PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DU MAGNÉTISME HUMAIN
Ce qu’on peut juger de ses propriétés peut se caractériser ainsi ; supposons pour un instant un courant fluidique composé de fluide électrique, galvanique et magnétique minéral, présentant dans son action une série de phénomènes appartenant à ces trois ordres, et vous aurez l’idée, sinon exacte de ce qui se passe en magnétisme, tout au moins l'image de ce qui passe sous vos yeux quand vous magnétisez une série d’êtres humains. Tantôt en effet certains magnétisés sont remués, secoués comme
si un courant d’électricité venait les traverser ; d’autres éprouvent une espèce de mouvement vermiculaire dans les intestins, une sorte d’horripilation douce , et parfois la langue perçoit une saveur métallique. Les phénomènes que présente l’aimant trouvent ici une ressemblance frappante, les magnétisés sont attirés ou repoussés sans que le désir ou la volonté participe en rien à l’éclosion de ce singulier phénomène, qui a été la cause peut-être de la dénomination qui est restée pour caractériser cette singulière découverte de Mesmer. Mais bien que notre organisation fournisse cet élément d’action et remette en nos mains ce singulier produit humain, on voit bientôt que sa production et sa dispensation diffèrent essentiellement des forces dont nous avons parlé plus haut.
Il ne s’échappe point de nous par jets continus, mais par une sorte de pression interne qui le lance au dehors par des espèces d’ondées. Les phénomènes qu’il produit sont plus capricieux, plus incertains parfois que tout ce qui est obtenu par les agents matériels. Ses vertus sont aussi différentes, tantôt toniques ou sédatives: tantôt elles agissent sur la sensibilité, tantôt sur les solides. Parfois cet agent s’empare d’une région seulement , il la sature outre mesure. Si c’est la tête, on le voit agiter les paupières convulsivement, produire un trismus des muscles de la face et des lèvres, et faire mouvoir les ailes du nez; les yeux peuvent devenir brillants, tout le visage peut s’illuminer et une certaine beauté se montrer sur des traits fort laids.
Mais son effet physique est ordinairement général. Cet agent entre dans le corps humain doucement, éteignant sur son chemin la sensibilité et pouvant aller jusqu’à la masse cérébrale et la comprimer par degrés: le sommeil magnétique n’a pas, selon moi, d’autre cause. 11 n’est donc pas possible d’expérimenter avec le magnétisme comme on le fait avec une force morte. Aucun programme d’expérimentation ne peut être fait d’avance, caries effets qu’il détermine tiennent à des dispositions organiques du sujet magnétisé, bien que sa volonté n’y soit absolument pour rien : le vin ne grise pas tout le monde et pourtant il agit sur tous, l'opium produit parfois le contraire du sommeil, etc... les exceptionsne détruisent point la règle. Seulement ici, on peut penser qu’au bout d’un certain temps les forces du magnétisé étant épuisées, l’élément magnétique manquant, le phénomène du sommeil ou d’insensibilité ne peut plus se produire. Uu fait vient corroborer cette hypothèse. M. le docteur Esdaile, pour pratiquer ses opérations chirurgicales sur des Indiens, employait une méthode particulière : les malades qui ne s’endormaient point sous la main d’un magnétiseur étaient immédiatement placés sous la main d’un autre magnétiste, et il arrivait enfin qu’ils succombaient au sommeil lorsque huit ou dix hommes s’étaient succédé. Ce fait mériterait d’être reproduit en France, car il prouverait, ce que nous croyons être, que l’agent magnétique a la propriété dormitive, mais que ce qui l’empêche de s’exercer, c’est sa tendance à se porter vers les extrémités inférieures.
Beaucoup de magnétistes sont pourvus abondamment de cet agent, ils rayonnent au loin, et dans ces conditions l’expérimentation est facile. On a parlé de l’incrédulité comme neutralisant ce pouvoir ; c’est une grande erreur. On a parlé de l’imagination comme rendant facile le développement des phénomènes; elle leur nuit au contraire.
Une preuve en faveur de l’existence de l’agent magné tique, c’est cette faiblesse et cette impuissance qui suit toujours quelques magnétisations successives, surtout si elles sont dirigées contre des affections chroniques de malades qu’on magnétise pour la première fois : il semble que le magnétiste perde par ces nombreuses émissions un des attributs de la puissance humaine, la force virile. Cette situation se caractérise par un relâchement des membres, un besoin impérieux de repos, un affaiblissement bien prononcé de la mémoire ; le travail de la pensée devient laborieux et des bâillements fréquents ont lieu. Ne trouve-l-on point là tout ce qui résulte d’excès d’un autre genre où la dépense de ses forces est caractéristique? Pour moi, je ne sais combien de fois cette comparaison s’est présentée à mon esprit, et j’ai cru ainsi trouver l’origine du bien que j’avais fait. Notez ici que les résultats obtenus sont toujours en rapport avec la dépense faite. 11 est vrai de dire qu’un peu de repos suffit pour réparer les forces magnétiques, le vase humain se remplit bientôt. On ne peut dire que la dépense vient des mouvements fréquents, de la tension d’esprit et du vouloir; car il est des malades qui au simple contact soustraient vos forces pour
leur plus grand profit : vous aviez chaud, vous devenez froid, une petite moiteur d’un caractère désagréable se manifeste à vos extrémités, et tandis que vous pâlissez, la face de votre magnétisé se colore, la transpiration chez lui cherche à s’établir, il s’est enrichi de votre dépouille. Mais, magnétistes, 11’avez point de peur, le bien que vous avez fait ne tournera point contre vous, la nature vous rendra avec libéralité ce que vous avez dépensé pour accomplir son œuvre : il n’cn saurait être de même pour les autres excès que le vice détermine et auxquels nous portent nos passions.
Une autre remarque qui ne sera point inutile pour les physiologistes et qui se rattache à mon sujet. Souvent en magnétisant le soir, la nuit qui suivait se passait pour moi sans sommeil, tandis que mon magnétisé dormait bien. J’avais donc perdu l'élément nerveux qui comprime doucement le cerveau ; j’étais comme l’homme qui a trop marché, qui se sent accablé et ne peut dormir, mais chez moi les mouvements avaient été si peu de chose qu’il n’y avait pas lieu d’en tenir compte. Par ces observations on peut s’expliquer encore la prolongation de la vie chez ceux qui s’entourent d’adultes qui transpirent cette dernière. On peut s’expliquer cet attrait qu’éprouvent les enfants au contact de leur père et ce besoin qu’ils ont de se faire porter.
Rien ne se fait sans les agents qui empruntent quelque chose à la matière, et les actes de la volonté seraient impuissants sans le char mystérieux qui sert à la transporter.
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N’est-ce point là encore l’explication naturelle du fait de Jésus qui, touché à sa robe par une femme qui avait des pertes, se tourna vers elle et lui dit : « Femme, vous serez guérie, je sens qu’une vertu s’est échappéede moi? • Qui ne reconnaîtra là une soustraction de puissance, un écoulement de la force vitale de Jésus, imprégné des vertus du Maître? Ceci nous conduit à penser qu’il est des êtres qui n’ont pas assez de puissance pour agir sur autrui et dont par conséquent les œuvres seront toujours pâles et incer taines. Tout sera négatif malgré leur bon vouloir, ils doivent recevoir et non donner, et c’est à ce prix qu'ils sc sentiront vivre eux-mêmes.
Nous aurions bien d’autres preuves encore pour justifier la réalité de cette dépense de force et combattre les opinions contraires, mais nous nous arrêtons ici ; les doutes auront cessé d’exister lorsque des observateurs sérieux se seront livrés à la pratique du magnétisme; et dans la description des traitements, on trouvera sans cesse la preuve évidente d’une dépense réelle de la force magnétique par laquelle tout se fait.
J’ai appuyé là-dessus parce qu’on s’est servi de l’imagination pour combattre la propriété magnétique de l’homme. Nous verrons bientôt le rôle que joue ce magnétisme dans les maladies : son travail sera mis à nu, il fera ce que l’imagination n’est point capable de faire; et la pratique magnétique ainsi dégagée de préjugés deviendra simple et féconde. La science ne la repoussera plus et le monde en prendra possession.
C’est dans les affections nerveuses surtout que son rôle est puissant; et quand les médecins ont dit : « Ah ! si nous pouvions faire une saignée nerveuse, le malade serait sauvé » , ils reconnaissaient implicitement que le principe même dbs désordres était ce magnétisme qui, dérangé dans sa circulation, ou trop abondant, causait tous les désordres. Aussi aurons-nous un chapitre sur l’auto-magnétisation, sur le moyen que possède l’homme de se débarrasser de ce fluide lorsqu'il est en excès, ou de le porter là où il manque pour son plus grand bien-être. Don inexprimable de la nature, il causera bientôt la plus grande des révolutions dans l’humanité, car il changera ou modifiera tous les systèmes en médecine.
Je n’ai touché jusqu’à présent qu’à quelques-unes des propriétés du magnétisme. Ses autres vertus seront dévoilées; mais ce que nous en avons dit jusqu’ici était nécessaire pour que nos lecteurs nous suivent et puissent comprendre la partie pratique que nous allons bientôt aborder.
Le magnétisme est un puissant dissolvant lorsqu’il pénètre dans les tumeurs indolentes; parfois il les résoud. On s’aperçoit de son travail par une chaleur plus ou moins vive que le malade accuse dans le siège de l’engorgement, par une rougeur qui n’existait point d’un autre côté: il est résolutif, favorise l’absorption et on le voit séchant bientôt des émonctoircs qui ne sont point utiles et jeter au dehors par des voies nouvelles les agents des maladies. Tour à tour sudorifique, apéritif, on ne sait quelle est
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celle de ses propriétés qu’on doit admirer le plus. Ainsi si on lit les relations des maladies qui ont été traitées par l’emploi seul de cet agent, on est étonné du nombre de ses vertus. On pourrait croire que, passionné pour cette pratique, nous en exagérons la portée, il n’en est rien cependant ; car nous voyons cet agent pénétrer jusque dans les os, et faire sentir sa présence en y réveillant des douleurs anciennes, mais assoupies. Nous le voyons reproduire des facultés détruites et par suite une sorte de rajeunissement. Mais on verra ces assertions justifiées dans les traitements magnétiques.
Sans que le point d’introduction de cet agent dans le corps humain puisse être déterminé d’une manière précise, il m’a paru évident qu’il se portait capricieusement tantôt sur une partie, tantôt sur une autre. Parfois il réchauffe tout un côté seulement, puis la chaleur s’égalise; parfois encore il refroidit les membres sans qu’on puisse bien apprécier le mécanisme de cette singulière divergence. Les mains du magnétisé se gonflent communément.
Voilà donc un certain nombre de phénomènes de différents ordres qui font reconnaître que ce magnétisme a quelque chose de notre nature intime: il est physique d’abord et mobile comme le principe de vie qui tour à tour inonde les tissus, ou se retire dans des lieux écartés et puis revient par jets animer de nouveau ce qu’il avait abandonné.
L’étonnement redouble lorsque l’on voit nos propres affections morales, la tristesse, la joie s'implanter dans le
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magnétisé sans que rien ait pu lui déceler la situation réelle de notre esprit ou de notre cœur ; lorsque Ton voit encore ce fluide magnétique se revêtir de propriétés de convention, emporter avec lui de pures créations de notre entendement. Tout cela bien connu a fait dire que l’imagination était la cause de ces phénomènes, et cette erreur grossière a trouvé quelque crédit ; voyez cet homme qui ne peut remuer les membres, — il a sa volonté, son désir, son imagination, il ne peut se mouvoir pourtant parce que son feu-principe ne peut descendre dans ses membres; quelque exalté que soit son vouloir, rien n’obéit. Eh bien! une puissance venant du dehors les fera mouvoir, — la volonté de celui qui la met en jeu sera moins grande que celle du paralytique, son intérêt moins capital, son imagination plus calme : plusieurs magnétistes même n’ont guère d’imagination, mais leur rayonnement pénètre, échauffe et fait mouvoir parce qu’il est principe de mouvement. Dites donc sans magnétisme à un paralytique de marcher, sollicitez-le tant que vous voudrez, il ne bougera pas.
On sait bien que l’histoire renferme quelques exemples de guérisons inouïes produites tout à coup sous l’empire de la terreur; mais si la cause est différente le moyen par lequel s’opère la guérison est le même, c’est encore une force et bien réelle qui descend dans les membres et non point la pure imagination : celle-ci n’est que la fülle du logis, sa puissance est connue; lui attribuer les cures innombrables que le magnétisme a faites, c’est se montrer mauvais observateur et mauvais praticien, c’est
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enfin manquer de simple bon sens ou avoir pris le parti de nier contre sa conscience l’évidence même.
Le magnétisme agit à distance, à travers les murailles, et nous pouvons dire à travers l’espace, sans que les individus sur lesquels on agit aient été prévenus: ils sentent l’action, l’accusent et souvent môme se croient dupes d’une illusion ; mais nous ne voulons pas ici entamer ce chapitre, la lumière qu’on pourrait répandre produirait plus de mal que de bien ; il est des choses qui ne doivent s’enseigner qu’oralcment à la manière des anciens, et c’est pourquoi nous nous arrêtons ici.
S’il nous fallait décrire tous les agents qui échappent à la science, le temps et la vie nous manqueraient. Ah ! si les animaux pouvaient parler et nous instruire, ils nous apprendraient des choses incommensurables que nos sens bornés ne peuvent saisir. On dit ce magnétisme humain grossier dans ses effets, les savants, on le voit, ne sont pas chargés de poursuivre un lièvre à la piste et de reconnaître ces fluides aromaux qui parcourent l’espace ; — * à peine peut-on saisir une petite partie d’un grand tout et l’on croit tout savoir. Les savants ont cependant la modestie de dire quand on les interroge : la science n’a pas dit son dernier mot. Nous le croyons bien, ù peine balbutie-t-elle, soit qu’elle n’ait point quitté l’enfance, soit que, trop faible de raison et d’intelligence, son investigation soit nécessairement bornée.
L’action d’un être humain sur un autre, lorsqu’elle sera généralement connue, servira à expliquer les captations ;
elle dira comment on peut faire des fanatiques et des dévots, des fourbes et des hypocrites, comment en formant la jeunesse, on peut la flétrir et lui imprimer le cachet de l’idiotisme et du faux savoir. II n’y a qu’une vérité religieuse; mois les pensées humaines portées par ce'magnétisme vont comme une semence s’inoculer dans le cerveau et faire des idolâtres, des juifs et des chrétiens, des sceptiques ou des gens d’une moralité douteuse : on reconnaît l’action exercée par l’instituteur, la tribu, le collège, la famille et la nation, et il faut moins chercher dans la conformation du cerveau l’explication des tendances et des croyances que dans ceux qui sont chargés de l’éducation. Si on voulait acquérir la preuve de cette vérité, il n’y aurait qu’une chose à faire, ne donner à l’enfant et à l’adulte que des notions simples et exactes, ne lui parler que des sciences positives, laisser là les croyances jusqu’à l’âge où il pense déjà de lui-même et où la réflexion s’exerce.
Tout s’explique aujourd’hui, nous le répétons, par le magnétisme, car nous voyons les formules de la pensée agir sans le langage et déterminer des actes pouvant même modifier ou créer des aptitudes : il y a donc ici une grande loi générale, qui prouve le lien physique et moral qui enchaîne l’un à l’autre tous les hommes. On voit cependant certains êtres s’affranchir, se soustraire à cette loi, mais par un effort suprême ; c’est le privilège des grands esprits : la nature ici a trempé les êtres, on reconnaît son sceau aux œuvres qu’ils produisent, et pourtant encore vers leur dernier jour on en voit fléchir et se courber sous les pré-
jugés dont on a nourri leur enfance. C’est une pitié de voir des grands hommes, de grands savants se courber comme des valets devant le mensonge !... Et l’on veut que les nations évitent les maux qui naissent de l’ignorance en suivant des doctrines qui ne sont propres qu’à tuer le sens moral ! Non, on ne peut obtenir ainsi qu’une civilisation bâtarde qui doit traîner avec elle toutes les misères.
L’homme devrait être fier de sa nature, car il a en lui quelque chose de Dieu, et marcher dans toute sa liberté, ayant pour guide cette lumière mystérieuse d’où naissent tant de facultés. Est-ce qu’alors, il aurait besoin de médecins pour le soigner, de prêtres pour lui parler de son divin maître? Mais rabougri, abîmé par les remèdes, moralement détérioré par de faux disciples du Christ, il arrive clopin-clopant à sa dernière étape sans avoir vécu ; car il n’a eu ni les franches joies que donne la santé, ni les éclairs divins que donne le génie : quand le char est embourbé, les uns le poussent en avant, d’autres le tirent en arrière et chacun des spectateurs donne un avis contradictoire sur les efTorts à faire, sur le chemin à suivre. 4h ! dans ma jeunesse j’eus des illusions, je croyais trouver sur ma route des sages et des savants, je n’ai rencontré que des écoliers en vacances, sautant, gambadant et tournant le dos quand je parlais de magnétisme ; ou bien ils riaient comme des insensés. J’ai rencontré des prêtres tout aussi instruits qui m’ont barré le passage, et enfin beaucoup de gens hébétés qui niaient sans les avoir vus les phénomènes magnétiques ou qui refusaient de les voir.
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Ah ! je m’arrête en disant : Je suis parvenu aussi à être instituteur, mais non diplômé ; j’ai brisé bien des obstacles sans tromper personne, ni sans recevoir des savants une seule marque d’encouragement. Aussi disais-je à ceux de mes élèves qui me suivaient pour trouver la fortune : fuyez, il ne s’agit encore que d’abnégation, faitesvous médecins, devenez charlatans, menteurs, alors seulement la fortune vous sourira.
Il semble que l’humanité doive être ballottée par un flux et reflux perpétuel et doive vivre dans un milieu où n’est ni la force ni la faiblesse, ni la profonde lumière, ni l’obscurité complète : trop éclairée, elleseraitmaîtresscdesforces mortes; complètement inintelligente, elle en serait la victime. Les desseins de la Providence sont donc secrets, et le progrès ne doit s’accomplir qu'en vue des modifications de tout notre système. Voilà pourquoi ies aspirations paraissent sans effet et la vérité stérile; mais ce sont les temps qui suivront qui feront apercevoir l’influence occulte que la vérilé que nous défendons doit exercer sur les destinées de l’humanité : c’est la source des miracles, le principe do tous les faits merveilleux et le point de départ de tout spiritualisme. Chercher en dehors des explications à tout ce qui se produit et qui paraît supérieur à la raison ne peut mener qu’à la négation absolue des choses vraies et ne tend qu’à rejeter l’esprit dans la plus grande confusion.
On peut voir par la diversité des œuvres magnétiques combien la croyance modifie les phénomènes. Tel magnétiste ne pourra produire ce que cet autre fait avec facilité :
l’agent est certainement le même, mais chez les uns il se revêt de vertus particulières qui naissent de la foi en soi. Mais qu’est-ce que la foi? Nul ne l’a définie et pourtant elle existe. Moi-même j’ai senti que dans certains instants je la possédais et qu’il se passait en moi quelque chose qui me donnait tout pouvoir, — j'étais averti par un ébranlement de tout mon être, par une espèce d’illumination soudaine que le principe de vie qui me constituait recevait l’appui d’agents bien supérieurs à moi et qui m’étaient inconnus. Dans ce moment je ne m’appartenais point tout entier, et je comprenais qu’il existait un ordre moral qui se dévoilait parfois à notre intelligence lorsque notre cœur, recevant plus d’électricité, donne au sang des qualités qu’il n’avait point ; de là un épanouissement de sensibilité. Semblable ù la Heur qui s’ouvre et répand au dehors ses senteurs, lorsque k soleil la comble de ses dons, l’Ûme de l’homme recevant un ébranlement des rayons vitaux qui la tirent de son repos, épanche au dehors les vertus secrètes que Dieu lui a données. Mais je chercherais en vain à me faire comprendre ; ce qu’on sent ne peut toujours se définir et se traduire par des mots : ceux-là seuls qui ont pénétré dans le domaine de la morale pure, peuvent voir que je me rapproche ici de la vérité.
Il y a une situation mixte moins favorable sans doute où presque tous les magnétistes dès leur début se trouvent placés, elle naît de la révélation du pouvoir magnétique et du bien que ce pouvoir a permis de réaliser. Sans me rendre l’écho du monde magnétique, je dois consigner
pourtant que le magnétisme a moralisé beaucoup do ceux qui s’y sont initiés, en leur faisant comprendre que le bien était la plus pure source de jouissances et ce qui distinguait seul l’homme de la brute. Je ne suis point un prédicateur de morale, je dis ce que j’ai aperçu sans prétendre à une perfection que je n’ai point ; je signale tout ce qui peut donner au magnétisme le lustre qui lui appartient et jeter un peu de lumière sur de profondes obscurités.
Le magnétisme n’étant point un remède dans le sens propre du mot, comment guérit-il des affections qui ont résisté aux drogues pharmaceutiques ? 11 faut qu’il y ait là quelque chose que l’homme n'ait pas fait et qui appartient à ce que la nature a de plus épuré et de plus parfait. Tout développement d’idée sur ce sujet viendra lorsque je parlerai du traitement des maladies et de l’action du magnétisme exercée sur les organes malades.
Ah ! si les prêtres avaient compris la valeur du magnétisme, ils ne l’eussent point rejeté ni condamné ; car c’est une pratique éminemment chrétienne.
Ainsi que les prêtres, les médecins se sont montrés aveugles, ignorants, méchants. Leur art douteux pouvait s’enrichir de vérités fécondes et devenir le plus utile aux hommes; mais il semble que Dieu en les frappant d’aveuglement ait voulu que l’art de se conserver, de se guérir, fût remis entre les mains de tous les hommes, il semble qu’il ait voulu nous apprendre que les corporations deviennent un moyen d'asservissement des corps et de la pensée au profit d’hommes peu faits pour la profession qu’ils exercent. Pour
être prêtre ou médecin, il faut une organisation à part et avoir été fait spécialement pour exercer ces sacerdoces : tous les hommes n’y réussissent pas également bien ; mais il est convenu aujourd’hui que les hommes sont propres à tout, et c’est pourquoi ils ne comprennent plus les mystères de la création. Opinion délirante ! science d'école extravagante, nul ne voit encore tes erreurs déplorables; mais le temps va venir où jetant un regard sur de profondes misères, on cherchera à retrouver ce que l’homme a perdu dans un moment d’orgueil.
Nous parlions des lois morales, elles sont et le magnétisme les fait reconnaître. Les amertumes de notre âme viennent de ce que nous ne pouvons fixer un instant l’attention des penseurs sur des réalités d’un ordre si élevé qu’elles peuvent changer la face des sciences et établir les principes vrais, seuls propres à guider les nations selon les vues de la sagesse suprême.
Le magnétisme n’est donc pas seulement de la médecine; en lui se trouve la science sacerdotale, car il enlève les souillures du corps et épure la vue de l’esprit. Toute société politique qui n’admet point un principe supérieur à la raison est destinée à périr.
Peut-être comprendra-t-on bientôt la valeur réelle de la découverte de Mesmer et la fera-t-on sortir du milieu où elle se trouve actuellement pour l’élever jusqu’au sanctuaire de la science philosophique.
L’agent dont nous venons de faire connaître les
propriétés physiques qu’il emprunte en partie aux forces terrestres est doué de qualités qui distinguent l’essence la plus parfaite de notre nature. Il porte en lui comme une divine semence et nos pensées et nos désirs; il est donc double dans son action. En confondant ces deux ordres, attribuant tantôt à celui-ci, tantôt à celui-là ce qui ne pouvait être séparé, on a rendu inexplicables les phénomènes produits. Toute magnétisation porte avec elle et la puissance physique et la puissance morale; la nature l’a voulu ainsi, nous ne pouvons y rien changer, mais cela exige, comme on le verra plustard, certaines qualités chez les magnélistes. C’est une route nouvelle ouverte à la philosophie, aux idées spéculatives. Je ne suis pas assez favorisé du ciel pour y pénétrer. Je m’attache donc à ce qu’il y a de saisissablc pour tous par l’expérimentation vulgaire. On donne des qualités aux choses, on en altère les vertus propres, et tout ce qui ici est attribué à l’imagination a pour point de départ et pour cause ce qui constitue notre être mystique. L’homme crée non pas des images, mais des agents ayant puissance ; ce qu’il crée est donc réel a force en soi, se meut, fait mouvoir et imprime le mouvement en autrui.
J’établis ici ma croyance, tout à l’heure je la justifierai, mais je dois dire que je ne suis devenu magnétiste que le jour où l'expérimentation déterminée dans le sens que je’viens de signaler m’a conduit à cette inébranlable certitude.
Voici quelle a été ma manière de procéder :
Pendant longtemps je magnétisai et somnambulisai par les règles communes, en employant les procédés indiqués par les auteurs; mais, toujours inquiet sur la cause première de mes propres résultats, j’étais poursuivi par l’idée que peut-être une autre marche me conduirait à une méthode plus sûre, plus savante. Mes triomphes me laissaient froid parce que j’avais devant les yeux les célèbres rapports des Académies anciennes qui, loin de nier les faits, les avouaient, tout en déclarant pourtant qu’il n’y avait point de magnétisme, et que tout pouvait s’expliquer par des causes connues et tout à fait étrangères à l’existence d’un agent. La théorie de Mesmer ne me satisfaisait point; elle était peut-être trop savante pour moi et je ne pouvais le suivre dans l’espace où son génie l’avait portée. Il me fallait des causes plus simples, et je résolus d’abandonner le magnétisme si ses effets étaient dus h l’imagination ou bien encore si le principe en était placé au-dessus de ma portée. En effet, pour faire mouvoir les ressorts de l’imagination, il faut une organisation supérieure que peu d’hommes possèdent; et quand les causes sont plus secrètes encore, il est besoin de génie : dans aucun de ces deux cas je n’étais appelé à une étude aussi sérieuse. Pourtant il me semblait qu’on pouvait trouver un petit chemin
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où le vulgaire pourrait marcher sans génie, armé seulement du sens commun. Bientôt je crus l’avoir trouvé et j’y avançai résolument. Je m’étais dit dans ma simplicité : si le magnétisme qui agit sur les hommes peut produire sur les animaux des effets identiques, l’imagination doit être hors de cause ; s’il agit à distance, l’éréthisme de la peau est un argument qui n’a pas de portée, et si dans l’isolement et le recueillement on peut agir avec la môme puissance, l’imitation n’a plus de raison d’être. Toutes ces réflexions se faisaient dans mon petit esprit et me tenaient en éveil comme si j’eusse senti que ma vie devait être utile aux hommes et que ma mission fût de chercher à les éclairer. — Il faut bien qu’il en ait été ainsi, puisque cette carrière remplie d’abord de dégoûts a été poursuivie par moi sans relâche comme si telle eût été ma destinée.
Voici, du reste, le chemin que je suivis, celui qui me donna des résultats tels que je pouvais les désirer, résultats positifs dont on peut vérifier soi-même l’exactitude par l’expérimentation, et qui servirent de base à ma croyance.