‹ Thérapeutique du diabète sucréChapitre 39 sur 103 · PRÉPARATIONS IODÉES · texte numérisé non relu

PRÉPARATIONS IODÉES

au préalable échoué avec le salicylate de soude. Tout en conslatant que le salol exerce une heureuse influence sur la glycosurie el sur l'élat général, Nicolaïer reconnaît qu'il est moins efficace que le régime antidiabétique sévère et n'en recommande l'emploi que dans les cas oii l'on ne peut maintenir la diète alimentaire dans toute sa rigueur.

La teinture d'iode a été préconisée par Riçord, Rayer, Martin-Solon, Bérenger-Féraud, Seegen, Ebstein, Dumontpallier à des doses très variables, en moyenne 20 à 30 gouttes par jour. Mais elle est passible des mêmes objections que les divers phénols ; car, aux doses qui sont nécessaires pour atténuer la glycosurie, elle ne tarde pas à causer des accidents gastriques.

On n'a pas été plus heureux en administrant l'iode sous un autre mode, qui répond cependant mieux que la teinture à l'indication antiseptique. Il s'agit de Viodoforme préconisé par Moleschott à la dose maxima de 40 centigrammes. Ceux même, comme Posz et Frerichs, qui ont vu sous son influence la glycosurie diminuer, reconnaissent que son emploi ne peut être prolongé plus de quelques jours, sous peine d'occasionner des troubles gastriques. Lecorché cependant serait disposé à l'employer, comme l'acide phénique du reste, dans les cas où l'on veut rapidement abaisser la glycosurie, à la veille par exemple d'une opération chirurgicale. Nous l'utilisons, mais à doses plus faibles, dans la phthisie diabétique.

Parmi les médicaments antizymotiques mort-nés, nous ne ferons que signaler les sulfites de soude et de magnésie et aussi le chloral essayé par Frerichs à la suite des expériences d'Eckhardt qui l'avait vu

MODIFICATEURS DE LA GLYCOSURIE

annihiler la glycosurie résultant de la piqûre du plancher du quatrième ventricule.

B. Médicaments comburants. — Ici encore nous nous trouvons en présence d'une série de médications dont l'efTicacité est plus que problématique. Elles ont pour objectif d'activer la combustion du sucre, les unes en introduisant dans l'économie un excès d'oxygène, les autres en y produisant des fermentations artificielles.

Dans la première catégorie rentrent les inhalations ÔLOxygène ou d'osowe, et l'administration de Veau oxygénée^ à\x permanganate et du chlorate de potasse.

Les inhalations cToxygenc^ vantées par Bouchardat qui les a plus tard abandonnées, ont été préconisées à nouveau par Birch, Casoi-ati, Demarquay, Bérenger-Féraud. C'est ainsi qu'en 19 jours Demarquay arriva par des inhalations de 25 à 40 litres d'oxygène à faire tomber la proportion du sucre de 64- grammes à 30 grammes. 11 est \Tai que le malade suivait le régime antidiabétique. Par contre Griesinger et Lecorché n'ont jamais obtenu de cette médication de résultats appréciables. Il semblecependant qu'on puisse, avec Dujardin-Beaumetz, lui assigner une action excitante à utiliser dans les formes graves de diabète où toute intervention énergique est impossible; en outre, elles stimulent souvent l'appétit. Les inhalations à'ozone, essayées, mais sans succès, par de Renzi, répondraient aux mêmes indications.

Nous n'en dirons pas autant de l'eau oxygénée, malgré les résultats assez satisfaisants que divers médecins, notamment Richardson, en ont obtenus à la dose de 4 à G grammes par jour. Elle n'est utile que comme eupep tique.

Dans le but de mettre l'oxygène en liberté dans l'économie, Sampson a essayé lechlorate et le permanganate de potasse ; ce dernier médicament a été l'objet d'une tentative de réhabilitation par Masoin qui, du reste, l'employait moins comme comburant que comme sel manganique ; il admettait, en effet, que le manganèse exerce une action favorable sur le fonctionnement du foie. Il n'a guère eu, que nous sachions, d'imitateurs.

Enfin on sait que pour Cantani le seul médicament efficace dans le diabète sucré était l'acide lactique, destiné à la fois à favoriser la digestion des viandes et à activer les combustions organiques. Il l'administrait à la dose d'un à deux grammes dans 120 grammes d'eau, au cours de la journée. Forster et Ogles n'en ont pas obtenu de bons résultats. Ce n'est guère que comme eupeptique qu'il peut être utilisé, et encore à des doses moindres que ne le voulait Cantani.

Dans le but également de détruire le sucre, on a essayé la pepsine, divers ferments, telles que \a.présure, la levure de bière, le thymus de veau. Médications fantaisistes qui n'ont donné, ne pouvaient donner que des insuccès.

C'est ici le cas de parler des tentatives récentes qui s'inspirent des expériences célèbres de von Mering et Minkowski sur le diabète pancréatique; de divers côtés on a essayé d'administrer à des diabétiques soit la chair du pancréas, soit des extraits de cet organe.

Capparelli a fait dans ce sens plusieurs essais sur des chiens rendus diabétiques ; en leur injectant de petits fragments de pancréas ou en leur faisant absorber cet organe réduit en bouillie, il dit avoir ob-

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tenu une diminution passagère de la glycosurie ; par contre, Gley et Thiroloix ont échoué en injectant de l'extrait de pancréas.

Les résultats expérimentaux sont, on le voit, peu probants ; les données thérapeutiques ne le sont pas davantage. Rémond et Rispail ont employé les injections de suc pancréatique dans un cas de diabète maigre; sous cette influence, ils ont vu la polyurie diminuer pendant que le pouls se relevait et que le poids du corps augmentait. Par un procédé analogue Wite aurait obtenu une légère amélioration dans un cas sur deux ; il donnait à ses malades du pancréas de mouton en même temps qu'il les soumettait aux injections sous-cutanées d'extrait pancréatique. Dans un fait de diabète grave avec amaigrissement rapide, tuberculose, etc., Knowsley Sibley obtint, au bout de deux mois, une amélioration notable en faisant ingérer chaque jour au malade la valeur d'un pancréas légèrement cuit ; enfin Battistini a vu diminuer la glycosurie sous l'influence d'injections quotidiennes de 5 à 15 centimètres cubes d'extrait pancréatique. Par contre Comby a complètement échoué dans des tentatives de ce genre. Pour plusieurs motifs, sur lesquels il est, croyons-nous, inutile de s'appesantir, nous ne pensons pas qu'on soit jamais plus heureux.

Enfin, dans le même ordre d'idées, Lancereaux et Lépine ont préconisé la pcmcréaièie contre le diabète maigre; en tout cas, c'est un bon stimulant des fonctions digestives.

Parmi les éléments morbides habituels du syndrome diabétique figure l'asthénie progressive qui conduit rapidement à la cachexie du jour où tous les tissus contribuent à la formation en excès du sucre. D'où l'indication de la médication tonique à la fois pour stimuler l'économie et pour enrayer les progrès de la dénutrition.

Mais ici encore l'intervention thérapeutique ne doit pas toujours se placer sur le même terrain. Sans doute l'indication tonique domine dans le diabète malin, alors que l'organisme, profondément atteint dans ses fonctions assimilatrices- et, par suite, incapable de réparer les pertes que lui fait éprouver la production de principes sucrés aux dépens de tous ses éléments constituants, miné par une dénutrition incessante que l'alimentation la plus rationnelle ne saurait enrayer, se montre réfractaire aux diverses médications actives qui sont à ce moment plutôt dangereuses qu'utiles. Relever artificiellement les forces, restaurer dans la mesure du possible l'énergie vitale, enfin soutenir l'appétit qui, après avoir été la sauvegarde du diabétique, tend à faiblir, telles sont les visées de la médication tonique qui, bien que seulement palliative, reste la dernière arme du médecin. Celui-ci du reste n'attendra pas que la situation soit devenue si critique pour recourir aux toniques, et il s'adressera à eux, comme adjuvants d'autres traitements plus directement efficaces, dès qu'apparaîtront les premiers indices de dénutrition ou d'asthénie.

Cette éventualité se présenle-t-elle dans toutes les formes de diabète? Sans doute, on ne saurait concevoir de dyscrasie, de perversion du processus nutritif qui ne se traduise par un certain degré de déchéance organique, et le diabète n'échappe pas à cette loi. Mais l'expérience clinique nous apprend que dans bien des cas la note asthénique y est, y reste peu accusée pendant toute la durée de la maladie. Quand on voit certains diabétiques, pleins de vigueur, bravant la fatigue, mener sans défaillance pendant des années l'existence la plus active, on ne s'explique pas que tant de pathologistes considèrent les toniques comme un élément nécessaire de la médication. Non seulement chez ce genre de malades ces agents thérapeutiques ne sont pas de mise, mais encore plusieurs d'entre eux peuvent présenter de réels inconvénients. Rien n'est plus irrationnel que de gorger les arthritiques, comme on le faisait jadis, de quinquina ou de fer, et c'est une des belles conquêtes de la science contemporaine d'avoir substitué à la médication reconstituante, employée autrefois à toutes fins, des errements différents où les prescriptions hygiéniques tiennent la première place et d'avoir montré que les alcalins sont plus toniques que le fer dans l'arthritis. Que celui-ci revête la modalité diabétique, la ligne de conduite ne doit pas varier de ce chef; cependant l'équilibre nutritif est devenu alors assez instable pour qu'au moindre accroc puisse brusquement survenir un état adynamique qui commande une inlervention franchement analeptique et stimulante.

Si, en résumé, les toniques, ceux du moins que l'on emprunte à la matière médicale, ne sont pas touiours utiles dans le diabète, leurs attributions y sont

AMERS — RECONSTITUANTS

cependant considérables; tous peuvent être employés, mais à des titres divers qu'il convient de préciser.

Pour déterminer leurs indications, nous les diviserons en trois groupes : amers ^ reconstituants, stimulants généraux, sans nous dissimuler ce que cette classification a d'artificiel ; car la plupart de ces médicaments rentrent, directement ou indirectement, dans plusieurs de ces catégories.

Amers. — Certains amers sont plutôt des eupeptiques que des médicaments toniques, au sens strict du mot ; mais la plupart d'entre eux jouent le rôle de stimulants généraux et de plus, en réveillant l'appétit, en activant la fonction digestive, contribuent indirectement à relever les forces. Ils trouvent leur emploi dans le diabète à deux titres : ils sont indiqués à la période d'état de la maladie, lorsque soit une alimentation surabondante, surtout trop riche en principes azotés ou gras, soit certaines médications occasionnent des phénomènes dyspeptiques ; ils sont surtout utiles à la période de cachexie quand à la boulimie du début succède l'inappétence.

Parmi les amers, la teinture de Colombo ou de quassia amara, la quassine, la rhubarbe, les gouttes de noix vomique ou de Baumé sont les plus utilisées. La strychnine qu'ont spécialement recommandée, à juste titre, Dickinson, Jaccoud, de Renzi, agit plutôt comme stimulant général que comme amer; i'arséniate de strychnine constitue une excellente préparation dont nous avons eu à nous louer d'une manière toute spéciale dans le diabète.

Reconstituants. — Leur rôle est beaucoup plus étendu : car ils ont pour mission d'enrayer le mouvement de dénutrition en fournissant à l'économie des matériaux de combustion (médicaments dits

d'épargne) et aussi de réparer les brèches que le processus dystrophique a faites dans l'organisme. Deux médicaments surtout répondent à ces indications; le fer et Xhuile de foie de morue, pour ne pas rappeler ici les alcools et la glycérine dont nous avons déjà parlé à propos de l'hygiène alimentaire.

On voyait autrefois dans \e fer un bon médicament antidiabétique ; les préparations ferrugineuses les plus diverses, chlorure, carbonate, phosphate, protoiodure, sulfate, fer réduit par l'hydrogène, etc., ont trouvé à ce titre des partisans. Si l'on n'admet plus aujourd'hui qu'il guérisse le diabète, on continue à l'employer couramment en qualité de tonique. Lecorché va jusqu'à dire que comme médicament adjuvant il est aussi nécessaire et doit être aussi fréquemment prescrit que l'opium, les alcalins et l'arsenic dans le traitement du diabète. L'indication du fer lui paraît surtout formelle quand les forces du malade commencent à baisser et que l'examen de l'urine montre une diminution de l'azoturie, en même temps que la quantité de sucre éliminée dans l'urine du jeûne tend à égaler celle de la digestion.

Sans aller aussi loin qu'Albert Robin qui regarde ce médicament comme nuisible chez les diabétiques, à cause de l'influence qu'il lui attribue sur la nutrition, nous étendrions moins ses indications que ne le fait Lécorché. Si, comme l'admettent Trousseau et Pidoux, le fer a une action complexe, s'adresse à plusieurs fonctions pour exciter les forces d'assimilation et de réparation, il est, par -dessus tout, un régénérateur du sang. A ce titre son action reconstituante s'exerce moins facilement dans les anémies de cause pathologique où les éléments du sang, et surtout les hématies, sont intoxiqués par les produits de

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dénutrition, que dans les aglobulies d'origine hémorrliagique ou dans l'aglobulie primitive, la chlorose. Il nous a toujours paru que la cachexie diabétique est assez réfractaire au traitement martial ; en tous cas, à cette phase de la maladie ce n'est qu'à doses faibles, comme celles que renferment les eaux ferrugineuses, qu'on doit le prescrire, sous peine de voir le fer inutilisé donner lieu à de la cardialgie et à divers troubles gastro-intestinaux, tandis qu'on peut se montrer moins circonspect lorsque la dyscrasie est moins avancée.

Il est cependant une forme de diabète oii les préparations martiales rendent des services signalés; c'est lorsque la maladie est sous la dépendance d'un état neurasthénique. Ici le principe hippocratique Sanguis mochrator nervorum trouve une application nouvelle.

Par contre, ainsi que nous l'avons déjà dit, l'expérience clinique, aussi bien que les données physiologiques, assigne au fer chez les arthritiques, diabétiques ou non , une action reconstituante de beaucoup inférieure à celle de l'arsenic et de la quinine.

Quoique nous n'ayons guère de préférence pour telle ou telle préparation martiale, nous nous servons plus volontiers soit des eaux ferrugineuses, soit du tartrate et de l'arséniate de fer associés à la rhubarbe ou au sulfate de quinine.

Si le fer préside avant tout à la fonction hématopoiétique,rAzw7e clefoie de morue aide puissaiii ment à la reconstitution des tissus; c'est le meilleur dv-s médicaments histogéniques. Elle est ici d'autant plus indiquée que les graisses doivent prendre une place importante dans l'alimentation des diabétiques

Ceux-ci la digèrent d'iiabitude assez facilement, comme tous les corps gras en général, même à assez hautes doses, mais à la condition expresse qu'ils puissent faire un exercice musculaire suffisant. Or il n'en est pas ainsi dans la période de cachexie où, la déchéance des forces condamnant souvent les malades à une existence absolument sédentaire, on ne doit employer l'huile de foie de morue qu'avec modération, sous peine d'enrayer l'appétit. C'est dans ces cas qu'on peut recourir à la lipaniiie et même k\s. glycérine qui, sans posséder des propriétés aussi franchement reconstituantes et tout en présentant divers inconvénients que nous avons déjà signalés, peut rendre quelques services.

siiumiants généraux. — Le quinquina est le type des médicaments névrosthéniques qui traversent l'organisme en imprimant aux fonctions nutritives une activité nouvelle, et en laissant comme trace de leur passage un surcroît plus ou moins durable de forces. Aussi est-il indiqué chez tous les diabétiques débilités ou asthéniques qui demandent à la fois à être stimulés et tonifiés. Sous son influence, ils assimilent mieux et perdent moins ; peut-être même le quinquina active-t-il la combustion du sucre dans l'économie et amène-t-il par suite une diminution de la glycosurie. Abstraction faite de cette action qui, en tout cas, est secondaire, il demeure le tonique par excellence du diabétique, surtout quand la maladie ne relève pas de l'arlhritisme.

Il faut l'administrer sous forme d'extrait mou, et à des doses variant de quatre à six grammes par jour.

C'est ici le lieu de parler de la quinine, bien que ses propriétés permettraient peut-être de la ranger parmi les modificateurs de la nutrition. Par sa

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