‹ Thérapeutique du diabète sucréChapitre 41 sur 103 · MÉDICATIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

MÉDICATIONS DIVERSES

C'est ainsi que, sous prétexte de réparer les pertes en glycose subies par les diabétiques, divers médecins, Piorry surtout, ont recommandé de leur faire ingérer des quantités considérables de sucre soit de canne, soit de lait; or, comme ces sucres introduits dans l'organisme se transforment en glycogène, semblable médication ne peut qu'augmenter la glycémie.

De même l'application de révulsifs, tels que la teinture d'iode, ou de sétons, de cautères sur la colonne vertébrale est, quoi qu'on en ait dit, souverainement irrationnelle chez des malades qui voient si souvent la moindre plaie prendre un caractère gangréneux.

Nous ne nous attarderons pas à mentionner, pour en faire justice, maints médicaments que l'on a préconisés sous l'inspiration soit de conceptions pathogéniques du diabète aujourd'hui condamnées, soit d'idées erronées sur leur action physiologique, comme l'urée, le colchique, la digitale, ou que l'on a essayés sous l'influence de préjugés populaires comme le suc de cana agria ou qu'enfin on a employés d'une manière empirique comme l'azotate d'urane.

Nous ne nous arrêterons qu'à trois de ces médicaments, parce qu'ils sont à l'étude en ce moment : la myrtille, la pipérazine et surtout le jambul.

Les préparations de myrtille (décoction, pilules d'extraitde feuilles) ont été recommandées par Weill. Sous l'influence de ce médicament, associé du reste au régime alimentaire spécial, il constata une amélioration considérable des phénomènes diabétiques dans un certain nombre de cas. Mais Heyden, Ketli, Gruber ont absolument infirmé ces résultats.

On n'a pas été plus heureux avec la pipérazine qu'on

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a vantée comme un puissant dissolvant de l'acide urique et à laquelle on avait également attribué une certaine efïïcacité dans le diabète. Du reste Wittzach a montré que dans l'uricémie elle agit surtout comme diurétique.

Reste enfin \eJamJ)ul, le dernier venu dans la thérapeutique du diabète où il a été depuis quelques années l'objet de nombreuses recherches. Le jamhul ou syzigium jambolanum est un arbre de la famille des Myrtacées, dont les graines et l'écorce ont été préconisées en premier lieu comme astringent par des médecins anglais et indigènes de l'Inde.

Quelques faits expérimentau.x. plaident en sa faveur. Grœser, en administrant à des chiens rendus diabétiques par la phlorhydzine des doses élevées d'extrait tiré du fruit entier, de la graine ou de l'écorce, a constaté que la quantité de sucre diminuait des neuf dixièmes et que la durée du diabète était fort réduite.

S'il faut ajouter foi aux données expérimentales, les propriétés antidiabétiques dujambul seraient dues à ce qu'il entrave les fermentations qui aboutissent h la formation du sucre. C'est ainsi que Lascelle, Scott, Balfour, Woodhead, ont constaté que cette substance, mélangée avec de l'amidon, enraie in vitra l'action de la diastase et diminue de beaucoup la quantité de sucre formé. De môme Hildebrandt prétend que l'extrait de jambul exerce une influence inhibitive sur les ferments végétaux et animaux, notamment sur les ferments saccharifîants du sérum sanguin, de la salive et du pancréas. Aussi supposet-tl qu'il agit chez les diabétiques en enrayant la saccharification des amylacés dans le tube intestinal et celle du glycogène au sein des tissus. 11 n'aurait

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pas, d'après lui, d'influence sur l'assimilation des substances azotées.

Mais les données cliniques sont peu probantes. Clacius dans quatre cas, Couldwell cinq fois sur huit, obtinrent avec le jambul des améliorations notables; Kingsburg, Fenwick, Posner, Epenstein, Baymer, Lewaschefi", Rosenblatt eurent également, à des degrés divers, à s'en louer.

D'autre part, des résultats sans grande signification ont été obtenus à l'hôpital général de Londres. Munday, Oliver Cotes, Gerlach n'ont enregistré que des insuccès.

En France, le jambul a toujours eu jusqu'à présent une mauvaise fortune. Entre les mains de Lecorché et de Dubousquet-Laborderie, il s'est montré inefficace et, en outre, a donné lieu à des troubles digestifs. Enfin Dujardin-Beaumetz a fait à ce sujet une série de recherches dont les résultats sont consignés dans la thèse de son élève Villy. Il ne reconnaît au jambul qu'une influence très limitée sur l'évolution du diabète. Dans les diabètes graves son action serait plus nuisible qu'utile; tout au plus pourrail-il, dans les cas bénins, faire disparaître les dernières traces d'une glycosurie déjà enrayée par un régime alimentaire sévère.

La poudre de graines de jambul a été généralement employée à la dose de deux à quatre grammes ; Dujardin-Beaumetz a été jusque six et même dix grammes.

Après cette enquête sur les diverses médications instituées contre le syndrome diabétique, il nous reste à en préciser succinctement les résultats. Or elle aboutit à cette démonstration que plusieurs"^

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d'entre elles ont définiLivement acquis leurs lettres de naturalisation dans le traitement du diabète sucré.

Au premier rang, comme efQcacité, figurent à divers titres les alcalins, les opiacés, l'arsenic, le bromure de potassium, la quinine; un second groupe comprend plusieurs agents, que l'on peut considérer comme des succédanés de ces médicaments, qui, quoique moins actifs, trouvent leur indication dans certaines conditions: tels l'antipyrine, la valériane, le fer. D'autres prennent place en dernière ligne, qui sont susceptibles de rendre des services, mais dans une sphère plus modeste et dans quelques cas spéciaux : par exemple certains antizymo tiques et les amers.

D'autre part il est indéniable qu'aucun de ces remèdes ne répond à toutes les indications thérapeutiques; ils doivent combiner leur action pour assurer à l'intervention médicatrice son maximum d'efflcacité. Rien d'étonnant d'ailleurs qu'il faille recourir à des agents qui ont des propriétés physiologiques si différentes : car, comme l'a fait remarquer Brouardel, la multiplicité des causes et des formes d'une maladie produit cet effet que des moyens multiples amènent la guérison. Inversement il est permis de dire que de la diversité des remèdes efficaces l'on peut conclure à la diversité des causes et des formes d'une maladie.

Il nous reste donc à rechercher — et c'est la partie essentielle de notre travail — dans quels cas chacune de ces médications doit être utilisée, comment on peut les mettre en œuvre simultanément ou successivement, suivant les modalités si dissemblables que revêt la maladie, en tenant largement compte des

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