‹ Thérapeutique magnétique règles de l'application du magnétisme a l'expérimentation pure et au traitement des malades par m. le baron Du PotetChapitre 46 sur 62 · ÉPIDÉMIES · texte numérisé non relu

ÉPIDÉMIES

On pourrait croire que nous en avons fini avec les grands maux, à peine cependant en avons-nous tracé un rapide aperçu : ce vase versé goutte h goutte contient dans son fond la lie. L’humanité serait trop heureuse encore, si les maux que nous avons signalés étaient les seuls; n’y a-t-il pas les épidémies, la peste, la fièvre jaune, le choléra et la cholérine, etc., tout ce qui vient parfois subitement frapper les intestins, ce que l’air nous apporte sans qu’on sache bien où cet élément si essentiel a puisé ces venins? Noussommes décimés par des agents incobnus, et pour le remède la science ici est également en défaut. Nous ne voulons point aborder l’étude de ces causes de maladie, mais dire seulement que pour plusieurs d’entre elles le magnétisme est un neutralisant ; ainsi, des cholériques pris au

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dernier degré ont été bien et dûment guéris par la magnétisation seule. 11 est vrai qu’il faut, là, chez le magnétiste, un dévouement sans bornes, car ce n’est que par l’épuisement de sa vie qu’il fait revivre l’ètre prêt à succomber.

J’ai magnétisé six à sept heures de suite des gens abandonnés, et j’ai fait reparaître la chaleur dans leurs membres froids et rigides, et par là rétabli la fluidité du sang qui s’était comme coagulé. Leur convalescence sans doute fut longue, car de terribles altérations avaient eu lieu dans les tissus; mais ils vécurent ! Si dans ces cas la nature se montre rebelle, c’est que les altérations sont telles que le retour à la vie est impossible. J’ai déploré parfois de n’avoir pas plus de puissance, car voici ce que j’ai observé : Tant que ma richesse magnétique était évidente, je constatais un commencement d’action qui faisait naître en moi l’espérance; mes forces faiblissant bientôt, la réaction que j’avais vue se produire s’évanouissait, et je ne pouvais plus rien. Je crois que si un autre magnétiste m’eût remplacé dans un de ces moments, le miracle se serait fait; et c’est pourquoi j’appelle de mes vœux l’établissement du magnétisme, afin qu’à l’apparition des grands maux, se trouve le grand remède. Les épidémies seront alors moins à craindre; ces maladies ne sont terribles que parce que la vie des malades s’épuise trop vite, que la lutte est trop courte, et qu’on ignore encore qu’on peut transfuser le principe vital, qui, lorsqu’il fait défaut, forme un vide qui ne peut être comblé par des remèdes.

Traitement. — Je viens d’indiquer le remède, il est

simple ; il exige seulement de la force et du dévouement. Magnétiser sans relâche , lorsque les symptômes ne laissent plus de doutes, par des passes à grands courants, sans trop les précipiter ni s’émouvoir; cesser ce procédé et appliquer les mains sur l’estomac, sur les intestins ; faire des frictions magnétiques aux extrémités inférieures, magnétiser enfin jusqu’à épuisement : c’est là tout le secret de l’art magnétique, celui-là seul qui surmonte nature.

Notre tâche ne serait point remplie si nous ne parlions point de tous ces maux accidentels auxquels est sujette notre pauvre nature. Le chemin que nous parcourons est rempli d’épines, à tel point que tout nous blesse : un faux pas peut nous donner une entorse; une chute, une hémorrhagie; le feu, qui nous est si nécessaire, nous brûle; et le soleil lui-méme, par ses rayons souvent trop ardents, est un danger. La piqûre d’une mouche fait naître le charbon; la morsure d’un reptile nous inocule un virus souvent mortel, et cette fontaine d’où découle une eau si fraîche propre à étancher notre soif est souvent également un danger. Les meurtrissures, qui ne sont pas tou-

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jours dues à notre imprévoyance, exigent nos soins, et je ne parle ici que des maux qui, sans exclure le chirurgien, peuvent recevoir un secours efficace de ce bienfaisant magnétisme; quant aux blessures graves , aux membres fracturés, aux côtes enfoncées, etc., comine aux maux que la guerre traîne à sa suite et qui nécessitent les soins immédiats du chirurgien, là notre art ne vient qu’après le pansement des blessures pour en apaiser la douleur et arrêter le développement des accidents secondaires.

Ne me reste-t-il point encore à inscrire aussi tous les maux qui résultent des écarts de régime ou de la sophistication de nos propres aliments? Mais tout ce que je pourrais dire projetterait trop d’ombre sur ce tableau où déjà tant de teintes lugubres s’aperçoivent. J’abrège mes descriptions pour indiquer que le magnétisme est comme un baume qui versé sur toutes les blessures en hâte la cicatrisation sans jamais ajouter au mal. La nature elle-même va nous indiquer les procédés que nous devons suivre, et chez tous les êtres l’instinct parle avant la venue du médecin. Lorsque nous nous contuson6, que nous recevons un coup ou une blessure, quoi que ce soit enfin qui vienne léser notre enveloppe, nous y portons les mains et touchons la partie blessée ou endolorie ; nous les promenons, ces mains, machinalement si l’on veut, non-seulement sur l’endroit frappé , mais sur ce qui l’environne, et nous apaisons ainsi la souffrance sans attacher au mouvement que nous avons exécuté la valeur que le magnétisme y a fait découvrir. Mais cet agent est un trésor lorsqu’il est appliqué

avec art; il empêche le sang de séjourner, de s’altérer; il empêche l’afflux des sérosités compromettantes qui viennent de toutes parts et qui déterminent des inflammations de tissus; il circonscrit ce qui tend à s’étendre, et quelquefois son travail est si rapide qu’à peine pouvons-nous croire que nous ayons eu des craintes. Mais les mains étrangères sont plus utiles que les nôtres; à peine, dans notre effroi ou dans notre douleur, osons-nous effleurer les parties malades : nous craignons trop de souffrir, et nous nous arrêtons. Un magnétiste n’est point affecté de la même manière; il agit avec discernement et ne se contente point de faire pénétrer dans les chairs quelques effluves magnétiques; il les en sature, et son ouvrage est complet. N’a-t-on pas vu souvent, dans des cas de maladie, la sensibilité d’une partie tellement exagérée que le malade lui-même n'osait y toucher et craignait le plus léger contact; tandis qu’un magnétiste, commençant par magnétiser à petite distance, arrivait bientôt à toucher, à frapper même la partie auparavant le siège d’une douleur excessive? Rien ne se faisait plus sentir, tout se taisait, comme si la magie avait été employée. L’opération est pourtant bien naturelle ; le charme qui opère est dans la vertu de l’agent magnétique qui, sans stupéfier comme l’opium, montre ses propriétés. Les sauvages pratiquent cette médecine; ils guérissent les morsures de serpents en faisant des passes; leurs devins sont magnétiseurs. Qu’on ne crie point à l’imagination ni à l’illusion; les vertus curatives de ces procédés se constatent sur les animaux, qui, d’ailleurs, se montrent

très-sensibles et souvent reconnaissants. Les exemples abondent autour de nous, car depuis longtemps déjà des agriculteurs et des vétérinaires pratiquent le magnétisme sur leurs animaux malades. Le charbon, cette maladie si prompte à amener de funestes résultats, trouve dans le magnétisme son antidote; et à la grande surprise de quelques médecins, le magnétisme, appliqué à leur insu dans le cas que nous venons de spécifier, a fait disparaître tout ce qu’à leurs yeux avaient de dangereux les symptômes constatés, si bien qu’ils finissaient par croire à la bénignité d'un mal qu’ils avaient jugé auparavant menaçant.

Les brûlures elles-mêmes, je ne parle point de celles qui sont générales et profondes, où l’on n’a pas eu occasion d’appliquer le magnétisme, mais de toutes ces brûlures si communes, circonscrites, et pourtant si douloureuses et si difficiles à guérir, croira qui voudra ce que je vais en dire : J’ai employé le magnétisme dans ces cas, parce qu’on m’avait dit qu’il était efficace ; et bien que je ne le pensasse point, je n’en ai pas moins admirablement réussi.

Les hémorrhagies nasales sont fréquentes dans l’âge adulte. La nature a établi là une soupape pour débarrasser le trop-plein. Bien que dans certains cas l’hémorrhagie se présente avec un caractère alarmant pur sa fréquence et son abondance, il n’en est pas moins vrai que la nature s’est ménagé une voie d’expulsion pour parer au danger qui résulte toujours d’une trop grande abondance du liquide rouge. Mais sans entrer dans une discussion sur ce sujet, il nous convient de dire que le magnétisme a produit sonvent

des saignements de nez, dans les affections chroniques, à un âge où l’on ne pouvait attendre rien de semblable : ces pertes de sang paraissent devoir être toujours salutaires, car celles que nous avons constatées ont été suivies d’un grand bien-être. Là où la saignée eût été redoutable, où la maladie peut-être se serait opposée à semblable pratique, la nature, plus sage, plus prévoyante, faisait jaillir le sang, et la quantité seule qui devait être rejetée. Magnétistes, ne vous étonnez donc point lorsque ce phénomène se produira sous vos yeux : il est le produit de la richesse artificielle déterminée par vos magnétisations. Vous avez mis la vie en plus, fait reparaître une sorte de virilité ou de jeunesse; vous avez rendu malléable et liquide ce qui s’était durci, et l’émonctoire providentiel vous avertit de l’efficacité de vos efforts.

J'ai constaté chez quelques femmes malades, chez lesquelles les règles n’existaient plus depuis longtemps , le fait que je viens de décrire ; je l’ai également aperçu dans les affections du poumon, et lorsque des congestions manifestes existaient ; je l’ai vu se produire encore dans quelques circonstances où il était impossible d’en apercevoir le point de départ et la signification véritable.

L’homme a donc en main le propre agent de sa conservation ; il porte en lui une médecine souveraine. Au poison de ses maladies il oppose l’antidote fourni par ses organes ; il peut faire au dehors de son enveloppe ce que la nature fait en dedans, car il est bien peu d’êtres dans le cadavre desquels on ne puisse trouver des cicatrices ou des sou-

dures bien faites. C’est le même agent qui opère ; au lieu de venir du dedans, il vient du dehors; notre volonté supplée aux empêchements de la nature.

Dans tous les cas que nous venons de spécifier, on doit pratiquer le magnétisme à grands courants ; il faut que la peau des malades devienne chaude et comme brûlante. Les magnétisations ne doivent cesser que lorsqu’on a constaté la sortie d’un calorique âcre et caustique, que l’on distingue parfaitement de la chaleur ordinaire. Ce calorique est comme le vinaigre vaporisé, il est piquant ; souvent j’ai éprouvé dans mes propres mains son effet, dont je me débarrassais en me magnétisant moi-même. Dans tout ce qui est aigu, je le répète, il faut faire des passes longitudinales et ne point chercher d’exaltation de douleur, mais plutôt apaiser celles qui existent ; tandis que dans les affections chroniques, c'est le contraire qu’il faut chercher à obtenir ; c’est la véritable clef des œuvres magnétiques. Presque toutes les guérisons de maladies chroniques sont précédées par une sorte de tourmente du corps dont il ne faut pas s’effrayer ; elle est le résultat propre du traitement, et nous en avons assez dit sur ce sujet pour être parfaitement compris.

Le magnétisme montre encore son efficacité chez les femmes pendant le cours de la grossesse ; il empêche l’enflure des membres inférieurs et favorise singulièrement V accouchement. 11 est bien probable qu'un jour on lui devra de faire disparaître les fièvres puerpérales. A ma connaissance, plusieurs femmes en mal d'enfant ont vu leurs

douleurs abrégées et l’accouchement avoir lieu bien avant l’heure que l’accoucheur avait annoncée. Dans deux circonstances, l’accouchement a eu lieu pendant le sommeil magnétique, sans que la femme ait senti la moindre douleur. On pourrait penser que cela n’était point régulier, et avait dû être suivi d’accidents particuliers ; il n’en a rien été, je puis l’afiirmer : le magnétisme était dans sa loi, il avait fait cesser les spasmes inutiles, tout en donnant la puissance d’action nécessaire et régulière. Il y a certainement dans les cas ordinaires quelques souffrances, mais elles sont supportables, et nous recommandons la pratique magnétique dans les accouchements difficiles, trop lents à se déterminer : on verra se produire ce que nous annonçons, on constatera l’efficacité de nos procédés.

Une remarque qui n’est pas sans importance, c’est celleci : dans les grossesses douteuses, incertaines bien qu’il ait pu s’écouler plusieurs mois, des cas se sont présentés où, même tout près du dernier mois du teYpic final, des médecins éclairés n’ont nullement distingué si la grossesse était réelle ou bien si le développement de l’abdomen était le résultat d’une maladie ; ce qui paraîtrait impossible, si de nombreux exemples n’en attestaient la réalité, le magnétisme a pu faire cesser l’incertitude du diagnostic. En magnétisant quelques instants et d’une manière . générale la femme dans cette situation, puis dirigeant les doigts en pointe sur la région du bassin, à sa grande surprise elle sent remuer son enfant, elle en distingue parfaitement les mouvements, il est comme tiré de son som-

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meil et semble recevoir le choc de quelques courants électriques. J’ai fait cette expérience plusieurs fois, d’abord sur des femmes enceintes connaissant leur position, ensuite dans des cas suspects, et j’ai vu se produire les mêmes phénomènes que ceux qu’on constate en magnétisant des enfants endormis dans leur berceau ; on voit par là le parti qu’on peut tirer du magnétisme pendant la gestation des femmes. Ce fluide parcourant tout le système nerveux, enrichissant la vitalité sans que pour cela il soit nécessaire de magnétiser successivement ni de traiter la grossesse comme une maladie, combien d’enfants pourraient être menés à terme qui s’éteignent faute de vitalité ! Je suis le parrain de deux enfants qui venaient avant terme ; tous les symptômes d’un accouchement prématuré s’étaient montrés ; par le magnétisme, je rétablis l’ordre, et les mères, qui n’en étaient point à leur premier enfant et qui déjà avaient eu des fausses couches, eurent la conscience parfaite du travail réparateur qui s’était opéré ; dans leur reconnaissance, elles me supplièrent, puisque j’avais sauvé la vie de leur enfant, d’en être le second père. Plus on étudie attentivement le magnétisme humain, plus on lui découvre de propriétés. Les anciens ne croyaient qu’à quatre éléments : le feu, la terre, l’air et l’eau. On a décomposé tous ces éléments, mais il en est un cinquième auquel on n’a pas encore touché : c’est l’élément vital, celui-là même qui nous sert à opérer des œuvres si admirables. 11 est sans doute lui-même composé, car tantôt il est électrique, galvanique, magnétique, et, quoique n’étant

pas chaud par lui-même, il est dissolvant. Le plus profond mystère cache encore son origine. Serait-il la lumière incréée, le premier principe de l’existence des êtres, cet éther que tous les philosophes ont cherché à saisir? Quoi qu’il en soit, souvent en voyant les résultats matériels que parfois il produit sous nos yeux, nous nous sommes plu à penser que si jamais on parvenait à faire de lui ce que l’on a fait de l’électricité, à en|rassembler les rayons qui s’éparpillent sous nos mains, l’homme aurait ainsi la plus grande force de l’univers et pourrait tout dompter ou asservir. Mais il est pour nous de la plus grande évidence que cet agent a été, n’importe entre les mains de qui, la cause, le principe de tout ce que nous appelons miracle. On lui doit les guérisons éclatantes, instantanées, le soulèvement de corps matériels et leur transport d’un lieu à un autre ; on lui doit tout ce qu’il y a d’incompréhensible quoique réel, tout ce qui effraye notre raison ; et pour terminer nous dirons que tout savant, tout médecin ou philosophe, tout chef du sacerdoce, tout gouvernement même, qui vit ignorant d’étrangetés si singulières, résultat certain des pratiques magnétiques, a une science incomplète ; la véritable lumière ne viendra jamais à son esprit.

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