‹ Thérapeutique des maladies vénériennes et des maladies cutanéesChapitre 32 sur 58 · MILIAIRE · texte numérisé non relu

MILIAIRE

Cette éruption ne se fait pas en une seule poussée ; en général, on voit des vésicules railiaires à toutes leurs périodes de développement.

L'apparition des vésicules miliaires n'a pas, par elle-même, une importance absolue; cependant, dans le rhumatisme articulaire aigu et dans les maladies infectieuses, elle survient plutôt lorsque la température est très-élevée, 59", 40°, 41°,. et elle indique habituellement une atteinte plus profonde de l'économie. Dans les hôpitaux de Yienne, on réunit sous une même description les sudaminaet la miliaire blanche et rouge ; en France, on désigne sous le nom de sudamina des éruptions vésiculeuscs qui ne se distinguent de la miliaire que par leur volume plus petit et par leur forme arrondie. Bien que les sudamina et la miliaire paraissent d'ordinaire en même temps, les sudamina existent souvent sans aucun érythèmc cutané et sans miliaire, tandis que la miliaire est constamment accompagnée de sudamina .

A côté de cette forme d'éruption miliaire qui accompagne les affections pyrétiques, il est une autre miliaire apijrétique que l'on observe sous forme d'éruptions partielles ou générales, notamment dans les pays chauds. Ces éruptions miliaires des régions tropicales sont désignées, aux Antilles, sous les noms de boutons chauds, de hourbouilles. Elles sont évidemment provoquées par l'action de la chaleur ; l'usage d'aliments excitants favorise leur apparition. Elles surviennent principalement chez les sujets sanguins et robustes et qui ont la peau fine, mais on les observe souvent aussi chez des individus maigres, lymphatiques, à peau épaisse. Les noirs euxmêmes n'en sont point exempts. Le siège ordinaire de l'éruption est le dos et la poitrine. La peau devient rouge, érythémateusc ; elle se recouvre d'une multitude de petites papules dont la plupart sont surmontées de vésicules miliaires. Cette éruption s'accompagne de démangeaisons et de picotements souvent fort désagréables, mais elle n'occasionne pas de fièvre

et n'est précédée d'aucun prodrome. Cette miliaire est également assez fréquente en France pendant les chaleurs de l'été, et ses caractères sont les mêmes que ceux que nous venons d'indiquer. Ces éruptions des pays tropicaux ou des saisons chaudes sont, comme le remarque avec beaucoup de raison M. Ernest Besnier, dues à la cause même qui provoque la sueur, et non directement à la diaphorèse, qui, certainement, peut exister et existe même, le plus ordinairement, à un degré intense, sans donner lieu à aucune éruption.

Traitement. — Dans la plupart des cas, il n'est pas nécessaire d'en instituer un. La miliaire tropicale ou saisonnière disparaît avec le retour des fraîcheurs. Aux Antilles, la présence des bourbouilles n'empêche pas de prendre des bains froids de mer ou de rivière. On calmera les démangeaisons à l'aide de lotions ou de bains émollients, de l'application de poudres inertes, etc..

La miliaire secondaire n'exige pas de médication spéciale, tout doit être subordonné à l'affection principale dont elle n'est qu'un phénomène : on se bornera à l'usage de poudres inertes ou à des lavages avec des décoctions émollientes pour atténuer le prurit, comme dans la miliaire simple. Enfin, ainsi que l'indique M. Ernest Besnier, on veillera à ce que le malade ne soit couvert que dans la mesure déterminée par la saison et par l'état morbide protopathique, et s'il y a des sueurs pro fuses, on changera les linges et surtout les vêtements de laine aussi souvent que cela sera utile.

ECZEiVIAI

L'eczéma (dartre squameuse humide, selon l'expression si juste et si pittoresque d'Alibert) se montre sous la forme d'une inflammation cutanée qui est caractérisée au début par une rougeur érythémateuse, bientôt suivie de l'éruption de vésicules agglomérées, ordinairement si petites, qu'on les

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prend d'abord pour de simples papules. Cet état s'accompagne d'une infiltration plus ou moins prononcée de la peau, et même, dans quelques cas, des tissus sous-jacents, de la sécrétion d'un liquide séreux ou séro-purulent qui se concrète en croûtes plus ou moins épaisses, sous lesquelles la surface tégumentaire paraît rouge, humide ou sèche, et il se termine par de la desquamation. Quelle que soit celle de ces formes que l'on observe, presque toujours il y a de la démangeaison, de la chaleur et de la cuisson.

Il résulte de cette description sommaire, que l'eczéma peut débuter par une simple rougeur érythémateusc, par une Yésicule, une pustule ou une papule; du reste, ces différentes lésions élémentaires se rencontrent souvent associées entre elles sur le même individu.

Mais il n'en est pas moins vrai que l'eczéma type, forme la plus commune, lorsqu'il est à l'état naissant, ou lorsqu'on l'a détergé de ses croûtes, est constitué par des plaques bien circonscrites, à contour arrondi, offrant sur un fond rouge, l'aspect piqueté de la section transversale d'un jonc, aspect qui résulte de la multitude des petites vésicules agglomérées. L'eczéma n'est pas contagieux. Comme toutes les inflammations, il a une période de développement et une période de déclin, séparées par un intervalle ou période d'état d'une durée plus ou moins longue. Mais on n'observe pas toujours l'eczéma avec des caractères aussi définis, aussi tranchés et se succédant d'une manière aussi régulière.

L'éruption cutanée est parfois précédée d'un léger malaise, de frissons, d'un mouvement fébrile, de troubles gastriques, etc. Souvent aussi des sensations de prurit et de fourmillements se manifestent sur les points qui vont être le siège de l'éruption, points qui deviennent ensuite rouges, tuméfiés et sur lesquels apparaissent habituellement des vésicules petites, acuminées, plus ou moins confluentes. Ces vésicules sont quelquefois très-difficiles à apercevoir, elles

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sont souvent aussi entremêlées de pustules qui ne sont autre chose, ainsi que l'a démontré M. Hardy, que la transformation des vésicules primitives dont le liquide est devenu rapidement purulent.

L'affection peut aussi débuter directement ])ar une éruption vésiculo-pustuleuse ou pustuleuse. Ce sont l'eczéma impéfiginodes et l'impétigo, — espèces particulières dont l'école de Villan faisait autant de mah'.dies distinctes, mais qui ne diffèrent de l'eczéma ordinaire que par la lésion initiale. Car en dehors du degré plus intense de l'inflammation qui, dans l'impétigo, donne lieu à la production de pustules, l'évolution de la maladie et sa terminaison sont les mêmes. La forme pustuleuse de l'eczéma ou l'impétigo, s'observe de préférence chez les sujets lymphatiques ou scrofuleux, ou lorsque la maladie envahit une région contenant de nombreux follicules pileux, par exemple sur le cuir chevelu ou à la face (lèvre supérieure et menton).

Qu'il existe des vésicules ou des pustules, ces soulèvements épidermiques se rompent, en général, au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures et donnent issue à un liquide irritant^ à réaction habituellement alcaline, visqueux, de consistance gommeuse, de couleur citrine, qui se dessèche sous forme de croûtes jaunâtres, sous lesquelles la peau apparaît rouge, humide, légèrement exulcérée. Par le fait des grattages, il s'effectue quelquefois un petit suintement sanguin qui, se mêlant à la sécrétion eczémateuse, donne alors aux croûtes une teinte brunâtre. Parfois les plaques croûteuses se fendillent et laissent suinter un liquide séreux caractéristique. Selon l'intensité de l'inflammation, ce liquide peut être mélangé de plus ou moins de pus et former des croûtes dont la coloration et l'épaisseur sont en rapport avec la quantité et la nature de la sécrétion. Au bout d'un certain temj)s les croûtes se détachent, mais si la sécrétion continue, elles se reproduisent rapidement.

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La durée de cette période est très-variable, la sécrétion séreuse ou purulente pouvant se prolonger pendant quelques semaines seulement, ou bien pendant plusieurs mois et même des années entières. Cependant, en général, au bout d'un certain temps, de deux mois environ, on voit la sécrétion cutanée diminuer graduellement, les croûtes devenir moins épaisses et enfin se transformer en squames minces, d'un blanc grisâtre, fendillées, au-dessous desquelles la peau conserve une teinte rouge luisant. Dans l'eczéma sec, l'élément squame l'emporte sur l'élément croûte.

Cette desquamation épidermique se continue ainsi, sous forme de lamelles ou d'une poussière farineuse, jusqu'au moment où, cessant complètement, la guérison de l'eczéma se trouve ainsi réalisée. Cet état constitue la dernière période de l'eczéma ou période pityriasiquc.

L'eczéma ne laisse jamais de cicatrices, mais souvent les parties qui en ont été le siège conservent très-longtemps un aspect brillant, vernissé; on dirait que là le tégument est recouvert d'une baudruche fine et transparente, qui se craquelé et est suivie à son tour d'une période pityriasiquc.

L'eczéma a quelquefois une marche aiguë. Dans ces cas. sous l'influence d'une médication appropriée, il peut guérir en un ou deux septénaires, mais le plus ordinairement, il se produit des poussées à intervalles plus ou moins réguliei'S sur les régions primitivement atteintes ou sur d'autres points, et la maladie prend la forme chronique.

L'eczéma généralisé est très-rare, mais on voit assez fréquemment des plaques eczémateuses, de forme variée, disséminées sur une grande étendue de la surface cutanée. Ces plaques ont souvent l'aspect d'une pièce de monnaie (eczéma nummulaire). D'autres fois, l'éruption eczémateuse est circonscrite à une partie limitée du corps.

Manifestation incontestable de la diathèse dartreuse, dont il présente tous les caractères si bien mis en relief par M. le

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professeur Hardy, l'eczéma se transmet le plus souvent par hérédité.

Cette influence héréditaire, vice constitutionnel préexistant chez certains individus, est tellement évidente que l'étude des causes occasionnelles des éruptions eczémateuses sera la meilleure démonstration de son existence.

Ainsi tout le monde sait que les individus exerçant certaines-professions, sont exposés au maniement de substances acres, irritantes. Eh bien, l'action de ces substances sur la peau est loin de s'exercer chez tous d'une manière id^^ntique. Ne voit-on pas, en effet, chaque jour, parmi des personnes travaillant dans un môme atelier, touchant aussi longtemps et de la même manière les mêmes substances, etc., les unes rester toujours indemnes de lésions cutanées, d'autres atteintes passagèrement de quelques vésicules ou pustules (gale des épiciers), qui se reproduiront peut-être deux ou trois fois, sans jamais se généraliser, chez lesquelles, l'éruption eczémateuse doit être mise sur le compte d'une simple prédisposition locale, d'une peau fine, blanche, facilement irritable. C'est là un fait incontestable que l'observation vient tous les jours confirmer. Jamais, en effet, l'affection ne se porte sur d'autres régions, elle reste limitée aux parties qui se trouvent en contact avec les substances qui lui ont donné directement naissance. Ce sont des éruptions qui mériteraient plutôt le nom à'eczémaloïdes, que d'eczémateuses.

Enfin, il est d'autres sujets chez qui l'on est bien obligé d'admettre un état particulier de l'organisme, si l'on veut se rendre rationnellement compte de ce qui a lieu. En effet on voit, chez ceux-là, l'irritation' locale donner naissance à un eczéma qui, loin de rester circonscrit, se développera sur une grande étendue, qui souvent disparaîtra dun point pour se porter sur un autre et qui, une fois guéri, aura de la tendance à se reproduire sous l'influence d'une action irritante quelconque.

Pourquoi donc, si une disposition constitutionnelle innée, héréditaire n'existait pas, pourquoi verrait-on les uns toujours indemnes, d'autres facilement et rapidement curables, tandis que d'autres, enfin, deviennent franchement eczémateux, et restent toute leur vie avec des manifestations dartreuses plus ou moins étendues.

Mais les professions ne constituent pas les seules causes occasionnelles de l'eczéma. Les applications irritantes sous forme de médicaments (vésicatoires, emplâtres, etc., onctions avec des pommades mercurielles, térébenthinées, ammoniacales, stibiées, etc.) ; la présence sur la peau de parasites végétaux ou animaux et des grattages qu'ils occasionnent (eczéma parasitaire); l'existence de varices ou d'ulcères variqueux; l'usage de vêtements teints avec certaines matières colorantes, notamment celles tirées du goudron; toutes ces causes agiront comme nous venons de l'indiquer pour certaines professions. Chez le plus grand nombre, leur action sera nulle, chez quelques autres, une irritation circonscrite, passagère en sera la conséquence ; chez les dartreux de naissance, enfin, elles deviendront le point de départ de manifestations herpétiques, sinon persistantes, du moins susceptibles de se reproduire sous l'influence des mêmes causes provocatrices.

Mais, en dehors des causes qui agissent directement sur la peau, il en est d'autres dont l'action n'est pas moins incontestable sur les manifestations de la diathèse dartreuse.

Ainsi certaines fonctions physiologiques, telles que la dentition, . la menstruation, l'état puerpéral, l'allaitement, s'accompagnent souvent de poussées eczémateuses. Il n'est pas rare non plus de les voir survenir sous l'influence de troubles dans les fonctions digestives; d'une nourriture insuffisante, d'un régime excitant, de certains aliments (poisson de mer, porc) ; d'excès de boisson, des alcooliques, de veilles prolongées. D'après Er. Wilson, un certain nombre de cas d'eczémas serait sous la dépendance d'une débilité ner-

veuse; ainsi on le voit survenir chez les individus dont le système nerveux a été surmené, par exemple à la suite d'excitations morales longtemps continuées, de chagrins, de travaux intellectuels excessifs. Nous avons plus d'une fois constaté la réalité de cette influence pathogénique.

D'autres fois, le mal parait lié à une diminution dans les fonctions d'excrétion, notamment celles des reins, alors qu'il y a un excès d'acide urique dans le sang. On l'ohserve souvent chez les goutteux, sans qu'il soit permis alors de le rattacher à la diathèse goutteuse.

On rencontre encore fréquemment l'eczéma chez les personnes qui ont une disposition héréditaire à l'asthme. Trousseau admettait que les éruptions eczémateuses, le rhumatisme, la goutte, les hémorrhoïdes, la gravelle ne sont que des expressions différentes d'une seule et même diathèse.

Un fait certain, et dont on voit chaque jour de nombreux exemples, c'est l'alternance qui existe si souvent entre l'irritation des muqueuses gastro-intestinale ou bronchique et l'eczérïia. Combien de malades qui, l'hiver, sont oppressés, toussent, voient ensuite leur catarrhe diminuer spontanément avec l'apparition de manifestations eczémateuses que les premières chaleurs ramènent à la peau. Il en est de même pour l'asthme, pour la gastralgie. Mais il ne faudrait pas, d'après ces faits très-réels, se hâter de conclure que asthme et eczéma ne sont qu'un seul et même être pathologique. Ceux des asthmatiques, qui étaient eczémateux, offrent seuls l'exemple de ces alternances. Elles sont l'application de la loi générale qui préside à l'évolution de diverses maladies existant chez un même sujet, et non une preuve de l'identité de nature de ces deux affections.

Les influences saisonnières ont aussi une action réelle sur l'apparition de l'eczéma; le printemps et l'été agissent comme causes prédisposantes. C'est à^ces époques de l'année qu'on voit les éruptions eczémateuses se manifester ordinairement,

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se réveiller en quelque sorte. Ne prononcez jamais qu'un eczéma est guéri, tant que le mois d'août ne sera pas expiré.

L'eczéma infantile a été parfaitement décrit par Er. Wilson. Aussi lui empruntons-nous ses principales idées sur la nature et le traitement de cette intéressante variété.

Les enfants à la mamelle et les jeunes enfants sont particulièrement sujets à l'eczéma. On le voit souvent débuter vers la fin du premier mois, et, si on ne lui oppose un traitement convenable, l'affection cutanée persiste souvent pendant plusieurs mois, et même plusieurs années. La dentition, qui est par elle-même une cause d'eczéma, vient encore favoriser la persistance de la fluxion morbide, et faire évanouir les espérances que l'on fonde souvent sur le temps pour la guérison spontanée.

L'eczéma infantile peut se manifester sous une forme type quelconque. Suivant le tempérament ou la constitution du petit malade, on aura affaire à un eczéma érythémateux, papuleux, vésiculeux, ou pustuleux, ou impétigineux. Le plus souvent, d'ailleurs, l'éruption se présente modifiée par les frottements ou les grattages, qui sont une cause d'aggravation de l'état local.

Quelquefois, l'éruption envahit tout le corps qui est recouvert d'excoriation, de croûtes plus ou moins épaisses, jaunâtres, brunâtres et même noires par l'effet du mélange de la sécrétion avec du sang.

Le plus habituellement, l'eczéma est limité à une ou plusieurs régions, au cuir chevelu, à la face, au front, à l'ombilic, aux plis articulaires. Au cuir chevelu, notamment où la sécrétion eczémato-impétigineusc agglutine les cheveux en un réseau inextricable, il se produit souvent une espèce de carapace épaisse, rugueuse, jaunâtre. D'autres fois, les croûtes brisées par les grattages, sont disséminées dans les cheveux et traversées par quelques-uns d'entre eux — teigne granuleuse. A une période plus avancée de la maladie, il se fait

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une desquamation abondante — teigne fur fur acée. Plus tard, enfin, l'exfoliation épidermique se présente sous l'aspect d'une desquamation farineuse — pityriasis capitis.

A la face, l'éruption s'accompagne de la tuméfaction des tissus sous-jacents, d'une sécrétion abondante qui se dessèche en croûtes épaisses formant une espèce de masque répulsif — eczéma larvale, croûtes de lait.

Le caractère général de l'eczéma infantile est de former des plaques étendues et d'envahir immédiatement toute une région, telle que le cuir chevelu, une joue, la face entière, etc. Abandonné à lui-même, il n'a aucune tendance à guérir spontanément, et passe, au contraire, de l'état aigu à la forme chronique. La sécrétion diminue alors graduellement, et l'éruption se localise en certains points, où elle tend à persister indéfiniment avec des poussées souvent aussi irrégulières qu'imprévues.

L'état sec, desséché, brûlant, fébrile du tégument, résultat ordinaire de l'eczéma infantile, est un indice de la désorganisation et du trouble extrême que la peau a subi. Dans les points même où il n'y avait aucune éruption, la peau est rugueuse et farineuse, mais, où était l'eczéma, par exemple, autour des paupières, sur les oreilles, autour de la bouche et au pli des articulations, la peau est plus ou moins rouge, épaissie, inégale, fissurée, gercée, et la sécrétion ayant cessé, elle se recouvre constamment d'écaillés épidermiques sèches, de dimensions variables, farineuses ou furfuracées, souvent larges comme l'ongle. C'est alors un véritable psoriasis; l'eczéma infantile est par conséquent devenu, par la seule influence du temps, un eczéma pityriasique ou psoriasis infantile.

L'exfoliation s'accompagne nécessairement de prurit souvent très-intense; la partie enflammée est alors le siège de frottements et de grattages : de temps en temps il se fait une nouvelle poussée.

Au début, la maladie n'exerce aucun retentissement fâcheux sur l'organisme ; plus tard, la persistance des démangeaisons, avec exacerbations nocturnes, amène un état de faiblesse, d'anémie, d'amaigrissement, d'angoisse, etc., qui appelle tonte la sollicitude du médecin. On voit ces pauvres petits êtres fouiller leur chair avec une espèce de fureur, tandis cpie le sang et le pus coulent en abondance. C'est là une des plus grandes causes d'affaiblissement.

Traitement. — Dans l'eczéma infantile, s'il s'agit d'enfants à la mamelle, il faut tout d'abord s'assurer de l'état de santé de la mère, ainsi que de son lait, et vérifier si les fonctions intestinales s'accomplissent régulièrement. Dans le cas contraire, on prescrira un léger laxatif, et de préférence du calomel à la dose de cinq centigrammes mêlé avec la même quantité de sucre blanc, ou encore une cuillerée à café d'huile de ricin ou de sirop de scné. Cette dérivation intestinale légère exerce en outre une influence favorable sur la sécrétion morbide de la peau. En général, il suffit de renouveler cette petite purgation une fois par semaine.

Lorsque le régime et les fonctions digestives sont parfaitement rétablies et qu'il n'existe aucune contre-indication telles que de la diarrhée ou de la bronchite, on peut entreprendre la cure réelle, c'est-à-dire administrer la mixture fcrro-arsenicale :

Vin ferrugineux 45 grammes.

Sirop simple * \

Liqueur de Pearson > aa

Eau distillée 60 —

I gr. 75 centigr. de ce mélange contient un peu moins de 0,06 centigr. de liqueur arsenicale.

II est essentiel de faire prendre l'arsenic au milieu du repas; c'est là, du reste, une règle que l'on doit observer à tous les âoes.

Pour les entants de deux ans, on prescrira 1 centigramme de liqueur arsenicale trois fois par jour.

De deux à sept ans, 2 centigrammes.

De sept à quatorze ans, 5 centigrammes.

D'après Wilson, il est remarquable à quel point les jeunes enfants supportent bien ce remède, et avec quelle rapidité il exerce ses effets toniques et d'assimilation. Dans l'eczéma infantile, l'arsenic serait un spécifique; il guérirait promptement, parfaitement, infailliblement : It cures rapidhj^ perfectly, unfaUincjhj.

Avouons qu'il serait difiicile d'en dire autant d'aucun autre remède par rapport à une maladie quelconque.

Toutefois, l'auteur anglais conseille, pour calmer et guérir l'éruption, une pommade benzoinée d'oxyde de zinc mélangée'avec de l'esprit de vin (dans laproportion de 5 grammes pour 50 grammes ck pommade). L'application de la pommade doit former un pansement permanent sur la peau enflammée ; on ne doit jamais l'enlever, à moins d'indications spéciales.

Toutefois, si elle laissait les sécrétions s'accumuler au-dessous d'elle, ce dont il est facile de se rendre compte, il faudrait nettoyer la tête, soit avec un jaune d'œuf, soit avec le savon cadique, et n'appliquer une nouvelle couche de topique gras qu'après avoir séché le cuir chevelu.

En général, cependant, on doit éviter de laver la peau enflammée ; il est préférable de l'essuyer avec une serviette douce, pour détacher les exsudations et les sécrétions, car ces lavages tendent à irriter la peau et à augmenter le prurit et riiiflammation. On peut craindre aussi, par ces lotions, l'effet du refroidissement. On doit donc toujours les f lire avec les plus grandes précautions.

La poudre de calomel, la pommade benzoinée d'oxyde de zinc et la mixture ferro-arscnicale répondent aux trois indications fondamentales du traitement de l'eczéma infantile. Si par hasard on écliouait, la cause en serait, selon Wilson, non

ECZEMA. 4t)i

-dans les remèdes, mais dans leur mode d'emploi. Aucun mauvais résultat ne peut suivre ce traitement, mais il ne faut pas oublier, dit-il, que, si V arsenic paraît ne pas convenir à r enfant, il faut le donner moins fréquemment^ deux fois au lieu de trois fois par jour, ou le suspendre immédiatement si l'enfant semble devenir malade; dans ce cas, en outre, on prescrirait immédiatement la poudre de calomel.

En général, trois semaines suffisent, et quelquefois plus; si une récidive se produit, il faut recommencer le traitement clans les mêmes conditions et avec les mêmes précautions.

Le régime de l'enfant doit être surveillé avec -soin ; il doit être bon, sain et substantiel.

L'huile de foie de morue est aussi très-utile à la période chronique, et quand il y a de l'amaigrissement ; chez les jeunes enfants, on peut la donner avec assurance; chez les enfants plus âgés, dans les cas chroniques, on combinera l'huile de foie de morue avec l'arsenic.

Huile de foie de morue GO grammes.

Jaune d'œuf N° 1 .

Liqueur de Pear son 4 grammes.

Sirop simple 8 —

Eau distillée 120 —

Dose : 1 gramme 75 centigr. trois fois par jour dans le repas ou après. — La dose contient un peu moins de 2 centigrammes de liqueur arsenicale.

Quand l'eczéma infantile est compliqué de diarrhée ou de Jîongestion de la muqueuse des bronches ou des poumons, il faut suspendre immédiatement l'arsenic, administrer le calo- :mel et les antiphlogistiques ordinaires.

La médication de l'eczéma, du moins à sa période aiguë, ^inflammatoire, est des plus simples. La conduite à tenir ^est la même que celle dirigée contre toutes les inflammations.

Antiphlogistiques et émollients sont, à cette phase de la analadie, exclusivement indiqués. On aura recours, de préfé-

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rence, soit aux lotions avec les décoctions de guimauve et de graine de lin, soit à des bains tièdes de son ou d'amidon.

Si les vésicules sont intactes, il faut éviter tout ce qui pourrait les faire se déchirer, notamment les cataplasmes. Il est, en effet, permis d'espérer la résorption de la sécrétion séreuse, et, à l'abri de l'enveloppe épidermique, la guérison s'opère toujours plus facilement. C'est là un point sur lequel M. Hardy avait déjà appelé l'attention, et nous croyons devoir y insister tout particulièrement.

Dans certains cas, cependant, surtout lorsque l'éruption est caractérisée par des pustules, l'application de cataplasmes peut contribuer à atténuer l'inflammation et la douleur. On aura soin, pour éviter l'inconvénient précité, de les fixer exactement sur la région au moyen d'une bande, afin d'éviter que les mouvements du malade ne les fassent glisser et, par conséquent, frottent les vésicules. On doit proscrire d'une manière absolue les cataplasmes de farine de lin, dont l'action irritante sur la peau (à cause de la rancidité possible de l'huile que cette substance contient) serait souvent plus nuisible qu'utile, et se servir exclusivement de fécule de pomme de terre, de riz. ou d'amidon, ou encore utiliser le fromage blanc dont, dans bien des circonstances, j'ai pu apprécier les propriétés sédatives. Pour le même motif, l'application de ce topique essentiellement sédatif peut être renouvelée autant que de besoin, mais ne doit jamais, chaque fois, dépasser une demi-heure de durée.

Une fois les vésicules ou les pustules rompues, les surfaces sécrétantes mises à nu, on peut employer avec succès les poudres absorbantes de fécule de riz, de lycopode, d'amidon, de sous-nitrate de bismuth, etc. 11 faut toujours, autant que possible, tenir les parties malades à l'abri du contact de l'air, et les poudres dont nous parlons répondent parfaitement à cette indication. 'fi

Quant aux applications locales émollientes que l'on emploie

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dans la période aiguë de l'eczéma, il est une remarque trèsimportante à faire, sur laquelle M. Devergie a depuis longtemps appelé l'attention et dont j'ai bien des fois constaté la justesse, c'est qu'il est impossible de reconnaître à l'avance quels seront les émollients les mieux supportés. Autrement dit, pour savoir si l'on doit, dans un cas donné, employer les cataplasmes, les lotions ou les corps pulvérulents, il faut que le médecin en fasse l'essai. « Suivant les individus, dit notre savant confrère, l'eczéma sera guéri, chez l'un par des cataplasmes, tandis qu'à côté on verra la même maladie, dans des conditions en apparence identiques, exaspérée par son application. » (Devergie.)

Les émissions sanguines au voisinage du mal, conseillées autrefois par quelques derroatologistes, sont presque toujours inutiles. Elles ne pourraient rendre quelques services que si l'on avait affaire à un individu sanguin atteint d'un eczéma aigu, généralisé, accompagné de fièvre. Quant aux sangsues appliquées sur les surfaces eczémateuses, il faut les interdire d'une manière absolue ; l'irritation provoquée par les piqûres serait une cause certaine d'aggravation du mal.

Si nous proscrivons, à moins d'indications formelles, les émissions sanguines dans le traitement de l'eczéma, nous ne saurions trop nous élever contre l'emploi des vésicatoires ou des cautères, que l'on a vantés jadis comme remèdes souverains de l'eczéma. Encore aujourd'hui, on voit de malheureux eczémateux, — et, pour ma part, j'en ai vu un bon nombre, — qui, sans prendre l'avis de leur médecin, n'hésitent pas à s'appliquer au bras ou à la jambe ces révulsifs cutanés dont l'action dérivative doit, selon eux, » les débarrasser de Vhumeur qui les tourmente. » Malheureusement, il est loin d'en être ainsi; et vésicatoire ou cautère, jouant leur rôle de cause occasionnelle, ont le plus habituellement pour seul et unique résultat d'amener une nouvelle manifestation eczémateuse au point où ils ont été appliqués. Aussi doit-on les considérer.

non-seulement comme inutiles, mais, dans la plupart des cas, comme nuisibles. Nous n'insistons pas davantage sur ce point, admis aujourd'hui par les dermatologistes de toutes les écoles et de tous les pays.

On conseillera en outre des boissons rafraîchissantes, de la limonade, de l'orangeade, des ini'usions émollicntes ou des tisanes amères. Le régime sera modéré et peu excitant. Si l'eczéma est étendu à de grandes surfaces, si la sécrétion est abondante, la réaction fébrile intense, les démangeaisons vives, on comprend que, dans ces conditions, l'alimentation devra être en rapport avec l'intensité des phénomènes inflammatoires, et se composer de préférence de laitage, de potage, de lésumes, d'œufs et de viande blanche.

Le repos, à cette période de la maladie, sera toujours utile, notamment si l'eczéma occupe des surfaces étendues, des régions obligées à des mouvements continuels, c'est-à-dire les membres inférieurs ou les plis des articulations.

En même temps que l'on cherche à modifier les surfaces sécrétantes à l'aide de poudres absorbantes ou d'applications émollientes, il n'est pas sans utilité d'exercer une légère dérivation sur les voies digestives. L'administration des purgatifs à la période aiguë de l'eczéma a pour résultat une détente générale et une diminution de la congestion cutanée. On doit surtout les conseiller lorsque l'éruption eczémateuse occupe de grandes surfaces et que le tégument rouge, tuméfié, est le siège d'une sécrétion abondante ; dans ce cas, outre l'effet spoliatif exercé sur l'organisme, les purgatifs tendent à diminuer, par la dérivation intestinale, la sécrétion morbide surabondante. L'emploi de cette médication est spécialement indiqué chez les sujets lymphatiques ; il va sans dire que le choix du purgatif et son mode d'emploi seront réglés d'après la santé du malade, son idiosyncrasie, ses habitudes, la désignation qu'il fait le plus souvent lui-même. La plupart du temps, il suffit d'un laxaiif doux, renouvelé une ou deux fois par se-

maine, suivant l'intensité ou l'étendue de la lésion cutanée, l'acuité de l'inflammation, l'abondance de la sécrétion, enlln la tolérance intestinale.

M. Hardy recommande la préparation suivante, dont il a eu maintes fois l'occasion de constater l'efficacité :

Pensées sauvages 8 à ]G grammes.

Follicules de séné 4 à 8 »

Eau distillée 1 liirc.

à la dose de deux à trois verres le matin à jeun, tous les jours ou tous les deux jours, selon les indications et l(\s effets obtenus. 11 continue l'usage de cette tisane purgative pendant deux ou trois mois, sans aucun inconvénient, et notamment sans aucun accident du côté du tube digestif. On peut encore conseiller la manne, l'huile de ricin, le calomel, etc.

Pour notre part, nous préférons les eaux minérales naturelles de Pullna, de Birmenstorf, de Sedlitz, d'IIunyadi Janos, etc., à la dose d'un à deux verres tous les trois ou quatre jours. La raison motive ici une préférence, que nous ne chercherons pas à désavouer, pour celles de ces eaux qui, outre l'élément salin purgatif, contiennent un principe sulfureux. Elles sont en générai bien supportées, et le malade peut les prendre sans rien changer à ses habitudes.

Les sulfates de soude, de magnésie, sont aussi employés et donnent des résultats analogues; ils ont, de plus, l'avantage d'être d'un prix très-minime.

Ces purgations répétées n'ont nullement pour but d'éliminer la a matériel peccans, » comme le suppose le professeur Hebra, ni de guérir l'eczéma, comme le savant et un peu malicieux dermatologiste en prête l'intention à ses confrères. Elles sont uniquement prescrites pour déterminer une révulsion sur le tube intestinal, diminuer la fluxion et la congestion cutanées, et seulement dans les conditions que nous avons essayé d'indiquer. Presque toutes les autres inflammations simples, angines, ophthalm^es, bronchites, s'en trouvent éga-

466 YÉSICULES.

lement bien, et en suggèrent l'indication généralement reçue et appliquée par tous les praticiens. D'ailleurs, le malade nous les demande le plus souvent lui-même, et, si on lui refusait cette innocente satisfaction, il n'est pas douteux qu'il n'attribuât, en grande partie, à l'omission d'une médication aussi profondément entrée dans les mœurs populaires, la responsabilité des récidives ultérieures, récidives qui, ne l'oublions pas, sont à peu près la règle dans les affections eczémateuses.

A ces moyens dérivatifs, on peut joindre l'usage des tisanes amères, telles que le houblon, la chicorée sauvage, la gentiane, la douce amère, etc. Cruveilhier conseillait la racine de patience! Prises en certaines quantités, un ou deux litres, elles agissent simplement comme diurétiques ou diaphoréti(jues. Toutefois, en raison de leurs propriétés légèrement toniques, elles sont surtout indiquées chez les sujets lymphatiques ou débilités. Quant à leurs propriétés dépuratives ou antiherpétiques, il en sera question plus loin.

Comme il est facile de le voir, tous les efforts du médecin doivent, pendant cette période, tendre exclusivement à combattre les accidents inflammatoires locaux, et à modérer la sécrétion eczémateuse. Il devra donc éviter avec soin l'emploi de tout topique irritant, — leur contre-indication est ici une indication formelle, impérative, — et se borner aux moyens que nous avons indiqués, et qu'il est facile de varier à l'infini, mais qui doivent toujours avoir pour objectif l'atténuation de l'iiiflammation cutanée.

Ajoutons encore que, à la période aiguë, lorsqu'une rougeur vive, de la chaleur et de la cuisson accompagnent l'eczéma, on se trouvera bien de l'emploi de l'eau froide sous forme d'irrigations.

M. Devergie emploie des irrigations d'eau d'abord tempérée, puis rendue fraîche, une ou deux fois par jour, durant une heure à une heure et demie chaque fois .

Voici comment il fait pratiquer ces irrigations : « On élève un seau plein d'eau à 60 centimètres au-dessus de la partie affectée; à ce seau, on ajoute un robinet ou une cannelle de bois ; on fait attacher à ce robinet une bande qu'on divise en deux lanières à sa partie inférieure. Le membre est placé horizontalement sur une toile cirée disposée en gouttière, pour faire écouler l'eau dans une terrine placée auprès du lit du malade. Les choses ainsi disposées, on écarte les deux lanières de la bande, de manière à étendre ses deux chefs, l'un en haut, l'autre en bas de la jambe ; on ouvre un peu le robinet, et le liquide s'écoule sur toute la surface affectée. L'inflammation cède rapidement et, en quelques jours, l'eczéma aigu arrive à sa période stationnaire. » Toutefois, c'est un moyen auquel il faut recourir principalement pendant la saison chaude.

Jusqu'à quel moment convient-il de continuer le traitement émollient? C'est là un point de la plus haute importance et qui mérite toute l'attention du praticien, car, employés trop tôt, les résolutifs peuvent réveiller l'inflammation, et prolonger ainsi la durée de la maladie. En général, il faut continuer la médication émolliente jusqu'à l'époque où l'éruption tend à passer de l'état stationnaire à la troisième période, c'est-à-dire quand on voit se produire des lamelles épidermiques adhérentes.

Une fois les phénomènes inflammatoires domptés, il importe de combattre la diathèse dartreuse, c'est-à-dire la cause qui entretient les manifestations eczémateuses, et enfin de modifier l'état local.

Mais la médication générale de l'eczéma comprend, nonseulement celle qui s'adresse à cet état particulier, diathèse dartreuse que nous considérons comme la cause préexistante, fondamentale de la maladie, de sa ténacité et de ses récidives, mais encore celles qui ont pour but de modifier des condi-

468 VESICULES.

lions de tempérament susceptibles d'entretenir les manifestations cutanées.

Ainsi l'eczéma, notamment chez les enfants, est très-souvent lié au lymphatisme ; dans ce cas, il est bien évident que l'on devra d'abord avoir recours, comme médication générale, aux remèdes pouvant modifier la constitution. Les amers, tels que les préparations de gentiane, de quinquina, de Colombo, etc., les ferrugineux, les sulfureux, etc., seront tout particulièrement indiqués. Souvent même ce seul traitement aidé, à la phase squameuse de l'éruption, de quelques topiques suffira pour réaliser la guérison. L'arsenic dont nous nous occuperons plus tard, ne sera alors administré que pour compléter en quelque sorte la cure.

La première question qui se présente est de savoir s'il existe, ce que demandent tous les malades, des spécifiques dignes de ce nom, analogues, par exemple, à ceux que l'on possède contre certaines manifestations de la syphilis constitutionnelle? Bien des remèdes ont joui, il est vrai, à diverses époques, de la réputation d'anti-dartreux, mais pour aucun l'expérience n'est venue, jusqu'à présent du moins, apporter sa sanction aux espérances que quelques succès avaient pu faire un instant concevoir. Passons en revue les substances accréditées sous ce nom :

1° Dépuratifs végéiaux. — Maintes décoctions de plantes ou de bois ont eu leur heure de succès, et c'est d'elles surtout qu'on aurait pu dire : « ïïàtez-vous d'en faire usage pendant qu'elles guérissent. » Nous ne croyons pas, en effet, que ces remèdes, employés seuls, sans l'adjonction d'une médication locale, aient donné des résultats appréciables. On les prescrit par routine, par une prudente condescendance aux préjugés du client, mais on ne saurait invoquer en leur faveur des observations colli^ées avec soin.

Ces dépuratifs végétaux forment en général la base des

extraits ou des sirops qu'ont offert, dans tous les temps, à la crédulité des malades, les charlatans de tous les pays.

Nous ne saurions énumércr tous ceux qui ont été successivement vantés comme dépuratifs du sang ou anti-dartreux, les principaux sont : la bardane, l'orme pyramidal, le trèfle d'eau, le raifort, le fumeterre, les feuilles de noyer, la pulsatille, le . gayac, la salsepareille, le sassafras, le liura du Brésil, etc.

Les tisanes faites avec les plantes ci-dessus peuvent avoir une certaine utilité comme diaphorétique ou comme tonique. A ce point de vue, en effet, il vaut mieux, quand on tient à ce que le malade boive, prescrire une tisane que lui recommandera quelque vertu secrète à laquelle il croit; mais il ne saurait être question de propriétés anti-dartreuses et dans l'eczéma notamment, nous n'avons jamais obtenu de ces boissons aucun résultat autre que celui que nous indiquons.

L'orme pyramidal a joui autrefois d'une très-grande réputation dans le traitement des maladies cutanées. Des recherches faites pendant plusieurs années par M. Devergie, il résulte que ce remède donne d'excellents résultats lorsque avec l'eczéma coexistent des complications gastralgiques ou inteslinales.

Ce savant dermatologiste l'emploie sous la forme de sirop préparé de la manière suivante :

Écorce d'orme 500 grammes.

Faites digérer par macération dans un litre d'alcool à 52° pendant 24 heures. Distillez l'alcool de manière à obtenir un extrait. Reprenez par l'eau , faites une décoction, passez, additionnez de sucre, et rapprochez de manière à faire :

Sirop iOOO granmies.

Dose : une cuillerée à bouche matin et soir, en augmentant tous les trois jours d'une cuillerée à bouche par jour, jusqu'à

six cuillerées, trois le matin, trois le soir, dans une tasse de tisane a mère. Ce traitement doit être administré pendant six semaines à deux mois.

A l'Antiquaille, on a très-longtemps usé de la décoction d'écorce d'orme pyramidal, tiède, en bains locaux, qui sont doués d'un pouvoir à la fois émollient et résolutif. C'est donc un médicament de transition, pour ainsi dire, puisque grâce à lui, on peut, sans rien compromettre, tâter si l'éruption est assez mûre pour se prêter à l'emploi d'une médication plus active.

Les préparations de cantharides ont été conseillées par quelques dermatologistes, entre autres par Biett et tout particulièrement par M. Devergie qui considère la teinture de cantharide comme un véritable spécifique dans quelques formes d'eczéma. Dans les cas où nous l'avons employée elle ne nous a pas donné de résultats appréciables et, d'autre part, on n'en use jamais sans faire courir le^isque d'accidents qui peuvent avoir une gravité extrême.

Les grands succès obtenus dans l'Inde avec l'hydrocotyle contre les dermatoses les plus invétérées, ne se sont pas réalisés dans les applications qui en ont été faites en France. Cela tient-il à l'infidélité des préparations? Je l'ignore, mais la plupart des dermatologistes qui, au début, avaient un instant cru pouvoir compter sur son efficacité dans les affections eczémateuses, l'ont depuis lors complètement abandonnée.

Ce que nous aurions à dire ici de l'emploi du soufre doit être renvoyé au chapitre relatif aux eaux minérales sulfureuses, car aujourd'hui c'est sous cette forme que s'administre surtout la médication sulfureuse. A part les pastilles soufrées, insignifiant bonbon, et le miel additionné de soufre, laxatif commode mais qu'on remplace sans inconvénient par tout autre remède de cette classe.

Quelques auteurs ont préconisé le soufre sublimé à la dose d'un gramme, tous les matins à jeun, dans les eczémas dont

ECZEMA. 471

les manifestations paraissent se porter tantôt sur la peau, tantôt sur les bronches sous forme d'asthme.

M. Rodet, ex-chirurgien en chef de l'Antiquaille, associe presque toujours le soufre sublimé à la magnésie calcinée, à la dose de un gramme de chaque, à prendre tous les matins à jeun. D'après notre savant maître, cette préparation constituerait un excellent remède à la fois dépuratif et légèrement laxatif, et indiqué à ce double titre dans les dermatoses humides de la peau.

Ce mélange de soufre et de magnésie a toutefois un inconvénient : c'est que le soufre est converti en hydrogène sulfuré et donne aux excrétions une odeur très-désagréable. Quelques médecins ont pensé qu'il est en partie éliminé par la peau et ils supposent qu'il agit alors favorablement sur sa structure, lui attribuant ainsi des propriétés altérantes et purgatives (Anderson).

Dans le traitement général de l'eczéma, M. Devergie a obtenu de bons effets de l'iodure de soufre à la dose de 5 à 10 centigrammes par jour.

Voici quelle est la formule dont il se sert :

lodure de soufre non altéré . . . . 1 à 2 grammes.

Sucre j

Gomme arabique ) lîti q. s.

Huile d'amandes douces )

Pour 20 pilules.

Une pilule matin et soir avec une tasse de tisane amère, on augmente d'une pilule tous les sixjours, de manière à arriver à quatre pilules par jour.

L'influence merveilleuse que l'application locale du goudron exerce sur les éruptions eczémateuses chroniques a fait penser à M. C. Anderson que l'action de cet agent médicamenteux n'est pas simplement locale, mais qu'il est absorbé

472 "YESICULES.

et réagit sur le système en général et par l'intermédiaire de ce dernier sur la peau.

En conséquence, dans quelques cas, après l'emploi infructueux de l'arsenic et de diverses applications locales, cet auteur a eu recours, en dernier ressort, au goudron. Il commence, en général, par deux gouttes de poix liquide, trois fois par jour, chez l'adulte, en augmentant graduellement la dose, si cela est nécessaire : on peut aller jusqu'à 50 et 40 gouttes.

Quelquefois on fait prendre le remède dans une cuillerée de sirop de sucre ou de cresson, d'autres fois en pilules :

^Puix liquide G grammes.

Poiidro de réglisse s q.

Diviser en 60 pilules qu'on argentera.

Dose : deux pilules, trois fois par jour en augmentant graduellement la dose.

il est en général bien supporté, mais parfois il produit une éruption rouge, abondante, avec fièvre, nausées, vomissements, diarrhée et autres troubles de l'estomac. Ces accidents disparaissent aussitôt qu'on cesse le remède, on peut alors recommencer et le donner en toute sécurité à doses graduellement croissantes.

Cette médication parait surtout indiquée dans la forme sèche de l'eczéma chez les sujets bien portants, mais son emploi est plus utile encore dans le psoriasis.

L'acide phénique a été également employé à l'intérieur et quelquefois avec succès dans les mêmes cas que le goudron.

Acide phénique 9 grammes.

Glycérine 50 «

Eau distillée 150 ;•

Une cuillerée à café dans un verre de vin ou d'eau, trois fois par jour avant les repas.

il faut prévenir les malades de ne pas s'alarmer si un léger vertige suit son administration, surtout si on le prend avantle repas.

Le mercure à l'intérieur est peu employé dans le traitement de l'eczéma, à moins que ce ne soit à titre de purgatif, par exemple le calomel. On devrait chercher la cause de cet abandon, selon M. le professeur Gubler, uniquement « dans les répugnances et les préjugés du public, malheureusement partagés par un grand nombre de médecins, cjui croient encore à la spécificité du mercure contre la syphilis. » D'après cet éminent observateur, les préparations mercuriclles pourraient, par leurs propriétés altérantes, dans les eczémas chroniques modifier la cràse sanguine et la nutrition. Et lem* emploi serait surtout indiqué dans les cas où l'eczéma paraît occasionné par une surabondance de matériaux albuminoïdes.

Dans l'observation, la seule du reste, rapportée par M. Gubler (in Journal de thérapeutique^ n° du 25 décembre 1874), il s'agit d'une femme de quarante-deux ans, enceinte alors pour la première fois, albuminuriquc durant la dernière moitié de sa grossesse qui se termina par l'expulsion d'un enfant mort. A partir de cette époque, ses règles ne reparurent plus. Quatre ou cinq mois après, il survint un eczéma qui se généralisa rapidement et durait depuis neuf ans, malgré les médications les plus rationnelles lorsque notre savant confrère prescrivit la liqueur de Van Swiétcn, à la dose d'une cuillerée à dessert, matin et soir. Un mois après, l'amélioration était considérable et, un mois plus tard, la malade n'offrait plus que des vestiges de son ancienne affection.

On comprend parfaitement bien que dans ce cas, où l'eczéma a été manifestement le résultat d'une surabondance de matériaux albumiuoï'des, alors qu'un mouvement fluxionnairc intense se faisait à la peau par suite du défaut de dérivatifs physiologiques, on comprend très-bien, disons-nous.

474 VESICULES.

que les propriétés altérantes du mercure aient pu être utilisées avec avantage. Mais nous ne croyons pas cette extension du mercure à la thérapeutique cutanée, appelée à se généraliser. Ce n'est pas la première fois, sans doute, que le mercure a été appliqué au traitement des maladies de peau et notamment de l'eczéma qui est une des plus fréquentes. Il y a quelques années surtout, où l'on traitait la plupart des dartres rebelles par le mercure, ou du moins où l'on était disposé à voir une syphilis cachée sous toute affection cutanée récidivant, les préparations mercurielles sont bien des fois intervenues, et si les résultats eussent été favorables, les occasions de le constater et de le publier n'eussent certainement pas fait défaut.

M. Bazin admet un eczéma arthritique, et conseille dans ce cas les alcalins à l'intérieur. Sans vouloir reproduire ici in extenso, les caractères que le savant médecin de l'hôpital Saint-Louis attribue aux éruptions cutanées qui reconnaissent pour cause l'arthritis, nous donnerons cependant les signes qui permettent, selon cet auteur, de diagnostiquer cette variété d'eczéma. L'eczéma arthritique se « présente sous la forme de petites plaques nummulaires bien circonscrites, dont les bords nettement limités sont quelquefois festonnés, et qui occupent les parties découvertes du corps, c'est-à-dire le front, les lèvres et principalement la lèvre supérieure, la nuque, les tempes, le dos des pieds et des mains, les parties génitales, les mamelles, etc., quelquefois la ligne médiane, mais le plus souvent un seul côté du corps; l'asymétrie constitue, en effet, un des principaux caractères des affections arthritiques. Ces plaques eczémateuses sont petites, dépassent rarement les dimensions d'une pièce de cinq francs, et sont séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine; quelquefois, cependant, plusieurs petites plaques peuvent se réunir et donner ainsi naissance à une surface eczémateuse assez considérable. Quel que soit d'ailleurs le

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siège qu'elles occupent, elles offrent une sécheresse remarquable, sont recouvertes de squames minces ou de croûtes jaunâtres et lamelleuses, sont le siège à leur début d'une démangeaison assez vive, qui ne tarde pas à faire place à des élancements et des picotements, offrent souvent une coloration violacée, et à leur pourtour des dilatations variqueuses des vaisseaux capillaires du derme. » (Bazin, Leçons théoriques et cliniques sur les affections génériques de la peau, t. I, p. 192).

Ainsi que nous l'avons déjà dit dans un autre ouvrage, nous sommes, quant à nous, disposés à penser, comme M. le professeur Hardy, que l'eczéma est la manifestation d'une seule et même diathèse, de la diathèse dartreuse. Toutefois, s'il nous est impossible d'admettre que l'arthritis ait une importance aussi grande que l'énonce M. Bazin dans la genèse de certaines dermatoses, cela ne veut pas dire que l'eczéma ne puisse se rencontrer chez les individus rhumatisants ou goutteux, aussi bien que chez ceux exempts de ces maladies constitutionnelles .

Du reste, ainsi que M. Gailleton l'a parfaitement fait ressortir \ on remarque dans les observations citées par M. Bazin, que les malades guéris ont non-seulement fait usage à l'intérieur du bicarbonate de soude, mais qu'ils ont en même temps été soumis à l'emploi de lotions, de pommades alcalines et de bains de même nature. Or, pour admettre l'efficacité des alcalins dans les arthritides cutanées, il faudrait que les alcalins seuls fussent pris à l'intérieur, sans l'intervention du traitement local. C'est là le seul contrôle rationnel, point d'autant plus important, dans ce cas, que précisément les topiques alcalins ont une action favorable dans les mêmes circonstances.

Mais sans admettre comme le veut M. Bazin un rapport

* Traité élémentaire des maladies de la peau, p. 86.

direct, réel, exclusif, de cause à effet, nous reconnaissons très-volontiers que lorsque l'eczéma se rencontre chez des individus rhumatisants ou goutteux, il y a tout avantage à employer les alcalins à l'intérieur, concurremment avec la médication locale.

D'autre part, ainsi que nous l'avons indiqué ci-dessus, l'eczéma étant fréquemment lié à des troubles des fonctions digcstives , les préparations alcalines, en modifiant l'état des premières voies, agissent indirectement, mais très-favorablement sur les manifestations eczémateuses, en faisant cesser la gastralgie ou la dyspepsie qui contribuent à entretenir la fluxion cutanée.

Au point de vue thérapeutique, le seul que nous ayons à examiner ici, nous sommes, en effet, obligés de convenir que les résultats de la pratique ordinaire non plus que ceux du traitement hydro-minéral, n'ont pas répondu aux espérances qu'avaient fait naître les théories du savant auteur des Leçons sur les affections arthritiques et dartreuses .

H est, en général, préférable, comme le conseille le docteur Andersen, d'administrer les préparations arsenicales en même temps que les alcalins. Ainsi, chez les goutteux, recommandet-il d'ajouter, à chaque dose de liqueur de Fowler, quelques gouttes (5 à 7) de vin de colchique, que l'on remplacerait, pour les rhumatisants, par 0,50 centigrammes ou 1 gramme de bi-carbonate de soude ou de potasse.

Mais, parmi les agents pharmaceutiques, celui que nous avons toujours trouvé le plus efficace pour combattre l'eczéma, c'est-à-dire la diathèse dartreuse, dont il n'est qu'une des manifestations, c'est l'arsenic. Nous ne saurions, toutefois, le considérer comme un spécifique, car la médication arsenicale est loin de réussir dans tous les cas. Un point qu'il importe tout d'abord de noter, c'est que l'arsenic ne doit pas être conseillé à toutes les périodes de l'eczéma, et, s'il a donné lieu à de fréquents mécomptes, cela tient peut-être

aussi à ce qu'on n'a pas assez précisé les conditions dans lesquelles son emploi peut être avantageux.

A la période aiguë, et dans leur forme sécrétante, les eczémas m'ont toujours paru échapper à l'influence thérapeutique de l'arsenic, et ceux qui restent toujours sécrétants lui échappent toujours. Ce n'est qu'à leur troisième période, c'est-à-dire dans les eczémas qui, en passant à cette période, revêtent, en quelque sorte, les caractères des affections squameuses, que l'on peut obtenir des effets utiles des préparations arsenicales. Que ce médicament agisse comme un véritable spécifique dans le traitement de l'eczéma herpétique, comme l'enseigne M. Bazin, ou qu'il n'ait qu'une action reconstituante s'cxerçant principalement sur le tégument externe, comme l'admettent M. Er. AVilson et d'autres dcrmatologistes, il n'en est pas moins certain que c'est le moyen le plus puissant que nous ayons à notre disposition pour combattre les manifestations dartreuses, et particulièrement l'eczéma. C'est l'opinion de M. le professeur Hardy, à laquelle nous nous rallions complètement. Est-ce à dire pour cela que l'arsenic puisse prétendre à une efficacité semblable à celle du mercure contre certaines formes de la syphilis? Non. Mais, sans admettre sa spécificité, nous croyons que, dans la cure de l'eczéma, c'est le seul médicament dont l'action thérapeutique soit réelle.

L'arsenic exerce une action marquée sur la nutrition générale, et notamment sur celle de la peau; sur ce point, les témoignages de tous les dermatologistes sont unanimes, et ces propriétés suffiraient déjà pour le placer au premier rang des agents thérapeutiques contre l'eczéma, ce vrai type des dermatoses.

Nous renvoyons à l'article Psoriasis, tout ce que nous aurons à dire, soit sur les diverses préparations arsenicales auxquelles on peut avoir recours, soit sur les règles qui doivent présider à l'emploi de cet important agent médicamenteux.

478 VESICULES.

Nous nous bornerons à indiquer, seulement ici, que l'on peut avoir recours à la liqueur de Fowler, à celle de Pearson, etc.

Nous ne sommes, pour notre part, guère partisans de composés tout faits, dont le moindre inconvénient est de prescrire des remèdes qui, souvent préparés depuis longtemps, ont perdu une partie de leurs propriétés — comme cela peut avoir lieu notamment pour la liqueur de Fowler. Il est plus utile, sinon plus simple, de formuler chaque fois, avec les modifications en rapport avec les circonstances propres à chaque cas.

Bazin, Hardy et la plupart des dcrmatologistes français emploient l'arséniate de soude de la manière suivante :

Eau distillée- 500 grammes.

Arséniate de soude 0,05 à 0,15 centigr.

De une à deux cuillerées à bouche dans une petite tasse d'infusion amère, ou dans un demi-verre d'eau sucrée.

A cette indication correspondent aussi les pilules suivantes, qui méritent tout leur succès :

Arséniate de soude. ..... 0,10 centigrammes.

Extrait de gentiane. ..... 2 grammes.

Poudre inerte s. q.

Pour 100 pilules, dont chacune contient un milligramme de sel arsenical.

Comme pour les granules de Dioscorides, la dose peut être élevée jusqu'à 20 et même 25 par jour.

L'avantage de ces pilules est qu'elles permettent de varier la dose d'une manière régulièrement progressive ou décroissante.

Hunt recommande, pendant toute la durée du traitement arsenical, d'entretenir la liberté du ventre.

S'il existe, en même temps, de l'anémie, il faut associer le fer à rarsenic. On prescrit, dans ce but, les pilules de piett à la dose de une à deux chaque jour :

Arséniate de fer 0,15 centigramines.

Extrait de houblon 4 grammes.

Poudre de guimauve. , . . . 2 »

Sirop de fleurs d'orangers. . . q. s.

Mêlez et divisez en 48 pilules. Chaque pilule centient 3 milligrammes d'arséniate de fer.

Ou bien encore la mixture ferro-arsenicale d'Er. Wilson (Voy. p. 450).

Chez les sujets lymphatiques ou scrofuleux, on peut encore faire prendre l'arsenic dans des sirops amers ou toniques, tels que ceUx de quinquina, de gentiane, de Colombo, d'écorces d'oranges amères, etc..

Pour prévenir des troubles dans les fonctions digestives, il faut donner l'arsenic dans le courant du repas ou immédiatement après; chez les personnes qui ont l'estomac faible, on peut le faire prendre dans une infusion tonique de cascarille, de gentiane ou de colombe. S'il y a tm peu de tendance à la diarrhée, on ajoutera quelques gouttes de solution morphinée.

Il faut continuer l'arsenic jusqu'à guérison complète de l'éruption. Chez les enfants à la mamelle, on peut aussi le faire prendre aux nourrices.

En résumé, et contrairement à l'opinion de M. le professeur Hebra, qui s'est fait l'énergique défenseur de la médication exclusivement locale dans le traitement de l'eczéma, nous croyons que l'usage de boissons délayantes, le repos, le calme moral, l'abstinence de certains aliments, d'alcooliques, le changement de climat, de profession, la régularisation, quand il y lieu, des fonctions digestives, une meilleure réglementation des heures de sommeil, etc., auront toujours une

influence réelle sur la guérison de l'eczéma. Et si nous ne pouvons accorder un pouvoir vraiment spécifique à l'arsenic contre la diathèse eczémateuse, nous n'en admettons pas moins son incontestable .efficacité dans les conditions et suivant les règles que nous avons indiquées.

La yaccination, qui est si souvent une cause occasionnelle d'eczéma chez les enfants prédisposés, peut quelquefois, par contre, avoirdes effets curatifs. M. Lawson Tait [Britishmedical journal, janvier 1872) a rapporté deux exemples remarquables dans lesquels des eczémas chroniques, durant depuis longtemps et ayant résisté aux médications les plus rationnelles, guérirent, au bout d'un mois, à hi suite de la vaccination.

Naturellement, c'est une méthode à laquelle on ne saurait avoir recours que dans des cas exceptionnels, ou même dont il n'y aura lieu qu'à enregistrer les bons résultats lorsqu'on les Terra se manifester.

Avant d'aborder l'étude des divers topiques employés dans le traitement de l'eczéma, disons un mot des bains et de l'enveloppement à l'aide des tissus imperméables ^

Dans la première et la seconde période de l'eczéma, les bains émollicnts rendent souvent de très-irrands services. On

pourra donc prescrire avec avantage un grand bain tiède deux ou trois fois par semaine, avec addition d'un kilogramme de son, de 500 grammes d'amidon, ou bien encore avec 450 à 200 grammes de gélatine.

Ces bains doivent être pris à une température modérée de 55" à 54'' centigrades; trop chauds, ils ont une action excitante sur le téi^ument.

Vers la fin du traitement, lorsque l'eczéma devenu chro-

* Afin d'éviter des répétitions, je renvoie ce qui concerne l'usage des eaux minérales appliquées à la cure de l'eczéma à un chapitre spécial, dans lequel je m'occuperai de la part qui revient aux eaux minérales naturelles dans le traitement des maladies de la peau.

ECZEMA. 481

nique, est arrivé à la période squameuse ou pityriasique, on peut avoir recours à des bains rendus légèrement excitants par l'addition de diverses substances telles que le soufre, les alcalins, l'alun, etc.

En général, ces bains sont donnés avec une dose trop élevée de sel, et, ce qui pis est, une dose invariable. Comme pour toutes les applications topiques, il importe d'étudier avec soin la plus ou moins grande impressionnabilité tégumcntaire de son malade; il est donc, en général, préférable de débuter par de faibles proportions de l'élément minéralisateur.

Pour le bain alcalin, M. Devergie préfère le carbonate de soude au carbonate de potasse, ce dernier sel étant plus caustique. La dose habituelle pourra varier entre 150 à 200 grammes.

Quant aux bains sulfureux, on pourra les composer, soit avec 50 à 80 grammes de sulfure de potasse, soit avec 20 à 60 grammes de sulfure de sodium cristallisé. On comprend que la proportion de sel peut être abaissée ou augmentée suivant la susceptibilité générale ou locale du sujet, et selon le degré d'excitation que l'on veut produire. Dans bon nombre de cas aussi, il sera utile, pour tempérer l'action irritante de ces bains artificiels, d'y ajouter quelque substance émolliente, gélatine ou son (200 ou 500 grammes).

Quant aux bains alunés, qui ont une action analogue aux précédents, on les formulera de la manière suivante :

Alun 100 à 500 grammes pour un bain.

A la seconde période de l'eczéma, c'est-à-dire lorsque les parties malades sont recouvertes de croûtes jaunâtres, les bains de vapeur peuvent, comme les bains cmollients ou l'enveloppement imperméable, rendre de réels services.

Les bains de vapeur sont surtout utiles lorsque l'éruption a son siège au cuir chevelu ou sur d'autres régions recouvertes

482 TESICULES.

de poils ; ils favorisent la chute des croûtes et agissent comme les autres topiques émollients ; ils calment les démangeaisons et préparent la voie à des moyens plus actifs. Il importe, toutefois, de ne pas les administrer h une température trop élevée, sans cela, loin de favoriser la guérison, ils exciteraient la peau. Aussi ne faut-il jamais les prescrire au-delà de 42° à 43° centigrades; c'est en général entre 56° et 45" que l'on devra maintenir la température du bain de vapeur. :ar, de même que pour les bains simples, le degré variera suivant le plus ou moins de facilité de chaque personne à transpirer. La durée moyenne du bain de vapeur est de 15 à. 20 minutes.

Les bains généraux sont surtout indiqués lorsque l'eczéma occupe de grandes surfaces, notamment lorsqu'il a envahi le tronc et des régions étendues des membres supérieurs ou inférieurs.

Au nombre des applications topiques les plus justement accréditées se trouve l'emploi des tissus imperméables. Quand un eczémateux se présente à vous avec des croûtes ou des squames plus ou moins épaisses, le premier devoir qui s'impose est de chercher à diminuer les phénomènes inflammatoires locaux, et à le débarrasser des produits desséchés de la sécrétion eczémateuse en déterminant un flux sudoral abondant.

Autrefois, les cataplasmes étaient seuls et invariablement chargés de répondre à ces indications. Mais, depuis les travaux de MM. Colson, Hardy, Lailler, Ernest Besnier, etc., l'application de la toile de caoutchouc vulcanisée les a remplacés, dans la plupart des cas, avec le plus grand avantage.

Enhn, dans ces derniers temps, M. Besnier a beaucoup contribué à vulgariser l'emploi de ce moyen, qui n'a pas encore, je le crois, conquis, en thérapeutique cutanée, la place qu'il mérite. Selon ce dernier auteur, l'enveloppement imperméable convient à toutes les périodes de l'eczéma et à

toutes les formes de l'affection, mais notamment à la période exsudative.

« A cette époque de la maladie, dit M. Besnier, quelle que soit la nature de celle-ci, le soulagement est manifeste, l'amélioration incontestable; ces résultats sont obtenus avec une rapidité remarquable, et cette période, souvent si longue, si pénible, et même souvent si douloureuse, est non-seulement améliorée, mais encore très-notablement abrégée dans sa durée. » (In Bulletin général de thérayeutique, 50 janvier

Pour l'enveloppement imperméable, on se sert de toile vulcanisée. Dès qu'on enlève l'appareil, il faut avoir soin de l'essuyer et de le faire laver soigneusement dans de l'eau froide ; on le laisse ensuite sécher. Avec ces précautions, les pièces de pansement peuvent durer très-longtemps et être, chaque jour, réappliquées dans d'excellentes conditions. C'est donc un mode de pansement à très-bon marché, très-propre, d'un emploi facile, et qui, à tous ces points de vue déjà, est bien supérieur aux cataplasmes.

Il faut appliquer la toile vulcanisée directement sur la partie malade, sans exercer aucune compression, afin que les exhalations cutanées puissent s'opérer aisément.

L'enveloppement peut se faire d'une manière continue ou intermittente. M. Besnier donne la préférence à ce dernier mode; le plus ordinairement, il le fait appliquer au moment du coucher et le laisse pendant toute la nuit. Les malades sont alors libres de vac{uer pendant la journée à leurs occupations, ou peuvent être soumis à diverses médications topiques. Au moment où l'on enlève le pansement, la surface cutanée et la face du tissu imperméable en contact avec la peau sonl recouvertes d'une transpiration plus ou moins abondante qui entraîne le ramollissement et la chute des croûtes ou des squames; aussi, après quelques applications, les parties malades sont-elles complét'^mcnt détergées.

484 VESICULES.

Sous rinflucncc de la toile vulcanisée, on voit disparaître rapidement ies sensations si pénibles qu'entraînent certains eczémas, la chaleur, la cuisson, le prurit, la tension de la peau. Ainsi que l'a si bien fait ressortir M. Colson, le bain physiologique de sueur qui humecte alors continuellement la peau est le meilleur résolutif de l'inflammation cutanée.

Mais le résultat le plus important obtenu par l'enveloppement imperméable, c'est, incontestablement, la diminution de la démangeaison.

L'occluèion imperméable appliquée au traitement de l'eczéma a une origine moins récente que l'on ne pourrait le croire d'après ces dernières citations. Elle se pratique depuis fort longtemps dans les campagnes, il est vrai, et d'une manière tout à fait empirique et inconsciente. Ainsi, bien des fois, nous avons vu des paysans recouvrir des surfaces eczémateuses soit avec des feuilles de choux, soit avec des feuilles de bettes, maintenues exactement sur les parties malades. Chez les enfants surtout, ce mode Me pansement est presque exclusivement employé contre l'eczéma ou l'impétigo du cuir chevelu. Eh bien, jamais dans ces conditions, on ne voit ni croûtes, ni squames ; la partie malade est rouge, la surface cutanée est le siège d'une sécrétion abondante mêlée de sueur. Le prurit n'existe pas. L'inflammation reste modérée. Dans ces cas, on le voit, comme avec la toile vulcanisée, les résultats sont identiques. L'hypersécrétion cutanée provoquée par l'occlusion, a amené une détente dans l'état inflammatoire du tégument; on dirait, si l'on veut me passer cette expression, que les tissus ayant perdu les liquides dont ils étaient gorgés ■ et dont l'action, comparable à celle d'un corps étranger entretenait la congestion et le prurit, ont repris toute leur souplesse, la démangeaison cessant ainsi avec la cause qui la produisait.

Ce moyen empirique remonte à des temps bien éloignés, il est né tout naturellement de l'absence de linge, de la pau-

ECZEMA. 485

yreté; ses effets avantageux l'ont conservé en le popularisant.

Bien des fois déjà des moyens empiriques ont ainsi fini par prendre droit de cité dans la science qui, en les expliquant, a justifié la faveur persistante dont ils jouissaienL Aussi pour quelques-uns d'entre eux est-il bon de ne pas toujours les rejeter a priori et de chercher à se rendre compte si, scientifiquement, il n'est pas possible d'interpréter leur action. Bien entendu, ces remarques ne sauraient s'entendre des arcanes dont la crédulité publique et l'audace des charlatans font tout le succès et dont l'absurdité se révèle à leur seul énoncé.

Mais où il est facile de voir que si l'empirisme peut être parfois le flambeau, et même le premier jalon de la science, il importe, d'autre part, qne celle-ci intervienne de bonne heure, c'est dans le cas actuel. Si l'enveloppement est un excellent moyen contre l'eczéma, c'est à la condition de ne pas être indéfiniment continué. Au delà d'un certain temps il pourrait, comme les cataplasmes, entraîner la chute de l'épiderme et mettre le derme à nu. Or, c'est justement ce qui arrive avec le moyen empirique dont nous parlions : l'application de feuilles, trop prolongée comme cela a lieu habituellement, ramollit l'épiderme et au bout d'un certain temps les tissus, sous l'influence de l'humidité, se macèrent et prennent un aspect blanchâtre. Aussi cet enveloppement dont l'utilité est incontestable, devient-il plus tard un obstacle réel à la guérison.

Le pansement par occlusion constitue donc seulement la première partie du traitement topique de l'eczéma subaigu.

Les diverses médications générales, dont je viens déparier, peuvent bien, à elles seules, réaliser quelquefois la guérison de l'eczéma ; mais c'est là un résultat exceptionnel. Le plus souvent, en effet, ouest obligé de recourir à des applications topiques pour modifier l'état local. Toutefois ces topiques ne

486 VESICULES.

trouvent un emploi utile, nécessaire, qu'à la troisième période de l'eczéma et les partisans même exclusifs de la médication locale reconnaissent comme nous que, à l'état ;tigu, ces remèdes seraient plutôt nuisibles qu'utiles ; et si l'on voit si souvent, dans la pratique, des eczémateux dont les manifestations cutanées sont entlammées, dénaturées, longues à guérir, cela tient uniquement à l'intervention intempestivement hâtive de pommades ou de lotions irritantes.

Entendons-nous donc bien sur ce sujet. Ce que l'on doit demander aux topiques c'est une action résolutive, parfois légèrement excitante, en évitant tous ceux qui pourraient provoquer le retour à l'état

On peut les donner sous plusieurs formes.

Comme substances pulvérulentes, résolutives, on aura recours à la poudre de tan, de vieux bois, d'oxyde de zinc, de bismuth, d'alun, de coaltar, etc.

Il est, en général, nécessaire d'employer ces matières mélangées à de la poudre d'amidon en proportion variable suivant les résultats que l'on veut obtenir ou les effets produits. M. Devergie accorde la préférence à la poudre de coaltar mêlée à de l'amidon qui, dans beaucoup de cas, lui a donné des résultats satisfaisants.

On peut remplacer les poudres par des solutions aqueuses ou alcooliques. Avant d'indiquer celles qui sont le plus habituellement usitées, je dirai quelques mots des pansements à l'eau qui ont souvent une action résolutive très-marquée et constituent un excellent moyen pour calmer les démangeaisons.

La qualité de l'eau n'est pas indifférente. On sait, en effet, que par les sels qu'elle tient en dissolution elle donne souvent lieu, après un emploi plus ou moins prolongé, chez les personnes qui ont la peau délicate, à des rougeurs, à des gerçures. Il importe donc, chez les eczémateux, de ne se servir que d'une eau ayant bouilli, c'est-à-dire ayant penhi une

ECZEMA. 487

partie de ses sels, afin d'éviter toute action irritante. Ilebra recommande en outre l'eau additionnée d'une substance mucilagineuse que l'on prépare en jetant de l'eau bouillante sur des amandes écrasées ou de la farine.

On emploiera cette eau froide au moyen de compresses appliquées sur les surfaces eczémateuses, et en les renouvelant, aussi souvent que cela est nécessaire, pour les maintenir à une basse température (20° c, environ).

Outre les pansements à l'eau on pourra encore se servir de solutions résolutives telles que l'eau vinaigrée ou saturnée (50 grammes de vinaigre ou de sous-acétate de plomb pour un litre d'eau), un mélange de suie et de vinaigre*:

Eau - 200 grammes.

Suie de bois. 15 —

Vinaigre 10 —

Mêlez.

l'eau alunée (8 à 10 grammes d'alun ])our la même quantité d'eau), la solution de sublimé (5 centigrammes pour 500 grammes d'eau). Le sulfate de zinc, le borax, à la dose de 1 gramme pour 500 grammes d'eau, ont aussi une action résolutive très-marquée. Ces lotions et beaucoup d'autres qu'il serait facile d'indiquer, sont employées à des doses très- Tariables, il est du reste facile de les graduer et de les remplacer les unes par les autres ; ce n'est souvent qu'après quelques essais que l'on pourrajuger de celles qui, chez un sujet donné, réussissent le mieux.

La thérapeutique de l'eczéma est encombrée par les pommades contenant les substances les plus opposées.

Nous nous bornerons à signaler celles qui nous ont donné les meilleurs résultats.

En première ligne figure la pommade a l'oxyde de zinc que

* Formule de M. Diday.

488 VESICULES.

Er. Wilson considère comme mi véritable spécifique de l'eczéma-

Asonge purifiée 180 grammes.

Poudre de benjoin 20 »

Triturez ensemble, laissez ensuite fondre à un feu doux pendant vingtquatre heures en vase clos, et passez à travers un linge.

Cette pommade ainsi préparée s'additionne (pour 50 grammes), de 2 à 5 grammes d'oxyde de zinc.

On peut, s'il existe en même temps de la démangeaison, y ajouter une substance calmante telle que le camphre (20 à 40 centigrammes), l'eau de laurier cerise, le chloroforme à la dose de 0 à 4 grammes pour 50 grammes de pommade), etc. Le camphre et l'eau de laurier cerise ont une action plus soutenue que le chloroforme.

Dans la troisième édition de son Traité pratique des maladies de la peau^ M. Devergie recommande l'usage du sulfate de fer et du perchlorure de fer qui lui ont donné, le premier surtout, des résultats supérieurs à l'oxyde de zinc.

Axonge 30 grammes.

l'rotosulfate de fer cristallisé

et bien lavé 0,50 centigr. à 1 gr.

Toutefois cette pommade ainsi que la suivante ont le md incon Ou bien :

grand inconvénient de tacher tous les linges

Axonge 50 grammes.

Perchlorure de fer à 50°. . 25 à 50 centigrammes.

L'action résolutive de ces pommades a la plus grande analogie avec celle de l'oxyde de zinc.

M. Hardy recommande particulièrement les pommades mercurielles (à l'oxyde rouge, au sublimé, au calomel, au

ECZEMA. 489

proto-nitrate), dans la proportion de 5 à 40 centigrammes pour 20 à 25 grammes d'excipient.

Au nombre des topiques qui donnent les meilleurs résultats dans le traitement de l'eczéma il faut compter les diverses préparations de goudron et l'huile décade. Bien entendu on ne doit y avoir recours qu'à faible dose, lorsque toute inflammation a disparu et quand l'eczéma est arrivé à la période pityriasique. Dans ces conditions ce sont d'excellents résolutifs. Pour l'huile de cade il importe de se servir d'une huile vraie et pure, et non d'huile de goudron par laquelle on la remplace trop souvent.

L'huile de cade doit , en commençant , être employée mélangée par moitié ou par tiers à de l'huile d'amandes douces, afin d'éviter toute action excitante. Dans le même but on se bornera d'abord à de simples badigeonnages. Renouveler la friction seulement tous les trois ou quatre jours, sauf à en augmenter, selon l'effet obtenu, la fréquence, la force et la durée.

Quant au goudron, on l'emploiera à la dose de 0,50 à 0,80 centigrammes pour 50 grammes d'axonge.

L'huile de cade et le goudron sont spécialement indiqués dans la forme squameuse de l'eczéma. On doit, au contraire, s'en abstenir lorsqu'il existe de l'œdème ou de la tuméfaction des parties sous-jacentes et dans l'eczéma rubrum où l'application du goudron réveillerait souvent et l'inflammation cutanée et la sécrétion séreuse.

On peut encore employer dans le même but des pommades au tannin :

Glycérolé d'amidon . 50 grammes.

Tannin 1 »

OU la pommade à la naphtaline au dixième et même au vingtième.

Dans Vecze'ma rubrum qui s'accompagne si souvent de

gonflement des tissus sous-jacents, la toile vulcanisée, par l'écoulement abondant qu'elle provoque, diniinuela congestion de la peau et soulage beaucoup les malades.

Il en est de même dans Veczéina iinpéiigineux du cuir chevelu, notamment dans sa forme diffuse caractérisée le plus souvent par une sécrétion séro-purulente abondante, des croûtes épaisses, qui enchevêtrent les cheveux, les agglutinent entre eux, les font adhérer au cuir chevelu et rendent impossible l'usage du peigne. L'inflammation eczémateuse du ■cuir chevelu gagnant presque toujours les oreilles, — c'est même là une indication qui n'est pas sans importance pour le diagnostic — il faut se servir d'un bonnet en caoutchonc parfaitement adapté au volume de la tête et pouvant ainsi maintenir une occlusion exacte. Au bout de quelques jours la tète se trouve complètement débarrassée de tous les produits de sécrétion qui donnent un aspect si repoussant aux malades, produits que les uns par préjugé, les autres par incurie, par l'absence des soins minutieux qu'il faudrait y apporter, laissent se former en une cuirasse eroûtcuse sous laquelle l'inflammation peut, à la longue, déterminer une calvitie plus ou moins complète.

Une fois les croûtes tombées on a recours aux frictions avec le savon noir ou avec le savon de goudron. A un degré ordinaire de maladie, ce traitement suffit pour obtenir la guérison. Dans le cas contraire, pour les formes rebelles ou récidivantes, on aura recours à l'huile de cade unie à l'axonge ou au glycerolè d'amidon.

Les préparations de goudron sont particulièrement indiquées dans l'eczéma du cuir chevelu, lorsqu'il est devenu squameux ou pityriasique. Tous les jours on peut pratiquer une lotion avec le savon de goudron et ensuite faire uue onction avec une pommade à l'huile de cade.

A ce propos, il est bon de signaler la tolérance toute particulière du cuir chevelu pour l'huile de cade. C'est là un

point important à noter dans le traitement de l'eczéma de cette région. Non-seulement les badigeonnages avec l'huile de cade n'exaspèrent pas le mal, n'augmentent pas l'inflammation, mais encore elles hâtent sa résolution dans la plupart des cas. C'est certainement un des meilleurs topiques que l'on puisse employer ainsi que l'a depuis longtemps démontré M. le docteur Lailler dans ses leçons à l'hôpital Saint-Louis.

Remarquons, en passant, que pour guérir l'eczéma du cuir chevelu, il n'est nullement nécessaire de couper les cheveux, il suffit de nettoyer la tête et de peigner avec soinles cheveux, surtout chez les femmes et les enfants.

Dans l'eczéma de la face, et dans l'impétigo de la barbe ou obtient la chute des croûtes, soit en maintenant pendant la nuit un morceau de toile imperméable à l'aide d'une bandelette agglutinative, soit en faisant des onctions huileuses. Une fois les croûtes tombées, on barbouillera les parties malades avec la pommade à l'oxyde de zinc ou au calomel ou bien «ncore avec une solution d'acide phénique.

Glvcériue i „ , ^.

.,' , aa 15 çrrammes

Alcool ( *

Acide phénique 2 )>

Eau distillée 200 «

Dans l'eczéma-impétigincux simple de la face, sur les régions recouvertes de poils, il ne faut pas oublier que l'inflammation gagne souvent les follicules pileux : il survient alors des pustules qui sont traversées par un poil et des nodosités caractéristiques (eczéma sycosiforme de M. Devergie). Dansées cas, le poil agissant comme corps étranger, il importe de pratiquer l'épilation.Unpansementsimplc comme celui indiqué ci-dessus suffit ensuite pour amener laguérison.

Si les oreilles sont le siège de l'eczéma, l'inflammation peut envahir le conduit auditif et donner lieu à une surdité momentanée. Des injections èmollientes sont le seul remède à oppo-

402 YÉSICULES.

ser à cet état. Les fissures qui se produisent si souvent dans Ja rainure de l'oreille seront pansées le soir avec la pommade de zinc ou à l'huile de cade et le jour saupoudrées de poudre d'amidon.

Quelquefois un badigeonnage léger , renouvelé tous les deux jours avec l'hude de cade pure ou mélangée avec parties égales d'huile d'amandes douces, suivant le plus ou moins d'irritabilité delà peau, suffira pour amener une cicatrisation rapide.

Il faudra recommander aussi aux femmes de ne pas enrouler leurs cheveux autour des oreilles comme elles le font si fréquemment dans le but de dissimuler leur mal, pratique dont le résultat le plus certain est d'entretenir l'irritation de la surface cutanée.

Notons aussi en passant que l'eczéma des oreilles s'observe souvent chez les femmes, et notamment à l'époque de la ménopause.

Contre l'eczéma des paupières un des meilleurs topiques est la pommade suivante :

Axonge 25 grammes.

Acétate de plomb 0,25 centigTammes.

On en enduit une compresse que l'on applique, le soir, sur les parties malades.

Ouand l'eczéma envaliit le conduit auditif et l'oreille moyenne , il se produit des phénomènes qui ont été bien étudiés par M. Ladreit de Lacharrière ^ « Dans sa forme chronique, l'eczéma a un retentissement plus fâcheux sur l'oreille moyenne et sur l'oreille interne. Le conduit auditif est fendillé, rouge par places, on voit se détacher de sa surface des lambeaux épidermiques qui laissent au-dessous des sur-

* Annales des maladies de l'oreille et du. larijnx, t. I, p. 177 et suiv.

faces facilement saignantes. Les tympans sont le plus souvent très-épaissis. Au niveau et dans la direction du manche du marteau on constate une vascularisation plus marquée, une sorte de pannus. Les malades se plaignent d'être sourds, ils souffrent de bourdonnements quelquefois insupportables, » M. Ladreit de Lacharrière s'élève avec raison contre un préjugé très-enraciné, c'est l'idée que l'eczéma des oreilles chez les enfants est un mal qu'il faut respecter et qui disparaîtra à la puberté ou à toute autre phase importante de la vie. Cette résignation, cette attente salutaire de la puberté, voire même du mariage se rencontrent non-seulement pour les sécrétions eczémateuses de l'oreille, mais aussi pour l'eczéma du cuir chevelu, pour l'acné, etc. « Cela passera à un certain âge » dit-on toujours. Malheureusement il en est rarement ainsi et comme le dit notre savant confrère on vient alors trop tard réclamer des soins qui alors se trouvent impuissants.

L'eczéma de l'oreille est excessivement tenace; aussi, miporte-t-il d'instituer le traitement le plus tôt possible. A l'état aigu, les purgatifs salins sont indiqués comme dans les autres localisations de l'eczéma. Plusieurs fois par jour, on fera des lotions avec de l'eau de guimauve et de pavot chaude, et, après chacune d'elles, on appliquera sur les parties malades une couche d'un mélange à parties égales de Thuile d'amandes douces et de l'huile de jusquiame. Une fois l'inflammation aiguë et les démangeaisons calmées, M. Ladreit de Lacharrière fait remplacer les lotions émollientespar des lotions alcalines, une cuillerée à café de bicarbonate de soude dans un verre d'eau chaude, et en augmentant graduellement la dose de sel alcalin. Les pommades que l'on peut employer avec succès contre l'eczéma du pavillon ont l'inconvénient, lorsque le mal a envahi le conduit auditif, d'empêcher l'issue des sécrétions morbides. Les lotions méritent la préférence sous tous les rapports. M. Ladreit de Lacharrière a obtenu de bons effets de l'injection, plusieurs fois par jour, d'eau de goudron, une

494 VESICULES.

cuillerée à soupe de liqueur de goudron pour un verre d'eaiî chaude, ou de l'application de la solution suivante :

Eau de rose 50 grammes .

Citrate d'argent 4 x

Laudamiuî 1 «

Quelques gouttes d'acide pliénique dans un verre d'eau tiède m'ont, dans certains cas, donné d'excellents résultats.

L'eczéma du cou, du tronc, ne présente pas d'indications particulières.

11 en est de même de l'eczéma des seins. Rappelons, toutelois, que lorsque cet eczéma reste bien localisé aux seins on au pourtour du mamelon, il est, d'après M. le professeur îlardy, un indice certain de la gale. Rappelons aussi qu'il est, en général, d'une guérison très-difficile.

11 peut être aussi entretenu par la grossesse ou l'allaitement; dans ces conditions, la guérison ne peut se produire qu'après la cessation de la cause physiologique.

Il faut cependant se rappeler que l'eczéma, même simple, du mamelon est, en général, tenace. Il est parfois très-circonscrit, et résiste alors aux topiques habituels; dans ces cas, liebra conseille de légers badigeonnages avec une solution de jsublimé :

Eau distillée 50 granmies.

Sublimé 0,25 centigrammes.

Chez les femmes ayant beaucoup d'embonpoint et dont les seins sont pendants, l'inflammation eczémateuse se développe souvent sur les parties cutanées qui se trouvent en contact. Il se passe là ce qu'on observe pour l'eczéma du pli génitocrural et celui des bourses. La première indication à remplir est l'interposition, à demeure, entre les parties malades, d'un linge; souvent même, cela suffit pour guérir l'eczéma. L'iso-

ECZEMA. 495

Icmeiit des surfaces, l'absence de frottement, est une précaution de rigueur dont l'exécution est indispensable au succès de quelque mode de traitement que ce soit, dont le meilleur consistera presque toujours en des badigeonnages, renouvelét^ tous les jours ou tous les deux jours avec l'huile de cade pure ou mélangée à de l'huile d'amandes douces en proportion variable, suivant la susceptibilité cutanée de chaque malade.

Eczéma anal. — On l'observe chez l'homme et chez la femme, mais, dans les deux cas, il est sujet à de fréquentesrécidives. Il ne reste pas toujours exactement limité au pourtour de l'anus. Chez l'homme, l'eczéma anal envahit souvent le périnée et le scrotum; chez la femme, il gagne la vulve et le pli génito-crural. Dans ces régions, notamment à la marge de l'anus, la peau qui est le siège de l'eczéma est épaissie, le& replis cutanés sont plus accusés, et il existe des fissures profondes qui, traversant l'épiderme, atteignent même parfois jusqu'au derme (Hebra). La surface malade est le siège d'un èpaississement et d'une induration qui, dans quelques cas, pourraient faire craindre une dégénérescence de mauvaise nature que je n'ai cependant jamais eu l'occasion d'observer. Habituellement on y découvre, à l'examen, les traces évidentes des grattages du malade. 11 est vrai que, de toutes le& manifestations de l'eczéma, c'est une de celles où les démangeaisons sont les plus vives, surtout pendant la nuit. Elles sont une cause fréquente d'insomnie ; souvent même le sommeil ne peut venir qu'après des grattages réitérés. La muqueuse anale est également le siège d'un prurit intense ; aussi les malades introduisent-ils les doigts dans le rectum, et exercent-ils des frottements qui déterminent un léger suintement séreux, ce qui est presque toujours suivi d'une atténuation marquée dans les souffrances. Chez quelques-uns, ces grattages de la muqueuse ano-rectalc sont parfois accompagnés d'èjaculations qui amènent un dépérissement profond. — D'après le docteur Vérité, ces grattages et l'introduction ré-

496 VESICULES.

pétée des doigts dans le rectum finissent « par produire des désordres fort analogues à ceux que les médecins légistes ont donnés comme caractéristiques de la pédérastie passive ^ »

L'eczéma anal est en général sec, et présente les caractères que M. Bazin attribue aux eczémas de nature arthritique, et que nous avons déjà indiqués ; aussi cet auteur conseille-t-il d'avoir recours aux alcalins contre cette variété d'eczéma.

Voici les règles du traitement qu'il prescrit^ :

Tisane de saponaire ou de pensée sauvage édulcoréc avec le sirop de fumeterre ou d'orme pyramidal.

Matin et soir, une heure avant le repas, une cuillerée à soupe du sirop suivant :

Sii'op de fumeterre ou de saponaire. 500 grammes. Bicarbonate de soude 6 à 8 »

Enfin, boire une eau alcaline aux repas. Localement, l'usage de lotions alcalines et de la glycérine, la pommade au sulfate de fer :

Sulfate de fer 0,40 à 0,50 centigrammes.

Cétine „ . 4 grammes.

Axonge 50 »

Contre l'eczéma anal, on peut aussi avoir recours à des lotions avec une solution de sublimé, qui très-souvent calment les démangeaisons si pénibles pour les malades, et qui, d'autre part, sont une cause d'aggravation du mal.

Lait d'amandes 500 grammes.

Sublimé

Chlorhydrate d'ammoniaque .

â:i0,25 centigrammes.

Il en est de même des pommades à l'oxyde de zinc, au précipité blanc et au sous-nitrate de bismuth.

1 France médicale, N" 51 et 55 de 1875.

'- Bazin, Leçons théoriques sur les affections généricjues de la peau V. 167.

ECZEMA. 407

M. le docteur F. Giiyon a employé avec succès, dans ces cas, un mélange à parties égales de sous-nitrate de bismuth et d'oxyde blanc de zinc :

Glyccrolé d'amidon GO grammes.

Sous-nitraie de bismulh

Oxyde de zinc

:ra5

M. le docteur Rodet, cx-chirurgien en chef de l'Antiquaille, a obtenu de nombreuses guérisons du mode de traitement suivant :

Tous les matins, faire sur les parties malades nue onction avec :

Huile d'amandes douces j

■ Glycérine ) [tardes égales.

Oxyde de zinc )

Le soir, on remplacera le mélange ci-dessus par des applications d'huile de cade additionnée d'huile d'amandes douces en proportion variable, suivant la susceptibilité de la peau. L'huile pure ou coupée, tout en modifiant favor blemcnt les surfaces malades, a encore l'avantage d'empêcher l'apparition de petites pustules qui se produisent parfois sous l'influence du liniment à l'oxyde de zinc.

Chez les malades qui ne peuvent supporter l'huile de cade, on se trouvera bien de remplacer les badigeonnages cadiqucs par des lotions phéniquées.

Hebra conseille d'employer de préférence une solution alcoolique :

Alcool 180 grammes.

Glycérine i „

Ether (

Acide phénique 8 »

Les lotions phéniquées m'ont surtout paru utiles quand l'eczéma s'accompagnait d'induration des tissus sous-jacents,

comme on l'observe si fréquemment dans les eczémas chroniques delà marge de l'anus.

Eczéma des parties génitales. — De même que l'eczéma de l'anus, l'eczéma des parties génitales serait presque toujours, d'après M. Bazin, de nature arthritique. Dans ce cas, il resterait limité aux surfaces primitivement affectées, tandis que l'eczéma dartreux envahit les régions voisines, les cuisses, l'abdomen. Quoi qu'il en soit, l'eczéma génital peut — chez l'homme — envahir le pénis et le scrotum, ensemble ou séparément. Dans l'eczéma pénien, la sécrétion est, en général, peu abondante. L'eczéma du scrotum donne souvent lieu, au contraire, à une sécrétion considérable, la peau s'épaissit, s'œdématie ; une fois le mal arrivé à la période de dessication, l'épiderme se détache sous forme de lamelles larges et minces.

Chez la femme, l'eczéma se présente ordinairement sous la forme d'un eczéma rubrum (Hebra). Non-seulement les grandes et les petites lèvres sont envahies, mais souvent l'inflammation gagne la muqueuse vaginale, ou encore se propage de la vulve à la partie interne et supérieure des cuisses ainsi qu'à l'abdomen.

Chez l'homme comme chez la femme, l'eczéma des parties génitales existe souvent aussi au périnée — E. périnéal. L'eczéma vulvaire donne parfois lieu à des démangeaisons atroces qui peuvent devenir le point de départ de mauvaises habitudes ; sous l'inlïucnce des grattages réitérés des malades on voit survenir souvent des excoriations.

Selon M. Devergie, l'eczéma des parties génitales, chez la femme, est très-souvent lié, comme le prurigo, à la glycosurie ; le traitement arsenical général fait alors, d'après cet auteur, justice des deux affections. Dans l'eczéma génital, une des premières indications à remplir, c'est de calmer le prurit. Les lotions au vinaigre (20 <à 40 grammes sur i,000 grammes d'eau, Devergie); à l'alun (10 à 20 grammes

ECZEMA. 499

sur 500 grammes d'eau) ; au sublimé (0,10 à 0,15 centigrammes sur 500 grammes d'eau ou de lait d'amandes) ; au' coaltar saponiné (1 gramme sur 100 grammes d'eau, Dever-

gie), etc , ont une action à la fois résolutive et calmante.

L'eau salée constitue aussi un topique excellent qui, chez quelques malades, suffit pour faire cesser les démangeaisons qui les torturent.

L'eczéma des parties génitales est justiciable de tous les moyens que l'on emploie contre les autres variétés d'eczéma ; d'après le professeur Ilebra, les diverses préparations de goudron trouveraient, dans la plupart des cas, un utile emploi.

Contre l'eczéma du scrotum, M. le docteur Duncan Bulkley, de New-York, a obtenu de très-bons résultats de l'application répétée, à l'aide d'un pinceau, de teinture composée de benjoin.

Une des principales complications de l'eczéma des parties o'énitales étant le prurit, il faut surtout s'attacher à le combattre. Tous les moyens que l'on a proposés contre le prurit «utané simple de ces régions peuvent encore être employés ici avec avantage.

M. Delioux de Savignac a obtenu, dans beaucoup de ces cas, d'excellents résultats de lotions faites avec de l'infusion de mauve additionnée de borax et d'eau de laurier cerise :

Infusion de mauve 1 litre.

Eau de laurier cerise filtrée. .... 50 grammes. Sous-borate de soude 10 »

€e serait à la formation d'un cyanure de soude que l'auteur attribue les propriétés sédatives de cette mixture dont M. N. Gueneau de Mussy ^ a été à même de constater, dans plusieurs cas, les bons effets.

On peut encore conseiller, et je les ai vues souvent réussir,

* Clinique médicale, tome second, p. 552,

des lotions chloralées ainsi formulées par M. le docteur Vidal, médecin de l'hôpital Saint-Louis :

Eau 150 grammes.

Hydrolate de roses 100 »

Hydrate de chloral 5 à 10 n

Il faut avoir soin de pratiquer ces lotions à l'aide d'une éponge fine, et de saupoudrer ensuite les parties malades avec la poudre d'amidon. On donnera en même temps à l'intérieur les antispasmodiques : valériane, éther valérianique, castoréum, musc, bromure de potassium, etc.

Ce dernier remède a été surtout préconisé par le docteur N. Gueneau de Mussy, qui en a obtenu de bons résultats, comme topique, dans les affections prurigineuses, en combinant l'action locale du médicament avec son administration à l'intérieur.

Du reste, le chloral et le bromure de potassium s'adressent non-seulement à l'eczéma des parties génitales, mais encore à toutes les dermatoses prurigineuses, car ce sont surtout les démangeaisons qu'elles font cesser; toutefois, la lésion cutanée n'étant plus irritée par les grattages du malade, se modifie favorablement. D'autres fois, il n'existe qu'un simple prurit cutané sans altération appréciable du tégument, dont les lotions chloralées ou bromurées triomphent presque toujours assez rapidement.

D'une manière générale, les solutés réussissent mieux que les pommades contre l'eczéma génital ; néanmoins dans certains cas, on en obtient de bons résultats. M. N. Gueneau de Mussy a employé souvent, avec succès, une pommade ainsi formulée :

Glycérolé d'amidon 20 grammes.

Bromm'e de potassimn. . . . i ^

Sous-nitrate de bismuth. , . . | ''"^

Calomel à la vapeur 0,40 eenligranmies.

Extrait de belladone 0,20 »

Cette pommade détermine d'abord un sentiment de cuisson assez pénible, auquel succède un apaisement durable. L'auteur recommande, comme condition importante du succès, de n'employer que de la glycérine neutre. C'est la, du reste, un point qu'il ne faut jamais négliger ; et, pour notre part, nous ne saurions trop insister sur l'avantage réel que présente, dans le traitement des maladies de la peau, la glycérine neutre, extraite de l'huile de palme, sur les autres glycérines.

Comme moyens auxquels on pourrait encore avoir recours, nous reproduisons, d'après le docteur N. Gueneau de Mussy % les topiques suivants, que Vigo, dans son Traité de chirurgie, préconise contre le prurit vulvaire :

1" Faire des onctions sur les parties prurigineuses avec la mixture :

Huile de roses. i „„

^ , , . aa o'i sr''fni^ies.

Onguent populeum \

Suc de plantain 25 »

Vinaigre rosat 1 « o

Yin de grenade. ., \

Litharge d'or. ........ i ^ .. ,

, -,, j, . ) aa oU »

Litharge d argent (

Céruse 16 »

Tuthie 12 »

2° Si ce moyen ne suffisait pas, il faisait des embrocations sur la partie malade, avec le collyre :

Eau de plantain. ........ 1 „.^

„ , ^ âa 2o0 grammes,

hau de roses )

Vin de grenades i , „

t, j ,• aa lo »

bue de limons . . . \

Suc de joubarbe 40 »

Suif, albi sine opio 160 «

Eczéma des membres inférieurs. — L'eczéma se localise

* Clinique médicale, tome second, p. ."31.

502 VESICULES.

très-fréquemment aux jambes, d'après M. Devergic 75 fois sur 100. La guérison est, en général, très-difficile, par suite de l'absence de repos.

L'éruption, ici, présente des caractères particuliers qui tiennent évidemment à la région. C'est là qu'on voit ces vastes plaques qui, occupant toute la face antérieure des deux jambes, revêtent un caractère chronique, notamment chez les vieillards. Tout le monde a rencontré ces eczémateux vénérables dont^ après des récidives fréquentes, la peau finit par prendre un aspect caractéristique. Le tégument parait recouvert d'une pellicule mince, translucide, d'un rouge brillant, luisant, sec, traversé par des arborisations vasculaires ténues d'un rouge vif. Cet état est loin d'indiquer une guérison prochaine, et ne permet pas de porter un pronostic aussi favorable, pour la durée de la maladie, que la desquamation pityriasique, forme de bon augure qui annonce une franche tendance à la résolution.

Le plus souvent aussi, l'éruption eczémateuse des membres inférieurs est entretenue ou aggravée par la présence de varices ou d'ulcères. Chez les dartreux, ce sont là de véritables points d'appel pour les manifestations cutanées.

Toutefois, on peut se demander ici si ce sont les varices qui prédisposent aux eczémas ou si ce sont les eczémas qui sont le point de départ des varices? Ces deux cas, d'ailleurs, peuvent se produire. M. Devergie a fait remarquer, avec beaucoup de justesse, que l'eczéma non variqueux a son siège habituel en avant et en dehors du membre, tandis que, dans l'eczéma variqueux, on le trouve plus particulièrement à la face interne.

Contre les eczémas qui sont compliqués d'ulcères, on peuî employer avec avantage des pansements avec des bandelettes de diachylon régulièrement disposées les unes au-dessus des autres.

Depuis 18i6, M. Devergie a recours, avec succès, contre

ECZEMA. 503

les eczémas variqueux, aux bandages dextrinés. Il place sur la surface eczémateuse une compresse trempée dans :

Eau 1000 grammes.

Dextrine. 125 »

On imbibe de celte solution une bande roulée de 4 ou 5 centimètres de largeur, et on l'applique méthodiquement comme un bandage roulé ordinaire; on l'arrose ensuite et on laisse sécher peu ta peu. Ce bandage doit être peu serré; on le renouvelle tous les quatre ou cinq jours, seulement quand il devient trop large.

Ces moyens permettent aux malades de vaquer à leurs affaires.

Dans ce but, et à titre également palliatif pour les varices, on peut encore employer avec avantage la compression faite, soit avec une simple bande de toile, soit à l'aide d'un bas lacé ou de tissu de caoutchouc. Les bas lacés ou ceux en tissu caoutchouqué sont préférables aux bandes, qui se relâchent bientôt, quelque méthodique que puisse en être l'application. La compression avec le bas lacé contribue toujours à la guérison de l'eczéma, en ce sens qu'elle empêche l'afflux du sang dans les veines dilatées; toutefois, il est de la plus haute importance de tenir le bas aussi propre que possible, et de renouveler matin et soir le pansement qui se trouve en contact direct avec l'eczéma, avec les ulcères variqueux; sans cela le bas lacé deviendrait à son tour une cause active de l'irritation cutanée. J'insiste beaucoup sur l'utilité des bas élastiques dans le traitement de l'eczéma des jambes, alors qu'il ne s'agit pas d'un eczéma variqueux ; car, si l'on ne constate pas toujours la présence des veines variqueuses, il y^a souvent un manque de tonicité dans les vaisseaux capillaires, qui est favorablement modifié par l'application des bas.

De même que le bandage dextrine de M. Devergie, l'usage du bas lacé permet au malade de vaquer à ses occupations,

504 VESICULES,

de continuer son travail, et ce n'est point là une chose indifférente pour les ouvriers et les malheureux.

On arrivera encore aux mêmes résultats par la position horizontale qui, dans tous les cas, quand elle sera possible, constituera un auxiliaire puissant pour la guérison des eczémas variqueux.

Dans Veczénia des mains et des pieds, plusieurs distinctions sont nécessaires pour le traitement.

S'il s'agit d'eczémas professionnels, de ces éruptions pustuleuses, — gale des épiciers, — qui sont si fréquents chez les individus obligés de manier des substances acres ou irritantes, il suffira souvent de l'application de la toile vulcanisée ou de quelques moyens émollicnts pour en triompher rapidement. Dans les cas qui sont rebelles, soit parce que l'agent provocateur n'a fait que mettre en action une diathèse préexistante, soit parce que les manifcslations eczémateuses ont été enflammées, aggravées, comme cela s'observe fré- (juemment par des topiques irrilants, dans ces cas-là, disons-nous, il faudra, outre un traitement général approjjrié, des pansements avec la pommade an goudron ou l'huile de cade.

L'eczéma des mains et des pieds présente encore ceci de particulier, c'est que, en raison de la résistance de l'épiderme dans ces régions, il se forme souvent, par la rupture des cloisons intervésiculaires, des bulles plus ou moins volumineuses. 11 importe, dans ces cas, de ménager autant que possible cette enveloppe protectrice, à l'abri de laquelle on voit la sécrétion eczémateuse se résorber çrraducllcment et ne lais-

ser après elle qu'une large squame épidcrmique qui tombera peu à peu, mais sûrement, d'elle-même. Si, au contraire, les vésicules se rompent, il peut se produire de légères exulcérations, voire de véritables ulcères qui sont souvent longs et difficiles à guérir.

On voit aussi survenir, dans ces régions, un eczéma sec

qui, d'emblée, présente une certaine analogie avec le psoriasis, — eczéma arthritique de M. Bazin. — Dans ces cas, l'enveloppement avec la toile vulcanisée et des onctions avec le glycerolé d'amidOn sont très-utiles pour assouplir l'cpiderme.

L'eczéma des doigts et des orteils est, en général, très-rel)elle; souvent il se présente sous la forme de poussées pustuleuses qui apparaissent au moment où tout semblait faire prévoir une guérison prochaine. L'huile de cade m'a toujours j)aru être un excellent moyen à opposer à ces jetées impétigineuses; bien des fois même elle les fait avorter. L'enveloppement imperméable donne aussi, dans ces cas, de bons résultats.

Hebra conseille surtout l'emplâtre diachylon, avec la précaution d'envelopper séparément chaque doigt ou chaque orteil dans des linges enduits avec soin; pardessus on met un gant ou un bas suffisamment larges. Il faut avoir la précaution de renouveler l'onguent toutes les douze heures, et d'enlever l'épiderme ramolli à l'aide dune friction rude, et cela lors même que la peau apparaît rouge ou humide après cette opération. Cette précaution est nécessaire pour empêcher la démangeaison, et aussi pour mettre de nouveau le remède en contact plus intime avec la partie affectée.

Dans un cas d'eczéma des orteils qui avait résisté à des traitements aussi nombreux que variés, M. le docteur A. Fouiniera vu la guérison survenir à la suite de plusieurs applications de teinture de benjoin. Depuis, j'ai eu l'occasion d'employer le même procédé dans des circonstances analogues, et les résultats ont été également favorables, ils viennent à l'appui des faits observés par MM. Duncan Bulkelcy et Alfred Fournier.

J'en dirai autant de l'eczéma du pli des articulations, qui présente le grave inconvénient, s'il a son siège au pli de l'aine ou au creux du jarret, d'empêcher le malade de vaquer à ses

occupations journalières, par suite des fissures et des crevasses très-douloureuses qui se produisent. Le mode de pansement que nous venons d'indiquer résoudra la difficulté en détergeant rapidement les surfaces eczémateuses, en s'opposant au frottement des parties malades et à'I'action irritante que les vêtements exercent sur elles. Une fois arrivée à la période furfuracée, l'éruption disparaît rapidement par l'effet de quelques applications légèrement stimulantes, notamment de pommade au goudron.

Employée autrefois et même encore aujourd'hui par quelques dermatologistes, dans un sens général, comme synonyme du mot dartre pour désigner des dermatoses d'origine diatliésique, cette dénomination devrait être réservée à des éruptions vésiculeuses.

C'est là, quant à nous, la seule signification que nous veuillons lui donner. Notre intention n'est pas du reste de décrire ici toutes les variétés d'herpès admises par les auteurs, notamment Vherpès circiné et Vherj)ès iris, qui appartiennent aux affections parasitaires et dont nous parlerons à propos de cette classe de maladies.

D'une façon générale ïhcrpès est caractérisé par une éruption de vésicules disposées en groupes sur une surface rouge et enflammée, groupes qui sont séparés les uns des autres par des intervalles peu étendus de peau saine. Ces plaques vésiculeuses, dont la durée varie de quelques jours à trois et quatre semaines, se dessèchent sous forme de croules minces dont la chute dans certains cas peut être suivie d"une cicatricule ou même de cicatrice.

Cette éruption s'accompagne ordinairement d'une sensation de chaleur, de démangeaison, de brûlure, qui précède souvent aussi l'éruption, d'autrefois de véritables douleurs

névralgiques qui persistent parfois longtemps après la disparition des vésicules.

Sous le nom àlujdroa arthritique, M. Bazin a décrit une affection analogue à V herpès phycténode de Willan, herpès à grosses vésicules, qu'il ne faut pas confondre avec l'herpès iris que l'on observe dans la période de germination du trichophyton et qui est caractérisé au contraire par des vésicules à peine perceptibles. Il est d'autres signes qui permettent de les distinguer, nous y reviendrons plus tard.

L'hydroa arthritique de M. Bazin est l'herpès successif et chronique. Il peut se présenter sous trois formes différentes, que M. Bazin a désignées sous les noms suivants : hydroa vésiculeux; hydroa vacciniforrac (olophlyctide chronique d'Alibert) ; hydroa huileux (pemphigus à petites bulles).

Nous résumerons en quelques mots la description que M.Bazin a donnée de ces trois variétés ^

Hydroa vésiculeux. — Cette éruption est caractérisée par «des taches d'un rouge foncé, petites, arrondies, un peu saillantes et à bords nettement limités. Ces taches ont des dimensions qui varient depuis la largeur d'une lentille jusqu'à celle d'une pièce de vingt centimes ; elles sont quelquefois entourées d'une auréole rosée ; elles présentent bientôt à leur centre une petite vésicule d'un liquide jaunâtre et transparent. Cette vésicule naît le jour qui suit l'apparition de la tache rouge; elle se dessèche rapidement au centre qui est occupé par une petite croûte noirâtre, tandis que le liquide est résorbé à la circonférence». Vers le deuxième ou le troisième jour de l'éruption, «on voit de petits disques rouges supportant à leur centre une croûte noirâtre et entourée d'un liséré blanchâtre légèrement saillant... Au bout de quelques jours, la coloration de la petite tache disparaît, la croûte centrale tombe en laissant une macule violacée qui s'efface

* Leçons théoriques et cliniques sur les affections cutanées de nature arthritique et dartrense. p. lO'i et suiv.

o;38 VESICULES.

lentement. » Sur les muqueuses les vésicules sont blanchâtres et entourées d'une auréole violacée.

L'hydroa vésiculeux s'observe sur la peau et les muqueuses, notamment à la face dorsale des mains et des poignets, à la partie antérieure des genoux, sur la lèvre inférieure et à la face interne des joues. Parfois, mais rarement, son apparition est précédée de quelques malaises qui cessent dès que l'éruption se développe.

C'est une éruption saisonnière, comme l'érythème ; M.Bazin l'a toujours vue survenir chez des sujets arthritiques.

Traitement. — Il est des plus simples : des bains alcalins, quelques boissons diurétiques, un régime doux et le repos suffiront pour hâter la guérison d'une affection qui dans bien des cas se dissiperait d'elle-même.

Hydroa vaccini forme. — 11 apparaît à la suite d'une promenade au grand air ou après l'exposition à un soleil ardent. Des taches rouges, sur lesquelles naissent des vésicules transparentes analogues à celles de l'herpès, le caractérisent au début. Dès le deuxième jour ces vésicules s'ombiliquent; en peu de temps il se forme une croûte d'abord au centre puis à la circonférence de la vésicule ; lorsque cette croûte se détache, elle laisse une cicatrice déprimée assez semblable à celles de la variole. Cette affection peut se prolonger par poussées successives pendant plusieurs mois.

Traitement. — M. Bazin recommande les alcalins : toutefois dans un cas rebelle aux autres médications, les eaux de la Bourboule procurèrent une guérison rapide et radicale,

Hydroa buUeux. — L'hydroa huileux, ou pemphigus à petites bulles, se manifeste par des bulles d'inégal volume, variant de la grosseur d'une lentille à celle d'un pois, reposant sur une base erythémateuse. Ces bulles sont arrondies, irrégulièrement disposées par groupes de trois à quatre ; elles contiennent un liquide transparent, devenant rapidement trouble et jaunâtre ; elles sont entourées d'une auréole rouge. Ces

bulles se produisent par poussées successives; le liquide qu'elles contiennent se desséche sous forme de croûtes jaunâtres. Elles ont leur siège de prédilection sur les bras, le tronc et la partie interne des cuisses ; comme les deux précédentes variétés, elles se manifestent quelquefois sur la muqueuse buccale. De même aussi les chaniiements de saison et les variatiens de température ont une grande influence sur le développement de cette affection.

Traitement. — De nature arthritique, comme l'hydroa vésiculeux et l'hydroa vacciniforme, l'hydroa huileux est, d'après M. Bazin, justiciable des amers et du sirop alcalin. De même que pour le pemphigus il faut s'abstenir de bains, qui pourraient entraîner la rupture des huiles ou provoquer de nouvelles poussées.

On doit se borner à recouvrir l'éruption de poudres inertes, telles que la poudre d'amidon, de lycopode, de tan, etc. Plus tard, lorsque des croûtes se seront formées, on en viendra aux bains, et de préférence à des bains alcalins contenant 100 à 120 gram. de carbonate de potasse.

L'herpès est presque toujours limité à des régions circonscrites, définies, de la peau ou des muqueuses. Néanmoins dans certaines circonstances il peut se généraliser et offrir alors toutes les allures d'une pyrexie. M. II. Coutagne a rapporté de cette variété plusieurs cas très-intéressants qu'il a groupés sous le nom d'herpès généralise' fébrile.

La maladie, telle que cet auteur l'a étudiée, débute par des symptômes aigus analogues à ceux des exanthèmes fébriles ; fièvre, frissons, céphalalgie, courbature, inappétence, état saburral, etc. Ces symptômes sont rapidement suivis d'une éruption vésiculeuse abondante sur les membres, le tronc, la face, les organes génitaux, etc., et sur les muqueuses de l'isthme guttural et du repli balano-préputial.

Ce qui caractérise surtout l'herpès généralisé fébrile, d'après M. H. Coutagne, c'est la combinaison d'éruptions se suc-

cédant à très-courte échéance, sans que l'état général puisse faire diagnostiquer leur apparition ni leur fin. Ces poussées successives expliquent la persistance de la fièvre longtemps après le début de l'éruption.

A quelle période se produit l'angine herpétique vésicuîeuse dont M. Coutagne a constaté la présence dans chaque cas? C'est là un point non complètement élucidé et dont la solution serait, on le comprend, très-désirable au point de vue du diagnostic.

L'herpès généralisé fébrile n'est pas contagieux. Aussi, malgré sa grande ressemblance avec un exanthème, nous ne saurions le ranger dans la même classe que ces affections dont il se rapproche à certains égards, mais dont il s'éloigne aussi par sa non-contagiosité et sa non-inoculabilité. Nous croyons que cette variété d'herpès doit être placée au nombre des états particuliers que M. Parrot a désignés sous le nom de fièvre herpétique.

Le seul traitement à lui opposer consiste à combattre l'état ^^aburral des premières voies à l'aide de quelques purgatifs ou éméto-cathartiques. Localement, un peu de poudre d'amidon et des soins de propreté seront les seuls moyens auxquels on doive avoir recours. Contre l'angine herpétique on prescrira des gargarismes calmants (eau de guimauve et de pavot coupée avec du lait), plus tard légèrement astringents; des badigeonnages avec la glycérine. En un mot la guérison de cette dermatose ayant lieu spontanément, l'intervention médicale devra naturellement être peu active.

Les autres formes de l'herpès sont infiniment plus fréquentes que celle-ci. En les passant en revue nous nous arrêterons de préférence sur celles dont l'étiologie et la thérapeutique peuvent présenter de l'intérêt pour le praticien.

De petites vésicules, disséminées ou groupées sur les lèvres, principalement aux commissures, constituent Vher-

pès lahialis, terme impropre du reste, en ce sens que cette éruption, existant souvent sur d'autres régions 'de la face et des muqueuses, mériterait plus justement le nom dlierpès larvalis. C'est la forme à la fois la plus commune et la plus bénigne de riierpès ; les vésicules ont une durée éphémère et les croûtelles qui leur succèdent laissent, après leur chute, la peau parfaitement normale.

De traitement il ne saurait être ici question, à moins que, sous l'influence d'un mauvais étal général, l'éruption ne prenne une certaine extension et ne perde ses caractères primitifs. Il suffira d'un peu de cold-cream, de pommade au concombre, de crème de lait pour atténuer l'irritation locale et favoriser la guérison qui a lieu spontanément, et, en général, au bout de 4 à 5 jours.

Une sensation de prurit, de chaleur avec tuméfaction légère et tension douloureuse de la lèvre et de la muqueuse adjacente, sont les signes précurseurs de cette petite éruption que souvent précède ou accompagne un mouvement fébrile ; on l'observe surtout, dans le cours des affections catarrhales, au moment où tombe la température. Quelques auteurs lui font même l'honneur de la considérer comme un phénomène critique, avantageux par conséquent pour l'issue de la maladie, herpès critique. A quelles causes doit-on rattacher son apparition? Il nous est impossible de le dire.

D'autres fois Yherpès labialis se manifeste en dehors de toute modification appréciable dans l'état de santé ; son origine est souvent alors rapportée au contact d'objets malpropres, de substances irritantes.

Une éruption d'herpès peut aussi se manifester aux parties génitales de l'homme et de la femme, elle constitue alors VH. prœputialis, VH. pudendalis ; les conditions spéciales dans lesquelles se produisent ces éruptions ont engagé à en placer la description dans la première partie de cet ouvrage,

512 VESICULES.

OÙ, mieux que nous, notre cher maître M. Diday avait qualité pour en parler avec la compétence de son savoir et de sa vieille expérience [Y. pag. 138 et suiv.).

Des vésico-bulles reposant sur un fond érythémateux, groupées en plaques irrégulières, disposées en forme de demi-ceinture, presque toujours limitées à une moitié du corps, et accompagnées de douleurs névralgiques, tels sont les phénomènes caractéristiques de l'affection connue sous le nom de zona ou herpès zoster.

De toutes les variétés de l'herpès, c'est la plus intéressante, celle qui doit particulièrement fixer l'attention du praticien au double point de vue étiologique et thérapeutique.

Bien plus grosses que les vésicules eczémateuses, ou celles de l'herpès vulgaire, celles du zona sont demi-sphériques, isolées ou groupées en nombre variable de manière à former des plaques arrondies ou ovales de la dimension d'une pièce de cinquante centimes à un franc, séparées par des intervalles de peau saine. Parfois les vésicules d'une même plaque se réunissant, il en résulte une véritable bulle. Ces vésicules reposent invariablement sur une base enflammée, d'un rouge vif ou rouge sombre, état dont l'apparition précède l'éruption d'un ou deux jours.

De transparent qu'il était au début, le contenu des vésicules devient rapidement opalescent ; ordinairement ce liquide se résorbe et il se forme une petite croûte bruncàtre, adhérente, qui laisse après elle une teinte rouge foncée. D'autres fois — notamment chez les vieillards et les individus débilités — il se creuse, au dessous de la vésicule, une ulcération recouverte d'une croûte, ulcération à laquelle succède une cicatrice déprimée, analogue à celle des éruptions varioliques.

L'éruption du zona se développe presque toujours sur le trajet de filets nerveux superficiels : disposition évidemment liée

[IKRI'ES. 515

à l'existence de douleurs locales qui précèdent et accompagnent presque invariablement l'apparition herpétique. Ces douleurs sont, après l'éruption, un des phénomènes les plus constants du zona. Elles sont rangées par la plupart des auteurs dans la classe des névralgies. C'est là un point qui avait été parfaitement mis en lumière par M. Parrot dès 1856 {in Union médicale, numéro de mars). Sourdes parfois, le plus ordinairement ces douleurs sont aiguës, lancinantes ; de même que dans les névralgies, il est alors des points d'élection où la sensation est plus vive, plus pongitive. Antérieures à l'éruption, ces douleurs reviennent fréquemment par accès et se prolongent parfois très-longtemps après laguérison des plaques vésiculeuses. Chez les vieillards notamment on observe souvent cette persistance de la douleur. J'ai donné des soins à un vieillard qui avait eu un zona plusieurs années auparavant et qui, au bout de dix ans, était encore tourmenté par des élancements qui, se faisant sentir surtout pendant la nuit, lui occasionnaient de cruelles insommies. Chez ce malade la peau avait conservé une sensibilité telle qu'il appréhendait à l'excès toute espèce d'examen. Il en est de même chez les individus atteints de myélite chronique.

Des douleurs fulgurantes précèdent parfois l'apparition d'un zoster; ces douleurs reviennent surtout la nuit et sont une cause d'insommie et d'aggravation de l'état général.

Ce sont ces douleurs névralgiques vives avec chaleur ardente et cuisson qui avaient fait donner à la maladie le nom de feu sacré ou feu de Saint- Antoine.

Dans quelles conditions survient le zona? Si l'on se rappelle que l'éruption est précédée de douleurs ayant le caractère névralgique, et que d'autre part les plaques vésiculeuses sont toujours disposées suivant la distribution d'un nerf, il est impossible de ne pas rattacher l'un à l'autre ces deux phénomènes et de ne pas considérer le zona comme la conséquence

514 VESICULES.

d'une modification quelconque des filets nerveux superficiels de la région cutanée envahie par l'éruption.

On voit, en effet, des éruptions herpétiformes, comparables au zona, survenir soit à la suite de contusions, de plaies incomplètes, de tiraillements des branches nerveuses (faits de Charcot, de Rouget, de Raynaud, de v. Bœrensprung, de Mitchel, etc.), — zona traumatique ; ou bien dans le cours des maladies de la moelle, chez les ataxiques au moment de la recrudescence inflammatoire, — zona secondaire. Dans ces deux ordres de faits on est autorisé à admettre que c'est l'inflammation, l'irritation du système nerveux périphérique ou central qui a été le point de départ de l'éruption cutanée.

Dans les cas bien plus nombreux où le zoster paraît reconnaître pour cause des variations de température, un froid humide, des refroidissements, un état dyspeptique, des troubles dans les fonctions menstruelles, etc., n'est-il pas logique de supposer que ces différentes conditions, que l'on retrouve également dans l'étiologie des névralgies, ont provoqué un état anormal (état mal déterminé, mais réel) des filets nerveux, se traduisant d'abord par des douleurs névralgiques et secondairement par des plaques herpétiques?

Ce que l'on sait de la marche de l'affection vient à l'appui de cette manière de voir. En un mot, comme l'a dit M. A. Hybord à propos du zona ophthalmique : « le zona est l'expression cutanée de l'irritation ou de l'inflammation de points déterminés du système nerveux. » Il est évident aussi que ces conditions pathogéniques n'entraîneront pas invariablement la production du zona chez tous les individus. Son apparition sera favorisée par des circonstances propres à tel ou tel sujet ; mais, quels que soient la constitution, le tempérament ou l'état diathésique de l'individu, le processus pathogénique du zona paraît toujours, ainsi que son évolution symptomatique, se faire d'une manière identique.

Traitement . — Le traitement du zona est des plus simples.

L'indication essentielle est d'éviter autant que possible la rupture des vésicules. Aussi doit-on s'abstenir de cataplasmes, de compresses imbibées de solutions aqueuses, de lotions émollientes. La poudre d'amidon pure ou additionnée de poudre d'oxyde de zinc ou de sous-nitrate de bismuth, ou encore : poudre d'amidon 45 grammes, poudi^e d'oxyde de zinc 45 grammes (Hardy), constituent le topique par excellence. On peut aussi, comme Font proposé j\I]\l. Debout, Devergie, Briquet, dans le but de faire avorter le zona, d'éviter les douleurs et de prévenir les frottements parfois si pénibles, étendi^e dès le début sur les plaques éruptives du collodion contenant sur 15 grammes 5 décigrammes de bichlorure de mercure. On peut se servir aussi de collodion dans lequel on a. fait dissoudre une certaine quantité d'iodoforme; cette préparation atténue les douleurs. L'emploi du collodion élastique produit également de bons résultats ; ce dernier est de beaucoup préférable au collodion ordinaire qui donne souvent lieu à une trop forte constriction des tissus et, loin alors d'apaiser la douleur, peut l'augmenter considérablement.

M. Lailler a substitué, avec avantage, à la solution acqueuse de perchlorure de fer, employée par le docteur Baudon, de Mouy (Oise), la solution alcoolique, quand on l'emploie tout à fait au début du zona. Voici en quoi consiste le traitement :

On badigeonne les surfaces malades à l'aide d'un pinceau trempé dans la solution suivante :

Alcool à 90° 40 grammes.

Perchlorm'e de fer sublimé 10 »

L'application de ce topique ne détermine aucune souf france ; on la renouvelle matin et soir.

Si les vésicules s'ulcèrent, il faut employer le glycérat d'amidon et recouvrir ensuite les parties malades avec la poudre d'amidon. Quant aux douleurs, elles disparaissent le

plus souvent avec l'éruption ; dans d'autres circonstances, non-seulement elles persistent longtemps après la cicatrisation des vésicules, mais elles deviennent même plus intenses après la disparition du zona. — Tous les liniments calmants peuvent ici rendre de réels services; il en est de même des injections hypodermiques, de vésicatoires pansés avec la morphine.

M. Devergie a obtenu d'excellents résultats de la pommade à l'extrait de belladone et d'opium :

Axonge 30 grammes.

Extrait de belladone 5 «

— aqueux d'opium 2 »

On l'applique sur une grande surface et deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures.

Dans le zona gangreneux on agira comme dans les plaies de mauvaise nature : pansements phéniqués; poudre de quinquina et de charbon; lotions d'eau-de-vie camphrée ; pansements alcoolisés, etc.

Herpès gestationis . — Enfin il est une variété d'herpès qui a été très-bien décrite par le docteur Duncan Bulkeley ^; il n'en existe jusqu'à présent que neuf cas dans la science. Voici, d'après cet auteur, quels seraient ses principaux caractères :

L'herpès gestationis est une affection cutanée qui dépend directement de l'état gravide de l'utérus. Elle survient à toutes les périodes de la gestation, à partir du septième mois, et persiste en général jusqu'à ce que la matrice se soit débarrassée du produit de la conception, et soit revenue à son état normal. Cette éruption présente en outre une grande tendance à se reproduire à toutes les grossesses suivantes.

Les manifestations cutanées consistent principalement en

* American journal of obstetrics and discases of women and chiidrcn, vo!. YI, n- lY.

une vive irritation, se traduisant par de la chaleur, du prurit ou des picotements, parfois même de la douleur avec apparition de plaques érythémateuses, de papules, de vésicules et de bulles, dont quelques-unes peuvent atteindre le volume d'un œuf de poule, mais dont la plupart dépasse rarement celui d'une grosse bulle d'herpès. Ces vésicules sont habituellement disposées par groupes, mais ne suivent pas le trajet des nerfs; elles apparaissent en général d'abord aux extrémités et envahissent ensuite la plus grande partie du corps. L'irritation cutanée peut provoquer un certain degré d'épuisement, mais la maladie est apyrétique.

L'éruption ne cesse pas immédiatement après la délivrance, elle ne disparait que lentement, les vésicules devenant de moins en moins abondantes et survenant à des intervalles de plus en plus éloignés, jusqu'à ce que l'éruption s'éteigne complètement. Vers le troisième jour il se produit d'ordinaire une poussée d'une plus ou moins grande intensité ; il est rare que la maladie n'ait pas complètement disparu un mois après l'accouchement.

Cette affection est quelquefois accompagnée ou suivie d'autres manifestations névropathiques, telles que érythème, urticaire et névralgies, qui peuvent persister dans l'intervalle des grossesses, tandis que dans d'autres cas la malade jouit d'une santé parfaite dans cet intérim.

Cette éruption a quelquefois été le premier indice de la conception.

Dans la plupart des cas le traitement a été impuissant ; le soulagement ne s'est manifesté qu'après la délivrance.

D'une manière générale, les enfants ne sont point affectés par la maladie que porte la mère.

Traitement. — Les auteurs qui ont rapporté des cas d'herpès gestationis n'ont indiqué aucun mode particulier de traitement pour cette affection. Du reste, dans presque tous les faits coUigés par M. Duncan Bulkeley, la maladie a continué

518 VESICULES.

jusqu'à la fin de la grossesse, sans être influencée même de la façon la plus légère par la médication. Dans un cas observé par Fauteur, une amélioration notable survint au bout d'un mois de traitement, au point que les trois derniers mois de la gestation se passèrent bien; de plus, il n'y eut presque aucune rechute après les couches, il ne survint que quelques vésicules disséminées qui ne donnèrent lieu à aucun malaise.

Le traitement employé par le docteur Bulkeley se composa d'applications locales antiprurigineuses :

Goudron 8 grammes.

Potasse caustique 4 ;>

Eau de fontaine 20 »

Une cuillerée à café de cette mixture dans 125 grammes d'eau pour lotionner les parties malades, ensuite onctions avec l'axonge. Ces applications ont toujours procuré un trèsgrand soulagement et répondent à toutes les indications. En même temps l'auteur conseille l'emploi des toniques, fer, quinine, arsenic, huile de foie de morue. M. Bulkley attribue aussi au régime une grande importance au point de vue des résultats thérapeutiques ; il le fait commencer peu après le début de la maladie et le continue longtemps après la délivrance.

A propos de Vherpès gestationis , nous rappellerons que, dans le prurit vulvaire, qui accompagne si souvent la grossesse, Danyau employait des onctions avec la pommade suivante :

Oxyde de zinc . 30 grammes.

Borate de soude 2 centigrammes.

Chlorhydrate de morphine.. . 0,15 centigram.

Cérat simple 15 grammes.

Huile d'amandes douces ... q. s.

BIPÉTIGO. 519

imPÉTSGO

Bien que nous considérions l'impétigo comme une des formes de l'eczéma, nous croyons cependant devoir lui consacrer un chapitre spécial, tant pour nous conformer à l'usage que pour mieux éclairer son étiologie ainsi que son traitement.

L'impétigo, mélitagre flavescente d'Alibert, présente en effet la plus grande similitude avec l'eczéma, tant sous le rapport des symptômes que sous celui de son évolution. C'est M. le professeur Hardy qui, le premier, a émis cette opinion; elle est admise aujourd'hui par bon nombre de dermatologistes, ErasmusAYilson, Andersen, T. Fox, Hebra, etc. Comme ce dernier le fait observer avec raison, il est impossible, par exemple, d'établir une différence entre l'eczéma du cuir chevelu et l'impétigo de la même région, une fois les croûtes tombées ; il est donc plus rationnel de l'appeler eczéma impéligineux. — L'eczéma et l'impétigo ne diffèrent d'ailleurs, en réalité, l'un de l'autre que par l'intensité plus grande de l'inflammation cutanée dans le second; et encore, comme le remarque M. Hardy, observe-t-on en général, au début de la maladie, un mélange de pustules et de vésicules, de telle sorte qu'il est souvent impossible de dire si l'on a affaire à un impétigo ou à un eczéma.

Sur une surface qui d'emblée même est rouge, on voit apparaître des pustules petites, plus ou moins nombreuses, en général acuminées, discrètes ou réunies par groupes. Au bout de peu de jours ces pustules se rompent et laissent échapper un liquide purulent, qui se dessèche rapidement sous forme

de croûtes jaunâtres, épaisses, rugueuses ; parfois elles sont de teinte brunâtre, à cause du saignement occasionné par les grattages. Ces croûtes sont d'ordinaire peu adhérentes ; audessous d'elles se voient des excoriations superficielles, des exulcérations semblables à celles que l'on observe dans l'eczéma. Une fois les croûtes tombées, il se produit une nouvelle sécrétion purulente qui se concrète dans les mêmes conditions que la première, jusqu'à ce qu'enfin il se produise, après un temps variable, une desquamation épidermique, pityriasique, semblable à celle qui caractérise la période ultime de T eczéma. C'est donc de tous points, comme on le voit, la même marche, la même évolution que nous avons indiquée pour cette dernière affection.

Toutefois l'impétigo ne se manifeste pas toujours avec les mêmes caractères objectifs ; ceux-ci varient suivant les régions et le tempérament des sujets. Aussi on voit survenir, notamment au cuir chevelu, à la face, surtout aux joues, à la lèvre, autour des narines, etc., des groupes de pustules bien circonscrits, d'une étendue variable, qui se transforment ensuite en plaques croûteuses, épaisses, jaunâtres, — impétigo figurata, croîites de lait. Au visage, ces croûtes forment parfois un masque repoussant, — impétigo larvalis, porrigo larvalis de Willan. M. Bazin a décrit 1'/. figurata sous le nom de scrofulide bénigne exsudative.

D'autres fois on voit des plaques d'impétigo disséminées sur plusieurs régions du corps : aux membres supérieurs et inférieurs, aux plis des articulations, aux mains, — impétigo sparsa, impétigo scabida. Cet impétigo est pres(^ie toujours symétrique ; il est aussi le siège de démangeaisons plus ou moins vives. D'après M. Bazin, il se rattacherait aux éruptions herpétides {impétigo dartreux ou niélitagrc de cet auteur).

L'impétigo granulata [teigne gramdée d'Alibert, phthiriase capillaire de M. Hardy) s'observe exclusivement au cuir chevelu. Ici les croûtes qui succèdent aux pustules d'im-

IMPETIGO. 521

pétigo sont en général brunâtres, dures, inégales ; une partie de ces croûtes reste fixée au tégument, tandis que l'autre est adhérente aux cheveux, en différents points de leur longueur, sous forme de granulations, de galons. Les cheveux, du reste, sont agglutinés, collés ensemble par la sécrétion sébacée qui se mêle au liquide purulent ; au-dessous de cette espèce de feutrage capillaire existe habituellement une quantité plus ou moins considérable de poux dont la présence entretient de violentes démangeaisons.

Dans certains cas l'éruption pustuleuse est précédée ou accompagnée d'une rougeur cutanée intense. On pourrait croire qu'il s'agit d'un érysipèlc si des pustules d'impétigo ne venaient bientôt donner à la maladie son véritable caractère, — impétigo erysipelatodes. D'après Hunt, cette forme serait quelquefois épidémique.

Sous le nom d'impétigo sycosiforme, de mentagre ou de sycosis non parasitaire, nous décrirons ici l'inflammation simple du follicule pileux (sycosis arthritique de M. Bazin), ou encore adénotrychie de M. Hardy, affection qui, se traduisant toujours au début par la présence de pustules, n'est que 1 inflammation, primitive ou secondaire, du follicule pileux même, et a sa place naturelle au chapitre de l'impétigo.

Cette éruption est caractérisée par la présence de pustules entourant la base des poils, pustules parfois précédées ou suivies d'une rougeur et d'une induration plus ou moins prononcées des téguments ; cette dernière peut envahir aussi le tissu cellulaire sous-cutané. Cette maladie se rencontre dans toutes les régions pileuses, notamment à la lèvre inférieure, au menton et aux joues, aux aisselles, au pubis. Le nombre des pustules, leur agglomération, les prolongements indurés que l'inflammation projette dans le tissu conjonctif sous-jacent donnent souvent lieu à des masses tubéreuses d'un volume assez considérable. La surface cutanée présente alors une coloration rouge plus ou moins foncée et un aspect en général ma-

melonné. Chaque élément éruptif se compose de deux parties : l'une superficielle, pustuleuse, jaunâtre, acuminée ; l'autre profonde, rouge et papulo-tuberculeuse. « Les pustules qui surmontent ces éminences tuberculeuses se convertissent rapidement en croûtes jaunes ou brunâtres, sèches et fragmentées. Cependant, si le malade a employé des topiques irritants, la sécrétion purulente devient plus abondante, donne lieu à une croûte épaisse et unique qui repose sur une plaque indurée. L'affection, dans ce cas, ressemble à un impétigo ; mais, si l'on vient à détacher la croûte, on aperçoit la base tuberculeuse des pustules du sycosis, qu'il est facile de reconnaître. Pendant quelque temps, les poils conservent leur adhérence et leur aspect normal. Bientôt l'inflammation s'empare de la papille pilifère et l'on observe alors une altération dans la structure de l'élément pileux, qui devient jaunâtre, s'atrophie et s'arrache avec la plus grande facilité. » (Bazin.)

Piappelons encore que c'est l'état du poil qui constitue la différence essentielle entre cette forme simple et la forme parasitaire. En effet, dans le sycosis non parasitaire, le poil, si l'affection existe depuis longtemps, peut être décoloré, atrophié, grêle, plus ou moins facile à extraire, mais jamais il ne sera tortillé, brisé, ni ne présentera les altérations cryptogamiques propres au sycosis parasitaire.

Un des caractères de cette affection est qu'il se produit constamment de nouvelles pustules, dont le pus se convertit en croûtes jaunes ou brunâtres. Sous l'influence de cette folliculite, les poils sont ébranlés dans leur gaînc, ils perdent leur adhérence et finalement ils tombent. Cette chute des poils est souvent temporaire, ou bien la papille pileuse, plus ou moins altérée, ne donne plus naissance qu'à des éléments atrophiés, c'est-à-dire à des poils grêles, lanugineux, ou enfin l'inflammation entraîne l'oblitération du follicule, et il se forme, dans ces cas, une cicatrice indélébile, déprimée, sur laquelle les poils ne repoussent plus. Mais cela n'a lieu que

IMPÉTIGO. 525

pour les sycosis abandonnés à eux-mêmes, dont la durée est alors parfois extrêmement longue.

Ce sycosis peut survenir sous l'influence de la propagation aux follicules pileux de l'inflammation d'un eczéma ou d'un impétigo préexistant, ou bien par le contact sur la peau de substances irritantes, telles que frictions avec l'huile de cade, action d'un rasoir ébréché, écoulement du fluide acre d'un coryza, etc. (Bazin).

Le sycosis paraît plus fréquent chez les sujets dartreux que chez les autres; la scrofule ne semble nullement favoriser son apparition; seulement, comme l'a noté T. Fox, il est plus tenace chez les strumeux. D'après Er. Wilson, une des causes prédisposantes les plus communes serait le froid, qui agirait tout à la fois comme cause prédisposante et excitante.

Vimpétigo rodens, dont M. Devergie a décrit trois formes, et qui doit plutôt être rapporté à la scrofule [scrofulide maligne impétigineuse de M. Bazin, scrofulide pustuleuse de M. Hardy), s'observe presque toujours à la face et surtout au voisinage des orifices naturels. 11 est rare de voir l'affection à son début ; les malades viennent en général vous consulter portant, en un point des ouvertures nasales, à l'angle de l'œil ou sur une région de la face, une petite croûte blanche, jaunâtre ou brunâtre, épaisse, adhérente, fortement enchâssée dans la peau. Au-dessous de cette croûte, on trouve une petite ulcération plus ou moins profonde, à bords irréguliers et dont le fond est rouge pâle, souvent fongueux. D'autres fois la maladie débute « par un petit point croûteux, d'un gris jaunâtre ; la croûte tombe et la partie malade semble se guérir; en effet, il se forme une cicatrice centrale ; mais autour de ce point apparaît une petite croûte circulaire , circinée, qui tombe à son tour pour augmenter les dimensions de la cicatrice première, autour de laquelle se forme de nouveau une petite croûte à cercle plus ou moins complet. » Impétigo rodens à forme ramassée, mais excentrique, de M. Devergie.

ïl est du reste souvent très-difficile de reconnaître quel a été l'élément primitif de ces ulcérations et de savoir si l'on est en présence d'un véritable impétigo rodens à pustules initiales, ou bien si l'on a affaire à une scrofulide dont le point de dépaii a été une lésion d'une autre nature. Toutefois l'impétigo rodens est une manifestation cutanée de la scrofule; sa marche est en général très-lente et, une fois çruéri, il laisse une cicatrice indélébile, déprimée et réticulée.

Sous le terme d'impétigo contagiosa, Tilbury Fox^ aie premier décrit, en 1862, une forme de cette maladie qui serait souvent épidémique et essentiellement contagieuse. Le docteur Taylor, de New- York, en a observé plusieurs cas, et l'école de Tienne admet l'existence de cette affection.

Plus fréquente chez les enfants de la classe pauvre, cette éruption se rencontre aussi chez ceux qui appartiennent à une situation plus élevée et jouissent d'une excellente hygiène. Son apparition est souvent précédée de fièvre.

L'éruption se manifeste d'abord à la face et au cuir chevelu ; parfois les mains sont envahies dès le début. On l'observe aussi autour des cicatrices vaccinales et dans le voisinage des plaies ou des contusions. L'affection, alors, s'étend à d'autres régions : à la nuque, aux fesses, aux pieds, etc. Elle est caractérisée par des vésicules d'abord isolées, se transformant ensuite, au bout de cinq ou six jours, en bulles pouvant atteindre la dimension d'une pièce de 50 centimes, puis elles s'aplatissent, s'ombiliquent , leur contenu devient trouble, purulent, et se concrète en une croûte brune, déprimée au centre, croûte appliquée sur une légère ulcération recouverte de lymphe plastique ; lorsque la croûte s'est détachée spontanément, la surface sous-jacente présente une teinte érythémateuse qui s'efface ensuite graduellement. La maladie peut s'étendre par inoculation directe par l'effet du grattage. Dans certains

'' Shlii dixcascs, troisième édition, p. 224.

IMPETIGO. 525

cas. l'éruption offre une très-grande ressemblance avec les pustules vaccinales. On voit aussi survenir parfois, sur les muqueuses de l'œil et du nez, de petits ulcères qui paraissent succéder à des vésico-pustules analogues à celles que l'on observe sur le tégument. Cette affection peut se compliquer d'eczéma, de gale et d'autres maladies, etvice versa. T. Fox, qui a eu l'occasion de constater, par de nombreuses inoculations, sa propriété contagieuse, ne considère pas cette maladie comme parasitaire, tandis que les docteurs Piffard (de New- York) et Moritz Kaposi lui attribuent complètement ce caractère.

La contagiosité de l'impétigo est encore admise par d'autres auteurs. M. Devergie* «déclare que l'impétigo est contagieux de bouche à bouche, et notamment d'enfant à enfant ou d'adulte à adulte » ; il a noté cette transmission seize fois. M. le docteur Douaud ^ l'a constatée également plusieurs fois. Il en rapporte deux observations dans son mémoire.

MM. Bazin et Hardy, cependant, n'admettent pas la contagiosité de cette maladie. Ce dernier est « tenté de rapporter les faits cités par Fox à des varicelles ou à des éruptions vaccinales qui quelquefois accompagnent ou suivent la vaccine^ ».

Manquant de faits qui me soient propres, je ne puis, pour résoudi'e cette question, que faire appel à de nouvelles recherches. Toutefois ne semble-t-il pas que, si l'impétigo était réellement transmissible, on devrait observer cette contagion dans des proportions beaucoup plu^ considérables. L'impétigo " est une des dermatoses les plus communes; chaque jour, à la consultation de l'hôpital Saint-Louis, il s'en présente de nombreux spécimens, et mon excellent confrère, M. Lailler, m'a dit n'avoir vu qu'une seule fois cette contagiosité. Pour ma

* Traité jrratlque des maladies de la peau, troisième édition, p. 227. - Expériences sur l'inoculabilité de quelques lésions de la peau, p. 11. s Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XVIII, p. 454.

part je vois chaque année, à Uriage, plusieurs cas d'impétigo de la face chez de jeunes enfants qui vivent, mangent et jouent avec une foule d'enfants sains, et jamais je n'ai rien constaté de semblable. M. Devergie, sur une pratique dermatologique des mieux remplies, soit à l'hôpital, soit à la ville, en a rencontré seulement 16 cas. Or, nous le répétons, comment en déduire la contagiosité de l'impétigo. S'il en était ainsi, ce serait par centaines que se dénombreraient les faits de ce genre et il ne serait pas de praticien qui n'en eût observé.

Serait-il irrationnel d'admettre que, dans les impétigos contagieux de MM. Devergie et Douaud, le liquide purulent a agi comme un irritant de la peau et a éveillé, chez les sujets contagionnés , la diathèse dartreuse ? Notons en passant que, presque toujours, les faits cités se rapportent à des enfants ou à des nourrices, sujets chez lesquels l'impétigo ou l'eczéma impétigineux se développe souvent sous l'influence d'une irritation locale quelconque. Chez les individus lymphatiques ou scrofuleux, les manifestations eczémato-impétigineuses se produisent souvent avec la plus grande facilité.

Quant aux faits de M. T. Fox, nous sommes très-disposés à nous ranger à l'avis de notre savant confrère M. Hardy. La marche de la maladie, le cycle en quelque sorte défini que parcourt l'éruption, cette lymphe qui recouvre les ulcérations, son caractère épidémique, le fait qu'elle attaque presque toujours des enfants, etc., laisseraient supposer qu'il s'agit peutêtre d'éruptions vaccinales.

Simple forme de l'eczéma, l'impétigo, le plus souvent, n'est, comme ce dernier, qu'une manifestation de la diathèse dartreuse. Il s'observe de préférence chez les enfants ou chez les jeunes gens d'un tempérament lymphatique, scrofuleux. On le voit aussi fréquemment survenir à l'époque de la dentition. Il envahit alors habituellement le cuir chevelu, la face, le nez, etc. Donnant lieu à une sécrétion abondante, à des croûtes épaisses, il est en général indolent, non prurigineux ;

IMPETIGO. 527

souvent il existe de l'engorgement des ganglions voisins, etc. (/. figurata). Se fondant sur ces caractères et sur la présence d'autres complications de nature scrofuleuse, M. Bazin a rapporté cette forme d'impétigo à la scrofule et l'a décrite iious le nom de scrofulide bénigne exsudative.

De ce que cette variété d'impétigo se rencontre le plus habituellement chez des individus lymphatiques ou scrofuleux, — ce que nous admettons parfaitement avec notre éminent confrère, — est-ce une raison suffisante pour admettre l'origine scrofuleuse de la lésion ? N'est-ce pas plutôt le tempérament du malade qui vient imprimer à l'éruption sa physionomie propre? N'en est-il pas de même pour la plupart des maladies? Est-ce que les écoulements blennorrhagiques ne se perpétuent pas souvent indéfiniment chez les lymphatiques sous l'influence d'un état général mauvais? Les a-t-on jamais, cependant, désignées sous le nom de blennorrhées scrofuleuses? Les ulcérations secondaires ou tertiaires de la syphilis n'empruntent-elles pas au tempérament du contagionné des attributs particuliers qui n'en sauraient cependant changer la nature fondamentale, pas plus que la dénomination rationnelle? Ce n'est donc là qu'une question de terrain, comme le dit M. Hardy, question de terrain qui joue un rôle important dans bien des circonstances et dont le médecin doit toujours tenir le plus grand compte pour la médication à instituer.

De mauvaises conditions hygiéniques, des émotions morales vives, la frayeur (M. Cazenave en a cité un très-remarquable exemple dans les Annales des maladies de la peau, t. ï, p. 367), les suppressions menstruelles, la ménopause, etc., favorisent le développement de jetées impétigineuses. Comme pour l'eczéma, des causes occasionnelles locales pourront aussi provoquer souvent une poussée d'impétigo chez des sujets prédisposés : contact avec des matières acres, irritantes, etc. [impétigo professionnel) . On sait enfin combien les éruptions pustuleuses se multiplient sous l'action irritante de l'acarus

52î! PUSTULES.

scabiei [impétigo scabiei), des pediculi dans la pîithiriase [phthiriase capillaire, Hardy), etc.

Traitement. — Comme pom^ l'eczéma, le traitement doit être divisé en trois ordres, correspondant chacun à une des phases de la maladie. Celui de la première période ne présente aucune différence d'avec la thérapeutique déjà indiquée pour l'état initial de l'eczéma. Purgatifs salins, boissons rafraîchissantes, diurétiques, etc., bains émollients, cataplasmes d'amidon, de fécule, poudres inertes, etc., répondront à toutes les indications que comporte cette phase de la maladie et suffiront toujours pour faire tomber les symptômes inflammatoires.

Chez l'enfant, où l'impétigo du cuir chevelu et de la face est le plus fréquent, la première, la plus importante considération est d'avoir toujours pour objectif le malade et non la maladie. Presque chaque cas, en effet, motivera une modification au traitement habituel de l'éruption.

Avant tout il faut chercher à débarrasser la tête du petit malade des croûtes dont la présence serait un obstacle invincible à toute médication efficace. Des cataplasmes, des fomentations émollientes tièdes, pourront, comme nous venons de le rappeler, atteindre ce but. Toutefois quelques auteurs préfèrent, au lieu de lotions aqueuses, ramollir les croûtes à l'aide de corps gras tels que : huile d'amandes douces, huile de foie de morue, huile de lin, d'olive, etc., axonge, cold-cream, onguent populeum, etc.Hebra fait pratiquer deux fois par jour, avec environ 50 gram. d'huile, une onction sur le cuir chevelu, et ensuite on recouvre la tête d'un bonnet de flanelle. Si les croûtes sont très-épaisses et très-adhérentes, les cataplasmes et les lotions auront une action plus rapide.

La période de décroissance ayant commencé, si l'impétigo a son siège au cuir chevelu, l'enveloppement imperméable à l'aide d'un bonnet en toile vulcanisée sera le m.oyen le meil-

IMPÉTIGO. 529

leur et le plus rapide pour amener la chute des croûtes. Oq pourra du reste ne l'employer que la nuit, et au bout de trèspeu de temps la tête sera ainsi débarrassée de tous les produits de sécrétion qui dans certains cas lui font comme une espèce de carapace.

On peut aussi, pour faire tomber les croûtes, dans le cas surtout où elles sont très-adhérentes, employer les douches de vapeur à une température peu élevée ; mais ceci seuljement à condition que l'acuité soit complètement éteinte.

Dans l'impétigo érysipélateux, si l'inflammation tégumentaire est très-vive, une saignée ou une application de sangsues pourront être utiles chez les individus vigoureux ou pléthoriques ; mais les purgatifs et les émollients suffiront dans la plupart des cas à triompher des phénomènes inflammatoires.

Dans l'impétigo du cuir chevelu il sera, en général, bon de faire couper les cheveux aussi courts que possible, afin de pouvoir appliquer ensuite directement les topiques résolutifs sur les parties malades.

Pour lotionner les surfaces malades, immédiatement après la chute des croûtes, on emploiera avec succès l'infusion de fleurs de mélilot, de tilleul, de roses rouges, etc., additionnée au besoin de 2 à 5 gram. de tannin pour 500 gram. d'infusion, ainsi que les lotions alcalines ou astringentes avec le borax (1 à 2 gram. pour 500 gram. d'eau), avec le sulfate de zinc (de 5 à 5 gram. pour 500 gram. d'eau), le sublimé, l'alun, etc.

Ces lotions peuvent se remplacer par des pommades à l'oxyde de zinc, au calomel, au goudron, au tannin, au proto-nitrate de mercure, 1 gram. pour 50 gram. d'axonge (Rayer), etc. L'huile de cade est, dans certains cas, le meilleur topique dont on puisse se servir. En l'employant pure ou mélangée à l'huile d'amandes douces, on voit en très-peu de jours les surfaces impéligineuses se déterger, la sécrétion diminuer d'une manière notable, et les croûtes, en tombant, laissent à

nu une surface érythémateuse qui devient le siège d'une esfoliation pityriasique légère. Dans le cas dïnflanunation trop -viye, on pourra faire précéder les applications cadiques de quelques topiques émollients.

Dans les cas légers, M. Hardy recommande aussi de toucher les croûtes avec de la teinture d'iode pure et de renouveler cette application tous les deux jours jusqu'à la chute des concrétions croùteuses.

Hebra conseille de laver les surfaces impétigineuses avec une solution aqueuse de potasse (0,05 centigram. sur 50 grammes d'eau distillée).

A cette période on continuera l'usage des tisanes amères, des purgatifs salins renouvelés une ou deux fois par semaine environ. Mais on commencera dès lors une médication appropriée à l'état général des malades. Ainsi, chez les enfants lymphatiques, scrofuleux, seront particulièrement indiqués les reconstituants (huile de foie de morue, sirop ou pastilles d'iodure de fer, sirop de raifort iodé , le sirop antiscorbutique additionné ou non de teinture d'iode, les amers, le phosphate ou le chlorhydrate de chaux, les arsenicaux), sous l'influence desquels on voit se modifier rapidement de vastes surfaces impétigineuses.

M. Hardv conseille surtout, dans le traitement de l'impétigo, l'arséniate de fer à la dose de 2 à 5 centig. par jour pour les enfants, de 5 et même de 8 centig. pour les adultes.

Dans l'impétigo des membres inférieurs, en particulier lorsqu'il existe des croûtes épaisses accompagnées de démangeaisons vives, de gonflement des tissus sous-jacents (/. scabida), l'enveloppement par la toile caoutchouquée déterminera un soulagement très-marqué.

L'impétigo est assez fréquent chez les nourrices; l'allaitement est alors une condition défavorable, le traitement ne nouvant être aussi régulier, ni par conséquent aussi efficace qu'à l'état noi-mal. En effet, chez les nomTices lymphatiques

niPETIGO. 531

les sécrétions impétigineuses sont souvent très-abondantes et réclameraient l'emploi méthodique et fréquent des purgatifs, que Ton doit remplacer dans ces cas par des prises de soufre et de magnésie (1 gram. de chaque) à prendre chaque matin, prises qui sont parfaitement supportées et ne troublent en rien la sécrétion lactée.

Quant au sycosis, abandonné à lui-même il guérit spontanément, car la sécrétion purulente, à un moment donné, entraine la chute du poil, lequel, agissant comme corps étranger, entretient Tinflammation du bulbe pilifère. Mais cette guérison spontanée, si elle est incontestable, se fera souvent attendre longtemps, des années entières : aussi l'art doit-il intei'venir. Hebra et la plupart des dermatologistes considèrent l'épilation comme le meilleur mode de traitement que l'on puisse opposer à cette affection, tout en reconnaissant que la maladie est parfaitement curable spontanément, surtout si elle est de date récente. Nous croyons même que , en général, il est inutile d'y avoir recours au début de l'affection. A ce moment, à la période d'inflammation aiguë, il nous a toujours paru préférable d'user des émoUients divers dont il a déjà été question. Parfois même, si l'inflammation n'est pas très-vive, si la mentagre est récente, ces applications suffiront pour guérir ; dans tous les cas elles sont indispensables pour faire tomber les croûtes qui recouvrent les parties malades. Mais une fois les phénomènes inflammatoires notablement atténués, les croûtes disparues, on doit en venir aux lotions astringentes ou à des pommades résolutives, telles qne : celles à l'osyde de zinc, au précipité blanc, au turbith minéral (0,'25 centigr. à 50 centigr. pour 50 gram. d'axonge).

Mais dans bon nond^re de cas, soit à cause de rancienneté de la maladie, soit parce qu'elle aura résisté aux moyens cidessus, il faudra recourir à l'épilation qui est. comme nous l'avons dit. une excellente méthode, bien qu'elle ne mette pas non plus à l'abri des récidives.

532 rUSTULES.

M. Bazin, qui a l'un des premiers préconisé l'épilation contre le sycosis et aux travaux duquel on doit la vulgarisation de cette méthode, emploie simultanément contre le sycosis arthritique l'épilation et l'application d'huile de cade, combinées avec l'administration des alcalins à l'intérieur.

Dans bon nombre de cas j'ai eu l'occasion de constater les heureux résultats de cette médication mixte, et cela quelque fût l'état général ou diathésique du malade. En effet, l'épilation enlève le poil qui est une cause incessante d'irritation pour le follicule enflammé, et les badigeonnages cadiques modifient très-heureusement les surfaces malades. Une solution légère de sublimé ou une pommade mercurielle pourraient offrir les mêmes avantages.

Dans le sycosis simple; arthritique; de cause externe; impétigo sijcosiforme récidivant de la lèvre supérieure, M. le docteur Ernest Besnier s'est bien trouvé du traitement suivant. Après avoir soumis pendant quelques jours le malade (qui arrive presque toujours portant une affection aggravée par des applications topiques irritantes) à l'usage des douches de vapeur et des cataplasmes de fécule appliqués en permanence et très-fréquemment renouvelés, on fait, aussitôt les croûtes tombées et l'irritation de cause externe apaisée, une ou deux applications d'huile de cade mitigée d'huile d'amande douce, et on procède à l'épilation; l'irritation qui suit l'avulsion des poils cède en deux ou trois jours aux cataplasmes de fécule, et la guérison est dans le plus grand nombre des cas obtenu avec rapidité. Quand le traitement a été méthodique, et dirigé avec soin dans tous ses détails, il est rare qu'on soit obligé de recourir une seconde fois à l'épilation. Bien que cette affection ne soit pas parasitaire, que le poil n'ait pas subi d'altération sérieuse, l'épilation, pratiquée sans hésitation et avec rapidité partout où existe la lésion, est le moyen de guérison radical et rapide.

Quant aux récidives aux changements de saison, ou sous

IMPÉTIGO. 553

le retour des mêmes causes, elles ne sont évidemment pas empêchées par ce traitement. Pour agir dans cette direction particulière, c'est à l'étude des causes qui paraissent amener l'affection et aux conditions de la santé du malade qu'il faut s'adresser.

Quelques malades hésitent à se faire épiler, bien qu'en général cette petite opération soit peu douloureuse surtout dans les mentagres anciennes, où les poils sont peu adhérents ; il suffît souvent alors d'une légère traction pour les enlever. On commencera alors par arracher seulement les poils qui traversent les pustules. Du reste, si la surface malade est assez étendue on ne fera que des épilations partielles, et en renouvelant l'opération chaque jour, on arrivera rapidement au résultat total.

Sous l'influence de ce traitement et de l'issue du liquide purulent, on voit cet aspect mamelonné si disgracieux qui accompagne presque toujours les sycosis de date ancienne disparaître assez promptement. Les nodosités, l'indltration s'affaissent et les parties reprennent leur aspect normal. Mais parfois, au moment où l'on croit la maladie guérie, de nouvelles pustules se produisent, car cette affection compte au nombre des plus rebelles. Il n'y a alors qu'à recommencer l'épilation et les applications substitutives d'huile de cade ou d'autres agents analogues.

Lorsqu'il ne reste que des nodosités à l'état subaigu et ne se résolvant pas, malgré les applications d'huile de cade ou d'un onguent résolutif, on peut les toucher légèrement, soit avec un crayon de nitrate d'argent taillé en pointe, soit avec un pinceau imbibé d'acide chromique, d'acide acétique concentré ou avec une solution aqueuse ou alcoolique de sublimé— une partie sur deux (Hebra).

Pour obtenir la guérison on est souvent obligé de revenir à plusieurs reprises au traitement. Chez quelques malades, l'épilation est parfois tellement douloureuse que l'on est forcé

5ô'i l'USTULES.

d'avoir recours à l'emploi des anesthésiques locaux, des émollients. Au lieu des antiphiogistiques, M.Bazin n'emploie "avant l'épilation que l'huile de cade qui, dit-il, éteint la sensibilité des parties et rend l'opération plus facile et moins douloureuse. Er. Wilson conseille de lotionner les parties malades avec de l'eau chaude et du savon cadique; on diminue ainsi notablement la douleur de l'épilation tout en la rendant plus facile. On peut aussi, une fois les croûtes tombées à l'aide de cataplasmes, faire des onctions avec un mélange de deux parties de goudron pour une de savon vert. Ces applications facilitent l'épilation (Veiel).

Une fois la guérison opérée, Hebra^ insiste pour que le malade continue de se faire raser régulièrement. Après avoir réussi à guérir un sycosis au prix de beaucoup de soins, de patience et de peine, dit-il, j'ai vu quelquefois la maladie reparaître dès qu'on laisse repousser la barbe.

L'impétigo rodens étant une scrofulide réclame, à ce titre, avant tout, une médication antiscrofuleuse.

M. Devergie fait prendre chaque jour, dans une tasse cic tisane amère, une cuillerée à bouche d'un sirop ainsi composé :

Limaille de fer A décigrammes.

iode 17 »

Eau 4 grammes.

Triturez à froid dans un mortier, en ajoutant l'eau goutte à goutte. Dissolvez dans la plus petite quantité d'eau possible :

lodure de potassium 10 grammes.

Ajoutez à cette dernière dissolution :

Bichlorure de mercure. . . .. 5 à 10 centigrammes.

* Traité des maladies de la ijeaii. Traduction de Doyen, t. I, p. 758.

IMPÉTIGO. 555

que Yous aurez divisé et dissous par quelques gouttes d'alcool. Mêlez à l'iodure de fer, et incorporez le tout à :

Sirop de sucre ......... 500 grammes.

Ajoutez :

Solution de Fowler. 15 décigrarames.

Toutefois, si dans quelques cas le traitement général suffit pour amener la guérison, il en est d'autres dans lesquels il importe, pour hâter la cicatrisation des ulcérations, d'intervenir localement à l'aide de topiques ; mais il faut toujours en faire pendant un certain temps précéder l'application par le traitement général indiqué ci-dessus.

M. Bazin donne, dans ces cas, la préférence à la teinture caustique d'iode, préparée d'après la formule de Lugol (iode, 1 p. ; iodure de potassium, 1 p. ; eau distillée, 2 p.). Ce solutum est appliqué sur l'ulcère, dont on a fait au préalable tomber la croûte, et l'on répète cette application tous les quatre ou cinq jours, jusqu'à parfaite cicatrisation.

Si la teinture d'iode amenait une inflammation trop vive, ou des douleurs trop aiguës, on l'affaiblirait en y augmentant la proportion d'eau.

M. Hardy s'est dans quelques cas servi avec de réels avantages d'une pommade au biiodure de mercure préparée en général avec parties égales d'axonge et de sel mercuriel. Toutefois, avant de l'employer, il faut avoir la précaution de la faire chauffer. Quand elle est un peu liquéfiée on en étend avec un pinceau une petite couche sur les parties malades, après avoir préalablement fait tomber les croûtes. On n'essuie pas; la douleur est assez vive et dure de cinq à douze heures, puis il s'établit une sécrétion séro-plastique qui forme une croûte jaunâtre ou brune. Lorsque la croûte se détache, l'ulcération a en général diminué d'étendue, son

fond a un meilleur aspect et présente une tendance à la cicatrisation.

M. Vidal emploie aussi avec succès contre les ulcérations de l'impétigo rodens, sous le nom (ï emplâtre rouge, une préparation dont voici la formule :

Emplâtre diachylon 26 grammes.

Minium 2 gr. 50 centigr.

Cinabre . 1 » 50 »

Sous l'influence de cet emplâtre on voit les ulcères se réparer et la cicatrisation se faire rapidement.

On peut encore faire usage de caustiques plus énergiques, tels que la pâte de Vienne, la pâte de Canquoin, etc. ; pour notre part, nous préférons généralement la dernière ; car ce caustique coagulant a l'incontestable avantage de transformer une plaie atonique, sans tendance à la cicatrisation, en une plaie de bonne nature qui se guérit ensuite plus facilement (A. Bonnet). L'inconvénient de cautérisations trop superficielles est parfois d'irriter les plaies et de déterminer en somme une modification fâcheuse. Ces transformations in situ, sous l'influence de cautérisations incomplètes, de pansements irritants ne sont pas très-rares et il est souvent préférable d'attaquer le mal d'une manière énergique.

Comme l'impétigo contagiosa s'observe souvent chez des sujets placés dans de mauvaises conditions hygiéniques, on aura recours dans ces cas aux toniques. En raison de ses propriétés contagieuses qui font que, par les grattages, le malade peut s'autc-inoculer, on doit cherchera changer la nature des sécrétions. Après avoir fait tomber les croûtes à l'aide de cataplasmes ou de fomentations avec de l'eau chaude, le docteur T. Fox a toujours employé avec succès la pommade au précipité blanc (0,25 à 0,50 centigram. pour 50 gram. d'axonge).

Enfin à la troisième période on insistera sur les résolutifs

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locaux et sur les moyens généraux dont nous venons de parler. C'est à ce moment que pourront intervenir avec grand avantage les eaux minérales dont nous renvoyons l'étude à un chapitre spécial.

M. Hardy insiste beaucoup sur la nécessité d'un régime convenable. Du reste, cette nécessité est vraie pour toutes les dermatoses. Nous croyons, en effet, qu'avec un régime diététique et une hygiène rationnelle on arriverait dans la plupart des cas à empêcher les récidives, ou du moins à les rendre beaucoup plus rares. Chez les impétigineux lymphatiques ou scrofuleux une alimentation réparatrice, reconstituante, sera toujours indiquée et pour une bonne part elle contribuera à la guérison. Il en sera de même du séjour à la campagne, dans un climat salubre. La vie au grand air, un exercice modéré sont des conditions qui modifient toujours favorablement l'état général, et dont l'utilité est incontestable.

Chez tous, on devra proscrire, comme chez les eczémateux, toute nourriture excitante, la viande de porc, les salaisons, les poissons de mer, les coquillages, les alcooliques. Il est évident aussi que les veilles prolongées, les travaux surmenants et les excès, en un mot, tout ce qui échauffe le sang, mérite de partager la même réprobation.

ECTHYMA

Des pustules phlysaciées isolées, arrondies, reposant sur un fond engorgé, entourées habituellement d'une auréole inflammatoire, rouge livide, contenant un liquide trouble purulent qui se concrète au bout de peu de jours en croûtes épaisses, dures, parfois saillantes, brunâtres, au-dessous desquelles on trouve une ulcération plus ou moins profonde, et laissant après elle une cicatrice, tels sont les caractères attribués à cette affection.

Au début, le malade éprouve une sensation de clialeur et de brûlure, bientôt suivie de l'apparition d'une petite tache rougeàtre à base dure et enflammée.

L'épiderme alors se soulève, car du pus s'est produit, et l'on voit survenir rapidement une pustule plus ou moins volumineuse, en général aplatie. Au bout de deux à trois jours, la pustule se rompt et donne issue à du pus qui, mélangé à la lymphe sécrétée par la base, se convertit en une croûte grisâtre ou brunâtre. Au-dessous d'elle existe une ulcération ; les croûtes qui succèdent aux pustules d'ccthyma se détachent ensuite spontanément au bout d'un ou deux septénaires et laissent après leur chute une cicatrice déprimée, violacée.

Le nombre des pustules est très-variable, le plus souvent il en existe plusieurs ; il est rare de n'en observer qu'une seule. Leur siège de prédilection est aux membres, aux mains, aux pieds, aux épaules, aux fesses.

Telle est la marche de l'ecthyma aigu. Lorsque le sujet est affaibli, débilité, cachectique, l'éruption affecte une marche chronique. Dans ces cas, la rougeur de la peau est plus foncée, livide; le pus est de mauvaise nature, sanieux, mêlé de sang ; ce sont de véritables ulcères qui succèdent aux pustules ; ils sont douloureux, à bords anfractueux, décollés, avec des croûtes noirâtres, volumineuses, proéminentes. Les ulcérations n'ont aucune tendance à la guérison et persistent souvent très-longtemps.

Cette disposition pyohém'que de l'ecthyma est l'indice certain d'un état cachectique, d'une altération grave de l'organisme.

On divise l'ecthyma en aigu et chronique ; ce dernier se subdivisant en : E. infantile et E. cachectique.

Eclhyma aigu. — C'est celui décrit plus haut. Il dure huit ou dix jours, mais souvent il survient de nouvelles pustules et la maladie alors peut se prolonger pendant plusieurs semaines et même quelques mois.

ECTHYMA. 539

L'ecthyma peut s'accompagner de phénomènes généraux, de malaise, d'inappétence, de fièvre. En même temps l'inflammation gagne les parties environnantes ; les glandes et les vaisseaux lymphatiques y participent : il se forme des furoncles, de petits abcès.

A propos de l'ecthyma aigu nous rappellerons que, d'après les expériences de M. Vidal, les pustules de l'ecthyma de la fièvre typhoïde et celles de l'ecthyma simple sont auto-inoculables. Voici les conclusions de ses recherches : les pustules d'inoculation ont une évolution identique à celle des pustules spontanées. Le liquide pris sur ces pustules de seconde génération est aussi auto-inoculable ; son activité va en diminuant dans les inoculations successives; son pouvoir reproducteur cesse à la troisième ou quatrième génération.

Comme variété de l'ecthyma aigu, M. Hardy signale VE. gangreneux, qu'il a observé chez un homme à constitution profondément altérée par l'âge et la misère. L'éruption se présenta sous l'aspect de pustules phlysaciées, entourées d'une auréole rouge brun d'abord, grisâtre plus tard. Une eschare circulaire, à laquelle succéda une ulcération de mauvaise nature, se produisit dès le deuxième jour et la mort survint 5 ou 6 jours après. M. Hardy s'est demandé si ce n'était pas là un exemple de ce qu'on a décrit sous le nom de rupîa escharotica. Suivant cet auteur, l'ecthyma gangreneux coïnciderait quelquefois avec l'existence antérieure ou simultanée de furoncles ou avec le diabète.

Ecthyma infantile. — Les pustules ont une marche chronique, elles sont entourées d'une auréole rouge foncé ou livide et donnent lieu à des ulcérations sanieuses, sécrétant un pus ichoreux, fétide. L'ecthyma infantile s'observe surtout chez les enfants à la mamelle, mal soignés, et ayant une nourriture insuffisante.

L'éruption se fait sur tous les points de l'enveloppe tégumentaire, mais principalement aux extrémités et sur le tronc.

540 rusruLES.

Ecthyma cachectique. — Les pustules ecthymateuses diffèrent de la forme aiguë en ce que le pus est souvent de mauvaise nature, sanieux, et constitue en se desséchant des croûtes volumineuses, proéminentes au-dessous desquelles se trouvent des ulcérations profondes, déchiquetées, n'ayant aucune tendance à la cicatrisation et persistant souvent pendant longtemps.

Les auteurs anglais décrivent encore un ecthyma luridum qui ne serait, en quelque sorte, que le premier degré de l'ecthyma cachectique.

Les causes prédisposantes de l'ecthyma sont toujours un certain appauvrissement du sang, une dépression générale de l'oi'ganisme résultant surtout de la misère, d'une alimentation insuffisante, des excès en tous genres, tels que la débauche, les veilles prolongées, un travail excessif, le séjour dans un local froid ou humide ; chez les enfants, la prostration morale, un allaitement insuffisant, certaines dyscrasies débilitantes.

Les causes occasionnelles sont celles que nous avons déjà signalées, c'est-à-dire tous les agents qui irritent la peau : la gale, les pediculi, l'usage des pommades excitantes , le grattage, etc —

Toutefois les pustules ecthymateuses sont souvent provoquées par la présence de l'acare scabiéique, des pediculi et d'autres épizoa. On les rencontre encore, mais moins fréquemment, dans le prurigo, l'eczéma, etc — Pour M. Hardy, la présence du parasite de la gale joue un tel rôle dans la production de l'ecthyma que, toutes les fois qu'on rencontre celui-ci en l'absence de cause directe évidente, il faut rechercher les sillons caractéristiques ; « ecthyma des mains signifie gale, » a dit avec beaucoup de justesse cet éminent dermatologiste.

La gravité de l'ecthyma est tout entière liée à celle de l'état général. Aussi, quand il existe chez les vieillards ou chez des individus profondément débilités, est-il toujours l'indice d'une

ECTIIYMA. 541

détérioration de la constitution, et à ce titre, il constitue un indice précieux en même temps que son pronostic est alors des plus graves.

Il demande, en ce cas, l'intervention de toutes les ressources de la thérapeutique. En lui-même, d'ailleurs, l'ecthyma n'est pas dangereux, il n'exige, comme lésion locale, que des soins de propreté et un pansement soit émollient, soit résolutif, plus tard détersif.

Traitement. — Dans l'ecthyma aigu, on se bornera, comme traitement local, à l'application de cataplasmes de fécule de pomme de terre ou d'amidon, à des lotions émollientes, compresses imbibées d'eau de guimauve et pavot, décoction d'amandes amères ou de gruau, etc., pour détacher les croûtes. On pansera ensuite les ulcérations avec la pommade à l'opium et au tannin :

Axonge 30 grammes.

Extrait d'opium 0,50 cenlig. à 1 gram.

Tannin "^ gi'- 25 centig.

(T. Fox.)

M. Hardy s'est bien trouvé de tenir les parties où siège l'ecthyma incessamment entourées de toile vulcanisée, de manière k intercepter complètement le contact de l'air sur la région malade ; sous l'influence de ce moyen on voit les pustules se rompre et se cicatriser en peu de jours. Tous les emplâtres simples ont un effet analogue, notamment les emplâtres de fucus, de savon etc —

Si l'ecthyma est compliqué de gangrène, on pourra bien encore détacher les croûtes à l'aide d'applications émollientes ; mais on doit surtout alors avoir recours aux pansements toniques, tels que l'alcool camphré dilué, le vin aromatique, l'infusion de roses rouges, la décoction de quinquina, ou une solution faible d'acide phénique, etc.

Quand les pustules d'ecthyma sont dues h. la gale, à la phthiriase ou à l'action de matières irritantes sur la peau, le

premier soin à prendre est de faire cesser les causes qui leur ont ainsi donné naissance; car dans ce cas l'ecthyma n'est C[ue secondaire, et, une fois la cause disparue , il cédera promptement.

Dans l'ecthyma chronique, cachectique, s'est surtout à la médication générale qu'il importe de s'adresser. Les moyens hygiéniques doivent donc être alors placés en première ligne. Chez les jeunes enfants il faut, avant tout, une bonne nourrice, un régime convenable, approprié , une atmosphère

saine, etc L'huile de foie de morue, les préparations de

fer, de quinquina , de phosphate de chaux , les amers de toute espèce seront des auxiliaires puissants. Dans la forme cachectique il faut auîant que possible faire disparaître les causes qui l'ont engendrée ou l'entretiennent; c'est donc toujours et avant tout sur les bonnes conditions hygiéniques qu'on devra porter son attention. Il est d'ailleurs facile de déduire des considérations étiologiques exposées ci-dessus les meilleures règles thérapeutiques à suivre dans les divers cas.

Localement, une fois les croûtes tombées, on lavera soigneusement les surfaces ulcérées avec des solutions astringentes ou antiseptiques, telles que l'alcool camphré étendu

d'eau, l'acide phénique dilué, etc On pansera ensuite avec

des pluraasseaux de charpie enduits d'une pommade sulfureuse, de styrax ou d'onguent digestif. S'il existait de l'inflammation, on aurait recours à des lotions opiacées.

Mais, en général, dans l'ecthyma, les topiques émollients donnent de mauvais résultats ; on devra donc employer toujours de préférence les pansements avec la poudre de charbon, de quinquina. Les pommades avec les résines ont une action stimulante très-favorable à la marche des ulcères ecthymateux, chez les individus cachectiques. On peut aussi dans quelques cas toucher les surfaces malades avec un pinceau imbibé d'une faible solution de nitrate d'argent.

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