CHAPITRE PREMIER
Considérations liistoi'iqiies sur la thérapeutique du diabète sucré.
Si nous ne pouvons sonyer à tracer ici un tableau chronologique de toutes les médications qui ont été préconisées dans le diabète sucré, il n'est pas sans intérêt de mettre en lumière les idées maîtresses qui ont dominé la thérapeutique depuis que l'histoire di."
UIAUKTE SUCRÉ 1
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cel élat morbide est entrée dans une phase vraiment scientifique.
Constatons, tout d'abord, que, dès la première heure, l'accord s'est établi sur un point d'importance capitale, la supériorité du traitement diététique sur hi médication pharmaceutique, et que même on s'est bien vite entendu sur les grandes lignes de cette diète alimentaire. En proscrivant dans le diabète les aliments du règne végétal au bénéfice de ceux du règne animal et des graisses, Rollo jetait les bases du régime antidiabétique que Bouchardat devait plus tard formuler dans tous ses détails et compléter par d'autres prescriptions hygiéniques. Ces errements n'ont guère trouvé d'adversaires et la controverse a porté, porte aujourd'hui encore sur des points secondaires, comme la valeur de certains régimes exclusifs, ou l'utilité soit de diverses substances destinées à remplacer les amylacés dans l'alimentation, soit de telles ou telles boissons, lait, alcools, etc.
Autant, dès le début, les assises du traitement hygiénique ont été solides, autant il y a toujours eu, autant il reste d'incertitude en ce qui concerne l'intervention pharmaceutique, et l'on peut dire, sans être taxé d'exagération, que presque toute la matière médicale a été utilisée dans le diabète sucré. Médications soi-disant rationnelles, ou pathogénétiques, fondées sur telle ou telle conception théorique de la maladie, traitements exclusivement symptomatiques ou même purement empiriques ont successivement
été préconisés.
La thérapeutique du diabète n'a-t-elle fait aucun progrès depuis un siècle ? On pourrait le croire à première vue en constatant que les médicaments les>
CONSIDÉRATIONS UISTORIQUES O
plus en laveur à l'heure actuelle sont ceux encore que Ton considérait comme de véritables panacées à une époque où l'on ne connaissait ni la glycémie physiologique, ni la fonction glycogénique du foie et où par suite l'on n'avait que les notions les plus vagues ou les plus erronées sur la nature du diabète sucré. Tel l'opium préconisé dès 177G par Dobson, tels les alcalins déjà recommandés par Willis et dont la popularité a survécu à la chute de certaines théories qui semblaient en justifier l'emploi.
On ne saurait cependant soutenir que la thérapeutique n'ait pas subi le contre-coup des recherches expérimentales et cliniques qui ont élucidé à certains égards l'histoire de celte maladie, ou qui ont fait connaître les propriétés physiologiques de telle ou telle substance médicamenteuse.
Au commencement de ce siècle, comme nous l'avons dit, deux agents pharmaceutiques seuls étaient employés dans le diabète, Vopium^ à titre de modificateur de la nutrition qu'à un examen même superficiel on voyait troublée dans cet état morbide, et les alcalins^ en raison de leur influence sur les fonctions digeslives dont la perversion constituait pour Rollo et ses successeurs immédiats le point de départ de la glycosui-ie.
La découverte de la glycémie ne changea rien à ces errements, d'autant que la théorie, aujourd'hui condamnée, de Miallie sur le défaut d'alcalinité du liquide sanguin dans le diabète ne pouvait que corroborer l'indication de la médication alcaline.
Vinrent les mémorables travaux de Claude Bernard. Bien que ce grand observateur ait eu assez de largeur de vues pour mettre ses contemporains eu garde contre toute velléité d'étayer la thérapeutique
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sur les données fort incomplètes fournies par l'expérimentation, bien qu'il eût explicitement déclaré que dans la pathogénie du diabète sucré on doit faire intervenir non seulement un trouble fonctionnel du foie ou une perturbation nerveuse, mais encore, et surtout, une perversion sans doute complexe des échanges nutritifs, on s'en tint aux résultats bruts de ses expériences sur le rôle du foie et du système nerveux dans la glycogénie pour introduire dans la thérapeutique du diabète, à côté des alcalins, les médicaments nervins, dont plusieurs n'en sont plus sortis comme le bromure de potassium et, plus tard, l'antipyrinc.
Pendant que, dans le domaine de la physiologie, les controverses continuaient autour des idées de Claude Bernard, sans élucider d'ailleurs la pathogénie du diabète , l'enquête clinique se poursuivait, celle-ci bien plus féconde.
En montrant combien sont multiples et complexes les troubles nutritifs dans le diabète, elle légitimait l'emploi des modificateurs de la nutrition tels que les alcalins ou que l'arsenic; en faisant ressortir la note adynamique de cette maladie, elle justifiait l'usage des toniques et des stimulants généraux ; en nous révélant les accidents causés par l'accumulation du glycose dans les organes ou par la déshydratation des tissus, elle établissait l'utilité des médicaments et surtout des agents hygiéniques propres à activer dans l'économie la combustion du sucre inutilisé; enfin, en mettant en lumière les relations étroites qui existent entre le diabète sucré et un état dyscrasique, l'arlhritisme, elle fournissait une donnée pathogénique qui, selon nous, doit guider l'intervention thérapeutique, du moins dans la forme la plus fréquente de cette maladie.