‹ Thérapeutique du diabète sucréChapitre 38 sur 103 · SEIGLE ERGOTÉ — BELLADONE · texte numérisé non relu

SEIGLE ERGOTÉ — BELLADONE

Les bons effets qu'Huchard et Bucquoy ont obtenus du seigle ergoié dans le diabète insipide témoignent de l'action de ce médicament sur la polyurie ; mais s'ensuit-il qu'il doive être employé dans le diabète sucré, où c'est un bien mauvais service à rendre au malade que de faire baisser le chiffre de l'urine sans diminuer simultanément la glycosurie? Or, bien que divers médecins, tels que Hasse, Barr, Pepper, Tiedmann, Dehenne aient prétendu que, soit l'ergot de seigle, soit l'ergotine, soit l'ergotinine peuvent amender, non seulement la polyurie, mais les autres phénomènes diabétiques, nous estimons que ces médicaments ne sauraient être utilisés que dans les formes de diabète où la polyurie constitue le phénomène prépondérant, et encore dans ces cas la valériane et l'antipyrine leur sont-ils supérieurs à tous égards. Quant à amender une maladie comme le diabète sucré qui réclame une médication continue et persévérante, ils ne sauraient, suivant la remarque de Lecorché, y prétendre en raison des inconvénients de tout genre qu'entraîne leur usage prolongé.

Pour la leïladone et son alcaloïde, Y atropine, elles ont été également expérimentées dans le diabète, en raison de l'influence qu'on leur attribue, assez indûment d'ailleurs, sur la polyurie. Leur emploi est passible des mêmes objections que celui du seigle ergoté, et en outre ce sont des médicaments très infidèles qui déterminent chez bien des malades, même à. faibles doses, des accidents d'intoxication.

Jaborandi, pîlocarpine. — Ici enfin doit trouver place une méthode thérapeutique qui non seulement est inefficace, mais même absolument irrationnelle : c'est celle qui vise à favoriser l'élimination du sucre

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par une autre voie que le rein, par la peau. Nous avons déjà dit, à propos de l'emploi des bains de vapeur chez les diabétiques, combien il est dangereux de suractiver ainsi la fonction cutanée aux dépens de la fonction rénale, puisque le rein est le seul émoncloire actif au point de vue de l'élimination du sucre. C'est cependant dans le but d'enrayer à la fois la polyurie et la glycosurie que divers médecins ont préconisé \& jahorancU on les injections sous-cutanées ûepilocarpme. Hoffer, qui a surtout vanté cette dernière médication, prétend que sous son influence on voit baisser non seulement le chiffre des urines, mais aussi le taux de la glycosurie, et s'amender tous les phénomènes morbides.

Or il est acquis, d'après les recherches de Fiirbringer et d'Hoffer lui-même, que la sueur et la salive ne renferment que des traces de sucre. On ne saurait donc être surpris que la plupart des médecins, Fiiibringer d'abord, puis Lecorché, Lépine, Lannois, qui ont expérimenté les injections sous-cutanées de pilocarpine, n'en aient retiré que de mauvais résultats. Les recherches que nous avons faites sous la direction de notre regretté maître Gubler, alors que nous avions l'honneur d'être son interne, sur l'action de la pilocarpine, nous ont fait trop voir les inconvénients, la nocuité extrême de cet agent perturbateur pour que nous ayons jamais été tenté de l'expérimenter dans le diabète, où il ne peut qu'être souverainement nuisible.

En résumé, il est rare que les médicaments modiiicateurs de la polyurie soient utiles dans le diabète sucré ; le plus souvent même dangereux en fermant la soupape de sûreté de l'hyperglycémie, ils ne sont indiqués que dans les cas exceptionnels où, la glyco-

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surie étant peu prononcée, c'est l'exagération de la sécrétion urinaire qui commande surtout l'intervenlion thérapeutique. Et encore faut-il remarquer que pareille éventualité ne se réalise guère que dans les formes les plus bénignes qui, en dehors du régime alimentaire, ne nécessitent qu'une médication pharmaceutique anodine.

§ IV — MODIFICATEURS DE LA GLYCOSURIE

La glycosurie constitue, à coup sûr, l'élément morbide principal du diabète sucré; aussi s'expliquet-on qu'à la combattre on ait cru remplir l'indication thérapeutique fondamentale dans cette maladie ; d'où une foule de médications dirigées dans ce sens. Combien d'auteurs ont pensé avoir découvert le spécifique du diabète en tel ou tel remède, parce que, sous son influence, ils avaient vu baisser dans des proportions plus ou moins notables le taux de la glycosurie et parallèlement celui de la polyurie, en même temps que s'atténuaient certains phénomènes secondaires, liés directement à l'hyperglycémie ! Et cependant est-il une seule de ces soi-disant panacées du diabète qui ait justifié ces espérances? En est-il même qui aient définitivement conquis droit de cité dans la thérapeutique de cette maladie à un titre plus modeste, celui de médication palliative?

A examiner les choses de près, on ne saurait être surpris de cet insuccès de l'intervention médicamenteuse dirigée dans cette voie. Tant que l'on ne connaîtra pas les lois qui président à la fonction glycogénique à l'état normal ou pathologique, l'espoir restera chimérique de découvrir une médication

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rationnelle de l'hyperglycémie eL partant de la glycosurie. Il y a plus; qu'un jour vienne où l'on ait pénétré le mécanisme intime de la glycogénie, et où, en outre, l'on ait trouvé un moyen sûr d'enrayer l'hyperglycémie, on se sera certes rapproché du but, mais sans l'avoir encore atteint. Car dans le diabète il y a bien autre chose que la glycosurie ; il y a une perversion profonde de la vie nutritive qui se traduit par une série de manifestations morbides dont l'hyperglycémie est la plus tangible, mais non la plus importante peut-être. La preuve en est que bien souvent la situation offre le plus de gravité à l'heure même où la glycosurie tombe au minimum. En nous apprenant que les manifestations cachectiques et les accidents acétonémiques peuvent se produire au moment même où le sucre a disparu des urines, l'observation clinique nous enseigne que, pour le diabétique, le péril n'est pas exclusivement dans l'hyperglycémie, et en outre, elle condamne des interventions perturbatrices qui ne visent que cet élément morbide.

Ces considérations générales sont d'autant plus de mise ici que la plupart des médicaments dirigés contre la glycosurie sont des substances toxiques dont l'emploi ne saurait être continué pendant longtemps, surtout chez un malade comme le diabétique qui est toujours en imminence d'auto-intoxication, sans exposer à des accidents plus ou moins sérieux.

Ainsi, d'une part, les médicaments antiglycosuriques n'ont, ne peuvent avoir qu'une efïïcacité très relative, et de l'autre, la plupart d'entr'eux, les plus actifs, doivent être maniés avec beaucoup de prudence, sous peine de devenir dangereux. C'est

MÉDICAMENTS ANTIGLYCÉMIQUES l'i

dire qu'ils sont rarement utiles et que nous pouvons nous borner à les passer rapidement en revue.

Théoriquement il est deux voies qui s'offrent à la thérapeutique pour combattre la glycosurie, suivant qu'on cherche à enrayer la production du sucre au sein de l'organisme, ou qu'on active la combustion du sucre formé dans l'économie. Aux médicaments destinés à lutter contre la suractivité de la fonction glycogénique on peut donner le nom à'antiglycémiques ; ceux qui visent à détruire le sucre dans les tissus appartiennent pour la plupart à la catégorie des comburants.

A. Sléilicameuts aiilisljcémiques. — Ici SUrtout

apparaît que l'imperfection de nos connaissances en physiologie a pour corollaire l'impuissance de la thérapeutique. En effet, les médications antiglycémiques se recommandent toutes d'une conception plus qu'aventurée de la pathogénie du diabète, celle qu'a formulée Pavy. En partant de cette notion que l'hyperglycémie provient de la présence d'un ferment anormal, on s'est adressé aux médicaments qui enraient les fermentations, aux aijenis antiztjmotiqim. D'oi:i l'emploi d'une foule de substances de cet ordre qu'on a successivement préconisées, sans grand succès d'ailleurs; car on peut résumer en deux mots leur rôle dans le diabète: les unes sont peu actives et inoffensives, les autres sont beaucoup plus dangereuses qu'utiles. N'est-ce pas d'ailleurs le sort commun de toutes les médications antiseptiques internes ?

La créosote n'a que. des droits d'ancienneté à invoquer dans le traitement du diabète; c'est en effet la première des substances antizymotiques qui y ait été employée. Mais, malgré les tentatives de Berndt, de

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Bouchardat, de Griesinger, de Corneliani, elle est aujourd'hui abandonnée. Peut-être cependant pourrait-on l'utiliser sous forme d'injections hypodermiques dans laphthisie diabétique.

Vacide phénigue trouve encore des partisans. Orson Millard, Ebstein et J. Muller ont été les premiers à remployer, à la dose de 0 gr. 30 par jour : Furbringer a été jusqu'à 1 gr. 50 ; tous ces auteurs admettent à juste titre qu'il enraie, et parfois même supprime la glycosurie en quelques jours. Lecorché a obtenu des résultats analogues; par contre Popofl', Purjesk et Dujardin-Beaumetz n'ont pas eu à se louer de ce médicament, et Frerichs prétend que lu diminution de l'hyperglycémie qu'il détermine tient exclusivement à son action irritante sur l'estomac, le catarrhe gastrique entravant l'assimilation des substances appelées à se transformer en sucre. Quoi qu'il en soit de cette théorie, il paraît certain que l'acide phénique, administrée par la voie buccale ou rectale, entraine trop vite des troubles digestifs sérieu.x pour pouvoir être utilisé dans le diabète d'une manière suivie.

Quanta Vacide saliri/Iiqm^ expérimenté par Ebstein, Millier, Ryba et Plumert, il n'est guère employé que sous forme de salicylate de soude, et nous avons vu que ce sel n'agit dans le diabète que comme alcalin. D'ailleurs son action irritante sur le rein ne permettrait pas d'en généraliser l'emploi dans cette maladie où l'albuminurie est toujours à craindre.

De tous les phénols le scdol est le moins toxique : aussi s'explique-t-on qu'il ait été essayé dans le diabète. Nicolaïer y a eu recours dans sept cas, à la dose de 6 grammes par jour. Il prétend que le médicament a réussi quatre fois, alors même qu'on avait

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