CANCERS
Le cancer est encore un de ces maux qu’on ne peut atteindre qu’avec l’instrument ; l’opération est bien souvent infructueuse, car le succès ne dure qu’un moment. Les causes des cancers sont nombreuses et variées, et souvent si profondes et cachées, qu’on renonce à leur recherche. Tous nos organes peuvent devenir le siège d’un cancer: les centres nerveux, le cerveau, l’utérus, l’œsophage, la moelle épinière, le cervelet, les ganglions lymphatiques, l’estomac, le poumon, le rectum, la poitrine, etc... Si l’on a vu parfois le couteau réussir, les remèdes n’ont pas cet avantage exceptionnel ; ils échouent, et les malades sont condamnés à se voir rongés tout vivants. On a été jusqu’à dire ou soupçonner que le cancer était un animal qui prenait naissance dans nos chairs et vivait de notre substance, se riant des efforts que nous faisions pour l’en arracher. Coupons-nous sa tête, il sait en reproduire une autre, et plus on le combat, plus il s’incarne en nous. Som-
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mes-nous plus habiles à le traiter que les médecins? Le magnétisme parvient-il à le guérir mieux que les remèdes ou les instruments ? Je vais dire là-dessus mon sentiment. Il y a des maladies qu’on prend pour des cancers, car elles en ont la forme, et tous les symptômes ; elles finissent par jouer le même rôle, si on les traite de la même manière ; l’œil le plus exercé peut s’y tromper, et c’est probablement dans quelques-uns de ces cas que le magnétisme a réussi. J’ai deux faits de guérison qui me sont personnels. J’ai observé le premier sur une jeune fermière portant une glande bleuâtre au sein: les douleurs étaient intolérables; ses nuits se passaient sans sommeil ; la tumeur était dans le sein gauche, la sensation douloureuse se prolongeait dans tout le bras du même côté, et le bras lui-même était gonflé ; tout mouvement était impossible. J’appliquai le magnétisme, et, je dois l’avouer, sans trop espérer. A la troisième magnétisation, le bout du sein s’ouvrit; ce n’est pas du pus qu'il laissa échapper, mais un sang verdâtre assez abondant. Cet écoulement dura sept à huit jours ; mais dès les premiers instants de l’application du magnétisme, le sommeil naturel revint, et les douleurs cessèrent. J’appris au mari de la malade à lui donner ses soins magnétiques , et le rétablissement complet ne se fit point attendre, bien que cette affection datât de cinq 5 six mois. Ce n’était point un abcès, les médecins l’avaient déclaré, et il n’est pas douteux que ce mal n’eût eu la terminaison désaffections cancéreuses pures. J’ai traité une autre affection présentant à peu près 1rs mêmes symptômes, et jn-
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gée de même; seulement celle-ci était fort ancienne et avait également son siège dans le sein gauche. Le sein présentait une ouverture béante et rendait la matière que rendent les cancers; la femme était âgée, c’étai* une vieille meunière. Dès les premiers instants de l’action magnétique, les douleurs cessèrent, le sein diminua de grosseur, et il se forma sur la plaie une sorte d’escarre. Forcée de retourner chez elle, la malade m’envoya le chirurgien de son canton pour l’initier au magnétisme, afin de pouvoir continuer le traitement. Bien qu’il ne donnât que fort rarement ses soins à la malade (il ne la magnétisait qu’une fois par semaine), le cancer ne bougea plus ; il n’était point guéri, mais c’était cependant comme s’il n’existait pas. Pendant plusieurs années, elle ne manqua point de me donner une preuve de bon souvenir.
Parlerai -je ici de la pratique d’autres magnétistes, des résultats obtenus par eux dans les affections glanduleuses présentant la forme des cancers? Il n’est pas douteux qu’ils ont réussi dans bien des cas, et moi-même, sous ma main, j’ai vu se résoudre des engorgements de mauvaise apparence, mais que je ne jugeai point comme affections cancéreuses déterminées. Dans un cas, cependant, il s'agissait d’un cancer du rectum, dont une dame de cinquante-cinq à soixante ans était affectée. On avait résolu l’opération, parce que, outre les douleurs très-vives qu’elle éprouvait, les garde-robes étaient impossibles, l’intestin étant presque complètement obstrué par la tumeur. Le magnétisme, appliqué par moi comme essai, facilita les
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garde-robes d’une singulière manière, et un mieux sensible en résulta. Ce n’était point assez pour la malade, qui voulait à tout prix être guérie ; on fit l’opération, et elle mourut quelques jours après. Broussais est mort d’une maladie semblable sans avoir pu soulager ses souffrances ; Marjolin de même ; ces deux princes de la science virent l’inanité de leurs moyens curatifs. On le sent, je n’ose me prononcer d’une manière affirmative sur le traitement du cancer, lorsqu’il est confirmé ; d’après tout ce que j’ai dit, cependant, il y a quelque probabilité de succès.
Voyez ces jeunes enfants dont la santé est florissante : ils sont gais jusqu’à la folie, et quelques-uns cependant portent en eux le germe du cancer. Voyez ces fruits d’une belle apparence, un ver perfide est en eux renfermé ; le fruit pourra atteindre sa maturité, mais le couteau rendra visible sa corruption intérieure. Ne voyons-nous pas les grands végétaux portant eux -mêmes des ulcères cancéreux? Qu’est-ce donc que notre nature, et pouvons-nous remercier Dieu de tant de maux? La religion dit oui, les regardant comme une épreuve ; la douleur ne se résigne point ainsi, mais c’est trop souvent en vain qu’elle appelle la science à son secours. Voici une force vivante que nous pouvons opposer à une force végétative. Je suppose maintenant que l’on soit appelé dès l’apparition des premiers désordres causés dans les tissus par le germe cancéreux ; on peut croire que la force vive en aurait raison, car ses propriétés sont supérieures aux forces végétatives, puisqu’elle se les assimile et les asservit; lorsqu’on n’atten-
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dra point que le mal ait poussé de profondes racines, peutêtre alors l’atteindra-t-on dans son essence ou parviendra-t-on à en changer la nature.
Traitement. — Il faut employer les procédés qui remuent profondément, il faut troubler pour un instant les humeurs, car rien n’est perfide comme leur stagnation ou leur repos, par des passes à grands courants faites généralement; puis localiser le mouvement, comme nous l’avons indiqué déjà, et agir dans le centre même de la partie douloureuse ; tels sont les procédés à suivre. On doit se figurer que le feu que lancent les extrémités pénètre dans les tissus à la manière de l’électricité et du galvanisme ; on doit chercher enfin à dissoudre l’engorgement et à pénétrer jusqu’à son noyau ; car, nous l’avons dit, la nature neutralise les causes du mal lorsqu’elle ne peut entièrement le détruire. On se plaint généralement de la lenteur d’un traitement magnétique, sans considérer que dans certains cas une dissolution trop rapide empoisonnerait sûrement l’individu : ne faut-il point que les matières impures passent quelque part? L’absorption est le principal instrument que la nature emploie, elle rejette dans le torrent de la circulation le produit extrait des tumeurs et des engorgements ; pour peu qu’il y ait activité dans ce travail, la fièvre s’allumant, on peut dès lors calculer ce qui arriverait si la nature allait aussi vite que les désirs que nous formons.
Une chose à noter, c’est que dans les traitements de longue haleine, les magnétisations peuvent être intermittentes. On peut quelquefois même suspendre de huit à
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quinze jours ; l’action du magnétisme n’en continue pas moins, plus lentement sans doute, mais elle se continue : nous en avons acquis des preuves irrécusables. On peut se reporter d’ailleurs à ce que nous jvons dit à plusieurs reprises des crises en général et de la marche des traitements.