DES SIGNES INDICATEURS DES CRISES, ETC
n’ont eu ni la rougeole, ni la variole, ni la petite vérole, vous verrez apparaître bientôt ces alTeetions s’ils en portent en eux le germe; venues, écloses avant le temps, elles seront toutes bénignes, et le virus, le mauvais levain ayant été troublé, mis en mouvement, la force médicatrice, augmentée, les rejettera. Pour plusde preuves encore, magnétisez des personnes qui, dans leur vie passée, ont été atteintes de blessures graves ou ont eu des fractures des ‘ os, dont, je le suppose, elles ne ressentiront plus rien présentement, dès que le magnétisme, circulant dans les organes, arrivera là où il y a eu solution de continuité, ne fût-ce qu’un instant, là où la chair a été perforée ou lacérée, il y fera sentir sa présence et cherchera, comme s’il avait l’intelligence en propre, à rétablir les parties lésées dans leur intégrité première. Chez les malades on constate la décoloration des parties de la peau dont le tissu a été pénétré soit par des matériaux venant de la bile, soit par une lymphe épaissie qui n’avait point trouvé d’écoulement régulier. J’ai vu plusieurs fois, chez des malades en proie à des douleurs dans les os des membres, résultant d’affections vénériennes ou de3 traitements suivis, j’ai vu, disje, à la suite de magnétisations, la peau se couvrir de plaques cuivreuses, et à dater de ce moment les insomnies cesser et les douleurs s’apaiser. Comme on peut l’apercevoir, au lieu de combattre ces symptômes et contrarier la nature, comme le médecin le fait souvent, nous l’aidons, nous favorisons son travail, et tout ceci résulte d’une addition de puissance, car la nature est le vrai médecin. Il faut
donc que les magnétistes tiennent compte de ces observations, qu’ils examinent attentivement ce que nous signalons comme se produisant dans les affections chroniques ou invétérées, dont la forme ne variait point avant la magnétisation, mais qui doit changer d’aspect sous leur main, dès qu’ilsont introduit le dissolvant, l'agent actif appelé magnétisme. Notre corps recèle communément une quantité innombrable d’agents propres à troubler la vie; ils ne nous tuent pas, mais ils nous font souffrir ; et lorsque le médecin, n’apercevant rien de contraire aux règles établies de la santé, dit: « Vous n’aves rien, vous n êtes point malade, votre imagination seule vous fait croire le contraire, » il raisonne en aveugle. Tout ce qui se plaint souffre, quelque chose trouble l’harmonie des fonctions. Quand le magnétisme, dans les affections chroniques et graves, n’éveille point la sensibilité et qu’aucun des symptômes d’action que nous avons signalés ne se montre, l’on a peu de chances de guérir, bien que certains magnétiseurs affirment que toutes les maladies peuvent être guéries par le magnétisme. Maintenant, malheureusement, nous échouons; dans certains cas la nature est morte pour nous, et nous ne pouvons, malgré nos efforts, déterminer un retour vers le passé. Cela nous conduit à parler des signes avant-coureurs de la mort et de ce que doit observer le magnétiseur, lorsque bénévolement, ou plein de foi dans son art, il s’est chargé du traitement d’un malade dont la mort est prochaine.
Aucun malade n’est mort entre mes mains. J’ai toujours prévenu ou de l’insuffisance de mes efforts, ou de la gra-
DES SIGNES INDICATEURS DES CRISES, ETC. h' 27 vité de la situation d’un malade, tous ceux qui avaient intérêt à connaître la vérité. Ici la nature a fait beaucoup pour moi ; elle m’a donné ce que la science ne donne point, — un sûr instinct. Mais comment le définir? Des impressions semblables ressemblent aux pressentiments, bien que l’instinct s’éveille par ce que lui apportent les sens. Je me rappelle un fait singulier où, en présence d’un malade qu’un médecin distingué traitait, je dis tout bas à celui-ci : « Votre malade va mourir. • Et le médecin de me regarder d’un air suffisant et de me dire : « Mais, monsieur du Potet, sur quoi fondez-vous donc votre pronostic? » Et établissant lui-même tous les symptômes favorables au malade, il semblait me dire : « En médecine, vous êtes un innocent. • Qui fut bien étonné cependant le surlendemain? Le médecin, venant faire sa visite, trouva le malade mort. II y a donc des signes avant-coureurs qui se laissent apercevoir lorsque le regard s’arrête et plonge dans l’intérieur du malade ; je ne parle point de ceux que l’on voit dans certaines maladies, la phthisie parvenue au dernier degré, dans les fièvres typhoïdes, où la mort est écrite en caractères lisibles pour tout le monde; je veux parler des cas où le malade, quoique très-proche de sa fin, se sent mieux, où les forces paraissent revenir, où l’illusion est complète. Hélas! c’est un dernier jet de la flamme divine ! La lampe va s’éteindre tout à l’heure faute d’, huile, les forces vives s’en vont par en bas, comme cela a lieu dans les démagnétisations, où la vie en excès trouve son écoulement, fait que j’ai constaté sur un petit nombre d’êtres :
la plus pure essence du vase humain s’enfuyait par en bas.
Je sais bien que tout cela paraît contraire aux observations générales, mais cela n’influe en rien sur ma manière de voir. Voici, au reste, les seules choses que je puisse dire sur ce que, en dehors de l’instinct, les sens peuvent observer : le regard du malade a quelque chose d’irrégulier ; ses traits ont une expression particulière qui ne résulte point de la douleur i la voix non plus n’est plus la même; une moiteur que le contact sent n’être pas naturelle s’observe sur certaines parties de la peau. Si vous magnétisez habituellement le malade, quelque chose encore vous frappe davantage : vous ne déterminez plus la production des phénomènes que vous observiez, les sensations du malade sont différentes, votre magnétisme semble être adressé à une statue, il glisse sur les surfaces, qui évidemment ne le reçoivent plus. Dès lors vous n’arrêtez plus rien, ne pôuvez plus rien ; retirez-vous, avertissez, et ne vous laissez point abuser soit par le malade, soit par le désir véhément que vous avez de le guérir ou de lui faire du bien : vous n’apercevriez plus les efforts de la nature, ni ce travail de reconstitution où chaque magnétisation amène un mieux, quelle que soit d’ailleurs l’abondance des sécrétions ou la fièvre qui précède ou suit leur expulsion. Il nous serait facile d’indiquer comment la mort arrive, mais cette description nous jetterait dans le domaine de la philosophie et de la médecine. D’ailleurs, que la mort soit un bien ou un mal, elle est un fait, et nous n’avons pour but que d’en retarder l’arrivée. Les magné-
DES SIGNES INDICATEURS DES CRISES, ETC. 429 tiseurs sont tous honteux et décontenancés quand ils perdent un malade abandonné à leurs soins; mais s’imagineraient-ils donc pouvoir détruire une loi de la nature? N’est-ce pas d’ailleurs un assez grand privilège que celui qu’ils ont de pouvoir, dans un grand nombre de cas, sauver du trépas des êtres abandonnés de la nature et de l’art? Peut-être un jour opérera-t-on des œuvres plus grandes que celles qui sortent de nos mains ; mais lorsque je contemple ce que j’ai pu obtenir de merveilleux, j’ai lieu de me montrer satisfait, tout en regrettant d’avoir rencontré des limites à mon pouvoir ; car si l’existence humaine se trouve bornée, encore faudrait-il atteindre au temps fixé par les décrets d’en haut. L’homme ne peut se plaindre légitimement lorsqu’il a lui-même été son bourreau; la nature ici n’est point coupable : l’homme est libre de se suicider, et souvent, sans qu’il s’en doute, l’abus des remèdes pharmaceutiques abrège son existence. C’est à lui de devenir plus sage et plus prévoyant ; c’est à la science à se perfectionner, car la nature ne saurait rien changer à ses lois.