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LÉSIONS DE L'EPIDERJIE ET DES ONGLES

ONYXIS

Sous le nom (ïonyxis je coiriprends toutes les lésions de l'ongle qui peuvent se rattacher aux affections cutanées ou coexister avec elles. Je réserve pour le chapitre suivant les altérations qui, se produisant au voisinage de l'ongle, ne l'affectent que plus tard, d'une façon consécutive.

M. A. Fournier a, le premier, proposé cette division pour l'étude des lésions que la syphilis secondaire détermine vers les ongles ; nous ne saurions mieux faire que de la lui emprunter.

Une des formes d'onyxis que l'on rencontre le plus hahituellement, c'est une friabilité singulière de l'ongle. Elle est assez commune chez les syphilitiques, surtout chez les femmes; c'est Vonyxis craquelé de M. A. Fournier.

On l'observe aussi chez des sujets non syphilitiques. On voit alors le bord libre de l'ongle se casser, se fendiller, sous l'influence des plus légères pressions, des moindres chocs. Malgré toutes les précautions possibles pour tenir l'ongle coupé très-court, il se brise, s'écaille, se dissocie et présente des inégalités qui se reproduisent à chaque instant. Il y a, dans ces cas, un véritable émiettement de l'ongle dont la cohésion et la résistance semblent avoir disparu sous l'influence de causes qui ne sont pas toujours appréciables, mais cependant de préférence chez les anémiques, les cachectiques, les convalescents, etc.

Certaines affections cutanées, notamment l'eczéma et le psoriasis, impriment aux ongles des altérations profondes : ainsi la surface dorsale de l'ongle perd son poli, elle devient opaque, rugueuse, inégale, sillonnée de stries transversales ou longitudinales ;'au lieu de présenter sa convexité normale, elle s'aplatit, s'excave même par suite du relèvement de ses bords latéraux qui se détachent des replis cutanés ; l'ongle est

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épaissi, ses lamelles sont dissociées, écartées les unes des autres ; entre la lame cornée et le derme sous-unguéal, on voit parfois des amas de squames épidermiques. Enfin le bord libre de l'ongle forme une masse rugueuse, friable, qui se détache sous forme de petits fragments.

Dans ces cas, et, à plus forte raison lorsque ces lésions sont limitées aux ongles, il est presque toujours impossible de déterminer, dans l'état actuel de la science, si elles appartiennent plutôt à l'eczéma qu'au psoriasis. Cette modification hypertrophique, squameuse ou rugueuse de l'ongle, se présente du reste rarement d'une manière isolée ; elle coexiste presque toujours avec d'autres altérations de la surface tégumentaire.

Cette altération des ongles se rencontre encore dans beaucoup d'autres affections de la peau ; on l'a notée dans le lichen, l'ichthyose, la lèpre, le mycosis fongoïde, etc.

Les affections parasitaires des ongles s'observent quelquefois, notamment dans le favus.

Dans quelques cas, l'ongle se détache peu à peu des parties sous-jacentes, se décolle d'une manière insensible et graduelle dans toute son étendue. Cette variété a été décrite par quelques auteurs, notamment par Lélut, sous la dénomination d'alopécie unguécde.

PÉRI-ONYXIS

L'inflammation de la matrice des ongles ou du tissu péri- «nguéal est désignée sous le nom de péri-onyxis. Cette afiéction peut être générale ou partielle, aiguë ou chronique.

Dans sa forme aiguë, le péri-onyxis est constitué par un gontïement plus ou moins considérable occupant la racine de l'ongle, ou le plus habituellement ses bords latéraux, ou enfin la totalité des tissus qui l'entourent. Il se forme alors une espèce de bourrelet saillant, d'un rouge brun, violacé, très-sensible au toucher. On a donné à cet état le nom de tourniolc.

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Au bout de quelques jours on voit, en quelques points, suinter un liquide séro-purulent, sanguinolent.

Cette tuméfaction peut rester ainsi stationnaire pendant un temps fort long ; puis elle disparaît par suite d'un travail de résorption ou bien elle se termine par ulcération ; c'est là le cas le plus rare.

L'ongle perd le plus souvent sa transparence ordinaire, sa nitîdifé, il devient opaque, parfois d'un blanc laiteux. Cette inflammation péri-unguéale n'entraîne pas toujours la chute de l'onde.

L'ulcération ne survient que dans des cas exceptionnels, lorsque la tumeur inflammatoire a été irritée par des pansements excitants, des marches prolongées, la pression de chaussures trop étroites, etc., ou bien encore si le malade se trouve dans de mauvaises conditions hygiéniques. Le péri-onyxis ulcéreux est constitué, notamment cliez les sujets lymphatiques ou scrofulcux, par une plaie de mauvaise nature, sanieuse, grisâtre, fongueuse ; les bords sont décollés, d'un rouge livide, violacé. D'autres fois l'ulcère est bourgeonnant et l'ongle se trouve entouré et même en partie recouvert par des bourgeons charnus. Dans tous ces cas, l'inflammation envahit la dernière phalange tout entière, qui prend alors la forme d'une spatule ou d'une petite massue.

Le péri-onyxis entraîne souvent la chute de l'ongle; les adhérences de cet organe étant rompues dans la plupart des points, il devient mobile et il tombe spontanément, ou de légères tractions suffisent pour le détacher.

Vonyxis latéral, plus habituellement désigné sous le nom d'ongle incarné, ou rentré dans les chairs, est une affection justiciable avant tout des moyens chirurgicaux, et dont nous n'avons par conséquent pas à nous occuper ici.

L'onyxis et le péri-onyxis s'observent assez souvent dans les dermatoses, sans qu'il soit possible d'établir le rapport réel existant entre l'affection cutanée et la lésion unguéale. D'une

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manière générale, on peut cependant constater que l'inflammation des tissus qui environnent l'ongle se rencontre presque toujours chez des sujets lymphatiques ou scrofuleux, ou chez des individus épuisés par un régime insuffisant, par des travaux excessifs, par des causes déprimantes quelconques. Ce n'est pas une complication rare chez les eczémateux, les irapétigineux, etc.. Elle est moins fréquente chez les psoriasiques. Cette dermopathie, comme on le sait, atteint de préférence les sujets vigoureux, et l'état cachectique, quand il survient, ne se produit qu'après un temps très-long.

Traitement. — En dehors d'une médication s'adressant à l'état général du malade, il n'y a rien à faire contre l'onyxis idiopathiquc. Nous ne connaissons pas jusqu'à présent de moyen susceptihle de modifier la sécrétion unguéale ; nous ne pouvons l'atteindre qu'en modifiant l'organisme et en agissant, par conséquent, dans le sens des indications générales présentées par chaque malade.

Si l'onyxis coexiste avec une affection cutanée, et c'est le cas le plus fréquent — la syphilis étant mise de côté — on devra considérer la lésion locale comme une manifestation de la dermatose et instituer une médication appropriée. Indiquer cette médication ne serait donc qu'une répétition de ce qui a déjà été dit.

Toutefois, d'après M. Ancel\ l'eczéma unguium serait le plus souvent de nature arthritique et par conséquent justiciable des alcalins ; le psoriasis, au contraire, une manifestation herpétique, et réclamant l'emploi de arsenicaux.

Toutefois, eh raison des propriétés de l'arsenic sur l'épiderme et les tissus cornés, on donnera la préférence aux préparations arsenicales, dont on devra continuer l'usage pendant un temps très-long, en raison de la lenteur extrême de l'ongle à se renouveler.

1 Des ongles au point de vue aiiatomiqiic, physiologique et jxithologique,. p. 125.

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Localement on pourra cherclier à pallier la difformité unuuéale en enlevant les lames cornées à l'aide du bistouri, d'une lime ou d'une pierre ponce ; on peut aussi recouvrir les ongles avec des emplâtres anodins pour éviter leur rnpture ou leur émiettement , l'irritation et 1 inflammation consécutives des parties molles.

Contre les péri-onyxis, on se bornera à des applications émollientes, des cataplasmes, des bains, et à des pansements avec le diachylon ou l'emplâtre de Vigo. Contre les tournioles symptômatiqucs de certaines affections cutanées, à moins d'indication particulière, le traitement sera celui de la dermatose ; c'est en modifiant l'état général, en s'adressant <à la cause première de la maladie, en relevant les forces que l'on verra disparaître ces états inflammatoires que l'on observe fréquemment cliez les individus cachectiques. Quelquefois des attouchements avec la teinture d'iode seront utiles pour changer la modalité de ces lésions dont l'indolence et l'atonie sont les principaux caractères.

Mais le topique qui paraît donner les meilleurs résultats est la poudre d'iodoforme appliquée sur les ulcérations, elle en modifie rapidement la nature et amène en peu de jours leur cicatrisation. M. bailler a depuis longtemps recours à ce topique ; il le considère à la fois comme un anesthésique et un cicatrisant de premier ordre. Il fait d'abord nettoyer la plaie avec le plus de soin possible, puis la saupoudre ou la bourre, si elle est profonde, avec de l'iodoforme pur ou finement pulvérisé. Ce pansement est renouvelé toutes les douze ou vingt-quatre heures, suivant l'abondance d*e la suppuration et l'étendue de la plaie, on en obtient souvent en très-peu de temps des résultats inespérés.

Contre cette forme de péri-onyxis, M. Diday a employé avec succès des pansements avec une solution de nitrate d'argent au 20".

Dans trois cas qu'il a eu occasion de soigner par cette mé-

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tliode et qui avaient résisté à d'autres topiques, l'amélioration est survenue très-rapidement, la cicatrisation s'est faite dans un temps relativement court et la guérison s'est maintenue d'une manière définitive.

S'il existait des iongosités, il serait nécessaire de les réprimer avec le crayon de nitrate d'argent, mais le plus ordinairement les pansements que nous avons indiqués suffisent.

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