VI. — EAUX THERMALES SIMPLES
Il est des eaux naturelles, à minéralisation peu prononcée, appartenant à différentes classes, bicarbonatées, chlorurées, alcalines et surtout sulfatées calciques, presque toujours trèschaudes, dontles applications externes, bains, douches, boues minérales, constituent, pour ainsi dire, la signification thérapeutique. En Allemagne, on désigne habituellement sous le nom d'eaux indifférentes, celles où la somme des éléments de la composition chimique n'excède pas Ogr.oO, et que la thermalité caractérise en général. M. le professeur Gubler a proposé de les qualifier d'eaux inermes. Suivant M. Le Bret, leur activité, dépassant souvent les données d'une constitution
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apparente, et à délaut d'action élective de la part de l'agrégat minéral , importe au point de vue des modes d'emploi complémentaire des eaux naturelles dans la cure des maladies chroniques. La médication minéro-thermale simple embrasse leur ensemble K Or, si dans la majorité des dermatoses on est forcé de compter avec la prédominance diathésique ou constitutionnelle, il faut reconnaître que l'indication principale, pour beaucoup de cas , consiste à transformer le tégument externe dans son état morbide, à changer en quelque sorte ses habitudes plutôt qu'à combattre la diathèse , soit latente ou éloignée, soit faiblement efficiente. Une méthode balnéaire douce, graduellement appliquée, de façon à alterner des effets de sédalion et de réaction modérée, est apte à rétablir l'équilibre des fonctions de la peau, en arrêtant le processus dont elle était le siégé, et consécutivement à calmer l'irritabilité nerveuse, ou à tonifier l'économie. Avec d'autres procédés, c'est une détente révulsive qu'on obtient par l'appel de In diaphorèse, ou bien une substitution pour ainsi dire mécanique, et qui n'est pas moins précieuse pour le traitement des maladies cutanées. C'est ce qui explique comment des eaux minérales , d'une caractéristique indécise en chimie, mais appropriées aux pratiques de l'hydrothérapie thermale , contribuent à cette thérapeutique, contrairement à ce qu'on eût pu supposer de prime abord.
Un certain nombre d'affections cutanées sont traitées avec avantage à Néris ; parmi elles nous citerons les eczémas, se présentant plutôt comme une lésion idiopathique de la peau qu'avec les caractères inhérents à quelque état diathésique déterminé ; l'urticaire, le lichen , le prurigo , le prurit vulvaire et surtout l'hyperesthésie de l'enveloppe tégumentaire, véritable dermalgie décrite pour la première fois par Beau et qui rentre dans l'acception des névroses. En général , quand
' Le Bret, loc. cit., p. 476.
les maladies de la peau se lient à un éréthisme général ou local, ou encore à l'exagération d'un tempérament nerveux, In médication thermale simple devient très-indiquée, deprélérence à celles où l'action substitutive a le premier rôle. Avec Néris se prévalent encore de ces el'fets d'hyposthénisation, Bagnères-de-Bigorre, Ussat, Bains, Bourbon-Lancy, Dax, Chàteauneul", Foncaude, Avesne, Bagnoles de l'Orne, Sclilaugenbad.
Il n'en saurait être de même aux eaux de Louéclie, en Suisse. Nous avons déjà interprété le phénomène de la poussée, ou éruption cutanée artilicielle, que provoque l'usage des bains d'après une méthode particulière et traditionnelle dans cette station thermale. On s'y baigne, en effet, à très-peu d'exceptions, en commun, au milieu de piscines, où l'eau conserve une température de 54°, 8 c. La durée des bains est de trois quarts d'heure à une heure, au début, et on l'augmente, chaque jour, d'une demi-heure à une heure, jusqu'à ce que le malade puisse tolérer cette immersion pendant quatre, cinq et même six heures de bain, partagées en deux séances, dont la plus longue est toujours celle du matin. On diminue ces séances, ou on débaigne^ selon l'expression locale, en suivant une méthode inverse et descendante, lorsqu'apparaît l'exanthème attendu ou poussée. Rien de plus irrégulier d'ailleurs que la marche de la poussée à Louéche; quoi qu'on en ait dit, elle n'est pas un effet constant des bains ; chez certains sujets, elle manque; chez d'autres, elle se traduit par une fluxion érythémateuse de la peau, tantôt partielle, le plus souvent générale, qui peut revêtir la forme pustuleuse, avec plus ou moins de retentissement fébrile et qu'il convient de modérer, ou bien qui ne consiste qu'en une simple rugosité des papilles du derme, avec des degrés intermédiaires et une persistance variable. Les nombreuses idiosyncrasies afférentes aux dermatoses, les caractères que leur imprime la diathèse originelle et ac(]uise, différencient la mar-
che et la disparition de ces symptômes de recrudescence, recherchés à Louèchc, très-analogues à ceux qu'on observe partout où la méthode substitutive est appliquée au traitement des maladies cutanées. Aussi Alibert conseillait-il de n'employer ces eaux et ces bains prolongés que contre les dartres accompagnées d'inertie des propriétés vitales de la peau. Si dans les formes sèches et squameuses , dont le psoriasis est le type, on est en droit d'user de l'excitation énergique qui modifiera efficacement les conditions morbides de l'appareil tégumentaire, il deviendrait imprudent de soumettre au même pi'océdé les affections eczémateuses, ou leurs similaires, pour peu qu'elles soient étendues ou en balance avec quelque affection viscérale. L'eczéma, l'impétigo, l'herpès, l'acné, fourniront des indications à Louèche, lorsque le lymphatisme et l'herpétisme seront intimement unis sur le même terrain. On comprend toutefois que le surcroît d'activité imprimée à l'exhalation cutanée et aux autres fonctions sécrétoires et éliminatrices de la peau, par une pratique balnéaire assez énergique, puisse produire des effets de dérivation trèsutiles, et dont toute l'économie ressente la portée. C'est à titre de méthode tonique, sans aucune propriété de spécificité, que l'emploi de la piscine de Louèche nous semble avoir sa véritable valeur.
Dans les établissements thermaux où l'on met en œuvre les bains de boues minérales (Saint-Amand, Dax, Barbotan, en France ; Franzensbad, en Bohême), il y a à se prémunir également contre la stimulation fluxionnaire que le bain ainsi composé et généralement chaud amène rapidement à la surface de la peau. Aussi les dermatoses à forme sèche et essentiellement indolente comporteront-elles seules cette médication minérale, que contre-indique toute affection irritable.
S'il est une règle commune, dont on ne doive pas s'écarter, en dernière analyse, dans les applications des eaux minérales à la cure des maladies de la peau, c'est celle de diriger le trai-
tement, de manière à ce qu'il excite le moins possible les lésions cutanées, sans perturbation de l'organisme. De là ressort l'impossibilité de préciser à l'avance la durée d'un traitement thermal quelconque. L'ancienneté de l'état pathologique, la période et la forme de l'affection, l'idiosyncrasie des malades, les changements significatifs qui surviennent sous l'influence des eaux, diminution ou aggravation des symptômes, phénomènes généraux, etc., composent autant de circonstances qu'il appartient au médecin traitant d'apprécier et qui contredisent formellement la coutume banale des vingt-et-un jours de bains, adoptée par trop de personnes. Si l'on réfléchit au caractère essentiellement rebelle des affections cutanées, à leur résistance prise dans le vice originel qui les entretient si souvent, à leur tendance aux récidives dont elles tirent un cachet spécial, il paraîtra rationnel de subordonner aux conditions relatives le temps qu'il faut consacrer à l'emploi des eaux. C'est ainsi que des saisons longues et non interrompues conviennent aux scrofuleux et qu'il est nécessaire de prescrire des intervalles mesurés dans le traitement aux sujets impressionnables, délicats, aux femmes, aux enfants; parfois, chez bon nombre de dartreux, les premiers effets d'atténuation sont tellement rapides, qu'ils leur suggèrent de fausses espérances, renversées bientôt par le retour de l'affection à son état primitif, sinon avec une intensité nouvelle et plus considérable. 11 y a lieu alors ou de suspendre ou de continuer l'emploi des eaux, selon les leçons de l'expérience, mais en dehors de toute formule sacramentelle et absolue. Comme la routine, le dogmatisme entraîne avec lui des dangers que nous avons surtout voulu prévenir en mettant, par les considérations qui précèdent, nos lecteurs à même de faire leur choix non d'après des règles fixes, mais d'après les mille détails qui révèlent le praticien.
L'importance des cures répétées ne semble pas moins capitale, surtout si l'on se trouve aux prises avec une affection
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constitutionnelle ou générique. Enfin, ce n'est pas un médiocre privilège de cette thérapeutique que celui de faciliter les traitements préventifs. Pour beaucoup de malades, l'utilité de revenir tous les deux, trois ou quatre ans, suivre une cure aux eaux qui ont guéri leurs manifestations herpétiques, se démontre d'elle-même par les résultats. C'est dans cette sage persévérance que réside le moyen le plus sûr d'épuiser un principe diathésique ou de s'opposer à son réveil.