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Thérapeutique magnétique règles de l'application du magnétisme a l'expérimentation pure et au traitement des malades par m. le baron Du Potet

RÈGLES DE L’APPLICATION DU MAGNÉTISME A L’EXPÉRIMENTATION PURE ET AU TRAITEMENT DES MALADIES; SPIRITUALISME, SON PRINCIPE ET SES PHÉNOMÈNES

C'est une chose étonnante que le mépris fréquent des hommes intelligents pour les petits commencements des grandes choses

Piuksb.

Il y a quarante et quelques années que j’aperçus, pour la première fois, les phénomènes magnétiques; j’éprouvai alors un singulier frisson dont mon organisation fut ébranlée et je me dis : Si ces phénomènes sont vrais, si surtout l’imagination n’y joue qu’un rôle secondaire, si enfin on peut soumettre à une étude rationnelle ces manifestations, il doit en résulter à coup sûr une révolution dans les sciences et plus tard dans l’humanité. Bientôt moi-même produisant de mes mains et de ma pensée tout ce que j’avais vu produire par d’autres personnes, j’eus des in-

somnies;je ne pouvais en croire mes sens, et ma raison ne pouvant expliquer ni me faire comprendre ces divins enchantements, je restai confondu.

Quoi ! me dis-je , la science reste muette à la vue de tant de richesses, et la nation trompée ne sait pas même qu’une force mystérieuse qui peut venir en aide à la médecine, guérir ou soulager les maux, a été découverte ; on ignore jusqu’à l’existence en nous d’un pareil don de la Providence! Et je me mis à réfléchir, à chercher comment, par quel moyen on pourrait arriver à foire pénétrer dans les croyances la réalité des saisissants phénomènes du magnétisme, et faire entrer dans la science, de gré ou de force, la vérité méconnue.

Ma détermination pour arriver à ce but fut complète, entière; je vouai ma vie à l’accomplissement de ce projet: aujourd’hui je me loue d’avoir ainsi fixé mes idées à un âge où rien n'est sérieux encore, où la maturité de la raison ne se montre point. En réfléchissant sur ce passé, en me rappelant les luttes, les combats qu’il me fallut soutenir, j’ai cru souvent qu’un bienfaisant génie m’avait inspiré et qu’il m’avait empêché de faillir: les tristesses démon esprit ne durèrent jamais qu’un moment, elles étaient bientôt remplacées par une indicible joie. Cette joie était-elle due à des encouragements? non, je n’en recevais point, au contraire. Venait-elle d’une illusion produite par des rêves de fortune? non encore. Captivé par l’étude, je ne voyais que les créations sublimes dont j’étais l’instrument : le démon seul inspire de mauvaises pensées et produit à nos yeux le

séduisant mirage de ia richesse, afin que les vices qu’elle engendre viennent corrompre l’âme pour la rendre impropre aux grandes choses; — c’est donc par une autre voie que je reçus cette sorte de baptême qui purifie et ennoblit les actions.

Un jour, si l’on veut bien se souvenir de moi, en résumant les travaux que j’ai accomplis on se demandera si un homme a pu faire tant de choses sans être soutenu, encouragé, sans se montrer jamais fatigué; on se demandera la cause de cette persévérance et l’on cherchera sans doute aussi la source d’où cette force m’était venue, ce qui enfin m’avait donné cette foi robuste qui ne me quitta jamais. Pour deviner ma vocation, il faudra se placer à mon point de vue et avoir éprouvé le charme que causent les choses jusque-là inconnues des mortels; — j’étais plus émerveillé que le voyageur qui arrivant dans un pays lointain contemple avec ravissement les productions d’un sol où tout est nouveau et luxuriant. Revenu un peu de ' mon étonnement, je m’interrogeais sans cesse pour ne point admettre d’erreur, et me rendre capable un jour de peindre et de transmettre la vérité : je me préparais ainsi à remplir dignement le vœu que j’avais formé de la faire pénétrer partout, ainsi que les procédés qui avaient servi à asseoir mes convictions. Ce n’était point seulement les faits que je me promettais de dévoiler, mais surtout les bienfaits de cet art nouveau.

Je ne dirai point et mes impuissants efforts près des hommes de science, et mes démonstrations sans résultat

h THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.

près des médecins, et l’inutilité d’abord de mes nombreux appels au public : le monde semblait être sourd et aveugle pour moi. Je ne désespérai jamais néanmoins ; ces luttes même trempèrent mon âme et donnèrent à mon caractère une fermeté que je n’eusse peut-être jamais eue sans elles.

Si mes nombreuses tentatives n’eurent pas toujours le succès immédiatement apparent que je recherchais, elles ne furent pas inutiles cependant, elles préparèrent pour un avenir prochain le triomphe du magnétisme, de cet agent, si longtemps méconnu, qui est appelé à faire tant de bien aux hommes. Aujourd’hui cette semence a germé dans des intelligences d’élite et rapporté des fleurs et des fruits délicieux ; mais le peuple qui ne reçoit jamais que de faibles rayons des connaissances humaines, qui n’a ni le temps, ni les moyens de les recueillir et de jouir de leurs bienfaits, n’a point été à mon gré assez pénétré de cette vérité; car le magnétisme, cette découverte providentielle, semble avoir pour mission de lui donner ce qui lui a toujours manqué, un moyen naturel, simple, facile de soulager ses misères, de devenir en peu d’instants médecin sans aller aux écoles publiques et de le pénétrer en même temps d’une philosophie douce et consolante, autant que merveilleuse dans son principe. En effet tous les hommes sont sensibles aux œuvres de bien, leur cœur s’émeut sans qu’il soit besoin de discours et de paroles pour agir sur leurs sentiments, leur horizon même s'agrandit, tout ce qui est abject déplaît par la simple comparaison de ce qui est bien avec ce qui est mal. Le magnétisme plus que toute autre

découverte agit ainsi sur tous; il évoque tout ce qu’il y a de nobles passions chez les êtres, il tire de leur assoupissement les facultés de l’ôme qui étaient endormies et fait vivre d’une double vie tous ceux qui s’en pénètrent.

Non, ce n’est point un vain songe, les résultats sont tels que je les dépeins et j’ai mille témoignages irréfragables qui prouvent tout ce qu’il y a de moralisant au fond de cette vérité bien comprise. La voyez-vous au séjour de la douleur y portant la joie et l’espérance, calmant les maux et éclairant l’esprit ! La Voyez-vous, révélant à l'homme le plus ignorant le pouvoir divin que Dieu a mis en lui, comme en toute créature, et l’appelant h une fraternité universelle basée non sur une utopie ou sur des lois humaines, mais sur une loi divine qui se révèle dans le moment même où l’homme, étendant la main pour soulager son frère, donne une petite partie de sa vitalité à celui qui souffre et pour lequel la nature s’était montrée avare.

Oh ! que de joies et de délices nous entrevoyons ! Quel lien puissant va resserrer les hommes entre eux, quelle harmonie s’établira lorsque tous les hommes sauront qu’ils peuvent mutuellement se venir en aide et rétablir des sympathies que les intérêts ont détruites ! Oui ce qui a divisé les hommes, fait naître l’égoïsme, ruiné la morale, c’est l’ignorance des divins préceptes du Christ, de ce grand moralisateur et guérisseur dont la vie ne fut jamais comprise, ni les œuvres jamais imitées ! Pourtant il avait dit : Crois et étends les mains sur les malades et ils guériront! S’il ne parla point d’école de médecine, de pharmacie ,

de médicament, c’est qu’il voulait par là apprendre aux hommes à tirer tout d’eux -mêmes sans craindre d’épuiser jamais la source de leurs bienfaits. Oui, c’est une loi absolue que la vie seule peut donner la vie, et c’est en vain que la science en s’en écartant a cherché à la remplacer. Ses efforts impuissants sont là pour attester le néant des conceptions humaines, lorsque l’esprit s’éloigne du principe même qui constitue les êtres. Bientôt on verra la plus grande partie des maux qui affligent les hommes disparaître de la terre, lorsque les hommes se pénétrant de leur pouvoir sauront en user.

Les maux ne sont terribles que parce que l’on ne sait pas en arrêter le premier effet, et qu’on laisse ainsi les désordres se perpétuer par l’ignorance où l’on est de l’existence d’un agent qui guérit. Quand au premier cri d’un être souffrant, un ami, un parent, un étranger même dira à la douleur : «arrête-toi! » la douleur s’arrêtera. Pour concevoir une telle possibilité il faudra, nous le savons, en démontrer des milliers de fois l’évidence, conduire la main de l’incrédule sur le siège même des douleurs d’autrui, appeler tous ses sens à constater le travail réparateur que la nature commence immédiatement au moment même où l’agent béni pénètre dans les chairs.

Mais sans plus nous étendre sur une vérité si grande et qui recevra tout à l’heure sa sanction, nous renvoyons le lecteur aux démonstrations raisonnées que nous allons en faire sous ses yeux, afin qu’ayant les moyens de procéder qui nous ont servi à acquérir une conviction inébran-

labié, il puisse lui-même, par de simples efforts de volonté, provoquer la nature à des actes ostensibles qui donnent la mesure de son pouvoir lorsqu’on sait l’aider dans ses opérations, et des chefs-d’œuvre qu’elle peut accomplir quand on augmente sa puissance.

Cet ouvrage n’a rien de commun avec tous ceux qui ont vu le jour jusqu'ici touchant la médecine, les annuaires de santé, les manuels d’hygiène, les moyens de se guérir soi-même et cent traités différents qui n’ont à nos yeux qu’une valeur secondaire quoique -écrits dans l’intention de faire du bien aux hommes. Toutes leurs pratiques basées sur l’action des remèdes, sur les vertus de quelques-uns d’entre eux ramènent, par conséquent, à la médecine des écoles; nous n’en dirons ni bien ni mal. Nous avons pour nous une pensée plus élevée, nous voulons enseigner un art plus efficace et plus simple où les médicaments, s’ils n’en sont point bannis, n’occuperont plus que le second rang. Nous n’emploierons pas les termes consacrés par la. science pour peindre les maladies et leurs ravages; notre langage aura cette simplicité qui ne demande pour être comprise que le bon sens et l’intelligence commune. Plaise à Dieu que ce que nous allons écrire devienne l’évangile du peuple! un bien immense sera réalisé et nous aurons rempli notre mission, accompli notre vœu le plus cher, payé notre dette à l’humanité.

Qui que tu sois, forgeron, mécanicien, laboureur, soldat, marchand, bouvier, etc... prends ce que nous allons te donner, cherche à te pénétrer des principes que

tu vas lire et utilise-les. N’envie point l’or du riche, ni la science du médecin, ni l’une ni l’autre ne peuvent rien pour soulager tes misères physiques ni celle des êtres que tu chéris : le bien le plus précieux, c’est la santé; à quoi te servirait l’or si tu ne peux faire usage de tes bras, la science du médecin, si elle ne peut faire cesser la débilité de tes organes? Les paroles de consolation que l’on t’apportera dans tes souffrances seront toujours impuissantes, si l’on ne sait en même temps faire pénétrer en toi la vie qui donne seule la joie et la santé. Imite le jardinier près d’une plante qui s’étiole et va périr brûlée par le soleil, vois-le verser cette eau fécondante qui, en humectant la terre, produit une nouvelle sève et fait revivre ainsi, contre toute espérance, ce qui allait périr : — il est le vrai médecin des plantes de son jardin et pour tout ce qui souffre n’emploie que le même remède.

Souviens-toi que ton organisation recèle le principe de toutes choses, que ce qui te soutient n’est qu’un fluide dont la privation donne la mort et dont la présence donne la vie. Souviens-toi que la nature n’a pas besoin d’auxiliaire sans doute quand elle est assez forte d’elle-même ; mais lorsqu’elle défaille il lui faut l’élément qui lui manque pour rétablir le jeu des organes et la santé.

Apprends donc à répandre avec abondance ce fluide régénérateur ; verse-le sur celui qui souffre, qui languit, et tu verras de suite ses bienfaits. Si tu n’attends pas trop tard pour accomplir cette œuvre, tu verras la mort s’enfuir à ton approche et la sève humaine reparaître dans les par-

ties desséchées ou brûlées par les matériaux subtils qui avaient envahi et pénétré le corps du malade; tu verras celui-ci te tendre les bras, t’appeler, se plaindre de ton absence lorsqu’il aura une fois senti circuler en lui ce bienfaisant magnétisme. Une douce sympathie t’attachera, t’entraînera vers lui, tu sentiras que tu es maître de sa vie et qu’il ne t’est plus permis de l’abandonner. Va, va, crois-moi, si tu m’écoutes et suis mes enseignements, ton cœur se dilatera et tu comprendras que tu as en toi quelque chose de la divinité.

Laisse rire ces raisonneurs insensés qui chercheront à te détourner de cette œuvre de bien, ne prends pas garde aux discours de ces savants Esculapes qui, ne sachant point se guérir eux-mêmes, cherchent pourtant à s’imposer à toi comme ministres de la santé. Montre-toi sourd à tous ces commérages, à ces interprétations vulgaires nées de l’ignorance, comme à ces erreurs de la foule et à ces sermons menteurs par lesquels on chercherait à rendre odieuse à ton esprit la pratique la plus sainte en la présentant comme suggérée par Satan, comme si l’agent du mal pouvait réaliser un bien, comme si Dieu avait trompé sa créature en lui révélant les moyens de se conserver ! Écoute les sentiments seuls de ton cœur et bientôt ton intelligence éclairée te donnera la force que tu cherchais, l’énergie qui tout à l’heure te manquait. Approche-toi résolûment de l’être souffrant, ne lui demande pas de croire en ta puissance, sois sans orgueil, sans vanité, car ce que tu vas donner tous les hommes le possèdent, — Dieu n’a point accordé

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de privilèges en ce genre, il nous a tous pétris du même limon et do ce limon, chez tous, s’extrait la force que tu vas dépenser. — En fuisant ainsi le bien, tu mériteras qu’un jour il te soit fait de même, tu recueilleras selon que tu auras semé.

A chaque instant tu vois disparaître d’auprès de toi de jeunes êtres pour lesquels la science a été stérile; tu vois les épidémies faire tomber avant le temps ces épis humains sans qu’ils aient eu le tetnps nécessaire pour répandre autour d’eux la vie qu’ils ont reçue; tu vois les hôpitaux se remplir de malheureux que la mort va également saisir ; que ce spectacle soit toujours présent à ton esprit, afin qu’il te fasse comprendre que ces désastres sont dus à l’ignorance des hommes, à l’incapacité des savants et non pas à la nature qui n'en fut pas seule coupable. Tout te dira bientôt, si tu te recueilles, qu’un remède à tant de maux doit exister, et que, dans son incurie, la science l’a cherché où il ne pouvait être. Ne maudis pourtant aucun de ces hommes, car ils furent comme tous victimes de leur art mensonger et de leurs fausses vertus.

Ne cherche point par ta parole à défendre la vérité près de ces sophistes, laisse parler les faits, produis-les nombreux sans chercher à sonder les secrets de la nature, car cela ne peut t’appartenir d’abord : Dieu pour ceci a fait des privilégiés, il a créé le génie qui conçoit, l’intelligence qui rassemble et coordonne les faits et en trouve la loi. — Aie la simplicité des apôtres, hommes du peuple comme toi, et sans nulle science, ils enseignaient les

moyens do bien faire sans pour cela se croire des savants ; ils touchaient et guérissaient les malades comme leur Maître, nul d’entre eux cependant ne se crut son égal.

Peu à peu tu acquerras les connaissances nécessaires, tu agiras avec méthode ; petit à petit on te croira et tu verras se grouper autour de toi non-seulement ceux qui souffrent, mais tous ceux qui ont un cœur compatissant : Ainsi se sont répandues les diverses croyances qui ont fondé la morale et tiré les hommes de l’abject sensualisme.

Les heures écoulées dans la débauche, les forces dépensées à des jeux inutiles peuvent devenir fécondes si tu sais et veux les employer autrement : on te verra plus souvent au chevet des malades, et fuyant désormais les lieux où s’éteint la raison, où s’épuise la vie, ton organisation recevra un plus parfait développement.

Ah! sans doute on ne te parla jamais ainsi, et pour te détourner d'un chemin fatal on ne sut point en appeler à ta dignité et te révéler tes hautes destinées. On te parla de liberté, d’indépendance.... On t'apprit à mépriser cette voix secrète qui parle à tous et cherche à faire comprendre à l’homme que, passager sur cette terre, il n’est grand que par le bien qu’il fait, qu’il a une autre destinée, qu’il ne s’appartient môme point, mais que tout appartient au Créateur de toute chose, et que tout ce que nous en avons reçu doit lui être remis. On t’a tenu dans une complète ignorance sur une science innée qui se répand aujourd'hui, et que toi-méine constateras bientôt dans le sommeil que tu sauras faire naître, sommeil où des êtres

sans science acquise révéleront ce qui est nécessaire à tes besoins et aux leurs, tout ce qui peut suffire enfin pour t’éclairer et accomplir ta destinée. Puis d’innombrables phénomènes résultant de ton action et de ta pensée persévérante t’éclaireront sur l’infini qui nous environne, sur la vanité des sciences qui prétendent égalera puissance du Créateur.

Si mon langage n’est point pour toi persuasif, si tu refuses de marcher dans la voie que je t’indique, tu resteras ce que tu es, aveugle: la nature jamais ne te fera comprendre scs divines harmonies. Exploité par tous les charlatans, trompé par tous les faux savants, tu t’achemineras vers le fossé où tous font la culbute, sans rien savoir de la vie, disparaissant sans laisser un souvenir.

Quoi qu’il en soit, je vais te dévoiler des mystères secrets, une science dont s’honoraient les hommes les plus illustres de l’antiquité, que recherchaient les chefs suprêmes des empires. Tu sauras si tu veux dans un instant ce que nos savants ignorent, ce que nos prêtres refusent d’apprendre, ce qui enfin se pratiquait dans les temples et fut reçu comme un présent de la divinité.

Tous les écrits sur la philosophie nous apprennent bien peu sur la vie et sur l’âme, la pensée va plus loin ; un divin instinct nous avertit que ce que la raison nous représente comme mort est animé, vit de sa propre vie, et que, de plus, rien ne périt. Le magnétisme, par sa vivante action, par les prodiges que celle-ci détermine, fait présager que ce monde va sortir de ses incertitudes touchant l’âme et son immortalité.

Philosophes, vous cherchiez l’agent qui, dans toute la nature, imprime le mouvement et donne la forme aux êtres? 11 est trouvé, nous le possédons enfin. Vous demandiez si la vie humaine n’était qu’un accident, et la mort le néant? Le magnétisme vous répondra désormais en faisant reparaître l’Esprit, cette pure essence que vous croyiez matière et périssable, sous la forme même que Dieu lui a donnée et qu’elle doit toujours conserver, car c’est une loi. Vous demandiez où commençait la vie? Elle ne commence pas, elle se continue ; — la source n’en tarira pus plus que celle qui donna naissance à l’immensité des mers.

Vous demandiez si nous étions avant de naître? Cette question sera bientôt résolue. Si nous serons après la mort? Les morts vous toucheront du bout de leurs doigts pour vous avertir et vous convaincre qu’ils sont autour de vous, qu’ils peuvent communiquer avec vous-mêmes.

Vous demandiez à ce monde inconnu de se révéler matériellement comme si la chose était possible? Ce monde est venu parmi nous et s’est joué des lois que vous aviez établies touchant la matière et sa gravitation : les meubles les plus pesants ont été enlevés de terre et soutenus dans l’espace, sans qu’on ait pu saisir les mains invisibles qui rompaient ainsi des lois que vous croyiez certaines et immuables.

Vous demandiez si l’Intelligence était en dehors de la vie? Des musiciens invisibles se sont fait entendre sur des instruments qui servaient à vous exercer vous-mêmes; et,

chose plus merveilleuse, sur des instruments que l’on n’apercevait point.

Dans votre orgueil de vivant, vous croyiez que les morts ne pourraient rien sur vous, que votre moi, votre personnalité était inattaquable? C’est un jeu pour eux de briser les ressorts de votre machine et de vous courber comme un roseau.

Philosophes, vous demandiez aux morts des preuves évidentes de leur venue parmi nous, en insultant â leurs mânes, en vous moquant de la crédule antiquité? En Amérique, en France, en Angleterre, des phénomènes nouveaux attestent que nos pères étaient plus savants que nous: les morts n’ont pas grand souci des savants et de nos myopes académiciens, ils ne sont plus solliciteurs de croix ni de pensions ; ils se rient des commissions d’enquête, de leurs attestations; ils laissent les savants dans leurs illusions, dans le bourbier d’où ils sont sortis eux-mêmes, pour ne rien changer sans doute aux brillantes destinées qu’ils se promettent, pour ne point détruire leur éphémère et vaine immortalité; car, semblables à des locomotives, ils passent laissant seulement leur fumée.

Vous vouliez que les morts comparussent devant vous comme d’humbles sujets devant leur roi? il fallait qu’ils s’inclinassent devant votre impuissance pour justifier de leur identité? S’ils ne sont pas en tout semblables à nous, les morts n’en ont pas moins leur orgueil; nous ne pouvons les contraindre, ils choisissent leur moment et font ce qui leur plaît ; — mais ils ont des sympathies, ils obéissent

à de mystérieuses attractions dont on ignore l’existence ; et si la terre est notre domaine, l’espace est leur royaume. De loin comme de près, pénétrant nos pensées, secondant nos désirs, ils pénètrent chez nous avec éclat ou y entrent sans bruit. Tous ne sont pas bons, il s’en faut de beaucoup; plusieurs sont vantards, espiègles ou menteurs, — peut-être de leur vivant furent-ils tenus pour des savants. Souvent ils donnent de funestes conseils, font de fausses prophéties ; cela prouve, à n’en pas douter, qu’ils vécurent parmi nous, mais qu’en nous quittant ils emportèrent et nos misères et nos passions : par l’affranchissement de la matière ils n’avaient conquis que la liberté!

Mais que vient conter ce rêveur hébété ? vont dire nos savants et tous leurs satellites. Nous prend-il pour des enfants à qui on peut, comptant sur leur crédulité, lire les Mille et une Nuits?.. . — Celui qui écrivit ce livre en savait plus que vous, et s’il berça l’enfance par ses enchantements, remise entre vos mains la jeunesse fut flétrie; car vous ne sûtes jamais deviner ses destins : sans doute des esprits méchants et jaloux du bonheur des humains sont entrés dans vos corps, en ont durci le cœur, altéré le cerveau ; et, vous faisant mouvoir è leur guise, vous inculquant de fausses croyances, h leur instigation vous avez adoré des fétiches impuissants et chassé devant vous les génies bienfaisants qui voulaient vous éclairer; — vos mains n’ont-elles point allumé les bûchers qui les firent avant le temps remonter vers le ciel?

Un insecte presque gélatineux peut entrer dans le bois

!e plus dur, aller jusqu’à sa moelle, en corrompre l’essence et parvenir bientôt à le faire périr. Ainsi font parfois les esprits mauvais, car c’est bien par eux et sur leur mauvaises inspirations que vous préparâtes la ciguë que but Socrate; car c’est par eux sans doute encore et sur leurs conseils que Jésus fut mis en croix. Oui, c’est vous, toujours vous qui, en proie au même délire, pesiez de tout votre poids sur les épaules de Galilée pour qu’il se mît à genoux! Qui jeta au vent les cendres de Jeanne d’Arc? Vous, ou des frères en proie à la même domination, ou dont l’éducation vous avait été confiée.

Mais sans aller aussi loin chercher les preuves de vos méfaits, c’est vous qui avez laissé Képler mourir dans la pauvreté, qui avez jeté Ramus par les fenêtres de sa

propre maison

et contraint Mesmer de quitter sa patrie

pour venir à Paris subir de votre part une nouvelle et plus cruelle ignominie.

Oui, ce monde est incité par de mauvais génies : vous 11e le croyez pas maintenant, bientôt vous n’en douterez plus. Vos édifices religieux crouleront sur vos têtes, car inspirées par vos savantes leçons , les générations qui s'avancent auront l’esprit troublé : voilà ce que voient et disent les bons esprits, ceux-là même dont vous niez l’existence et dont je ne suis en ce moment que l’écho plaintif et impuissant. Oui, de vos palais on forcera l’entrée, mais 11e vous plaignez point, ces insensés auront tous été vos écoliers!

Semblable au romancier dont l’esprit trop fécond s’égare dans des rêves, et qui se laisse aller au charme de ses pensées, sachant bien cependant qu’un délire passager altère sa raison, j’aime à parcourir au delà de notre terre des horizons sans fin, à peindre l’inconnu, à saisir en passant les vérités premières, tout ce qui enfin exalte la foi et le sentiment!

A ma colère, aux sombres pensées qu’elle m’inspire ne

croyez point Tout est bien sur cette terre...., tout est

beau ! j’ai grand tort de soutenir le contraire ; nos savants sont des demi-dieux depuis qu’ils ont saisi la foudre, et s’ils n’étaient cléments, ils pourraient me frapper ! Devant leur savoir je m’incline donc, je ne suis qu’un ignorant.

Mais non, la feinte ne m’est point permise; ce que j’ai dit plus haut comme vrai, je le maintiens. Je n’exige point que l’on me croie; mais nul d’entre les mortels ne détruira ma croyance.

Au milieu de la foule je marche et nul ne m’aperçoit, ni à mes idées ne donne appui. Comme à tous la vie me fut donnée, comme tous j’avais une destinée, je la remplis. Je suis tristement mon chemin entendant les chants de l’orgie , le son des cloches qui appelle l’humble à la prière et le riche aux somptueux festins; voyant les villes se parer comme pour un jour de fête, les savants en honneur, la Bourse illuminée, l’opulence partout!... De ce bonheur je ne suis point jaloux ; non, la richesse n’est pas cc que j’envie, ma seule jouissance gît dans la vérité.

Notre but en publiant cet écrit, où tant de phénomènes extraordinaires reçoivent une sorte de consécration, est d’amener ceux qui le liront à faire quelques tentatives pour s’éclairer sur la réalité des sciences occultes et à avancer ainsi en philosophie en se séparant des écoles qui n’offrent rien qui puisse les guider dans cette étude. Ici, nul n’est récusé, chacun a le pouvoir, dans une certaine mesure, de s’assurer par lui-même qu’il y a plus de vérités dans ce monde que la science officielle n’en révèle, que l’àme a des propriétés qui, mises en lumière, peuvent servir à l'homme de flambeau et le guider dans des voies nouvelles propres à le tirer de son enfance et de son matérialisme. Alors il abandonnera certainement les préjugés de la foule ignorante, les sophismes des savants pour voir, débarrassée du prisme trompeur à travers lequel il l’a considérée jusqu’ici, la nature telle qu’elle est.

S’il nous suit, il découvrira encore en lui une médecine plus parfaite, plus sûre que celle de nos docteurs, et le moyen de faire du bien à ses semblables sans leur faire courir le risque de la vie en les empoisonnant par des drogues. Et poussant plus loin ses recherches, il pourra parvenir jusqu’à découvrir l’existence de lois supérieures à celles qui régissent la matière et qui placées en dehors de nos sens, sont pourtant accessibles à l’esprit.

Nous osons promettre à celui qui suivra cette route des émotions douces et consolantes, des résultats inattendus; car c’est peut-être la seule science qui agisse sur l’esprit

sans le fatiguer jamais, en lui montrant toujours de nouveaux horizons.

Est-ce la foi en nous que nous demandons à nos lecteurs? Non. Est-ce dans un intérêt particulier que nous sollicitons son attention? Non encore. Notre seul but, c'est d’inciter les amants de la vérité à des recherches qui ont fait notre joie et dont les résultats nous ont soutenus dans les épreuves de la vie.

Nous avons donné à cet ouvrage une forme insolite, le temps ne nous a pas permis de faire autrement. Nous n’eûmes jamais les loisirs qui permettent la recherche de la forme, le choix des pensées, la distribution coordonnée des immenses matériaux que des années d’observation ont mis entre nos mains. J’ai mieux aimé publier un livre incomplet que de laisser dans l’oubli des faits importants et des moyens d’expérimentation qui peuvent être d’une gronde utilité pour les hommes moins versés que moi dans la pratique du magnétisme.

Eût-il été prudent à moi de ne rien publier touchant les faits de spiritualisme? Peut-être. Ma situation était difficile, les uns voulaient me faire entrer pleinement dans cette nouvelle voie; les autres, esprits plus positifs, me voyaient avec chagrin m’occuper de ces matières et par conséquent placer la base du magnétisme sur un terrain trop mouvant. Mais quand des phénomènes se touchent, quand il y a liaison, identité, ils appartiennent nécessairement au même principe; car la nature n’emploie jamais deux moyens différents pour arriver à un même but. Pour

être agréable aux uns j’aurais dû cacher la moitié de la vérité; mais en taisant ainsi ce que je savais, on aurait pu croire que j’étais étranger à tout ce qui se faisait ou se publiait d’un autre côté, ou que dans un intérêt quelconque je conservais volontairement une sorte de neutralité, tout impossible qu’elle puisse être ; je n’ai point hésité à parler.

Modérant l’ardeur des uns, encourageant les autres à poursuivre leurs recherches, j’ai été témoin de combats sans fin sans pouvoir concilier des croyances si diverses; aujourd’hui même encore, plusieurs de nos amis n’aperçoivent que le spiritualisme pur dans les faits qu’ils déterminent: d’autres, croyant également avoir raison, attribuent tout au magnétisme. Tout étourdi de ce bruit et ne pouvant attendre que du temps la conciliation des opinions, fatigué de cette lutte, j’ai résolu de dire toute ma pensée, quelque tort que cela puisse me faire aux yeux de plusieurs : ce que j’aime surtout, c’est la franchise et les aveux sincères. On verra que je ne cèle rien, que j'aborde avec résolution l’étude de tout ce qui s’est présenté à moi avec une sorte d’évidence : ce sera un mélange de faits appartenant à tous les ordres; j’y parlerai médecine, je traiterai de la philosophie et des sciences occultes, de tout ce qui enfin est passé sous mes yeux pendant une longue suite d’années.

J’aime à croire qu’il y aura quelque profit à lire cet écrit; car je suis persuadé qu’il contient le germe des plus grandes vérités.

Je renonce à m’appuyer sur les œuvres d'autrui, sur

les arguments que je pourrais tirer de cinq cents volumes déjà publiés et qui contiennent par milliers les preuves irrécusables non-seulement de l’existence de la force magnétique, mais de ses bienfaits évidents. Je veux d’abord tracer les règles d’une application rationnelle de l’agent nouveau au traitement des maladies, et rendre la pratique de cet art facile et générale. Mon but n’est point la discussion, je la bannis d’ici. La vérité n’a point à se défendre, elle est ou n’est pas; si elle est, elle se prouve d’elle-même.

Ce pouvoir simple et naturel que tous les hommes peuvent exercer résulte d’une propriété appartenant en propre à leur organisation et que nul ne peut détruire; elle est parce qu’elle est: comme la lumière et l’électricité, comme l’aimant et le galvanisme. C’est à la bien connaître, à en distinguer tous les produits, que l’on doit tendre. Sans cette connaissance le vague, l’incertitude qui pèse sur l’esprit ne permet point, quelque intelligence qu’on ait d’ailleurs, une marche assurée.

Je sais peu sans doute, mais ce que je sais pouvant être utile, je vais le dire pour indiquer aux autres hommes le chemin qui mène au succès. S’il est vrai que la santé soit un bien, s’il est vrai que l’amour du prochain doive être recherché, le magnétisme peut produire l’un et l’autre : il peut guérir et inspirer le dévouement. Si la croyance en l’immortalité de l’àme humaine est une bonne chose, le magnétisme fournit des arguments presque sans réplique. Donc, si les hommes recherchent une lumière pure

qui puisse les guider et leur faire aimer la vie, le magnétisme la leur offrira. Ils trouveront dans cette étude un aliment pour leur âme, un excitant pour élever leur pensée, un instrument presque divin avec lequel ils pourront réaliser des œuvres tellement merveilleuses qu’ils ne pourront les dépeindre.

C’est avec la simplicité du langage, avec des mots connus de tous que je rendrai mes pensées, cor je sais que je vais écrire pour des hommes étrangers la plupart au langage scientifique dont se sert le petit nombre. Me rendre clair et compréhensible, tel est mon but ; j’espère y parvenir.

Le magnétisme rend la tâche difficile, car il est occulte, mystique de sa nature; il exigerait un vocabulaire à part, vocabulaire qui n’est point fait, mais qui se fera avec le temps.

La nature a son langage, il est dans les phénomènes qu’elle détermine qui ont tous une signification. Elle parle ainsi à l’investigateur, c’est à lui de comprendre. S’il n’a point de pénétration, cette richesse devient stérile ; s’il comprend, il fait sa science et peut devenir habile : la médecine elle-même n’est qu’une science d’observation. Éviter des tâtonnements, une perte de temps toujours regrettable, placer le magnétisme à un point de départ fixe, inattaquable, c’est, je crois, rendre service à la pratique magnétique, aux gens qui jusqu'à ce jour ont cherché un guide qu’ils ne pouvaient trouver dans des œuvres éparses, ni dans leurs propres observations.

Mon ouvrage est écrit surtout en vue d’une thérapeuti-

que nouvelle, en vue de l’art de guérir les maladies sans l’emploi de remèdes matériels, par les seules forces de la nature, par l’agent magnétique. Tout ce que je pourrai dire en dehors ne sera que hors d’œuvre dont on pourra prendre ou laisser; je n’y attache moi-même qu’une importance secondaire.

Ici je laisse de côté l’histoire de la découverte du magnétisme, les luttes qu’il a soutenues avant de se faire admettre comme fait. Tous ces matériaux intéressants ont été recueillis et conservés. Plusieurs auteurs les ont déjà publiés par parties ; mais ils attendent encore le génie spécial qui doit les coordonner et en même temps réhabilite! tous les serviteurs de la vérité, tous ceux qui ont souffert pour elle.

Loin de moi la prétention de régler les destinées du magnétisme et du spiritualisme ! J’ai fait mon œuvre de machine magnétique bien organisée; j’ai produit des faits innombrables appartenant aux deux ordres de phénomènes : ma destinée était sans doute bornée à ce rôle d’instrument, c’est en vain que j’essaierais d’aller plus loin, l’intelligence me ferait sans doute défaut.

FIN DE L’iNTRODUCTION

Le seul moyen d'apprendre est de causer avec soi-même , de discuter le vrai et le faux des choses, le pour et le contre, de séparer ce qui est bon de ce qui est mauvais, de ruminer enfin l’aliment qui est entré en nous par les sens : notre science se fait ainsi. Heureux donc ceux qui ont des loisirs, s’ils ont un esprit juste, ils peuvent beaucoup acquérir : l’estomac vide est peu favorable à ce genre d’exercice, il peut produire le trouble de la raison ; l’estomac trop plein ne produit que des rêves. Entre ces deux extrêmes, l’esprit fait son office.

Parmi ceux qui ont beaucoup rumine se trouvent les grands raisonneurs, les penseurs profonds, ceux qui font les bons livres et les révolutions.

Patience et persévérance!

Le fluide magnétique ou éther est une hypothèse qui nous sert à expliquer tous les phénomènes que notre pensée détermine.

L’existence de cet agent est, parmi les magnétistes, soumise à une controverse en tout semblable b celle que produit chez les savants et les physiologistes l’ hypothèse d’un fluide nerveux. Si l’on s’étonne que nous ne soyons pas d’accord entre nous, magnétistes, qui ne faisons que commencer h analyser et à synthétiser le produit de nos observations, combien plus doit-on s’étonner de voir les

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savants se disputer comme au premier jour sur l’existence du principe même des mouvements, le fluide nerveux 1

Pour nous faire comprendre, nous donnons ici un extrait d’un travail remarquable sur ce sujet dû à M. Paul Rémusat; on le trouvera en entier dans la Revue des Deux-Mondes, dernier numéro d’octobre 1859.

« De tant d’observations, d’expériences, de guérisons, d’une étude si attentive des propriétés des nerfs, de tous ces faits et de tous ces livres, que conclure sur la nature même de l’agent nerveux? Une conclusion même est-elle possible? Nous n’avons pas prétendu faire une histoire des nerfs et nous avons négligé pour le moment bien des notions et bien des phénomènes sur la volonté , sur les mouvements associés instinctifs, automatiques, volontaires, sur les relations de l’âme et du corps qui peuvent jeter quelque jour sur cette question. Cependant l’agent nerveux a été trop souvent nommé pour qu'une explication de ces mots ne soit pas nécessaire, pour que nous ne soyons pas obligé de dire ce qu’ils signifient ou même s’ils signifient quelque chose. 11 ne s’agit ici ni de l’union de l’âme et du corps, ni de la formation des idées, ni de la volonté, mais simplement de la cause immédiate de la contraction des muscles. L’énumération de tout ce qu’on sait là-dessus et de tout ce qu’on ignore serait longue; mais sans la tenter, seraitil possible de définir l’agent, le liquide, le fluide pondérable ou impondérable que transmettent, dit-on, la volonté ou la sensibilité? On sait que le sang est poussé dans les artères et revient par les veines ; on connaît la lymphe et

FORCE MAONÉTIQÜB. 27

son mouvement: a-t-on des notions aussi précises sur la substance des nerfs? Ceux-ci même sont-ils de petits tubes, ou simplement des fils analogues aux conducteurs d’un télégraphe électrique? Quelle différence physique ou chimique existe enfin entre l’agent de la sensibilité et celui de la motricité?

» Quelques physiologistes ont cru que la volonté fait vibrer les fibres nerveuses, et que cette vibration transmise de proche en proche vient pour ainsi dire secouer le muscle et exciter en lui une propriété inconnue qui le fait contracter. Dans cette hypothèse, on n’explique ni la cause, ni l’effet de la vibration; à peine est-il besoin de la réfuter. Les nerfs sont mous et lâches, et leurs vibrations comme celles d'une corde non tendue se transmettraient mal ou ne se transmettraient pas; sans cesse les objets de nos sensations nous seraient imparfaitement représentés, jamais ils ne nous apparaîtraient nettement et les mouvements n’auraient ni rigueur ni précision. Quant aux esprits animaux, imaginés par les anciens pour être créés par le cerveau et envoyés dans toutes les parties du corps, il n’est pas même nécessaire de les nommer. 11 pourrait y avoir un liquide sécrété par l’encéphale et coulant d’une façon intermittente dans les petits tubes qui constituent les nerfs. Le liquide viendrait donner aux muscles la sensibilité, qu’il transmettrait au cerveau par un mouvement de flux et de reflux, comme le sang nourrit toutes les parties du corps ; mais même si les nerfs sont des tubes, le liquide qu’ils doivent contenir est inconnu : ils ne semblent pas

d’ailleurs remplis à un moment plutôt qu’à un autre. Le cerveau n’a ni la forme ni la structure des organes de sécrétion et le liquide dont il est entouré ne semble pas avoir sur les phénomènes de la vie une influence bien déterminée. Magendie l’avait considéré autrefois comme le régulateur des mouvements et ses dernières expériences lui ont prouvé qu’il devait renoncer à lui attribuer même cette fonction.

» L’analogie entre la rapidité du principe actif des nerfs et celle de l’électricité, les intermittences de son action, les lois de sa propagation ont identifié pour bien des savants les deux fluides. Après la découverte du galvanisme, le doute n’a presque plus semblé permis : sur un cadavre mérne, les excitations galvaniques font contracter les muscles et toutes les parties du corps; la chair, les nerfs et les os sont sans cesse chargés d'électricité; on a cru voir que les aiguilles enfoncées dans la chair devenaient magnétiques. Wilson. Philipps a tenté de faire digérer un animal vivant, auquel il avait coupé les nerfs vagues, en galvanisant le bout des nerfs, et il a cru réussir: un observateur a vu l’aiguille de la boussole s’agiter sous l’influence de la volonté seule comme s’il y avait eu par ce seul fait dégagement d’électricité : on ne peut dire que cette explication n’expliquerait rien puisqu’on ne connaît pas la nature intime de l’électricité, que ce serait simplement mettre un nom à la place d’un autre et qu’attribuer deux phénomènes à une cause ce n’est point connaître cette cause : les sciences ne peuvent avoir d’autre but que de classer les phénomènes, de réduire le nombre des forces.

» Newton a certainement expliqué la cause du mouvement des astres en l’identifiant avec la pesanteur. Le jour où M. Régnault achèvera de démontrer clairement la transformation de la chaleur en force mécanique, il aura fait une grande découverte.

» Malheureusement le cerveau ne produit pasplusd'électricité qu’un autre organe et les nerfs ne sont pas bons conducteurs. Quoique ces expériences soient difficiles, on a cru voir que le principe nerveux va plus lentement que le fluide galvanique'. Les nerfs ne sont pas entourés d’une enveloppe isolante; ils peuvent perdre la faculté de faire contracter les muscles et conserver pelle de conduire l’électricité. Quelquefois même le mouvement volontaire survit

* Haller calculait que cette vitesse était de 9,000 pieds par minute, ce qui n'est pas très-considérable auprès de la lumière et de l’électricité. Sauvage croyait à 324,000 pieds et lin autre physiologiste à plus de 57 millions de pieds par seconde, mais c'étaient des conjectures et non des expériences. Valentin avait observé un pianiste qui, doué d’une grande agilité, pouvait fléchir son doigt 320 fois par minute, c’est-à-dire faire parcourir à l'agent nerveux 320 fois en une minute la distance qui sépare le bout du doigt du cerveau. En évaluant cette distance à deux pieds et demi on conclut seulement à une vitesse de 13 pieds par seconde. Eu prenant des exemples chez les animaux qui paraissaient avoir la plus grande rapidité dans les mouvements et par conséquent dans les impressions, les insectes, on a vu que quelquesuns peuvent étendre et fléchir leurs ailes 7,000 fois par seconde, ce qui donne une vitesse de 111 pieds. Enfin, dans des expériences plus récentes, M. Heimhollz. avec un appareil ingénieux, a mesuré pour la transmission de l’agent nerveux une vitesse de 15 à 20 mètres par seconde. Dans le même emps le son parcourt dans l'air plus de 300 mètres, la lumière 7,0001 ieues, et l’électricité une distance plus grande encore. Il n’y a là rier. de merveilleux comme on l'a cru, ni d'infini, ni qui soit en dehors des phénomènes les mieux connus de la physique élémentaire

h la contractilité électro-musculaire; M. Duchenne, de Boulogne, l’a observé chez un malade guéri par lui d’une paralysie saturnine. Ces objections et bien d’autres sont sérieuses, et quoique l’analogie entre les deux agents puisse encore être soutenue, l’identité est abandonnée : peut-être sont-ils semblables et distincts pourtant, comme l’électricité et le magnétisme. Je crois cependant que malgré les analogies on pourrait ne pas renoncer à découvrir une explication plus matérielle des phénomènes. Les anciens donnaient au cerveau la fonction de séparer du sang les esprits animaux : ce n’est là qu’une image; mais peut-être n’estelle pas fausse. Malgré de bonnes raisons de douter, l’ençéphale et peut-être la moelle pourraient être des organes sécréteurs qui, filtrant pour ainsi dire le sang, extrairaient un liquide particulier, et des valvules placées en sens inverse dans les nerfs du sentiment et dans ceux du mouvement en arrêteraient ou faciliteraient le cours. Sous certaines impressions, ce liquide serait sécrété ou excrété avec plus d’abondance, comme les glandes salivaires sont plus actives dans des conditions déterminées. Des masses considérables du liquide ainsi extrait sont peut-être accumulées parfois et s’écoulent en un instant pour produire les sensations violentes, les mouvements brusques, énergiques. Elles s’accumuleraient ainsi à l'origine du grandsympathique pour s’écouler lentement pendant le sommeil. D’un autre côté, la production du liquide doit cesser lorsque le sang n’arrive plus au cerveau, et c’est ce qu’on a observé cent fois. Quelle action aurait le sang sur un

fluide impondérable, sur sa production ou son dégagement? Il est vrai aussi que le problème est effroyablement compliqué, et que, par exemple, les fonctions des glandes, les intermittences de leurs sécrétions s’expliquent fort bien par les réactions du système nerveux. Il est facile de dire : A tel moment la glande devient plus active parce qu'elle reçoit l’influx nerveux en abondance; mais quelle cause appréciable agirait sur la production du liquide nerveux? Puis, lorsqu’il faudrait expliquer les intermittences des sensations, les mouvements rhythmiqucs, les contractions volontaires, on serait fort embarrassé. De quelque côté que le problème soit considéré, des difficultés qui semblent bien près d’être des impossibilités apparaissent et forment dans l’état actuel de la science un dédale inextricable. »

L’auteur ne conclut pas, et nous pouvons dire hardiment que toute conclusion sans l’étude préalable du magnétisme, sera vicieuse, incomplète.

La force magnétique animale comme l’aimant ne se dévoile point d’abord aux yeux, on ne la reconnaît que par les effets qu’elle détermine en dégageant surtout ceux-ci de tout auxiliaire comme l’imagination, la chaleur animale, l’éréthisme de la peau et l’imitation.

Elle se dévoile par une suite d 'expériences qui la montrent agissant' d’elle-même et déterminant toujours une série de phénomènes semblables, faciles à reconnaître et qui en établissent la loi : sans cette expérimentation préa-

bible, la vérité échapperait et l’homme en serait réduit à

des conjectures.

Cette puissance enveloppe l’être, il en est entouré, il la porte partout avec lui ; elle rayonne au loin sans la participation de sa volonté et produit souvent sans qu’il le sache une foule de phénomènes qui jusqu’à ce jour étaient inexplicables. Ce n’est qu’en s’en rendant maître, qu’en la dirigeant à propos et dans certaines circonstances qu'il s’assure de son mode d’action et qu’à ses yeux elle devient indubitable. Cette preuve étant acquise, l’incertitude cesse, la marche est éclairée, les faits s’expliquent, l’application devient plus facile et la raison comprend la grandeur de la découverte; les arguments contre cette force perdent toute valeur, la contradiction vous trouve cuirassé, et, sans vous émouvoir des opinions contraires, vous marchez désormais avec un flambeau à la main.

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