RÉFLEXIONS SCR CETTE PREMIÈRE PARTIE
Mon désir a peut-être été au delà de mes forces, je le crains du moins, car ma tâche est difficile. Lorsqu’il s’agit de montrer que l’on a surpassé d’illustres devanciers, on ne saurait apporter jamais, pour justifier qu’on n’a point été abusé par un sentiment d’orgueil, des preuves trop nombreuses que l’on a pénétré plus avant qu’aucun autre dans le vrai des choses.
Guidé par mon seul instinct, à défaut de génie, j’ai longtemps marché dans une route inconnue toute remplie d’écueils contre lesquels ma raison venait se briser ; mais, plus tard, familiarisé avec ces difficultés, j’ai fini par comprendre la loi de ce que je voyais. Comme à un enfant dont la marche chancelante d’abord s’affermit peu à peu avec le temps et à mesure qu’il prend du développement, l’assurance m’est venue; n’écoutant plus dès lors aveuglément les leçons de mes maîtres, j’ai obéi à ma seule destinée. — Serait-il vrai que les sciences dussent à des esprits aventureux, comme semblait être le mien, une foule de découvertes dont se glorifient aujourd’hui les savants, découvertes qui ne se seraient point faites en suivant les sentiers battus?
Ah! comme je serais heureux aujourd’hui si mes idées, fondées sur des réalités, devaient un jour contribuer au bonheur des hommes et donner aux médecins la lumière qui leur manque !
Malades à qui je consacrai mes soins, vous fûtes soulagés et guéris non selon lesrèglesde la science des écoles, non selon l’art de la médecine; mais vous dûtes votre
salut à des principes nouveaux contestés ou plutôt rejetés comme d’étranges erreurs : ces principes étaient donc vrais, et la science avait tort.
Pour un instant seulement, portons-nous en pensée vers le temps où ces principes seront généralisés; ce qui fut fait en petit se faisant en grand ; ce qui ne fut appliqué qu’à quelques-uns l’étant généralement, le bien fait ne pourra plus se mesurer, un immense progrès se sera accompli. Les pleurs et les gémissements cesseront là où la douleur s’exhale encore, et les hommes, pénétrés de reconnaissance, élèveront un temple à la vérité magnétique. Les rêveurs de la veille seront les savants du lendemain, et la science alors subira une de ces révolutions sans pareille, puisqu’il en résultera un progrès indéfini.
D’après ce que nous avons dit déjà , il semblerait résulter que deux principes gouvernent le monde et qu’on les observe dans tous les êtres ; d’autre part, il semblerait démontré que nous pouvons jusqu’à un certain point modifier l’action de ces deux principes : la volonté de l’homme, empruntant quelque chose au pouvoir de Dieu, serait donc assez puissante pour opérer un changement dans les destinées humaines en plaçant un léger poids dans celui des plateaux de la balance que les mauvaises passions ont fait fléchir, rétablissant ainsi l’équilibre entre les forces qui conservent et celles qui détruisent.
Mais qu’importent mes idées sur les ressorts secrets qui font mouvoir le monde moral et le monde physique, cela n’est pas important; mais ce qui l’est, ce sont les résultats
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE. 157 du magnétisme : ceux-ci ne sont point douteux. Par lui, l’humanité entre bien évidemment en possession d’un levier puissant, et l’art de guérir va cesser d’être stérile.
Vous qui souffrez, ne perdez point courage ; cherchez autour de vous celui dont Pâme compatissante désire voir • la fin de vos maux.
Bonnes mères, rassurez-vous, les cris de vos enfants cesseront dès le moment où, voulant les soulager, vous promènerez doucement vos mains sur le siège de leur douleur !
Que celui qui aura le plus donne à celui qui possède le moins : c’est le divin communisme enseigné par Jésus; car il ne s’agit pas ici de la richesse matérielle, mais de la vie et de la santé. On ne s’informe point si la pluie qui remplit les sources taries et féconde la terre nous est venue poussée par les vents du nord ou du midi, et si les éléments qui composent cette eau ont été puisés ici ou là : le devoir du savant est de nous dire ces choses ; mais pour le commun des hommes, le résultat est seul important. Ce qui les touche profondément, c’est la vérité saisissante des guérisons et des procédés qui servent à les produire.
Soulager un malade, faire taire la douleur en autrui sera toujours le plus beau privilège qu’un homme puisse posséder, et les joies qui en résulteront, bien différentes de celles que font naître d’autres passions satisfaites, laisseront dans sa vie une empreinte ineffaçable.
Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’écrits traitant de la médecine d’ou les médicaments soient exclus, si ce n’est
quelques ouvrages ascétiques ou mystiques où l’on enseigne qu’il faut s’en rapporter entièrement à Dieu pour le soin de notre personne, si surtout les premiers soins des hommes n’ont pas réussi : là-dessus, les neuvaines , sont recommandées ; on doit brûler des cierges en l’honneur de tous les saints du paradis, invoquer la Vierge et Jésus, et attendre du ciel la souveraine médecine que les hommes n’ont point su trouver. On s’est exercé à rendre ces pratiques ridicules, sans considérer que dans certains moments de notre existence, et par la prière surtout, une modification morale et physique pouvait se produire en nous et déterminer des mouvements vitaux salutaires. Cela doit se passer ainsi, à moins qu’on ne préfère admettre que, dans cette situation d’un moment, quelques agents inconnus puissent nous prêter leur concours ; car on a vu des miracles se produire ainsi en présence desquels la science médicale est restée muette d’étonnement, l’explication du fait ne se trouvant point. Moi-même, avant de bien comprendre le magnétisme, je souriais aux cures des Hohenlohe et d’autres personnages, guérisseurs d’un grand caractère, à qui l’on ne put reprocher jamais que leur sainte fojie, c’est-à-dire leurs œuvres mystiques, les regardant comme entachées de superstition.
Tous les philosophes ont semblé vouloir faire un crime aux hommes que des douleurs accablaient, de demander leur disparition ou leur adoucissement à Dieu ou à la nature, méconnaissant ainsi les facultés de l’ûme humaine qui a des affinités spirituelles soupçonnées seulement avant
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE 159 la découverte du magnétisme et aujourd’hui prouvées ; car maintenant nous savons qu’on peut agir à distance et influencer les êtres, et même déterminer des modifications matérielles, quoique le principe employé paraisse ne point l’être.
Les anciens médecins ou philosophes qui écrivaient sur la médecine recommandaient comme moyen de guérir plusieurs genres de frictions, qu’on peut appeler aujourd’hui frictions magnétiques. Ils savaient déterminer ce doux sommeil où la vision se montre, où les images des dieux et des bons génies étaient aperçues et venaient conseiller les remèdes salutaires. Ah ! c’est qu’il y a dans l’homme plus de choses que l’on n’en comprend aujourd’hui et que tous les mystères de la vie ne sont point révélés ! C’est donc toujours en vain qu’on devait essayer de détruire la superstition de laquelle on n’avait vu, d’ailleurs, que le côté mondain, celui dont les intérêts matériels déterminent l’éclosion, celui dont les prêtres ont abusé pour des fins qu’on n’eût osé avouer.
Avant de tout rejeter de ce que nous a légué le passé, il faudrait bien s’assurer si tout est erreur, s’il n’y a pas des vérités bonnes à conserver. Il est vrai que pas un de nos savants n’ose ouvrir la bouche sur les choses morales. Reconnaîtraient-ils leur incapacité pour traiter un pareil sujet? Quoi qu’il en soit, ils laissent aux journalistes, gens instruits sans doute, le soin d’éclairer les esprits sur les choses mystiques ; or, ceux-ci concluent, sans un examen plus profond, que ce serait s’abaisser
que de les tenir pour quelque chose, parce que le jésuitisme en en altérant l’essence les a rendues odieuses.
Source féconde des vérités d’en haut, il faudra bientôt pour te retrouver aller chez les peuplades sauvages. Là où la civilisation n’a point pénétré se trouve encore un rayon de lumière ; on y croit aux esprits, aux communications d’outre-tombe, à toutes ces vieilleries , apanage du jeune âge!
Ah 1 ce sont pourtant de bons chrétiens qui , trop échauffés par leur zèle, ont tout détruit, les hommes et les idoles. Ils ont remplacé ces bibelots par de ravissants amours, modèles d’académie. Les arts ont prêté leur concours aux choses de religion, les vases d’or et d’argent ont remplacé ceux d’argile et de bois; mais les hommes en sont-ils devenus meilleurs? On le dit, mais je ne le crois pas. On ne brûle plus, il est vrai, — c’était la médecine radicale du bon temps, dont il ne faut pas trop cependant mépriser l’efficacité, car on s’exposerait encore de nos jours à passer aux yeux de bien . des gens pour un mécréant ou un hérétique.
Trêve donc à ces réflexions, le jour viendra où un esprit plus pénétrant que le mien saura retrouver dans les débris des figes passés ce qui donna naissance aux préjugés et aux erreurs de notre temps.
Mais ce qui me rend soucieux, c’est que sur cette terre on trouve en toutes choses le mal mélangé au bien ; c’est qu’il n'est pas une vertu sans tache, et que guérir les hommes de leur folie, c’est peut-être agir contre les des-
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seins de la Providence, comme il l’est peut-être encore, de les guérir de leurs maux physiques, — n’est-ce pas la souffrance qui souvent élève la pensée et fait comprendre aux forts toute la faiblesse de notre nature. La souffrance, d’ailleurs, n’est souvent qu’un châtiment; elle avertit l’homme que l’on n’abuse point en vain des organes et des facultés que Dieu nous a donnés. La douleur prépare à la mort; elle avertit d’un danger; elle corrige, retient et donne du prix à la santé ; elle fait vivre enfin une foule de gens qui trouvent un grand profit à la cultiver. Pouvons-nous espérer de rompre cette chaîne . dont les anneaux ont résisté au temps! non, non, nous ne ferons point ce miracle, les savants s’y opposeraient, les malades mêmes ne voudraient point de notre antidote, et les bergers du troupeau humain ne voudraient point que leurs moutons cessassent d’avoir la clavelée et le farcin. Nos efforts seront donc superflus ; et, d’ailleurs, le mal sortirait à coup sûr du bien qui se ferait ; on saurait bien falsifier l’essence de ce dernier, et les mêmes hommes qui ont crié à la friponnerie en nous signalant seraient les premiers à se montrer indignes du dépôt sacré que des magnétistes, dans leur innocence, voudraient déposer entre leurs mains.
Comme un écho plaintif, ma parole murmure ce qui se passe au fond de mon cœur. M’abandonnant sans réserve à l’être mystérieux qui me conduit, mes impressions ne sont point soumises à ma raison, sans cela j’en discuterais la valeur, et probablement elles ne se trouveraient point ici.
C’est ainsi, sans doute, que les médiums sont forcés de traduire ce qui ne ressort point de leur entendement.
Tout à l’heure, ce que je dirai sur l’art de guérir m’appartiendra en propre, j’en serai responsable, j’en soutiendrai la réalité, et m’appliquerai à rendre sensibles à toutes les intelligences mes démonstrations. Le vague aura cessé, nous entrerons dans le domaine du positif, non pas dans cette médecine dite exacte enseignée dans les écoles, mais dans celle de la nature, car la nature est le vrai médecin. Nous n’affligerons point vos esprits en vous ôtant toute espérance; nous vous montrerons, au contraire, comment on guérit réellement sans recourir aux drogues. Je ne vous banderai pas les yeux, vous verrez clairement le travail qui se fera sous vos mains; vous n’aurez point à l’attribuer au hasard, à des combinaisons fortuites, à des accidents moraux. Quand le vent ne souffle plus, la girouette reste immobile ; de même aussi vous verrez la nature cesser son travail quand vous ne lui donnerez plus ce qui a fait sa force d’un instant; mais vous la verrez travailler de nouveau aussitôt qu’elle recevra de vous les émissions magnétiques qui l’avaient tirée de son repos.
J’ai anticipé sur ce que j’avais à vous dire et vous aurez de la peine à me croire, mais la vérité aura son jour. Vous agirez tout d’abord avec incertitude, vos ébauches se ressentiront de la situation de votre esprit ; puis, prenant de l’assurance et vous enhardissant, ce qui résistait
RÉFLEXIONS SUR CETTB PREMIÈRE PARTIE. 163 à vos efforts cédera ; et, tout étonné de votre pouvoir, vous rendrez justice à celui qui vous initia à ces recherches ou plutôt à cette étude, à celui qui vous révéla la faculté que vous avez de faire le bien ; mais votre reconnaissance sera tardive. Ce livre restera, mais l’homme qui l’écrit ne sera plus; il aura fait son temps. Vous n’aurez point à le remercier pour le bien qu’il aura fait, ni pour celui dont il aura été la cause ; mais vous vous direz que s’il eût vécu dans les siècles derniers, sa cendre aurait été jetée au vent par les serviteurs du Père des lumières, de celui qui a donné à l’homme l’esprit de pénétration afin qu’il découvrît dans le limon dont il est pétri le principe de vie qui l’ànime, ce magnétisme dont je vous entretiens aujourd’hui, ce feu mille fois couvert par la robe du prêtre, qui cherchait ainsi à l’éteindre, mais qui se rallume toujours, car il est d’essence divine.
Les savants du xv* et du xvi* siècle connaissaient bien sa perfection ; mais obligés de cacher leur découverte, ils donnèrent à leurs écrits une obscurité calculée pour échapper ainsi à la persécution et à l’exil. Si on possédait aujourd’hui tous les livres brûlés, tous les manuscrits saisis et détruits, on aurait une bibliothèque immense, plus importante sous certains rapports que celles qui contiennent les dépôts des livres conservés. Il n’y faut plus songer, et nous devons travailler de nouveau avec persévérance, ne tenant encore qu’un des anneaux d’une chaîne qui paraît immense. S’il n’est point permis à l’homme de tout découvrir, il aura du moins en sa possession ce que
l’enseignement officiel a refusé de lui donner : le moyen de se guérir et de se préserver.
Lorsque vous vous êtes décidé à traiter une maladie grave, n’importe l'âge et le sexe de la personne qui en est atteinte, que la résolution que vous avez prise soit bien arrêtée dans votre esprit, car c’est toujours une chose sérieuse et qui demande un grand dévouement, une persévérance à toute épreuve. Dans le cas où vous seriez incertain et peu disposé de volonté, ne commencez pas cette œuvre et bornez-vous à faire quelques expériences du genre de celles que je vous indiquerai plus tard si vous voulez vous assurer de l’existence du magnétisme. Mais si vous voulez guérir quelqu’un, considérez d’abord que le traitement vous prendra du temps, que vous aurez à dépenser vos forces ; et comme une maladie n’est pas toujours uniforme dans sa marche, que l’on ne guérit presque jamais que par des crises naturelles, et qu’il vous faudra artificiellement produire ces crises , vous serez astreint à une certaine régularité dans les applications que vous ferez du magnétisme.
Les affections chroniques sont lentes à guérir, la conduite, il est vrai, est plus aisée; mais dans les affections aiguës et qui durent peu, la nature, sollicitée et aidée dans son travail, présentant de brusques changements, il faut que vous soyez là, près du malade, et que vous ne vous laissiez point effrayer par les accidents nerveux, par les dérangements de corps, par les hémorrhagies ni même par le délire. Tous ces accidents sont fréquents, et
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RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE. 165 ordinairement on ne devine point leur venue : la prévision ici n’est accordée qu’aux magnétistes consommés, à ceux qui possèdent une expérience suffisante.
Lorsque les médecins voudront bien se livrer à la pratique magnétique , ils auront ce grand avantage sur le commun des hommes, ils verront, ce que vous ne pouvez voir, ces symptômes précurseurs des changements qui pourront s’opérer dans la maladie; et, enfin, ils jugeront mieux de la valeur des efforts faits par la vie, ou bien encore de ce qui éloigne le succès ou le rend suspect. Mais pour vous, étranger aux études médicales, qui ne connaissez point la structure intime des organes, la résistance qu’ils peuvent offrir aux agents destructeurs ; vous, qui ignorez ce que peuvent vous offrir d’inductions le pouls, la langue, la chaleur de la peau, le gonflement ou la sensibilité de l’abdomen, les irrégularités de la respiration, toutes ces ressources immenses que donne l’habitude d’observer, vous serez réduit à votre propre instinct, et votre propre jugement n’aura pas une grande valeur. Une chose, dans ce cas, peut vous sauver. Ne prétendez point d’abord être savant, bornez-vous au rôle d’instrument physique : la vache et la chèvre donnent leur lait, donnez simplement votre magnétisme. Ne prenez point en mauvaise part mes expressions, elles sont ici nécessaires pour rendre mon sentiment. Je tracerai d’ailleurs plus clairement votre rôle dans la description des maladies, et lorsque je parlerai de la conduite que l’on doit observer relativement à chacune d’elles.
Commencez votre œuvre en observant le silence, ne discutez point avec le malade, ne discourez point non plus sur le magnétisme. Laissez le malade vous instruire de ce qu'il sent, lors même que vous apercevriez les symptômes de votre action ; répondez brièvement aux interpellations ; continuez tranquillement votre magnétisation. La séance terminée, causez si vous voulez, cela est indifférent, mais ne provoquez point d’agitation, afin que l’effet déterminé et qui doit se prolonger bien au delè de la magnétisation ne cesse point tout à coup. Songez que vos mouvements de main ont remué les fibres du corps, qu’un ébranlement général a été produit, lors même que vous et le malade n’auriez rien aperçu.
Le médecin quitte son malade lorsqu’il lui a fait prendre un médicament, soyez comme le médecin. L’agent magnétique est aussi un médicament le plus actif et le plus étrange de tous. Fixez vos heures de venue et ne manquez que le moins possible au rendez-vous que vous aurez fixé. Vous reconnaîtrez plus tard la valeur de mes conseils et comment on peut s’égarer en ne les suivant pas. J’ai moi-même manqué quelquefois aux règles que je trace, et je m’en suis toujours repenti, car, dans certains cas, mes irrégularités ont dérangé les combinaisons de la nature et rendu ses efforts plus incertains.
Uue chose encore est bien importante à connaître, c’est le régime que doit suivre le malade. Vous vous y entendrez d’abord bien moins que le médecin s’y entend ; ceux-ci sont habiles tant qu’il ne s’agit point de médicaments ; il?