LÉTHARGIE
diminue qu’insensiblement, c’est seulement après plusieurs heures de durée de cette crise qu’on peut constater cette diminution. Le cœur cesse de faire sentir ses battements ; mais on peut constater encore une sorte de bruissement lorsqu’on applique l'oreille sur la région où se trouve cet organe. Lorsqu’on lève les paupières du dormeur, elles ne s’abaissent plus d’une manière complète, l’œil reste entr’ouvert, il est vitreux, et la sensibilité de la pupille est difficile à constater. J’ai vu ce fait se produire entre mes mains. La première fois il dura quarante-huit heures, et je ne décrirai point ici mes angoisses, que tout d’ailleurs autour de moi entretenait. Je dois avouer que mon ignorance du magnétisme me fit douter de lui et de moi ; je n’en savais point régler les magnifiques effets : je ne savais que peu de chose sur la nature de l’agent contesté; quelques-unes de ses propriétés m’étaient seules connues. Mon embarras dans ce moment était donc extrême, en raison d’ailleurs de la responsabilité qui pesait sur moi ; plus je faisais d’efforts pour détruire l’effet du magnétisme et moins j’avançais. J’avais affaire à une nature absorbante qui trouvait en moi ce qui lui manquait, un surcroît de vie. Lorsque celle-ci fut en excès, la léthargie cessa comme par enchantement; les soupapes s’ouvrirent. Depuis ce jour, j’ai trouvé plusieurs fois cette disposition chez des magnétisés et ne m’en suis plus effrayé ; seulement je n’allais point jusqu’au bout, je les laissais digérer le fluide vital qu’ils m’avaient emprunté, et cette twessed’un nouveau genre disparaissait dans un temps limité. C’est une chose curieuse
de voir un être réduit en un instant ft l’état de cadavre, de pouvoir ainsi le remuer, le lever, le coucher comme une masse inerte. On a sous les yeux la mort sans mort de Platon ; c’est ce qui fait penser qu’on a pu parfois se méprendre et enterrer tout vivants des gens en léthargie. Si le secret des tombeaux nous était révélé, que de choses affreuses nous apprendrions! Mieux vaut fermer les yeux et garder le silence sur des erreurs irréparables ; indiquons plutôt les moyens d’empêcher à l’avenir le renouvellement de ces meurtres involontaires.
Nous venons de voir comment, à la suite de simples magnétisations. la léthargie pouvait se déclarer, et comment celle-ci cessait d’elle-même par le seul mouvement de la vie qui dissipait petit à petit l’agent subtil qui comprimait le cerveau. Il est pour nous indubitable que dans certains cas de maladie où l’agent nerveux se trouve distrait de son cours régulier, il produit le même phénomène que celui que nous avons décrit ; seulement, dans le premier cas, nous avions affaire ii des gens en santé, et dans le second, nous trouvons des désordres qui permettent difficilement les réactions nécessaires : la nature est ici bien souvent impuissante, l’être peut mourir, ce qui a lieu d’ailleurs bien souvent.
Maintenant qu’avez-vous à faire, vous magnétistes, en pareille occurrence où le médecin ne peut rien, où les réactifs matériels les plus énergiques sont sans effet? N’allez pas ci oire que votre magnétisme va augmenter le désordre, il en sera au contraire le souverain remède, il
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ouvrira les soupapes fermées, fera circuler cet agent dans les organes où le vide s’est fait, et cela en très-peu d’instants. Il ne peut pas même en être autrement, car ce n’est point le trop-plein qui a produit la léthargie naturelle, elle s’est déclarée par une maladie, par une rupture d’équilibre, et cette affection rentre dans le cadre des désordres nerveux et doit se combattre de même.
Traitement. — Vous magnétisez d’abord comme si vous deviez produire le sommeil; puis, au bout de quelques minutes, dirigeant vos doigts en pointe vers la racine du nez, vous descendez lentement en suivant la ligne médiane jusqu’à la région de l’estomac. Ces passes répétées plusieurs fois et le courant magnétique bien établi, vous servant des deux mains à la fois, vous les promenez doucement jusqu’aux extrémités inférieures des membres ; vous terminerez votre magnétisation par un doux massage : la léthargie cessera et vous jouirez de votre œuvre.
Si vous ne réussissez pas, croyez-le bien, la mort sera inévitable, car vous avez employé l’agent qui pouvait seul déterminer un mouvement favorable. On sent que nous ne pouvons nous étendre davantage sur un cas qui s’offre rarement à l’expérimentation magnétique, à laquelle jusqu’à ce jour on a refusé les moyens de se produire et de justifier de ses bienfaits dans ces cas extrêmes.
Caractères. — Rigidité des muscles, soit d’une partie, soit de tout le corps.
Le tétanos porte différents noms selon les parties qu’il affecte : Ophisthotonos, quand la moitié du corps se renverse en arrière; emprosthotonos, quand elle se renverse en avant; pleurosthotonos , quand c’est vers les côtés; trismus, lorsqu’il affecte les muscles de la mâchoire, tétanos droit, si le corps est droit comme une barre; tétanos traumatique, quand il est le résultat de plaies ou de blessures ; tétanos spontané, s’il se déclare sans cause appréciable. Le siège de cette maladie semble résider dans la moelle épinière; nous disons semble, parce qu’il n’est pas possible de tirer une conclusion bien nette des recherches anatomiques faites jusqu’à ce jour.
Quand le tétanos, au lieu de se déclarer brusquement, ce qui est le cas le plus commun, a une marche lente, on peut constater quelques phénomènes avant-coureurs, tels que l’engourdissement des membres, légère rigidité plus ou moins fréquente, plus ou moins complète. Chez les blessés, on constate de la tristesse, des frayeurs sans motif, quelques contractions de la mâchoire et des muscles du cou, peu nombreuses d’abord, mais qui ne tardent pas à se multiplier, jusqu’à ce qu’enfin les contractions, gagnant
peu â peu la face, le tronc, les membres, le tétanos devient général.
Le tétanos offre des intermittences, c’est-à-dire des
moments de relâchement, mais de bien courte durée. Ce-
pendant l’intelligence reste en général intacte, ainsi que la sensibilité; la circulation et la respiration seules semblent troublées : la première est considérablement augmentée ; la seconde est plus ou moins gênée à mesure que le mal s’aggrave et qu’une funeste terminaison approche, ce qui, en moyenne, ne dépasse pas le quatrième ou le cinquième jour.
La médecine avoue à chaque instant son impuissance et sa faiblesse ; ici, par exemple, les médecins sont réduits à constater le mal, ils le voient chaque jour s’aggraver et ne peuvent que constater le décès.
En examinant de très-près l'action du magnétisme sur des gens bien portants soumis à l’expérimentation magnétique, on s’aperçoit avec étonnement que lorsque la magnétisation est poussée à sa dernière limite par un homme énergique, de véritables accès de tétanos ont lieu. J’ai vu des exemples effrayants produits par des mains inintelligentes : le magnétiseur n’apercevait point le danger de la situation, il n’y voyait qu’un effet de sa puissance. J’ai vu le tétanos magnétique produit également par des médecins qui expérimentaient dans un hôpital, et, je dois le dire, avec bien peu de souci de la vie de l’expérimenté : ces crises n’ont pas eu de dénoûment funeste, je le constate, mais il pouvait en être autrement.
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N’est-il pas probable que le principe agissant est le même dans la crise tétanique naturelle et dans la crise artificielle? C'est le même agent qui convulse, disonsnous, et rien ne pourrait nous prouver le contraire : on doit donc croire à la possibilité de guérir les tétaniques par l'emploi des procédés magnétiques qui font cesser l’effet produit par une trop grande saturation du système nerveux.
On cite des exemples de guérisons obtenues ainsi ; je n'ai point vérifié le fait, mais je l’accepte pour vrai; car il m’est arrivé si souvent de faire cesser presque instantanément des crises convulsives et épileptiques, et de détruire la roideur des muscles, soit qu'elle fût partielle ou générale, que je ne doute point qu’une application bien faite du magnétisme, là où la nature a été l’instrument du mal, ne puisse produire un excellent résultat.
Traitement — Tous les mngnétistes savent qu’en passant les mains sur les muscles des mâchoires contractées par la magnétisation, la rigidité cesse au bout de quelques instants, et les magnétisés peuvent parler, ce qu’ils ne pouvaient point faire. On produit par le même procédé la même détente, le même relâchement sur toute autre partie du corps contractée, avec une promptitude qui parfois semble tenir du prodige.
Quelques passes longitudinales pratiquées sur les parties contractées produisent un effet certain, elles forcent l’agent fixé dans les tissus à circuler : c’est ainsi que les magnétistes, dans leurs expériences de chaque jour, exposent à
la curiosité publique ce phénomène extraordinaire qui, s’il se présentait tout à coup à l’observation d'un médecin ignorant du mécanisme de sa production, le porterait à croire à la gravité de cet état, semblable de tout point à celui qu’il aurait pu rencontrer dans sa pratique...
Les difficultés que les magnétistes rencontreront en combattant l’affection que nous venons de spécifier, viendront de la gravité des causes qui ont produit la maladie; car ce qu’ils verront d’anormal dans les fonctions du système nerveux ne sera à coup sûr que le symptôme d’un mal plus ou moins profond. Dans les crises artificielles, au contraire, il n’y a point de causes cachées, elles viennent d’une oppression causée par l’affluence des forces vives du magnétiseur ; il en est par conséquent le maître et peut faire cesser leur effet.
On ne peut sans doute espérer guérir le tétanos dans tous les cas où il se montrera ; mais, nous le répétons, il n’est point douteux que l’action magnétique ne produise un bon nombre de guérisons. On ne doit point craindre d’agir sur le cerveau en fixant la main ù plat sur le front, tandis que de l'autre main on actionne en descendant, et assez rapidement, les grands trajets nerveux. Il y aura une surexcitation momentanée rendue inévitable par le cours des fluides qui reprendront leur direction naturelle , ce dont on sera averti par un tremblement particulier des extrémités inférieures qui, recevant un afflux considérable, présenteront un phénomène singulier de crampes, de convulsions et de trismus, tout cela localisé, et ne présen-
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tant dès lors aucun danger. On terminera la magnétisation par des passes sur les jambes jusqu’à complet écoulement de l’agent nerveux.
PARALYSIE
Caractères. — Cette affection est caractérisée par l’abolition du mouvement ; mais il ne saurait être question dans ce chapitre que des paralysies qui ne sont la conséquence d'aucune lésion appréciable, qui n’ont aucune fixité, changent de place, ou même disparaissentparfoisdéfiniti vement.
Ce genre de maladie, dont les causes sont variables et nombreuses, a offert à tous les thaumaturges, et dans tous les temps, des succès faciles et qu’on a trop vantés. Les vraies difficultés du traitement n’existent point ici, mais seulement dans les paralysies qui résultent d’épanchements cérébraux, et dont nous parlerons plus tard. Tous les magnétistes ont eu des succès prodigieux dans les paralysies nerveuses. On a vu, après une séance ou deux, des gens qui ne pouvaient marcher se lever et reprendre leurs occupations. Le fait paraissait merveilleux et on criait : au miracle I Qui comprend bien le magnétisme pourra facilement s’expliquer ces succès si prompts, qui ne demandent
PARALYSIE. ‘239
cependant point d’efforts. Une magnétisation qui va remuer ce qui est stagnant et faire circuler dans les trajets nerveux l’agent magnétique, doit y reporter en même temps la vie et la sensibilité, ce que des médicaments ne peuvent faire.
Traitement. — La magnétisation ici peut s’exercer sans parti pris, c’est-à-dire sans chercher ni le sommeil, ni même sans désirer la guérison, laquelle s’opère de la manière que nous allons indiquer.
Lorsque, expérimentant sur un être sain, vous le bourrez de votre magnétisme, j’emploie cette expression vulgaire parce qu’elle rend ma pensée, cette saturation devenant trop forte, le magnétisé se tortille sous vos mains ; il gesticule, il a besoin de se débarrasser de ce fluide incommode, il courra et se débattra jusqu’à ce qu’il l’ait dissipé. Supposez maintenant le même fait se produisant sur un paralytique, vous verrez celui-ci allonger la jambe, si c’est cette partie qui est affectée de paralysie. Répétez plusieurs fois cette magnétisation, et la guérison pourra en être la suite. L’électricité a produit parfois ce résultat, mais le magnétisme a ce double avantage, qu’il vivifie en excitant et qu’il ne s’échappe point tout à coup. Lorsque l’on a cessé d’agir, comme nous venons de le dire, mécaniquement, et après avoir magnétisé d’une manière générale et produit l’excès de vitalité, on appelle la force tout entière vers la région privée de mouvement et de sensibilité, et on cherehe à y déterminer une excitation partielle qui fait arriver plus vite au but.
2llO THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
Les œuvra, se distinguent par les difficultés vaincues ; les unes ne demandent qu’une vertu, le force; les œuvres supérieures demandent, exigent même pour se produire, l’exercice des forces morales. La nature oublie parfois son travail de chaque jour ; le corps est alors condamné : il périclite, il obéit, n’étant plus soutenu, à la loi de destruction qui, elle, ne s’oublie jamais. Comment pourrions-nous retarder son triomphe? Comment pourrions-nous nous promettre d’atteindre ce but? C’est ici que commence l’œuvre artistique. — Un arbre s’étiole dans un terrain qui ne convient point à son essence, et périt si l’on ne lui donne ce qui lui manque : une terre plus favorable ou plus de soleil et d'eau ; les animaux, de même, souffrent sous certains climats, et ne retrouvent la santé que lorsqu’on leur a eu donné tous les soins que leur conservation exige. Mais tout ceci n’est rien en présence d’une maladie de l’être humain : ses ressorts sont plus multipliés et plus mystérieux : il y a l’action incessante de son esprit sur la matière qui le compose ; il est double, deux systèmes le gouvernent, et le magnétiste, qui ne sait agir que sur la matière, ne peut se promettre d’agir que sur ce qui obéit aux lois de cette dernière.
Je tâcherai, vers la fin de cet ouvrage, d’élucider cette question qui, à mon avis, sera un jour la base de toute philosophie ; car les penseurs finiront par s’occuper du magnétisme, et ils arriveront à en sonder les profondeurs. La puissance vivante qui agit sur la matière est bien différente des autres agents : elle seule emporte avec elle un rudi-
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ment d’intelligence, et lorsque les ressources qu’elle peut nous offrir seront toutes connues, les maux physiques et moraux auront pour la plupart trouvé leurs remèdes.
APOPLEXIE NERVEUSE
Caractères. — Apoplexie est un terme générique qui ne peut être considéré comme synonyme d’hémorrhagie cérébrale; il exprime la privation complète et subite du mouvement, de l’intelligence et du sentiment.
L’apoplexie nerveuse se produit sans entraîner aucune altération appréciable, aucune lésion.
Si les hommes faisaient attention à eux-mêmes, ils se* raient instruits de leur chute prochaine par les avertissements que la nature leur donne. Une maladie n’éclate point tout à coup; elle est toujours précédée par un travail sourd, moléculaire, accompagné de gêne et de douleurs vagues ; plus que cela encore, un malaise de l’âme, une tristesse singulière, quelques pressentiments même précèdent l’éclat de cette foudre interne qui nous précipite à terre. Mais communément l’homme n’écoute pas le bruit ni le malaise de ses organes ; rien ne l’arrête, bien qu’il ait sous les yeux des exemples frappants de l’impré-
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voyance humaine, il va, il court comme la bête déjà blessée, et bientôt, comme elle, il succombe, la mort le frappe au milieu de ses espérances, de ses joies, de ses plaisirs. Il ne s’agissait que de sa vie ! mais s’il eût été question de sa fortune, il se fût conduit bien autrement : pour l’acquérir ou la conserver, il eût calculé, pris ses précautions; il eût couru après son rêve, et rien ne l’eût distrait de sa poursuite. Nous n’avons pas la prétention de le retenir sur cette pente fatale, mais seulement de l’avertir que, employé à temps, le magnétisme peut lui rendre un éminent service, qu’il peut ainsi empêcher souvent la mort ou la paralysie ; mais la détermination doit être prompte.
Traitement. — L’action magnétique doit être dirigée vers le cœur et la base du crâne. Il faut que l’énergie du magnétiseur soit en rapport avec la gravité du mal, qu’il ne cesse son action que lorsque la vie, surabondamment versée, permet au moribond d’ouvrir les paupières et de reconnaître ceux qui l’entourent. Il ne doit pas borner là ses soins, mais répéter les magnétisations. Qu’importent les saignées? Utiles ou nuisibles, il faut les laisser pratiquer; elles n’achèveront plus de tuer si le mal ne les exigeait point, elles sauveront plus vite si la nature en avait besoin. Il ne restera plus au malade qu’à changer de conduite et de régime s’il tient à la vie.