax. — Quelle relation existe entre ces deux maladies? Quelle est celle qui donne naissance à l'autre? Ou bien encore sont-elles toutes les deux sous l'influence du même état général?... Toujours est-il que, dans les deux cas, il y a une disposition très-remarquable à la gangrène.

Bien des causes pourraient être encore signalées : qu'il nous suffise de rappeler que dans le nombre des sujets atteints d'anthrax on compte surtout des individus débilités, affaiblis par la misère, les privations, des conditions hygiéniques défectueuses. Des fatigues prolongées ; les excès, Tabus des boissons alcooliques paraissent aussi jouer un rôle important. On observe en général plus d'anthrax pendant le printemps et l'été que pendant les autres saisons de l'année.

Traitement. — Dans le traitement de l'anthrax il importe, avant tout, de rechercher sous quelle influence cette affection a pu se développer. Ainsi, survenu chez un jeune homme vigoureux, pléthorique, l'anthrax exigera une médication toute différente de celui qui coexistera avec l'albuminurie, le diabète ou mi état général grave. Nous n'entrerons dans aucun

détail à cet égard, ces données se rattachant aux principes de thérapeutique générale. Les périodes d'élimination et de réparation s'effectueront d'autant plus rapidement, que les sujets seront d'ailleurs bien portants et indemnes de toute altération organique. Toutefois si en même temps que l'anthrax il existe un état saburral, il est utile d'administrer et de réitérer au besoin un éméto-cathartique ou un purgatif.

Le traitement de l'anthrax est plutôt chirurgical que médical, et les moyens déjà indiqués pour le furoncle, c'est-à-dire les applications réfrigérantes, les émoUients, les résolutifs ne conviennent qu'aux cas bénins. Mais en présence d'un anthrax volumineux, douloureux, il n'y a pas à hésiter : il faut intervenir d'une manière énergique. Dans ces cas ouvrez le plus tôt possible la tumeur ; combien de fois n'avons-nous pas vu les souffrances intolérables qui accompagnent l'anthrax cédei presque instantanément à des incisions larges et profondes. Soit par la cessation de la tension des tissus enflammés qu'elles opèrent, soit par la légère hémorrhagie qu'elles déterminent, les incisions amènent toujours un notable soulagement; et la suppuration ainsi que l'élimination des parties mortifiées s'établit d'une manière régulière. Mais pour que le débridement soit complet il faut que les incisions divisent toutes les parties indurées et dépassent la base de l'anthrax.

On peut faire ces incisions suivant quatre méthodes principales : incision simple, incision circulaire, incision cruciale, incision sous-cutanée.

L'incision simple est insuffisante, elle ne fait cesser la tension que d'une manière incomplète, aussi y a-t-on rarement recours aujourd'hui.

Nous en dirons autant de l'incision circulaire proposée par le docteur Lallemand, qui, embrassant la base de la tumeur, a l'inconvénient d'amener la gangrène de la peau et par suite des cicatrices vastes et difformes.

L'incision cruciale a été pratiquée par Dupuytren pour faire

cesser l'étranglement, phénomène auquel il attribuait et la douleur et la mortification des parties enflammées. La manière de la pratiquer est bien connue et décrite dans tous les traités de chirurgie.

C'est évidemment là un procédé douloureux, mais il fait cesser les souffrances occasionnées par l'étranglement des tissus et favorise le développement d'une inflammation de bonne nature. Les tissus mortifiés sont ensuite facilement éliminés et la plaie se cicatrise rapidement à l'aide d'un pansement légèrement excitant.

Depuis quelques années M. A. Guérin, frappé de certains accidents qui accompagnent parfois la méthode précédente, a proposé de la remplacer par l'incision cruciale sous-cutanée des tissus enflammés. Voici le mode opératoire de cet habile chirurgien :

Il plonge au centre de l'anthrax la lame étroite d'un bistouri droit, et la glisse à plat sous la peau jusqu'au delà de la tumeur. Une fois arrivé en ce point il tourne le tranchant du bistouri vers les parties profondes qu'il incise jusqu'à ce qu'il ait traversé tous les tissus enflammés. Il pratique ensuite trois autres incisions analogues, de manière à représenter exactement sous la peau l'opération cruciale ordinaire.

Ce procédé est moins douloureux que l'incision conseillée par Dupuytren ; il est facile à exécuter ; il fait cesser également l'étranglement, pourvu que l'incision soit faite assez profondément, et enfin on évite ainsi la possibilité d'un érysipèle ou de l'infection purulente qui surviennent quelquefois à la suite des autres méthodes; de plus, la cicatrice est bien moins étendue que par les incisions cruciales à ciel ouvert.

M. A. Guérin a déjà pratiqué cette opération sur un grand nombre de malades, et les résultats ont toujours été aussi complets et aussi rapides qu'avec l'incision cruciale ordinaire. En outre, si l'opération est faite dès le début, l'anthrax

se termine par résolution, et le tissu cellulaire mortifié s'échappe par fragments à travers la petite plaie résultant de la ponction de la peau. C'est là un des avantages les plus réels de la méthode et sur lequel M. A. Guérin a insisté avec beaucoup de raison.

Théoriquement, l'application de la méthode sous-cutanée au traitement de l'anthrax paraît des plus heureuses, mais n'est-il pas aussi à craindre que les incisions soient quelquefois insuffisantes, que le pus et les tissus mortifiés ne puissent se faire jour au dehors, et que leur présence n'entretienne et l'inflammation et la possibilité d'accidents graves auxquels au premier abord ce procédé semblait devoir s'opposer?

Quant à nous, nous leur préférons les incisions cruciales ordinaires suivies de cautérisations.

On a aussi conseillé les cautérisations, soit à l'aide du cautère actuel, soit au moyen de caustiques divers. M. Soulé recommande, au début, l'application de la pàtc de Vienne, dont il recouvre une partie de la tumeur. Le deuxième jour, on incise les points cautérisés. De cette manière on prévient la possibilité de l'infection purulente ; les tissus mortifiés et cautérisés s'éliminent ensuite rapidement, et l'on n'a plus affaire qu'à une plaie simple. Toutefois, avec ce procédé, la cautérisation n'est pas assez profonde, surtout quand il s'agit d'anthrax volumineux ; de plus, laissant des vaisseaux béants dans l'intérieur de la plaie, il n'affranchit pas des risques de l'infection purulente.

La méthode qui nous a toujours paru donner les meilleurs résultats, c'est l'incision cruciale de Dupuytren, combinée avec la cautérisation à l'aide de la pâte de chlorure de zinc ; c'est celle du moins que nous avons vu appliquer, et nous •pouvons ajouter presque toujours réussir entre les mains de notre regretté maître A. Bonnet. C'est celle que nous conseillons de préférence, car si elle est un peu douloureuse, elle donne, d'autre part, des résultats plus complets que les inci-

sioiis sous-cutanées d'A. Guérin et met à l'abri des accidents consécutifs.

M. Denucé fait des incisions larges et profondes; seulement, au lieu d'employer ensuite la cautérisation avec la pâte de Canquoin, il se borne à panser les plaies avec des plumasseaux de charpie imbibés de perchlorure de fer à 20 degrés environ. Cela suffirait, selon l'auteur, pour arrêter le saignement et pour réaliser une cautérisation suffisante de toutes les surfaces incisées. La douleur n'est pas très-vive, et dans bon nombre de cas simples ce procédé a parfaitement réussi.

Enfin, on a conseillé, en Angleterre, la compression de l'anthrax au moyen de l'emplâtre de savon opiacé. Je ne saurais dire quels sont les résultats de cette nouvelle méthode de traitement, ne l'ayant jamais vu employer et n'y ayant également jamais eu recours. Mais il nous paraît à priori bien difficile d'admettre que, dans les cas graves, le savon opiacé ou non puisse être de quelque utilité. Qu'il réussisse, comme tous les autres emplâtres maturatifs, dans les anthrax bénins, cela est possible ; mais dans les autres anthrax il sera toujours plus prudent de donner, et de bonne heure, la préférence aux incisions aidées ou non des cautérisations.

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