I. Données anatonio-pathologlqnos. — On a trOUVé
à l'autopsie des diabétiques les lésions les plus dissemblables, portant notamment sur le foie, le système nerveux central, le pancréas. Comme, dans beaucoup de cas, il est impossible de savoir si elles sont primitives ou au contraire consécutives à, l'hyperglycémie, les faits de ce genre prêtent bien souvent à controverse.
ifen est ainsi, par exemple, des lésions hépatiques. Fréquemment, on trouve le foie à peu près indemne; l'état congestif sur lequel Lecorché a particulièrement insisté est loin d'être constant. Quant
l'ATUOGÉME DU DIABÈTK
aux lésions de sclérose, qui se présentent d'ailleurs sous des types anatomiques très divers, depuis la cirrhose périveineuse vulgaire jusqu'à la cirrhose pigmentaire d'Hanot et ChaufTard, elles ne sont probablement que l'aboutissant d'un processus conges- 1h chronique.
Il est à remarquer, comme plusieurs auteurs l'ont observe, que parfois la glycosurie disparaît lorsque des lésions scléreuses diffuses, étouffant l'appareil glandulaire, compromettent le jeu du foie et par suite enraient sa fonction glycogénique.
Nous n'insisterons pas sur les lésions si diverses du myélencéphale, traumatiques ou autres, que l'on a rencontrées chez les diabétiques ; leur variabilité comme siège et comme nature prouve que ces constatations ne peuvent servir à édifier une théorie pathogénique du diabète.
Quant aux lésions pancréatiques, elles se présentent sous deux aspects : atrophie simple ou primitive, avec dégénérescence graisseuse de l'épithélium, et atrophie secondaire consécutive à l'oblitération des canaux excréteurs par des calculs ou des tumeurs, celle-ci ne donnant qu'exceptionnellement lieu au diabète sucré.
Ces données plus précises en ce qui concerne le pancréas tranchent-elles le débat en faveur de la théorie qui admet deux variétés au moins de diabète, l'une maligne, pancréatique, l'autre d'origine différente? Nous ne le pensons pas. D'une part, il n'est pas impossible que dans certains castes lésions pancréatiques soient, non la cause, mais le résultat de l'hyperglycémie, le sucre en excès déterminanl une irritation sclérosante du pancréas. D'autre part, dans l'hypothèse où le diabète maliu — ce qui ne
DONNÉES ANATOMO-PATllOLOGIQUES 19
veut pas dire le diabète alwulissanl à la mort par suite de complications - serait toujours imputable a une lésion du pancréas, comment expliquer que celte glande soit souvent indemne chez les diabétiques morts des progrès même de la maladie, en particulier, comme le fait remarquer Lecorché, dans l'enfance où le diabète revêt presque toujours sa forme la plus sévère. Admettre, pour répondre à cette objection, qu'il existe sans doute des perturbations fonctionnelles du pancréas qui échappent à nos moyens d'investigation, c'est formuler une hypothèse sans fondement sérieux.
Quoi qu'il en soit, ce qui ressort des données anatomo-pathologiques, c'est moins le rôle prépondérant des lésions pancréatiques dans les cas malins que la variabilité des altérations trouvées à l'autopsie des - diabétiques. N'y a-t-il pas là une présomption contre la doctrine uniciste du diabète?
II. Données étîoiogîques. — 11 résulte de l'enquête étiologique qu'à ce point de vue on peut ranger les cas de diabète sous quatre rubriques :
1° Diabète d'origine purement nerveuse;
2° Diabète survenant chez des individus manifestement arthritiques en dehors de toute autre cause morbide appréciable;
3" Diabète survenant chez des arthritiques, à la suite de lésions du système nerveux ou de troubles psychiques;
/i" Diabète survenant sans cause appréciable en dehors de toute tare dyscrasique.
L'étiologie taiigiLJe du diabète se ramène donc à deux termes : perturbation nerveuse, dyscrasie arthritique.
l^ATIIOGlî.ME DU DIABÈTE
Le premier de ces lacleurs n'est contesté par personne. Des faits nombreux prouvent que le diabète survient, moms souvent, il est vrai, que la glycosurie simple, à la suite de traumatismes rachido-craniens ou de lésions du myélencéphale. Quant aux désordres fonctionnels du système nerveux, provenant d'un surmenage intellectuel, de chagrins ou de préoccupations graves, s'ils semblent plutôt déterminer des glycosuries passagères, ils peuvent à titre exceptionnel amener le diabète sucré vrai, surtout, comme nous allons le voir, lorsqu'ils portent sur un terrain arthritique.
En ce qui concerne les relations du diabète avec 1 arthritisme, elles ne sont pas moins certaines. Depuis longtemps on a décrit le diabète goutteux; ce qui est vrai de la goutte l'est autant des autres manifestations arthritiques. Dira-t-on que cette dyscrasie ne joue ici qu'un rôle secondaire, et que" le diabète chez l'arthritique n'est pas d'pssencp arthritique, au môme litre que la goutte, l'obésité, les lithiases biliaire ou néphrétique? Quand on le voit succéder à d'autres modalités de cette dyscrasie ou ne s'éteindre que pour leur faire place, quand on le voit, par exemple (diabètes intermittent et alternant), disparaître alors que la goutte entre en scène ou que le cancer, ce dernier terme de l'arthritisme, commence à poindre, on ne peut, selon nous, se refuser à admettre que ces divers processus reconnaissent une origine commune, dyscrasique.
D'ailleurs, à étudier de près ces faits de diabète arthritique ou, pour mieux dire, d'arfhrifi.sme à formr de diabète, on constate souvent qu'une autre influence étiologique, un choc nerveux, est entrée en ligne. Le goutteux d'hier est devenu diabétique à la
DONxNÉES ÉÏIOLOGIQUES
suite de chagrins ou de soucis; demain Pf^^^^lre si celle crise morale se calme, il cessera d être glycosurique pour devenir goutteux, hémorrhoïdaire, lilluasique, etc. Aussi dirions-nous volonliers que le àiahète nest souvent, le plus souvent même, que la modalité nérropathique de Varihritisme.
Du diabète arthritique il faut rapprocher, sans les y faire entrer, les cas où la maladie apparaît sur un terrain vierge, sans cause tangible, mais où en realité elle relève d'états spéciaux de l'économie qui engendrent une dyscrasie transitoire simdaire à celle qui caractérise rarthritisme constitutionnel, en d'autres termes, une dyscrasie pseudo-arthnlique accidentelle. C'est de la sorte qu'il faut interpréter certains faits de diabète passager que l'on observe, par exemple, ii la suite du surmenage, ou au moment delà ménopause, et qui, aussi éphémères que le sont la lithiase biliaire, les manifestations rhumatoïdes, les éruptions, etc., apparues sous les mêmes innuences, guérissent sitôt l'équilibre organique rétabli.
Restent les cas où la maladie se produit en dehors de toute cause appréciable, en dehors de tout état dyscrasique concomitant. C'est ici que M. Lancereaux fait intervenir comme élément étiologique une lésion progressive du pancréas. Nous avons vu que divers faits expérimentaux et anatomo-palhologique.s plaident, dans une certaine mesure du moins, en faveur de cette interprétation.
m. Données scmélologiqaes. — NouS n'avOnS pluS
qu'à rechercher si les données séméiologiques cadrent avec les résultats de l'enquête étiologique, en d'autres termes, si chacune de ces formes de diabète
WABKTE ARTHRITIOUli
a m.e^physionomie clinique qui Jui apparlient on
Un individu, porteur d'antécédents arll.ritiques éprouve un aflaiblissement progressif, n.ais non assez prononcé pour se sentir réellement malade s" ^-n que e médecin ne songe pas chez lui à rexistence du d.abète jusqu'au jour où un phénomène éve ateur quelconque l'amène à examiner ses urin Celles-ci renferment du sucre en proportion variabL mais n atteignant jamais des chiffres élevés dénas' sant rarement 100 grammes et plus raremeni encore" loO grammes par jour. En interrogeant les commémora ifs on apprend que, depuis quelque temps le malade éprouve une soif assez vive, a de la polyurie que son appétit est exagéré, mais non colossal, enfin qu 11 a peu ou point maigri. Sous l'influence du régime alimentaire spécial, et aussi de prescriptions hygiéniques, qui d'ailleurs constituent pour la plupart le traitement habituel de la dyscrasie arthritique, tous les phénomènes morbides diminuent rapidement, l'état général s'améliore parijmssu et le diabète prend de plus en plus les allures d'une affection chronique avec des oscillations en sens divers, suivant que le malade se trouve ou non dans de bonnes conditions hygiéniques. Alors môme que le diabète ne guérit pas, ou ne fait pas place à d'autres manifestations arthritiques, il reste du moins slationnaire sans entamer sérieusement l'état général; on y verrait une infirmité plutôt qu'une maladie si des complications sérieuses, imputables souvent à la négligence ou à l'imprudence du diabétique, ne venaient parfois révéler la gravité de la perturbation nutritive et l'instabilité de l'équilibre organique. Toute différente est l'évolution du diabète dans