L’AUTORITÉ ET LA SCIENCE
« Croire à notre pensée, croire que ce qui e3t vrai pour nous, dans notre propre cœur, est vrai pour tous les autres hommes, rela est le génie. Exprimez votre conviction intime et elle se découvrira être le sens universel. »
L’autorité! Ceux qui en sont dépositaires doivent être les représentants de la justice et de la vérité. Tromper l’autorité, c’est forfaire, c’est un crime même, puisque c’est empêcher le bien de se faire et perpétuer le mal. L’autorité, avant de se prononcer, procède par voie d’enquête occulte ou avouée; elle redoute un jugement inique, car sa force est dans la justice. Lorsqu’il s’agit de découvertes scientifiques ou médicales, elle en réfère aux Académies, et c’est ici que l’autorité se trompe : la science, aujourd’hui, n’est qu industrie, les compagnies savantes agissent comme les compagnies industrielles; tout ce qui peut les troubler est écarté, tout ce qui dérange leurs combinaisons ou leurs calculs ne vaut rien ; les renseignements qu'on leur demande, les jugements qu’elles portent, doivent se ressentir de leurs préoccupations intéressées. Le magnétisme et rhomœopathie, pour ne citer que deux découvertes, sont les preuves les plus évidentes de ses jugements partiaux. Nous avons publié, dans notre Cours
de magnétisme en douze leçons, des documents authentiques qui peuvent édifier le lecteur sur la conduite des Académies à notre égard; l’homœopathie, cette autre vérité, n’a pas été mieux traitée : lisez plutôt cette pièce :
« En 1835, le Ministre de l’Instruction publique ayant consulté l’Académie de médecine sur la convenance d’éta blir des dispensaires homœopatiques, l’Académie lui répondit par la lettre suivante, dont la rédaction fut adoptée à l’unanimité, moins deux voix :
* Monsieur le Ministre, l’homœopathie, qui se présente à vous en ce moment comme une nouveauté, et qui voudrait en revêtir les prestiges, n’est point du tout chose nouvelle, ni pour la science ni pour l’art. Depuis plus de vingtcinq ans, elle erre çà et là, d’abord en Allemagne, ensuite en Prusse, plus tard en Italie, aujourd’hui en France, cherchant partout, et partout en vain, à s’introduire dans la médecine. L’Académie en a été plusieurs fois et môme assez longuement entretenue. De plus, il est à peine quelques-uns de ses membres qui n’aient pris à devoir plus ou moins sérieux d’en approfondir les bases, la marche, les procédés, les effets.
» Chez nous, comme ailleurs, l’homœopathie a été soumise en premier lieu aux rigoureuses méthodes de la logique, et, tout d’abord, la logique a signalé dans ce système une foule de ces oppositions formelles Bvec les vérités les mieux établies, un grand nombre de ces contradictions choquantes, beaucoup de ces absurdités palpables qui
ruinent inévitablement tous les faux systèmes aux yeux des hommes éclairés, mais qui ne sont pas toujours un obstacle suffisant à la crédulité de la multitude.
» Chez nous, comme ailleurs, l’homœopathie a subi aussi l’épreuve des faits; elle a passé au creuset de l’expérience, et chez nous, comme ailleurs, l’observation, fidèlement interrogée, a fourni les réponses les plus catégoriques, les plus sévères; car si l’on préconise quelques exemples de guérison pendant les traitements homœopathiques, on sait de reste que les préoccupations d’une imagination facile, d’une part, et, d’autre part, les forces médicatrices de l’organisme en revendiquent à juste titre le succès. Par contre, l’observation a constaté les dangers mortels de pareils procédés, dans les cas fréquents et graves de notre art, où le médecin peut faire autant de mal et causer non moins de dommage en n’agissant point du tout qu’en agissant à contre-sens.
* La raison et l’expérience sont donc réunies pour repousser de toutes les forces de l’intelligence un pareil système, et pour donner le conseil de le livrer à lui-même, de le laisser h ses propres moyens.
» C’est dans l’intérêt de la vérité, c’est aussi pour leur propre avantage que les systèmes, en fait de médecine surtout, ne veulent être ni attaqués, ni défendus, ni persécutés, ni protégés par le pouvoir. Une saine logique en est la plus sûre expertise ; leurs juges naturels, ce sont les faits; leur infaillible pierre de touche, c’est l’expérience. Force est donc de les abandonner à la libre action du
temps. Arbitre souverain de ces matières, seul il fait justice des saines théories, seul il asseoit svec stabilité dans la science les vérités qui doivent en constituer le domaine.
» Ajoutons que la prévoyance, qui est aussi la sagesse de toute administration publique, commande impérieusement une semblable détermination.
» Chacun connaît assez, de nos jours, l’empire des précédents; essayons d’en prévoir et d’en calculer les suites dans l’espèce. — Après les dispensaires pour l’homœopatie, on en demandera pour le magnétisme animal, pour le brownisme, et ainsi pour toutes les conceptions de l’esprit humain. L’administration appréciera, comme nous, les conséquences d’une pareille conduite.
» Par ces considérations et par ces motifs, l’Académie estime que le gouvernement doit refuser de faire droit à la demande qui lui est adressée en faveur de l’homœopathie. »
Si l’autorité, pour l’établissement des voies ferrées, eût consulté les maîtres de poste ou les cochers des petites voitures connues sous le notn de coucous, l’autorité eût obtenu une réponse dans le genre de celle que nous venons de transcrire. — Cette invention ne vaut rien, on se cassera le cou... Pourquoi abandonner le certain pour l’incertain?... Nous sommes de bons juges, etc.... eût-on dit au pouvoir; et le pouvoir, trompé, aurait distribué des croix aux hypocrites dont les inventions nouvelles gênaient les calculs.
Ce qui donne une base à l’autorité, c’est la sagesse de
ses décisions; ce qui lui donne la durée, c’est la prévoyance. L’autorité, pour ces deux motifs, ne peut maintenir des privilèges à certains corps qu’en raison de leur utilité ; or, que dire de la médecine qui puisse mieux éclairer le pouvoir que ce qu’en disait Bichat : — « Elle n’a » pas eu de systèmes généraux ; mais cette science (il parle » de la matière médicale) a été tour à tour influencée par » ceux qui ont dominé en médecine : chacun a reflué sur » elle, si je puis m’exprimer ainsi. De là, le vague, l’in- » certitude qu’elle nous présente aujourd’hui. Incohérent » assemblage d’opinions elles-mêmes incohérentes, elle » est peut-être de toutes les sciences physiologiques celle » où se peignent le mieux les travers de l’esprit humain. » Que dis-je? ce n’est point une science pour un esprit • méthodique, c’est un assemblage informe d’idées inexac- » tes, d’observations souvent puériles, de moyens ilia— » soires, de formules aussi bizarrement conçues que fasti— » dieusement assemblées. »
On conçoit que ceux qui vivent de cette science mensongère rejettent opiniâtrément les vérités qui pourraient jeter quelques lumières au milieu des ténèbres de la médecine : c’est à l’autorité qu’il appartient de détruire ces obstacles, si elle ne veut être accusée de ne protéger que les vieilles erreurs et de ne tenir aucun compte de ce qui peut augmenter la somme des connaissances humaines.
Un gouvernement, quel qu’il soit, doit conserver à la France son caractère de nation initiatrice, et, lorsque les savants refusent de prêter leur concours à une œuvre si
sage, il faut que l’autorité, d’ elle-même, protège, encourage les hommes qui ont découvert des vérités utiles qui ouvrent de nouvelles voies à l’intelligence. Sans doute l’autorité doit y regarder de près; mais, lorsqu’un fait se produit, avec le même caractère, en tous lieux, par des hommes différents, que plus de cinq cents volumes attestent, constatent ce que la science officielle rejette ; lorsque les hommes les plus honorables affirment ou ont affirmé la vérité ainsi proscrite ; lorsque, du reste, le moindre examen la démontre surabondamment, l’autorité n’a plus à craindre de faire fausse route. Elle doit seulement se demander si la vérité est utile, si elle peut faire quelque bien et, dans ce cas, toutes les mesures de l’autorité sont approuvées ; on bénit ses actes, car on voit qu’elle a souci de tout ce qui peut améliorer la condition humaine.
Un autre motif qui mérite considération, c’est que le magnétisme n’est pas seulement précieux pour la thérapeutique ; son étude conduit à la découverte de plusieurs autres vérités importantes, et, sous ce double rapport, un pouvoir qui aime les sciences doit favoriser son essor, et il le peut en créant une cuaike d’enseignement.
TABLE DES MATIÈRES
Vues générales sur l’importance physiologique, philosophique et sociale du magnétisme et du spiritualisme; leur progrès et leur prochain avènement malgré l’insouciance ou l'indifférence sysmatique des savants 1
But de l’auteur — Tout en consacrant presque exclusivement sa publication au traitement des maladies par le magnétisme, il croit devoir dire aussi en quelques mots sa pensée sur le spiritualisme 18