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AU SUJET DU PBÉCÉDENT MÉMOIRE

En démontrant, dans le Mémoire inséré récemment dans le Moniteur des Hôpitaux, sur la question à l’ordre du jour, — l’emploi de la noix vomique dans le traitement du choléra,— que le débat élevé à ce sujet ne pouvait être qu’un débat sans issue, et, dans tous les cas, sans utilité pour la pratique; qu’il en serait de ce médicament dans le choléra, comme des spécifiques les plus fameux et des recettes les plus vantées, prodigués aujourd’hui sans mesure, oubliés demain avec raison dans l’histoire de toutes les maladies; et qu’il doit en être fatalement ainsi, malgré le talent des observateurs, malgré l’efficacité des médicaments, tant que l’expérimentation restera aveuglément livrée aux inspirations du hasard ou aux banalités de la routine.... J’ai indiqué, à mon sens, les causes de l’anarchie actuelle de la thérapeutique ; j’ai énoncé tout haut une vérité que chacun murmure tout bas dans le huis-clos de sa libre pensée.

Mais, après le mal, j’ai indiqué le remède. S’il est vrai que l’on puisse substituer à cet état d’anarchie thérapeutique, dont tout le monde souffre et se plaint, dont beaucoup désirent le terme, — un principe d’ordre, d’unité, de progrès, reposant sur des expérimentations faciles à vérifier, impossibles à contredire; s’il est vrai que ce principe conduise à des applications fixes et définies, et non à des inspirations variables et contradictoires ; s’il est vrai enfin qu’au tel principe, — qu’il se nomme loi

d’analogie ou autremenl, — puisse, mieux que toute autre méthode, nous donner la clef scientifique des problèmes en discussion...., il est absolument nécessaire de compter avec ce principe et de vérifier celte loi. C’est ce dont le débat actuel sur la noix vomique vient de nous fournir l’occasion et la preuve à la fois.

Tel a été l'objet de mon Mémoire.

En le confiant au Moniteur des Hôpitaux, je ne me suis pas dissimulé les accusations dont j’allais devenir l’objet. Les hommes qui parlent sans cesse de liberté médicale, de privilèges de la pensée, de droit d’exameii, ne me pardonneront pas d’avoir discuté librement une doctrine qu’ils cherchent à étouffer dans la conspiration de leur silence. Ceux qui abusent sans mesure et sans pudeur de la méthode expérimentale, au profit de leurs intérêts ou des plus immorales fantaisies de leur imagination , ne me pardonneront pas davantage d’avoir invoqué cette méthode pour vérifier, sur le terrain des faits, une des découvertes les plus importantes de notre époque, sans péril pour personne, et toute entière au profit de l’humanité. Ceux que la passion met dans un véritable état de délire me pardonneront encore moins le dédain suprême que m’inspirent leurs injures et leurs fureurs.

Mais, il faut l’espérer à l’honneur de notre temps, il est aussi des hommes qui n’acceptent pas celle dose d’intempérance, et qui ne se laissent pas aller à celte ardeur de persécution. Souvent môme, comme l’a dit un des penseurs de notre époque (1), l’esprit humain a un penchant à croire que la justice est du côté des proscrits. Pour nous, nous connaissons, parmi nos adversaires, des esprits droits, élevés, impartiaux, amis du vrai, qu’aucun intérêt ne domine, que ta passion n’aveugle point, GU chez lesquels, du moins, elle ne saurait effacer entièrement tout sentiment de justice. Ces médecins s’inquiètent avec raison des progrès d’une doctrine dont le flot, — pour emprunter

(i) M, de Lamartine,

cette métaphore à un de ses plus ardents ennemis, — dont le flot monte sans cesse, et menace de submerger une partie de l’ancien monde médical. Ils se demandent si on ne les aurait pas trompés, en ne leur enseignant que le mépris d’une réforme qui compte déjà dans son sein tant d’intelligences d’élite ét de consciencieux travailleurs. Et ils voient bien que le moment n’est plus où il pouvait suffire dé fermer les yeux à la lumière. Aujourd’hui, il faut faire la part du dangèr, sous peine de périr.

C’est à ces médecins libres et honnêtes ijue je me suis adressé, à eux que je m’adresse encore aujourd’hui. Provoqué à la lutte, il est de l’intérêt de la vérité, il est de liibn honneur de me défendre, — non contre des injures, je laisse ces arguments aux faux sages, qui h’en ont point de meilleurs , — mais contre des sophismes dont je dois faire justice, avec la modération qui convient à la science, avec le respect que je dois à mes lecteurs.

Si jamais la passion, si jamais le parti pris de condamner, de dénigrer une vérité sans l’entendre, sans la connaître, se sont montrés dans les préoccupations de la critique, certes l’exemple en est facile à voir dans la lettre adressée par M. Fleury au Moniteur des Hôpitaux, à l’occasion de mon travail. Effectivement , ce travail, notre adversaire ne l’a pas même compris, — et les idées qu’il lui plaît d’attribuer à la doctrine hahnemannienne, il ne les connaît pas. — C’ést ce qu’il est facile de démontrer.,

M. Fleury me pose d’abord quelques questions qui montrent à quel point il est étranger à la doctrine qu’il veut discuter.

— Voici la première de ces questions :

« Je den>anderâi seulement à M. Davasse si les médications Urées du rapport qui existe entre les effets du médicament à employer et les symptômes de la maladie à guérir, ne sont pas des médications spécifiques, et

si l’École de Hahnemann a fait autre chose que substituer au spécifique de la maladie, les spécifiques des symptômes ! »

Je réponds d’abord à M. Fleury que les médications tirées du rapport entre les effets du médicament à employer et les symptômes de la maladie à guérir, ne sont pas des médications spécifiques, mais des médications indiquées. Que ce rapport soit demandé à la loi des semhlahles ou à la détermination des contraires, ce rapport constitue toujours par lui-même une indication. Les spécificiens n’en tiennent aucun compte, attendu qu’il varie beaucoup dans le cours d’une maladie, et que leur spécifique ne varie jamais. Pour eux, l’idée de syphilis, par exemple, correspond fatalement à l’idée de mercure ; ils donnent cet agent thérapeutique dans toutes les formes, à tous les degrés, dans toutes les périodes, dans toutes les affections, dans toutes les individualités de la maladie, au chancre, au bubon, à l’angine, à la gomme, à l’état cachectique, etc., etc. C’est ce que Hahnemann appelait la cure du nom.

« Cette méthode'(1) est la plus commode de toutes, celle qui, dans l’antiquité la plus reculée, a compté le plus de partisans. Le malade a-t-il la goutte, donnez-lui de l’acide sulfurique ; le remède du rhumatisme est le mercure ; le quinquina convient dans la fièvre intermittente, le simarouba dans la dyssenterie, la seille dans l’hydropisie. Ici, le nom seul de la maladie sufiBt pour déterminer l’empirique à employer un moyen dont une expérience grossière et non concluante a cru parfois remarquer les bons effets.. . Cependant, les insuccès par trop fréquents de cette pratique routinière déterminèrent de temps en temps ses partisans les moins aveugles à chercher plusieurs remèdes pour chaque nom de maladie.... On disait alors : Si A ne produit rien, prenez B, et si celui-là non plus n’a aucun effet, vous pourrez choisir parmi C, D, E, F, — et G, H et K m’ont été souvent d’un puissant secours. D’autres vantent par-déssus tout I et L. .l'en connais qui ne tarissent point dans les éloges qu’ils prodiguent à M, U et Z, à N, R ou T. — S et X ne seraient pas non plus à dédaigner dans cette maladie. Tout récemment, un Anglais a prétendu qu’il n’y avait rien de meilleur contre elle que Q ; je J’essaierai à la première occasion. »

(i) Organon, p. 6i et sq., 3® édit. iSiS.

Tel est, en effet, le bagage des spécificiens ; telle n’est point la méthode de l’École de Hahnemann.

Celte dernière École n’aurait-elle fait autre chose que substituer au spécifique de la maladie les spécifiques des symptômes..., ce serait déjà pu progrès ; mais il n’en est pas tout à fait ainsi, et M. Fleury prête à la doctrine une immense erreur. Le propre de cette doctrine est d'être opposée entièrement au spécificisme (tel que nous l’entendons), non-seulement de la maladie, mais encore des symptômes eux-mêmes. L’empirisme fondé sur ces derniers n’est point de son fait.

Hahnemann disait :

« Je ne sais lequel des deux empirismes on pourrait préférer à l’autre : le traitement da nom de la maladie, ou celui du nom de quelques symptômes.... Quoi qu’il en soit, cetto méthode avait beaucoup plus d’attraits pour les demi-savants ; elle se présentait, plus que la plupart des autres, sous les dehors du rationalisme; aussi fut-elle généralement adoptée par tous ceux qui voulaient se faire regarder comme devrais et savants médecins. De toutes les fausses méthodes curatives, c’est aussi celle-là qui duiera le plus longtemps, parce qu’elle n’oblige pas à penser et réfléchir beaucoup.... »

Cette profession de foi, à l’endroit du spécificisme des symptômes, nous semble assez nette pour que nous n’ayons aucun besoin d’insister.

Ce qui a été cause de l’erreur de M. Fleury, c’est évidemment ce terme de spécifique, appliqué par Hahnemann dans un sens qui n’est pas celui qui lui est donné en général. Pour ce dernier auteur, un médicament est spécifique lorsqu’il répond à l’msemble des signes de la maladie , dans son individualisation même; c’est le médicament approprié, efficace , spécifique ou homœopathique; c’est le médicament le mieux indiqué, non point contre un symptôme ou la série successive des symptômes, mais d’après l’ensemble des indications.

(t Plus la maladie aiguë est-intense, dit Hahnemann, plusles symptômes qui la composent sont ordinairement nombreux, et plus il est facile de trouver un remède qui lui convienne. »

C’est-à-dire, le médicament est d’autant plus spécifique qu’il convient au plus grand nombre de circonstances données.

Soit le symptôme vomissement. — L’École de Hahnemann a-t-elle un spécifique contre ce symptôme? Pas le moins du monde. Tous les médicaments , peut-être sans exception , peuvent être indiqués. Cela dépend des caractères de ce symptôme, des circonstances dans lesquelles il se produit, des causes qui l’amènent, des éléments divers dont il s’accompagne, en un mot, de l’ensemble des phénomènes que présente non-seulement le vomissement, mais encore le malade qui est le sujet à traiter. Il en est ainsi des autres symptômes. Or, y a-t-il rien de moins spécifique, dans le sens ordinaire, qu’une médication qui peut combattre, suivant l’indication, un simple symptôme avec une diversité infinie de moyens ?

Si M. Fleury avait voulu se donner la peine de méditer un moment les idées hahnemaniennes,i( ne nous aurait pas adressé sa première question.

— Voici la seconde •

« Nous déclarons hautement que nous sommes'prêt à renier Hippocrate et à adorer Hahnemann, si M.Davasse peut nous mettre à même, par l’emploi successif des spécifiques homœopalhiques, dp combattre viclorieusement, les uns après les autres, les symptômes dont se compose le choléra ou toute autre maladie. »

Nous ne demandons pas à nos adversaires de renier Hippocrate et d’adorer Hahnemann. Nous ne leur demandons qp’une chose juste : c’est d’étudier avec conscience, sans parti pris, en dehors de tout préjugé, en un mot comme il convient à des savants, la thérapeutique expérimentale dont Hahnemann est le fondateur.

Quand ils auront appris à la connaître, quand ils l’auront vérifiée sur le terrain de l’observation, alors nous serons bien près de nous entendre : pour ma part, j’en suis convaincu.

En attendant, je puis répondre à M. Fleury que cette méthode

ne consiste pas à combattre far l’emploi successif des specif~ çMe«,viciürieusement, et les uns après les autres les symptômes des maladies. Elle consiste à trouver le médicament le plus efficace, celui qui convient le mieux contre l’ensemble des symptômes et des circonstances de la maladie. Et puisque l’on nous cite le choléra, restons sur ce terrain.

Il y a une chose, ce me semble, bien digne de la méditation des observateurs : c’est que, pendant que les médecins de l’École ancienne ont épuisé, sans aucun succès réel, tous les agents de la matière médicale, et ne savent plus , dans cette maladie, à quelle thérapeutique se vouer, —les médecins de l’École hahnemanienne sont parfaitement fixés sur les médications à employer, et n’ont entre eux ni doute ni querelles à ce sujet. Il y a mieux, lorsque la première épidémie s’avançait vers l’Europe, avant même son apparition, un grand nombre de ces derniers médecins, se préparant à combattre ce fléau redoutable, avaient déjà déterminé scientifiquement les moyens les meilleurs à lui opposer. Dans tons les travaux qui parurent alors au sein de l’Allemagne et de la Russie, toutes les déterminations furent unanimes ; et partout l'ellébore blanc, le cuivre, l’arsenic, etc., etc., furent, suivant les indications, les médications proposées. L’épidémie se montra, fut combattue immédiatement par ces moyens; et le succès vint couronner la doctrine expérimentée. Plus tard, lorsque de nouvelles substances furent étudiées, lorsque les effets physiologiques du laoliésis et de ^acide cyanhydrique îor&n\. reconnus, ceux-ci trouvèrent aussitôt leur place dans les indications du choléra. Tons ces médicaments depuis cette époque et dans les trois épidémies qui se sont succédées, ont été consacrés dans la théorie, vérifiés dans la pratique. Et il n’y a jamais eu un doute ou un dissentiment à leur égard. C’est un traitement fait, défini, et qui, tout au plus, peut être perfectionné. Je pourrais citer ici plus d’une statistique concluante à cet égard. M. le docteur Imbert en a déjà indiqué quelques-unes récemment; je me contenterai de rapporter la suivante, parce qu’elle est une des plus anciennes, remontant déjà à 1831. C’est l’extrait d’une lettre {Archives de

Slapf, 11® volume), du docteur Seider, dans le gouvernement de Twer :

(t J’ai eu jusqu’à présent, dit ce médecin, en traitement 209 malades du choléra.

« Sur ce nombre, 93 ne voulurent pas se soumettre à la méthode homœopathique, et je dus, contre ma volonté, les soigner allopathiquement. Il en mourut 69.

•t Sur malades, traités homœopathiquement [welch ein triumph für Hahnemann’s Lehre!) il n’en mourut que 23.

cc Un autre médecin d’ici, qui traitait tous ses malades allopathiquement, en a perdu 70 sur 106.

« Sur 49 Roskolniki (idolâtres) qui ne prennent jamais les conseils d’un médecin, 33 moururent.

« Ainsi, l’on voit les résultats fournis par l’homoeopathie, l’allopaihia et par la nature abandonnée à elle-même. »

Je ne prétends pas tirer de ces chiffres, comme le font chaque jour nos statisticiens, des résultats absolus; mais ils suffisent pour répondre à la question posée par M. Fleury.

— Enfin, pour la dernière question qui m’est adressée :

« Nous demanderons à M. Davasse quel est l’agent toxique qui ne produit point les mêmes symptômes— aussi bien que la noix vomique? »

La réponse est écrite tout au long dans les ouvrages classiques et élémentaires de toxicologie, où l’on peut se convaincre que la noix vomique ne lue pas de la même manière, et surtout n’a point les mêmes effets toxiques (je ne parle pas seulement des effets dynamiques') qne. Vopium, la belladone, la quinine, les cantharides, etc., etc. C’est une vérité trop vulgaire et trop connue pour nous y arrêter.

Maintenant que j’ai répondu aux questions de l’auteur de la

Lettre, je dois m’occuper de ses insinuations contre mou travail.

— Si M. Fleury avait pris la peine de me lire avec attention et sans le dessein prémédité de me combattre, il ne commencerait pas par me prêter les opinions les plus diamétralement opposées à celles que j’ai exprimées. Exemple :

« Pour prouver que le rapport qui existe entre les effets des médicaments à employer et les symptômes de la maladie ci guérir prescrit d’opposer au choléra la noix vomique, M. Bavasse établit, etc., etc. »

C’est justement le contraire que j’ai eu l’honneur de prouver Au lieu de tirer, de l’analogie apparente des phénomènes médicamenteux de la noix vomique et des symptômes du choléra, l’indication thérapeutique essentielle de ce médicament contre cette maladie, j’ai montré que cette analogie n était point réelle et qu’elle ne pouvait servir à faire considérer cette médication comme capitale dans la thérapeutique du choléra. Voici mes textes à l’appui :

« Malgré l’analogie apparente des phénomènes médicamenteux de la noix vomique et des phénomènes morbides du choléra, il y a au fond une assez grande différence pour rendre l’emploi de cette substance moins sûr qu’on ne serait porté à le supposer. »

Et après avoir analysé les symptômes importants du choléramorbus, d’une part, et les phénomènes médicamenteux de la noix vomique d’autre part, je termine en disant :

« On voit par cette comparaison que, au lieu de procéder, comme le choléra, à l’extinction directe de la vie par l’annihilation des forces naturelles et vitales qui l’entretiennent, c’est plutôt par le trouble exagéré et désordonné des fonctions animales que la noix vomique exerce son action.

« De là , la recherche par les médecins de l’École hahnemannienne et l’application d’autres agents thérapeutiques, plus précieux que la noix vomique dans le traitement du choléra. »

Enfin , dans les conclusions :

« Ce médicament ne répond pas à l’ensemble des caractères et des formes du choléra-morbus. »

Ainsi donc, c’est jiistemeni le rapport lointain d’analogie entre les effets de la strydinine et les symptômes du choléra qui, loin de prescrire l’application ordinaire de ce médicament contre cette dernière maladie, ne prescrit de lui accorder qu’une importance secondaire et dans des indications très-limitées. Cependant , quelque secondaire que soit l’importance de Cet agent dans le traitement du choléra-morbus, la loi d’analogie permet encore d’en définir l’indication. Ainsi, — là où la méthode des conjectures le repousse, sans en avoir le droit, — là où la méthode des spécifiques ne trouve que des résultats contradictoires, sans en avpir la raison,—nous, nous pouvons (jonner la mesure, l’opportunité d’action, en un niot, l’indieatiqn scientifique du médicam^eqt. Et c’est ce qoe pet sonne n’avait fait jusqu’ici, en dehors de l’École de Hahnemann.

— Si M. Fleury avait compris notre travail, il ne nous accuserait pas d’avoir établi, « comme conséquence homœopathique,

« positive et expérimentale, que la noix vomique est administrée « avec succès dans le traitement des attaques convulsives, épi- « lepsie, hystérie, chorée, coqueluche, asthme, paralysie, etc. » Il n attribuerait pas davantage à ma méthode expérimentale la liste - au moins celle qu’il cite - des symptômes physiologiques de la noix vomique administrée à l'homme sain (1)....

M. Fleury a uti art de manier les sophismes et les artifices de la dialectique qui n’appartient qu’à lui seul. Je n’ai point établi, comme conséquence homœopathique, positive et expérimentale,’ l’administration de la noix vomique dans l’hystérie, l’épilepsie,' la chorée, etc., etc. ; ce n’est point non plus suivant les principes de ma méthode expérimentale, que j’ai indiqué les symptômes médicamenteux de la noix vomique. Tout cela n’existe que dans l’imagination de M. Fleury.

J’ai dit seulement que ce médicament, qui, au rapport de tous les auteurs, donne des spasmes, des secousses convulsives, des

(i) Liste à laquelle M. Fleury ajoute, de son chef, ta mort, avec un poiiil d’exclamation.

contractures,a été employé par Sidren, Lichtenstein , Buchner, Junghauss, Thebesius, etc., contre l’hystérie, l’épilepsie, la chorée ; que le même médicament, qui, au rapport de Gi'imm , de Giacomini, de Fouquier, etc., donne des paralysies , des amauroses , la rétention d’urine, a été employé contre la paralysie , l’amaurose, la rétention d’urine, par Becker, Fouquier, M. Andral, etc.; que le même médicament, qui donne des symptômes dyssentériques et cardialgiques, a été employé contre la dyssenlerie et la cardialgie, par Odhélius, Dalbérg, Horn, Kevermann, Voigtel, Niemann , Schmidtmann , etc. ; enfin , que cet agent toxique, qui|donne des crampes, des vomissements, des déjections alvioes, des phénomènes asphyxiques, a été et est préconisé aujourd’hui contre le choléra, maladie dont les symptômes ont, au moins en apparence, une certaine analogie avec les phénomènes de la noix vomique.

Voilà les faits qu’il nous a paru intéressant de citer. Ces faits, nous les avons empruntés, pour le plus grand nombre, aux auteurs qui ont précédé le célèbre fondateur de la réforme thérapeutique moderne, ou même à ceux qui opt été depuis ses adversaires. Mais ce n’est point avec de pareilles données que j’ai voulu préciser, d’une part, la liste exacte des effets médicamenteux de la noix vomique, d’autre part, la loi expérimentale de ses indications positives dans les maladies dont je viens de parler. L’on ne trouve, dans ces données, que des résultats empiriques , sans apparence d’indication ; c’est là , justement, la méthode aveugle que nous combattons avec énergie. Nous ne révoquons pas en doute, nous, des témoignages aussi importants. Nous croyons parfaitement que la noix vomique a pu guérir les maladies dont il est question ; mais, dans quelles circontances, suivant quelle indication , d’après quels rapports ? Voilà ce dont les auteurs ne disent jamais le premier mot, — ce mot qu'il importerait tant de connaître, — et ce qui fait le vice de leur méthode, comme la stérilité de leurs succès. Il n’y a pas de maladie contre laquelle on n’ait vanté mille moyens plus efficaces les uns que les autres. 11 n’y a pas de médicament que l’on n’ait essayé avec bonheur contre le plus grand nombre de maladies;

mais, à part quelques exceptions de hasard, peut-être, — à part les indications de Hahnemann surtout, —jamais on n’a essayé de préciser, jamais on n’a réussi à fixer positivement la raison du choix et l’opportunilé d’action de tels ou tels agents thérapeutiques dans telles ou telles circonstances d’une même espèce morbide. Telle est la différence radicale de la méthode que nous suivons, et qu’il ne faut pas confondre avec celle dont on a jugé à propos de nous affubler à rebours.

— SiM. Fleury avait lu, ou au moins daigné comprendre notre travail, il n’aurait point imaginé que nous avons pris la peine d’écrire un si long Mémoire dans le seul but d’exposer au monde médical les résultats de notre pratique. Nous ne sommes pas de ceux qui viennent annoncer périodiquement au public la décou verte d’un spécifique ou l’infaillibilité d’une pommade. Nous avons posé une question de principe. Dieu merci ! que nous regardons comme autrement féconde en résultats importants. Dans un problème dont la solution ne peut être laissée qu’en pure perte aux hasards des aventures ou à l’arbitraire des conjectures, nous avons appliqué l’idée mère des véritables indications. Nous avons donné la clef de ce débat. Nous avons dévoilé les tendances dissimulées de la thérapeutique actuelle. Nous avons indiqué quel doit être désormais son véritable but. El ce but est assez sérieux pour mériter de notre part certains développements que nous ne croyons pas sans utilité, — surtout à l’adresse de nos contradicteurs.

— Enfin, si M. Fleury avait bien voulu comprendre l’esprit de notre article, il ne nous reprocherait pas d’avoir produit un factum homœopathique déguisé. Il nous semble que rien n’est moins déguisé que notre travail. Lorsque nous voyons les observateurs modernes trouver dans leurs seules inspirations les découvertes depuis longtemps indiquées par Hahnemann ; lorsque nous les voyons n’affecter que le silence et le mépris à Fégard de ce pauvre rêveur qu’ils viennent de détrousser ; lorsque nous les prenons, enfin, en flagrant délit de. plagiat scientifique et

d’hümœopalhie dissimulée , — c’est nous qui serions précisément les complices des adversaires que nous accusons!.

M. Fleury, tout accoutumé qu’il puisse être aux artifices de langage, fera difficilement passer celui-là !

Est-ce que nous n’avons pas affirmé hautement le principe de Hahnemann à chaque page de notre travail? Est-ce que nous n’avons pas proclamé la méthode des analogies positives comme éminemment scientifique et féconde en sérieuses applications? Est-ce qu’elle n’a pas été notre guide dans la recherche de la valeur de la noix vomique dans le traitement du choléra? Est-ce que ce n’est pas elle seule qui nous a servi à en fixer les véritables indications? Bien plus, est-ce que nous ne l’avons pas vérifié, ce principe même, dans ses applications posologiques les plus variées, et, — « à ces doses , avons-nous dit, que certains « esprits prévenus et habitués aux seules actions toxiques, ne « manqueront pas de iromar ridicules, parce que n’ayant ja- « mais pris la peine de les expérimenter, ils ne les connaissent « pas? V Est-ce que ceci n’est pas assez clair :

' « Depuis cette époque, j’ai donné la noix vomique à des doses très-variées, et, dans ces derniers temps, dans un étal d'atténuation extrême. Et ce qu’il y a eu de fort remarquable, c’est que l’action de ce médicament ne s’est assez souvent manifestée, dans certaines gastralgies fort aiguës ou fort rebelles, que lorsqu’il était administré à des doses très-atlénuées et sous forme de dilutions homœopathiques. »

Enfin n’ai-je pas appelé, en terminant, l’attention sérieuse de mes confrères et l’épreuve décisive de l’expérience sur ces atténuations mal appréciées et dont l’échelle posologique n’est pas encore assez complètement connue?

Ah! voilà ce qui chagrine notre confrère, c’est que je n’ai pas voulu fixer la limite de cette posologie. Non, certes, et je m’en garde bien. L'immense travail de Halineman n’est point complet ; il ne saurait être encore le dernier mot de la vérité. Mais c’est un progrès que l’observation vérifie chaque jour, et que le temps complétera. Pour nous, nous y travaillons. Nous y travaillons

au nom de l'observation, au nom de celte méthode expérimentale, dont il est plus aisé à tant de prétendus philosophes d’exploiter le nom que d’en comprendre l’esprit et surtout d’en pratiquer les devoirs.

Certes, si question fut plus importante à vérifier sur le terrain de la méthode expérimentale, si jamais occasion plus propice fut donnée à ces partisans fanatiques de l’École de Bacon (un nom dont on abuse beaucoup aujourd’hui), n’est-ée point à l’occasion de ce nouveau travail d’expérimentation positive et régulière, que le génie de Hahnemann nous a laissé, et devant lequel les observateurs et les expérimentateurs de profession ont reculé, ou n’ont trouvé à répondre que par des lazzi!...

Entre ces expérimentateurs qui poursuivent l’expérimentation de leurs sarcasmes, et nous qui nous contenions de vérifier sur le terrain des faits une question d’observation et d’expérience, sans nous laisser détourner par les préjugés du moment, l’histoire inflexible jugera quelque jour qui d’eux ou de nous a porté le masque de l’observation et joué la comédie de la méthode expérimentale?Qui d’eux ou de nous a insulté aux franchises de la libre pensée et s’est moqué des obligations que la science impose.... ? Patience ! Le temps est père de vérité.

Il est encore une autre chose, je pense , qui a pu inspirer à M. Fleury son étrange reproche d’homœopathie déguisée. C’est le soin que j’ai pris, que j’ai même affecté dans mon travail, d’éviter les appellations si malséantes A'homœopathie et ^allopathie.

A mes yeux, une des premières causes qui jettent la discorde au milieu du monde médical et le séparent en deux camps ennemis et irrités, un des plus grands obstacles qui s’opposent à leur réconciliation si désirable, consistent dans ces épithètes dont l’esprit semble ne réveiller qu’une fausse idée de schisme ou une intention d’offense plus regrettable encore. Nous savons tous le mal qu’a fait longtemps à la vérité et aux partisans de la grande découverte de Harvey la qualification de circulateurs. Nous ne voulons pas renouveler ces disputes malheureuses. Nous

ne voulons pas épouser cette triste querelle de mots. Nous pensons que les vérités ne doivent pus mutuellement s’exclure, et qu’il faut laisser aux erreurs seules l’habitude de se prendre aux cheveux.

Oublions ces petites misères indignes de la science pour nous retrouver tous ensemble sur le terrain de la tradition et la voie du progrès. Lorsqu’une vérité est proclamée par la moitié de l’Europe savante, de quel droit l’exclure, pourquoi ne pas la vérifier? Ne dirait-on pas que la thérapeuiique des Ecoles est une Arche sainte à laquelle on ne puisse toucher, et que les décrets de la Faculté soient autant d’articles de foi, au-dessus de toute discussion ? Ne voit-on pas, au contraire, que tout est confusion dans les idées et le langage de cette véritable tour de Babel?

Comprenons n)ieux le génie de la médecine. Entrons dans ce nouvel horizon de la thérapeutique.expérimentale où doivent se rencontrer et se concilier un jour les hommes de bonne foi et de bonne volonté.... Et enaiiendant, quoi qu’il arrive, soyons toujours, restons surtout médecins : — c’est le seul nom qui nous convienne, c’est le seul titre que nous voulons porter.

Jules Datasse.

Paris, 25 septembre 1854.

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