DURÉE DBS TRAITEMENTS MAGNÉTIQUES
sation sensitive, l’amour du prochain. Ah! pour eux, c’est bien différent, le malade n’est point la bâte, mais un être digne de pitié et compassion. Comme ils cherchent à le soulager ! combien ils sont sensibles à sa douleur! Vous les voyez rester près du patient, plongeant leurs regards dans ses yeux, cherchant à pénétrer jusque dans ses entrailles; vous le voyez écoutant les moindres détails que donne le malade, chercher dans leur mémoire, dans les observations qu’ils ont faites, le remède qui les a bien servis en pareille occurence. Ces hommes d’élite sont souvent rebutés, car nul ne leur tientcompte ni de leur dévouement, ni de leur patience, ni de leur abnégation ; souvent ils envoient la médecine au diable et jettent le froc aux orties , cette science laissant trop de place au doute, à la crainte, à de continuelles et inexprimables angoisses! Quant aux autres médecins, ils ont la bouche riante, toujours une anecdote à conter quand le malade va bien ; dans le cas contraire, ilstournent bien viteles talons. Quelques hommes donc prennent au sérieux ce qui est de lui-même fort sérieux ; d’autres, au rebours, ne tiennent aucun compte des difficultés de cet état, et de sa responsabilité ne font que rire ; ils n’en perdent ni le boire ni le manger; leurs affaires n’en vont pas plus mal, au contraire ; ils évitent des insomnies et dotent richement leurs filles.
Oui, la nature fait des médecins comme elle fait des poètes et des musiciens, des peintres et des sculpteurs, des mimes et des comédiens; mais on n’écoute guère sa voix, et, pour l'exercice de cet art divin de la médecine, de nos
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jours, on accepte tout à peu près sans ancun choix ; ce titre de la plus haute noblesse se donne au fat, se donne au sot, on l’acquiert par la seule mémoire ou bien par un parler sans fin, on l’accorde au soldat qui commence et n’a point encore combattu : c’est ainsi que la médecine est devenue un art douteux et s’est déconsidérée. Le magnétisme a eu pour lui les bons, les vrais médecins, les âmes élevées, tous ceux enfin qui demandent sans cesse des vérités utiles, des remèdes efficaces ; il a eu contre lui tous les autres médecins, et ils étaient si nombreux qu’ils ont pu, par leur résistance ostensible ou ténébreuse, retarder sa marche. N’avons-nous pas le droit de les signaler au monde et d’appeler sur eux l’attention publique, afin que le moment vienne où le gouvernement, appuyé sur l’opinion, seconde nos efforts et leur commande d’apprendre.
N’est-il pas surprenant qu’il n’y ait pas deux médecins au monde qui aient les mêmes idées dans la pratique de leur art ; que la médecine soit comme la religion dont deux ministres, quels qu’ils soient, ont des croyances ou des vues différentes, comme la philosophie où chacun a ou fait son école. D’ou vient qu’il en est ainsi? pourquoi cette diversité d’idées et de sentiments? chacun n’a-t-il pas en lui-même le sentiment du vrai? C’est qu’on n’a point encore découvert de vérités-mères, de celles qui servent de pivot et auxquelles tout aboutit: les savants ont rassemblé des parcelles éparses d’un tout inconnu, parcelles qu’ils ne peuvent réunir pour former un faisceau lumineux capable d’éclairer et de fixer la raison.
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Le magnétisme est une de ces vérités inouïes, transcendantes, capable d’opérer cette révolution salutaire ; mais les médecins qui les premiers devraient en profiter ne veulent point en entendre parler; ils tiennent dans le monde un langage, ils ont une conduite bien propre à éloigner les esprits d’un sérieux examen. Singulière condition humaine ! l’homme combat pour ses dieux lors même que ceux-ci sont les dieux du mensonge, il se bat souvent pour des opinions politiques qui ne sont pas soutenables aux yeux de la raison, il expose souvent sa vie pour un faux point d’honneur; et si vous voulez achever de connaître parfaitement l’homme, menacez-le dans ses intérêts, touchez à ce qui le fait vivre, éclairez-le sur le fondement peu moral sur lequel il a bâti son édifice !
Chose triste à dire, la vérité, cette inspiration d’en haut, ce fruit du génie, ne triomphe que par le combat, il faut en acheter les bienfaits et sans profit pour soi user sa vie à les défendre 1 Que d’injures ne nous ont pas été lancées par nos ennemis ; ils nous ont couverts d’opprobres; nous étions des charlatans, des fripons.... mais ces armes se sont émoussées. Maintenant l’hypocrisie entretient la lutte, — le magnétisme n’est bon à rien Aujourd’hui que son existence
ne peut plus être niée, — il agace les nerfs, donne l’épilepsie, enlève l’intelligence, entraîne mille abus;.... il ne fait dans certains cas que masquer les maux,. . . l'imagination surexcitée détruit les forces réelles ; le magnétisme devrait être proscrit, l'Académie l'a examiné sous toutes ses faces et ne lui a trompé aucune valeur ; tous nos grands maîtres ont essayé
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son emploi et jamais dans aucun cas ils n’ont constaté un résultat satisfaisant, mais plutôt une certaine aggravation des maux, et de plus la perte d' un temps précieux pour l’administration des remèdes; enfin xl n'y a que les sols, les gens stupides faciles à leurrer qui donnent dans le magnétisme.... Autant d’erreurs, autant de mensonges qu’on ne peut toujours réfuter, car c’est dans la famille que le médecin, souvent l’ami de la maison, qu’on croit honnête et consciencieux, tient un pareil langage ; il est généralement cru parce que l’on ne suppose poiut qu’il ait intérêt à tromper ni que lu médecine soit une industrie qui ait besoin du mensonge pour se défendre contre qui l’attaque et menace ses profits. Pauvres malades, prenez donc le contenu de ces fioles si artistement étiquetées, continuez à suivre les conseils de gens si habiles, si désintéressés! Du magnétisme ! allons donc, gardez-vous bien d’en user, le médecin l’a trouvé mauvais ou ridicule. Ne permettez pas que la main d’un ami verse dans vos organes un peu de cette force dont vous avez tant besoin ; souffrez, languissez, mourez suivant la formule, ainsi le veulent vos préjugés. Nous pouvons être touchés de tant de faiblesse, d’incurie, mais rien de plus : votre salut n’était-il point entre vos mains? Queue vous éclairiez-vous d’abord sur les vertus et le savoir du guide que vous vous êtes donné. Et, aspirant à prolonger votre existence, pourquoi u’avez- vous point écouté les leçons de la nature qui vous eût montré et son pouvoir et ses bienfaits en même temps que le néant des conceptions des Esculapes modernes?
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Je ne crois pas que l’on ait encore poussé jusqu’au bout les faits de la puissance magnétique ni constaté, par conséquent, ce qui résulterait d’une action à outrance ou extrême.
Il y a dans le magnétisme deux phénomènes différents et dans leurs formes et dans leurs résultats ; ils sont aussi fréquents l’un que l’autre, et naissent des mêmes procédés.
D’un côté, vous voyez se développer sur quelques magnétisés une sensibilité extrême; les membres inférieurs se choquent l’un contre l'autre avec une grande violence, le corps tout entier est soulevé en l’air par des convulsions, la respiration est haletante, précipitée ; la sueur couvre toute la surface du corps, les yeux deviennent brillants et semblent lancer des flammes, le cœur bat à rompre son enveloppe : on s’arrête sans doute à la vue de ces phénomènes, la peur saisit celui qui expérimente ; mais si l’on continuait, qu’arriverait-il? Nul, je crois, n’en sait rien encore.
ü’un autre côté, on aperçoit une disposition au sommeil qui ne fait qu’augmenter graduellement ; par la continuation du magnétisme, la sensibilité s’éteint par degrés, le corps egt entraîné par son propre poids, jusqu’à ce qu’il ait trouvé une surface pour point d’appui ; sa pesanteur
et son abandon sont ceux du cadavre, le cœur cesse de battre, la chaleur s’en va, la respiration est à peine sensible, la peau se décolore, plus de sensibilité nulle part, plus de parole, le magnétiseur même semble ne point être entendu.
En poussant plus avant cette magnétisation, quelque chose de nouveau et de grave apparaîtrait sans doute, mais je ne sache pas que l’on ait osé aller plus avant et tenter l’aventure. L’état de sommeil est déjà difficile à faire cesser, il faut du temps, beaucoup de temps pour arriver à replacer le magnétisé dans sa situation première, et l’elfroi que l’on éprouve ôte l’envie d’aller plus loin.
Dans d’autres cas plus rares, on ne voit point de sommeil ; l'état convulsif ne se montre pas, le corps ss roidit seulement et la chair acquiert la dureté du bois ou de la pierre. Quand on veut lever et faire marcher le magnétisé, qui conserve pourtant toute sa connaissance, on ne peut obtenir la flexion de ses membres, on le lève forcément tout d’une pièce. Si vous voulez le tenir debout, vous êtes obligé de l’appuyer contre vous ou contre une muraille, et il reste dans cette position comme une momie dans sa boîte, sans pouvoir faire un geste et sans qu’il sccuse de souffrance. Si vous le pincez, il ne sent point, si vous le frappez, c’est la même impassibilité ; il voit, il entend, il juge la situation extraordinaire où il se trouve, mais il ne peut en sortir par sa propre volonté ; celle-ci est enchaînée, les murailles de l’ême se sont durcies, et les fluides qui lui sont soumis ne semblent point y arriver.
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Qu’est-ce que ce phénomène et qüe signifie-t-il ? Où s’arrêterait son développement si l’on continuait la magnétisation? Nul n’en sait rien encore, mais il est très-probable que la circulation serait bientôt complètement éteinte et que des modifications profondes auraient lieu dans le jeu des organes essentiels à la vie. Que deviendrait celleci? Je l’ignore. *
J’ai vu le sommeil se prolonger avec la même intensité pendant plus de quarante heures; pourtant on ne magnétisait plus, on cherchait au contraire à démagnétiser, mais on n’apercevait aucun effet qui pût faire soupçonner que la démagnétisation était efficace, le sommeil cessait de lui-même.
J’ai vu durer pendant plusieurs jours, en s’affaiblissant pourtant par degrés, un état de surexcitation extrême du système nerveux causé par la magnétisation : quelquefois un ébranlement sourd de ce même système, mais sans trop d’apparence, devenir presque habituel, comme si les magnétisés avaient toujours joui d’un excès de vitalité qu’on avait voulu seulement produire pour un instant.
Je ne sache pas qu’aucun accident grave soit jamais arrivé, du moins on ne l’a pas publié, on ne l’a pas dit. Sans doute on a vu des insomnies survenir à la suite de ces excitations, quelques petits accès de fièvre nerveuse, des envies de pleurer, des pleurs même. Chez les femmes, on voit quelquefois naître le besoin irrésistible de déchirer ce qui est à la portée de leurs mains, de griffer les gens : le magnétiseur est ordinairement la victime de ces enfantil-
lages; mais, je le fépète, entre mes mains, jamais il ne s’est produit un fait regrettable ; je l’avouerais s’il en eût été autrement, car on doit toute la vérité à la science.
Peut-être encore est-on loin de connaître tous les effets de cet agent nouveau ; quelques variétés de phénomènes singuliers peuvent se montrer ; il est des êtres qui ont des propriétés que d’autres n’ont pas, leur magnétisme injecte le trouble et l'inquiétude, mais ceux-ci sont en petit nombre. On ne sait si cette disposition vient de leur constitution ou vient de leur pensée : ce sont ceux-ci qui nuisent à vos démonstrations, qui empêchent le succès ; lorsqu’ils se trouvent placés près de vos magnétisés, tout vient à rebours, vous ne pouvez que très-imparfaitemeut déterminer ia production d’un fait vulgaire, les magnétisés sont mal à l’aise, ils se tournent en tous sens, semblent chercher le point de départ de ce nouveau fluide, très-souvent même ils découvrent la personne qui les détraque et les empoisonne.
J’ai connu un homme qui jouissait d’une singulière propriété; jamais il ne put conserver une montre marchant bien plus d’un jour, si bien que depuis longtemps il avait cessé d’en porter une, nyant reconnu son inutilité; toutes les fois qu’il avait renouvelé son expérience, il avait acquis une certitude nouvelle de cette singularité. D’où venait la mauvaise influence exercée sur le métal? De son corps, sans nul doute. Chaque être a des propriétés qui lui sont propres : en rechercher les causes serait chose diflici e et nul n’oserait le tenter.
Les vignerons ne laissent point approcher de leur cuvée des femmes ayant leurs règles ; ce que nous appelons matière a des sympathies et des antipathies que l’on ne connaît point ; les plantes, soumises aux soins de tel horticulteur, sont vigoureuses ou malingres.
Mais si vous voulez juger des influences que les corps humains exercent les uns sur les autres, placez-vous près d’un somnambule, vous constaterez qu’à chaque approche d’un être près de lui, un sentiment bien différent se manifestera, et de là souvent le succès ou l’insuccès de la consultation.
J’ai observé des cas de maladie où le magnétisme devait être dirigé, appliqué d’une manière spéciale. Ainsi, lorsqu’un mal est indolent, froid, que la partie engorgée ou tuméfiée ne présente point de symptômes inflammatoires, que rien d’aigu ne s’y fait sentir, l’application de la main le plus longtemps possible , jusqu’à ce qu’une chaleur plus ou moins vive y survienne, fait du bien, un grand bien ; il n’y a point à redouter des douleurs qui peuvent naître sous la main, elles sont toujours critiques et annoncent, soit une résorption, soit un mouvement favorable.
J’ai remarqué que parfois, lorsqu’il y avait une douleur locale accompagnée d’une grande chaleur, la magnétisation à grands courants était bien préférable : elle soulage plus vite que tout autre pratique et dégage rapidement les tissus engorgés et dissipe la chaleur brûlante dont se plaignait le malade. J’ai remarqué plusieurs fois que ma main posée sur un estomac douloureux n’enlevait point la
douleur ; je me voyais, pour amener quelque modification, obligé de changer mon mode de magnétisation : alors quelques mouvements rapides de mes mains parvenaient à produire une action générale sur la circulation, une impression sur le système nerveux, et j’obtenais ainsi ce que j’avais en vain cherché autrement, le soulagement du malade.
4insi, dans tout ce qui est indolent et froid et qui ne présente point à l’œil une vive rougeur, on peut sans danger y déterminer un mouvement tonique par la localisation de l’action magnétique, par une accumulation de cet agent dans les tissus malades : on produit presque toujours un soulagement marqué et, s’il y avait roideur dans la partie affectée, on y constatera plus de souplesse et un bien-être sensible.
Dans les cas aigus signalés plus haut, il semble que la chaleur humaine ou vitale, que vous augmentez sensiblement par le contact, par l’exhalation ou l’expansion de votre chaleur propre, ce qui est un effet en dehors du magnétisme, ne soit pas favorable. On constate quelque chose de semblable dans les fluxions déterminées par les maux de dents ; la chaleur trop vive des cataplasmes non-seulelement ne soulage point, mais semble au contraire provoquer un plus grand afflux de sang qui rend aussi la douleur plus vive. L’appréciation des effets produits par le magnétisme ou par la chaleur est des plus simples, on ne saurait 6e tromper ; d’un côté, le calorique humain qui produit son effet lorsqu’on magnétise par contact et conti-
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nuité d’attouchement, et, d’un autre, la pénétration des tissus par le fluide magnétique qui n’a pas besoin pour agir d’un contact immédiat ni d’un rapprochement qui équivaut presque au toucher. On doit choisir sa méthode afin d’arriver le plus vite possible à soulager.
Les médecins ordonnent très-souvent des frictions faites ou avec la main ou au moyen de brosses préparées pour cet effet; ils sont loin de se douter qu’ils indiquent par-là, qu’ils recommandent une pratique magnétique , mais pratique bâtarde , dégénérée , et qu’on mit en usage seulement à l’époque où l’on ne comprenait plus le magnétisme.
. Les prêtres de l’antiquité les employaient et les recommandaient, et le vulgaire, ignorant du principe mystérieux qui agissait dans la friction, n’aperçut que la force matérielle; la force spirituelle, animique, la puissance de la volonté, lui resta inconnue ; on ne tenait’pas à ce qu’il en sût davantage.
La vérité se dévoile de jour en jour ; on reconstruit, mais seulement pièce à pièce, l’ancien édifice. Tout ce que l’Église moderne a pris des pratiques païennes dira son origine et retournera à la science. Toutes les manipulations ordonnées par les médecins auront plus de valeur parce que leur emploi sera plus savamment réglé : on saura ce que l’on fait.
Le sommeil déterminé par la main du barbier ou du coiffeur s’expliquera parfaitement. La mère ou la nourrice d’enfants souffrants ou criards apprendront par quel mécanisme elles les calment ou peuvent les calmer, elles sau-
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ront pourquoi leurs mains promenées sur les entrailles en font cesser les douleurs, pourquoi, en approchant les enfants près de leur sein et de leur cœur, elles les endorment.
Les étreintes sympathiques de l’amitié, les poignées de main si agréables, si senties lorsqu’elles sont franches et viennent du cœur, ne seront plus qu’une pénétration mutuelle, une communication magnétique allant de l’un à l’autre, transmettant les secrets du cœur, tout ce que la bouche enfin ne saurait exprimer.
11 est des êtres qui, placés près de vous, vous soutirent, vous pompent, vous absorbent vos forces et votre vie; espèces de vampires, sans le savoir, ils vivent à vos dépens. Placés près d’eux, dans leur sphère d’activité, on éprouve un malaise, une gène qui vient de leur action malfaisante et qui détermine en vous un sentiment indéfinissable ; vous éprouvez le besoin de la fuir et de vous éloigner ; mais ces gens-là ont une tendance contraire, ils se rapprochent de vous de plus en plus, vous serrent de près, se soudent à vous comme les poissons se collent sur d’autres poissons pour leur soutirer ce qu’il leur faut pour vivre. Certains hommes, certaines femmes sont malheureusement ainsi organisés ; lorsque leurs victimes n’ont pas assez de vie pour deux, vous les voyez dépérir à vue d’œil, et leur langueur ne cesse que par la mort ou l’éloignement. J’ai vu plusieurs exemples frappants du fait que je décris, et j’ai connu des veufs et des veuves qui, involontairement sans doute, avaient brisé leurs chaînes avant le temps.
D’autres, au contraire, portent avec eux la vie et la
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santé. Partout où ils se montrent et séjournent un instant, la joie se montre et éclate, on se trouve bien de leur voisinage ; leur conversation plaît, on la cherche, on aime à leur prendre la main, à-s’appuyer sur leurs bras ; leur rayonnement a quelque chose de balsamique qui vous charme et vous magnétise en dehors même de la volonté. On adopte facilement leur manière voir, leurs opinions sans savoir trop pourquoi, et c’est avec regret que toujours on les voit s’éloigner.
L’ennui nous gagne bien vite où il n’y a point de vie ; on fuit certaines familles, honorables pourtant, non parce qu’on n’y rencontre point les qualités du cœur, mais parce qu’il manque à leur foyer ce rayonnement magnétique qui fond la glace et qui seul soude les êtres les uns aux autres. Cette personne me déplaît, entendez-vous dire à chaque instant, et si vous demandiez pourquoi, on ne saurait vous répondre. Heureux donc ceux qui ont une organisation privilégiée, ils réussissent presque toujours dans le monde et souvent même leurs fautes et leurs méfaits leur sont facilement pardonnés, tandis que l’on hait et que l’on poursuit à toute outrance des malheureux qui n’ont que peu de fautes à se reprocher, et, devant la justice même, ceux-ci n’ont pas beau jeu.
Depuis que cet être est dans la maison, nous n’éprouvons que des malheurs, que des pertes et des chagrins! Que de fois n’ai-je pas entendu ces mots si durs et si cruels !
Un grand empereur s’informait toujours, avant de con-
fier une mission importante à un homme, quelque distingué qu’il fût, s’il était heureux. On appelle superstition ces sentiments qui ne s’expliquent point, tandis qu’ils sont fondés sur une loi de nature, tandis qu’ils ont leur fondement certain en nous-même. Mais ces opérations de l’âme sont couvertes d’un voile épais, nous les devinons sans pouvoir les expliquer.
N’est-il pas des hommes qui gagnent souvent au jeu sans que l’on puisse les accuser de tricherie ; ils vous entortillent, endorment vos facultés, attirent à eux les atouts; c’est en vain que la perte vous révolte et que vous essayez de lutter contre de tels adversaires, ils vous ruineront bel et bien, si vous n’agissez point sur eux par votre regard et par un rayonnement de votre être qui égalise au moins les forces et modifie les dispositions. 11 n’est pas même indifférent de jouer petit jeu ou gros jeu pour que les chances soient égales; celui en qui la crainte va opérer un rétrécissement des facultés est certain de perdre.
Les duels sont dans le même cas : à habileté, à force égales vous serez défait ou tué si vous n’avez point en vous cette force occulte qui, comme un bouclier, vous couvre de toutes parts. Cette puissance invisible peut être projetée au loin, et alors elle remplit de crainte votre adversaire, elle détourne son arme et vous préserve, vous qui êtes souvent l’offenseur et le seul coupable.
Combien d’amoureux déçus , de désenchantements cruels! On accuse le sort, on maudit sa destinée; on a obéi sans le savoir à la fascination, on s’est laissé séduire.
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Hélas! ici la morale est impuissante, les conseils inutiles; c’est moins chez nous un défaut de raison qui nous a fait succomber, qu’une action occulte exercée sur nous par un être qui presque toujours ignore son fatal don, sa malheureuse puissance.
Il est encore des gens qui vous entraînent au mal comme au bien ; avec eux, vous ne raisonnez point, vous les suivez; la réflexion ne survient qu’après que le coup est fait, ou le bien accompli. Le principe est le même malgré la différence des résultats.
Et ces marchands heureux qui, bon gré malgré, vous vendent cher leurs mauvaises marchandises... Revenu de votre étonnement d’avoir payé si cher ce que vous ne vouliez pas d’abord acheter, vous vous mordez les lèvres, vous maugréez contre le vendeur, tandis que celui-ci se frotte les mains, rit dans sa barbe, sachant très-bien que vous avez été sa dupe; mais son ignorance l’empêche pourtant de comprendre comment vous vous êtes laissé prendre à ses paroles, car souvent ce sont des sots, des bêtes qui attrapent les gens d’esprit.
L’âme n’a pas d’autre agent à son service que ce fluide magnétique ; c’est lui qui lui sert de messager, il est son indispensable instrument. La main en est le conducteur naturel ; l’œil parfois en reçoit ou en renvoie les rayons à une grande distance ; la parole même n’a d’efficace que lorsque la passion, le désir lui donnent ce qui en fait seul autre chose qu’un son ou un vain bruit : c’est du magnétisme qui s’exhale alors et c’est par lui encore que nous
sentons en nous-même si la bouche qui parle rend le vrai sentiment. Plus il y a de chaleur intérieure, d’animation, plus ce fluide a d’activité, plus sur nous son effet est grand. L’homme froid aurait-il une belle voix, une belle apparence, il n’agira que bien faiblement sur la foule. Il y a ici une telle différence entre l’action exercée par les différents êtres qu’on découvre facilement, soit la beauté, soit la laideur de l’âme, et les éléments divers qui entrent dans la composition de chacun : celui-ci semble un composé d’argile et d’eau, cet autre contient du soufre et du salpêtre ; celui-là est filandreux, empêtré qu’il est dans un assemblage de matériaux divers et incohérents, etc... Nous sentons en nous-même ces différences, car l’agent qui sort de tous ces corps nous apporte le rudiment de tout ce qui compose l’enveloppe matérielle de l’être aussi bien que les qualités bonnes ou mauvaises de l’âme.
Les somnambules, bien mieux que nous encore, sentent tout cela, leur sens intime étant plus développé que chez nous; ils devinent ou perçoivent tous les sentiments, des courants fluidiques les leur révèlent ; quand ils sont trèslucides, aucune des pensées des consultants ne leur échappe.
Je ne suis point un de ces pleureurs attardés qui méconnaît le siècle où il vit, ne trouvant rien de bon, rien de beau ; je ne m’agenouille point devant un fétiche quel qu’il soit en criant miséricorde, et ne me frappe point la poitrine pour les péchés de la race humaine. J’admire au contraire le travail de l’esprit humain, le progrès de l’industrie me charme et m’enchante, la science dans toutes ses parties est sans cesse l’objet de mon admiration ; je voudrais la voir encore plus grande et plus belle; mais ce tableau si brillant me laisse triste, car de tous les élans du génie, de tous ces efforts je n’en vois pas le but et je me demande sans cesse quel sera le signe nouveau de la Rédmption. Si les chrétiens placent depuis longtemps sur leurs monuments religieux une double potence en signe de foi et d’espérance, les savants modernes placent sur nos palais et sur leurs demeures un paratonnerre : d’un côté je vois le symbole de l’humilité et do la résignation, l’idée du néant des choses terrestres; de l’autre celui de l’orgueil et de la puissance humaine, le signe de la domination de l’homme sur les éléments, de la supériorité de la science. « Mon royaume n’est pas de ce monde, » avait dit l’humble Jésus, mais, montrant à la foule un pouvoir surhumain, il
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annonçait ainsi sa mission de révélateur et la rédemption future. Le savant aujourd’hui se montre également initiateur, et il peut dire : « Ce globe m’appartient, il est ma propriété, je vois le transformer, en changer l’apparence, en corriger les imperfections ; ici je suis roi, je commande, la nature doit obéir! » et, s’emparant des forces mortes, il les soumet et les rend dociles; mais il ne conclut à rien. Quoique moins orgueilleux, Jésus marchait sur les eaux sans appui , tandis que le savant s’y enfonce et se noie. Jésus ignorait probablement les arcanes et les axiomes de la science des hommes, mais il savait à coup sûr beaucoup plus de choses divines que nos savants n’en connaissent. 11 faut à un de nos sages modernes des milliers de machines et de nombreux agents pour montrer sa domination; Jésus n’avait besoin que d’une évocation mystérieuse et d’un signe de la main pour agir sur la matière : là est la différence, d’un côté est le divin, de l’autre est le matériel.
Le savant contemple ses ouvrages, l’homme moral contemple et admire les ouvrages de Dieu, toutes ses aspirations sont dirigées vers le divin architecte ; sachant que la vie marque à peine dans le temps, il s’inquiète peu du luxe du riche, de ses splendides festins, du brillant de ses équipages; n’éprouve-t-il pas des jouissances plus grandes, des plaisirs moins grossiers? il voit sans se troubler crouler les trônes, passer les révolutions; qu’a-t-il à perdre? L’homme moral n’a qu’un très-petit bagage, et nul ne lui porte envie; s’il n’a point les trésors du riche et du puis-
sant, il n’en a pas non plus les infirmités ni les inquiétudes ; le travail de chaque jour lui donne le pain de chaque jour, et, pour éviter de multiplier ses besoins et de compliquer sa vie, il se considère comme un simple passager, il regarde le navire qui l’emporte et qui lui fait voir à chaque instant les mondes inconnus qui roulent dans l’espace, mondes que l’on ne saurait nombrer, et où ses destinées le porteront peut-être.
Conceptions du savant, qu’êtes-vous près des ouvrages de Dieu ? Richesses de l’opulent, pouvez-vous être comparées aux richesses de la nature, offertes au regard de celui qui sait voir et comprendre ?
Tout à l’heure le savant découvrira des agents plus puissants encore que ceux qui sont à son service, et où il a cru l’espace libre, il le découvrira rempli ; peut-être reconnaîtra-t-il alors que la trace de l’homme est bien fugitive en ce monde, dont tous les travaux ne sauraient changer la nature ni diminuer le poids ni l’étendue, ni même faire disparaître une molécule. Le jugement du savant est téméraire, mais il indique qu’il y a en l’homme une somme de puissance, une volonté, une compréhension qui distinguent sa race de toutes les autres espèces d’animaux ; combien il sera plus grand encore lorsqu’il se sera emparé du feu de la vie, de cette puissance occulte qui soude le monde visible à l’invisible, qui organise la matière, détruit toujours les ouvrages de l’homme en rappelant à leur première origine tous les corps, tous les agents que l’homme a altérés ou détournés de leur route. En ce temps, plus
prochain qu’on ne pense, l’intelligence qui brille auiourd’hui aura beaucoup perdu de ses rayons de gloire, car tout ce que nous voyons maintenant des œuvres accomplies recevra par d'autres hommes un accroissement considérable, et les idées seront changées comme déjà celles de ce temps ne sont plus celles du passé. Que la science donc augmente encore la multiplicité de ses moyens, qu’elle fasse table rase des erreurs et des préjugés accumulés depuis des siècles dans les masses ignorantes, dans les livres où le peuple puise sans cesse ses fausses idées des choses humaines, c’est un magnifique but, une séduisante perspective ouverte à l’intelligence humaine ; mais que la science n’imagine point pouvoir atteindre d’aussi admirables résultats en reculant toujours devant l’étude des agents qui par leur ténuité semblent échapper aux sens, de ces forces cachées à tous les yeux et qui pourtant régissent et gouvernent les mondes ; qu’elle sache d’abord comprendre la signification des faits que nous produisons aujourd’hui, qu’elle reconnaisse enfin la véiité magnétique avant d’aller plus loin, car sans elle chacun de ses pas la conduira à des erreurs nouvelles aussi capitales que celles qu’elle songerait à détruire.
Les hommes ont faussé la vérité, changé en mal ce qui était un bien ; la vertu est devenue vice, il est grand temps que les sciences produisent d’autres fruits.
Travailler en vue du triomphe de la vérité, quelle belle et douce existence I Gomme la vie s’écoule exempte des passions communes 1 On ne voit qu'un point lumineux dans
l’espace vers lequel on gravite sans cesse, s’apercevant à peine de la longueur du chemin, et sans jamais reculer d’un seul pas. Je ne suis point étonné que le naturaliste éprouve toujours de nouvelles jouissances; il est tout sim* pie qu’il se passionne pour une science qui n’a point de limites, car la nature est infinie dans ses productions et dans la variété de ses œuvres.
La nature, pour nous, a un charme bien plus grand encore, car l’outil dont elle se sert pour ses productions et dont nous nous sommes emparés, c’est cette pure essence par qui tout vit, se forme, respire, et dont l’absence causerait inévitablement la mort de tout ce qui a été créé. On conçoit par là la passion du nova teur, son ravissement et l’éloignement qu’il éprouve pour toute chose de moindre valeur; car les quelques vérités qu’il a saisies lui font entrevoir que beaucoup encore restent cachées, et lui laissent espérer d’en pouvoir découvrir de nouvelles et de plus importantes. Retournez donc à l’école de la nature, grands esprits, la science vraie n’est point votre fait ; peut-être auriez-vous été excellents pour d’autres choses. Mais à quoi bon ces recherches? vont s’écrier les gens à esprit jmitif et prévoyant. C’est vrai, répondrons-nous, à quoi sert de mettre en lumière des vérités transcendantes, lorsqu’on ne cherche qu’à bien vivre, à s’engraisser et à satisfaire des passions qu’on n’ose point avouer; à quoi bon, en effet, sortir de l’animalité? N’avons-nous pas le même sort et la même destinée en ce monde que la bête?.... Une nation ne dure pas longtemps avec de pareils instincts ; elle s'éteint bien-
tôt dans le vice et l’ordure. Ah! coupables savants et faux philosophes, vous nous menez lout droit à ce soleil couchant, à cette nuit de l’esprit où les hommes s’endorment pour ne plus se réveiller 1 Ignorez-vous donc que ce sont ces soudaines clartés de l’âme touchant un monde meilleur qui ont soutenu l’humanité dans sa marche à travers les siècles ?... Oui, il est des hommes qui s’abâtardissent volontairement : différents de certains philosophes anciens qui se retranchaient certaines parties pour n’être point troublés dans leur contemplation, et pour arriver plus vite aux connaissances divines, ceux de nos jours retranchent de préférence les facultés de leur âme; puis, impuissants à comprendre ce qui alors dépasse leur conception, ils nous mettent sur le lit de Procuste : on reconnaît les eunuques à leur voix, nos lettrés se reconnaissent à leurs dénégations.
Mais voyons s’ils connaissent quelque chose de la vie, s’ils savent quand celle-ci s’éteint. Prenons un fait qui n’a obtenu que leur dédain ; fait vrai et authentique cependant, dont les attestations ont été données par ceux -lâ mômes qui en avaient été les témoins et qui n’en admirent la réalité qu’après une suite d’examens tels que les incrédules seuls sont capables de les faire.
Nous lisons dans lejournal la Presse du 24 octobre 1851, la relation du fait de résurrection qui suit, rapportée par M. Victor Meunier :
€ Ce qu’on va lire est emprunté à un officier anglais, M. Osborne, qui a publié sur la cour de Rundjet-Sing un livre des plus recommandables. Je dois ajouter que le gé-
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néral Ventura, qui figure parmi les témoins de ce fait extraordinaire ayant été interrogé à ce sujet lors d’un voyage qu’il fit à Paris, en a certifié l’exactitude.
» Le 6 juin 1858, la monotonie de notre vie de camp fut heureusement interrompue, dit M. Osborne, par l’arrivée d’un individu célèbre dans le Pendjab. Il jouit parmi les sikes d’une grande vénération, à cause de la faculté qu’il a de rester enseveli sous terre aussi longtemps qu’il lui plaît. On rapportait dans le pays des faits si extraordinaires sur cet homme, et tant de personnes respectables en garantissaient l’authenticité, que nous étions extrêmement désireux de le voir. Il nous raconta lui-même qu’il exerçait ce qu’il appelle son métier (celui de se faire enterrer) depuis plusieurs années; on l'a vu, en effet, répéter cette étrange expérience sur plusieurs points de l’Inde. Parmi les hommes graves et dignes de foi qui en rendent témoignage, je dois citer le capitaine Wade, agent politique à Lodhiana. Cet officier m’a affirmé avoir assisté lui-même, à la résurrection de ce fakir, après son enterrement, qui avait eu lieu quelques mois auparavant, en présence du général Ventura, du maharadjah et des principaux chefs sikes. Voici les détails qu’on lui avait donnés sur cet enterrement et ceux qu’il ajoutait d’après sa propre autorité sur l’exhumation :
« A la suite de quelques préparatifs qui avaient duré quelques jours et qu’il répugnerait d’énumérer, le fakir déclara être prêt à subir l’épreuve. Le maharadjah, le chef sike et le général Ventura se réunirent près d’une tombe
en maçonnerie construite exprès pour le recevoir. Sous leurs yeux, le fakir ferma avec de la cire, à l’exception de sa bouche, toutes les ouvertures de son corps qui pou* vaient donner entrée à l’air; puis il se dépouilla des vêtements qu’il portait : on l’enveloppa alors dans un sac de toile, et, suivant son désir, on lui retourna la langue en arrière, de manière à lui boucher l’entrée du gosier; aussitôt après cette opération, le fakir tomba dans une sorte de léthargie. ]«e soc qui le contenait fut fermé, et un cachet y fut apposé parle maharadjah. On plaça ensuite le sac dans une caisse de bois cadenassée et scellée qui fut descendue dans la tombe; on jeta une gande quantité de terre dessus, on foula longtemps cette terre, et on y sema de l’orge; enfin des sentinelles furent placées tout à l’entour, avec ordre de veiller jour et nui t.
» Malgré toutes ces précautions, le maharadjah conservait des doutes; il vint deux fois dans l’espace de dix mois, temps pendant lequel le fakir resta enterré, et il fit ouvrir devant lui la tombe; le fakir était dans le sac, tel qu’on l’y avait mis, froid et inanimé. Les dix mois expirés, on procéda à l’exhumation définitive.
» Le général Ventura et le capitaine Wade virent ouvrir le cadenas, briser les scellés et élever la caisse hors de la tombe. On retira le fakir: nulle pulsation, soit au cœur, soit au pouls, n’indiquait la présence de la vie. Comme première mesure destinée à le ranimer, une personne lui introduisit très-doucement le doigt dans la bouche et replaça sa langue dans la position naturelle. Le sommet
delà tête était seul demeuré le siège d'une chaleur sensible. En versant lentement de l’eau chaude sur le corps, on obtint peu à peu quelques signes de vie. Après deux heures de soins, le fakir se releva et se mit à marcher en souriant.
» Cet homme vraiment extraordinaire raconte que durant son ensevelissement, il a des rêves délicieux, mais que le moment du réveil lui est toujours très-pénible. Avant de revenir à la conscience de sa propre existence, il éprouve des vertiges.
» Il est âgé de trente ans, sa figure est désagréable et a une certaine expression de ruse.
» On me dira : Ajoutez-vous une foi entière à cet étrange récit? — Non, parce que le fait, étant en opposition avec le cours ordinaire des choses, a besoin de témoignages plus imposants que ceux qui l’accompagnent. — Alors, vous le niez donc ? — Pas davantage ; et pourquoi nierionsnous? — Parce qu’il ne s’accorde point avec ce que nous savons ! La belle raison ! Connaissons-nous toutes les propriétés de la vie? La probabilité du contraire est si grande qu’elle équivaut presque à une certitude. Si le récit précédent n’est pas décisif, it ne renferme cependant rien qui nous autorise à le regarder comme mensonger.
» Qu’y a-t-il donc à faire? Ici, comme dans toutes les circonstances de la vie scientifique, nous devons nous garder également et de; cette légèreté qui accueille sans examen tout fait étrange, par cela seul qu’il est étrange ; et de cette étroitesse d’esprit qui repousse toute nouveauté dès qu’elle
a le tort de s’écarter de ce que nous appelons pompeusesernent la règle. Enregistrer les faits et les tenir en quarantaine jusqu’à ce qu’ils aient produit leurs preuves, telle est la conduite à tenir. »
Ce fait merveilleux nous a été raconté et certifié devant quatre-vingts personnes par le général Ventura et un de ses amis qui avait préparé et suivi cette expérience, vérifié souvent le tombeau où une sentinelle avait été placée, vu pousser le grain semé dans la terre qui recouvrait un vivant et assisté à l’ouverture de ce sépulcre sans oublier aucune des circonstances qui auraient pu motiver un soupçon.
Le fait que nous venons de rapporter est pour nous authentique : s’il laisse des doutes dans l’esprit de quelquesuns, cela ne le détruit point. Dans tous nos autres écrits, nous avons dit que l’on enterrait assez fréquemment des gens qui n’étaient pas morts; nous-mêmes, nous avons vu des cas de somnambulisme tellement prononcé que l’on aurait bien pu enterrer les gens qui y étaient plongés, sans qu’ils eussent pu protester : souvent, d’ailleurs, dans l’état ordinaire, on voit revenir à la vie des personnes déclarées mortes, tant nos médecins sont inhabiles dans la plupart des cas à reconnaître la mort réelle, la mort sans espérance de retour.
Je ne veux point, à ce propos, rappeler ces temps où les morts revenaient bel et bien tourmenter les vivants. On sait que, pour y mettre un terme, on fouillait leurs tombeaux et que l’on plantait un pieu au travers de leurs
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corps ; on s’était assuré, en faisant cette cruelle opération, que ces cadavres n’étaient point décomposés, qu’ils avaient la peau rosée, les yeux ouverts, que chez eux, enfin, la circulation existait encore, même après plusieurs mois d’ensevelissement : c’était la preuve juridique qui motivait la sentence et la peine posthume prononcée contre eux. De tels faits, l’histoire en a conservé un très-grand nombre attestés par une foule de témoins honorables, parmi lesquels on rencontre beaucoup de médecins et de magistrats.
Nous sommes certains que la vie n’a point encore quitté le corps des asphyxiés alors même qu’on les croit bien morts, et, quoi qu’en disent les procès-verbaux de nos Esculapes, ce n’est que lorsque la corruption s’établit dans le domicile humain que la vie cesse et que l’âme fuit. C’est ici que le magnétisme humain, comme dans toutes les morts apparentes, rendra d'éminents services. On constatera des résurrections inespérées lorsque le gouvernement aura fait entrer le magnétisme dans les Facultés ; et, comme il y aura alors des croix, de la gloire, des honneurs et de l’argent pour un acte si simple, ce sera comme pour la vaccine, tous les médecins pratiqueront cette opération : les mémoires les plus beaux inonderont alors l’Académie et les bureaux du ministère de l’instruction publique : c’est ainsi que s’épanouissent les vérités depuis que l’homme a mangé du fruit de l’arbre défendu.
Par ce qui précède, nous avons voulu faire entrevoir à nos lecteurs le défaut de connaissances, ou plutôt l’ignorance complète des savants et des médecins touchant la
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vie : sur ce sujet, ils n’en savent pas plus qu’on bas Breton. Nous ne voulons pas méconnaître leur mérite ni l’importance de leurs connaissances diverses; mais, lorsqu’ils veulent régler la vie, agir sur les instruments dont elle se sert, dicter, prononcer des arrêts, il nous prend un accès de tristesse, car les résultats de cette conduite sont presque toujours en opposition avec ce que veut la nature.
Il faut que l’on sache bien que ce n’est pas de la physique ou de la chimie, de la botanique, etc..., que l’on étudie, mais une chose qui n’a point encore de nom parce qu’elle est inconnue et qui ne peut être saisie à un moment voulu. Vas donc toujours du simple au composé, c’est la seule manière d’assurer ta marche. Je puis le dire sans orgueil, bien peu connaissent le magnétisme comme je le connais moi-même, et pourtant c’est une chose simple encore, facile à étudier et dont on voit les divers accidents autant qu’on le désire : le somnambulisme n’est pas mieux connu ; il fascine, il égare ceux qui en déterminent l’éclosion, et pourtant ce n’est que le premier degré d’une science immense qui se découvre devant vous. Je ne veux point faire la critique des hommes qui se sont dévoués à la pratique du magnétisme, mais bien peu d’entre eux ont une saine pratique, ils vont au hasard des choses, et leur ignorance fait qu’ils contrarient souvent la nature dans ses manifestations au lieu de l’aider ù accomplir son ouvrage : le plus petit symptôme de son action peut fournir une indication précieuse, car il faut toujours abonder dans son sens, aider et soutenir ses efforts; il parle; c’est au magné-
liseur de savoir l’entendre et répondre à son appel. Avec cette perspicacité, cette science, on marche comme précédé d’un flambeau au milieu des ténèbres.
Sois donc simple et modeste en commençant; cherche avec attention ce que la nature détermine dans le plus grand nombre de cas ; vois si elle porte ton magnétisme en haut ou en bas ou dans le centre : il y a certains signes indicateurs que tu découvriras facilement, car tout se reflète extérieurement : ainsi les plis de la peau du front rendus plus sensibles par leur froncement involontaire, le mouvement des paupières plus rapide, le brillant des yeux, la coloration de la face, la respiration ralentie ou plus accélérée, des borborygmes ou des mouvements d’intestins, l’agitation des membres inférieurs, etc..., tout indique la présence de cet- agent, et le magnétisme doit diriger ses efforts vers les parties que l’agent surexcite. La tendance au sommeil est facile à reconnaître : il ne faut pas alors magnétiser les extrémités, les mouvements d’intestins sont un appel de la force, ceux des extrémités indiquent l’écoulement d’un fluide surabondant ou vicié dont la force intelligente qui est en nous cherche à se débarrasser. Tels sont les principaux phénomènes qui doivent fixer l’attention persévérante du commençant; les indications de la nature, fournies par l’organisation, ne sont point subtiles, elles sont sensibles, matérielles et n’exigent, pour être appréciées, qu’une dose fort ordinaire de pénétration; mais tous les phénomènes ne sont point aussi simples : l’âme du magnétisé, indifférente ou neutre jusque-là, va s’émouvoir
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à son tour et, en compliquant les résultats, les rendre aussi plus merveilleux : le magnétisme est devenu complexe, il a surmonté nature et va découvrir toutes ses beautés et ses richesses ! Gomment les 'comprendre si l’on était inhabile déjà à saisir ses plus grossières manifestations?
Le magnétisme dévoile les mystères de la vie, il peut servir à faire apprécier l’agent moteur de notre machine.
Paruénides, Hippassus, Heraclite et les Platoniciens disent l’âme être de feu. Héraclite lui donne quelque ressemblance avec la lumière et quelque chose de simple et pur, mélange et composition élémentaires. Orphée appelle l’âme une lumière invisible. Les Épicuriens disent quelle est une miction des qualités du feu, de l’air et du vent, etc.
Nous n’avon3 pas envie de passer en revue les cent mille volumes qui renferment des discussions et des affirmations au sujet de l'âme; tout est confusion, et les doctrines religieuses ne nous renseignent pas assez pour nous en tenir à leurs affirmations. La question est donc neuve encore, et j’aime à citer les propres paroles d’HyppocRATB, car, depuis lui, la vérité n’a pas fait un seul pas : — « J'ai usé , dit-il, en traitant de la médecine, des communes opinions de ceux qui ont été devant moi et aussi des miennes en partie, ce qui est nécessaire à ceux qui traitent de quelque
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art et de ses principes. Et, quant aux choses célestes, il n’est besoin à moi d’en parler, sinon que je crois que les hommes qui rirent en terre et y ont pris naissance ont encore leur origine de la terre et que l'âme est venue du ciel. » Cetle vérité n’est plus douteuse pour les magnétistes avances, l’âme découvre son principe immortel dans le sommeil et l’extase, elle se montre dans les opérations magiques. Qu’est-ce qu’une idée? est-ce une puissance et cette puissance serait-elle la cause immédiate de la formation des êtres? L’âme ne serait-elle d’abord qu’une idée simple mais
ayant pouvoir d’agir sur la matière? 11 est certain que mon
idée se transmet sans parole et qu’elle peut passer d’un corps dans un autre, l’impressionner selon ce que j’ai voulu ; il est évident qu’une idée change la qualité de certains corps, fait trouver doux ce qui est amer, et amer ce qui est doux.
11 est évident que, dans mon propre cerveau, une idée qui quitte ce foyer primitif peut, se revêtissant de matières subtiles, créer des images et me donner des rêves par sa seule force, par sa seule action : l’idée du Créateur se trouve bien dans toutes les graines, elle y est comme une pensée dans le cerveau humain, la matière lui sert d’enveloppe, et c’est dans cette enveloppe même qu’elle puise le rudiment physique nécessaire pour la rendre sensible â nos sens. Une idée peut donc sortir de notre cerveau, et sa puissance est si réelle, qu'elle peut, dans certains cas, suspendre le cours de la vie dans le corps humain où elle pénètre, et altérer le jeu des orga-
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nés. Elle n’agit pas seulement sur l’esprit, mais sur la matière. Beaucoup de magnétistes emploient ce levier immatériel sans réfléchir à son importance comme si la chose était vulgaire.
L’idée est fille de l’âme, elle en émane directement comme le parfum émane delà fleur; mais, une fois échappée de son foyer primitif, elle va où des affinités spirituelles l’appellent. Ce n’est donc point le hasard qui produit ces rencontres singulières de même pensées qu’ont en même temps des êtres très-éloignés les uns des autres, qui souvent ne se connaissent même pas : les idées se répandent à la façon des arômes, mais elles sont plus subtiles encore et d’une autre nature; ce ne sont point nos sens qui les recueillent, mais notre âme. On dit que la vertu se répand comme un parfum et l’on a raison. Donc, pour en revenir à notre sujet, nous admettons que nos idées peuvent se revêtir de matière subtile et devenir visibles, sensibles en dehors de nous, comme en dedans, ainsi que nous le voyons dans les songes ; c’est par là qu'un magnétiste peut, sur des sujets sensibles, produire ces phénomènes si singuliers de vision et d’apparition, faire apparaître des animaux, des plantes, des personnages, un fleuve, une montagne, enfin toutes les idées qu’il a eues d’un ou de plusieurs objets. Je me suis aperçu souvent qu’étant surpris par une distraction, pendant que je magnétisais un malade, le songe, la pensée, le sujet de la distraction passait chez le magnétisé. Il y a ici tout une science et je ne fais qu’indiquer quelques-uns des phéno-
mènes qui m’ont frappé, et dans lesquels j’ai puisé cette conviction qu’une mère agissait sur son enfant dans son sein, que le moment de la conception môme emportait avec lui un caractère décisif et difficile h modifier dans le fruit qui en procède.
Pour vous assurer de l’action qu’exerce une idée en dehors de vous, pensez, veuillez qu’une personne éloignée, dans une salle de spectacle, par exemple, veuillez que cette personne vous regarde, vous recherche des yeux et vous verrez le fait se produire selon votre désir. Quand vous voyez quelqu’un dans une sorte d’hésitation, dans un moment où il semble se demander et se demande en effet : * Ferabje ceci , ou bien cela?,» envoyez votre volonté, votre idée, si vous savez ce qui est en délibération, et vous mettrez un petit poids dans -la balance pour le côté où vous voulez que le plateau penche.
Mais si nos idées ont cette puissance, si elles ont quelque valeur en dehors de nous, si, enfin, elles agissent d’elles-mêmes, par une vertu qui leur est particulière et par la vie dont elles sont teintes, pourquoi donc répugnerait-on à admettre l’existence de tout un monde invisible à nos sens? Quant à moi, j’ai fait sur ce sujet ma profession de foi : je crois 4 l’existence des esprits, à des forces intelligentes qui peuvent, établissant des rapports avec ce qu’il y a en nous d’analogue à leur essence, contrarier nos projets ou nous inspirer, agir en nous enfin sans que les sens soient de la partie.
Il m’a toujours paru que c’était un jugement erroné
que de croire la création bornée à ce que nous voyons, et je me demande si, ne sachant pas où le monde commence, nous pouvons nous prononcer en lui donnant une limite. 11 est bien probable que tout est animé dans la nature, que cette existence même que nous subissons n’est qu’une préparation à une transformation prochaine ; si l’on m’objectait le défaut de connaissances propres à traiter un pareil sujet, je répondrais : J’ai vu, j’ai senti.
Toutes ces questions seront longtemps débattues, longtemps l’obscurité les environnera. Qui donc sait aujourd’hui ce qu’est cet ouvrage sans pareil, un corps humain? N’est-il pas aussi inconnu que s’il n’était point nôtre? Nous ne savons pas plus ce qui se passe en nous dans tout ce qui tient à l’ordre spirituel que ce qui se passe dans l’intérieur du soleil. Nous avons des physiologistes, des médecins, des anatomistes, etc..., cela est vrai, mais aucun d’eux ne saurait faire la moindre reprise à la chemise de chair qui nous couvre, si quelque chose d’inconnu ne s’en mêlait, si des ouvriers bien cachés et bien invisibles ne prêtaient leur concours.
11 se produit en nous de l'huile, de la cire, du soufre, du phosphore, du fer, de l’arsenic; si l’on cherchait bien, on y trouverait en petit les productions entières de toute la nature, le gravier, la pierre, la corne, les tissus les plus fins jusqu’à la toile la plus grossière ; les couleurs les plus variées et les plus vives depuis la nacre jusqu’au pourpre ; •tous les arômes, depuis ceux qui charment les sens jusqu’à ceux qui agissent sur l’odorat, comme le vinaigre et l’am-
moniaque, ou qui, chargés de poisons, comme dans les maladies, affaiblissent ou tuent ceux qui les respirent.
Des volcans parfois se font jour à la surface de notre corps : c’est ainsi que nous voyons sortir de la bouche béante d’un cancer, la lave empestée, la vapeur putride qui vient de notre intérieur; d’ulcères sanieux, des parties d’os exfoliés, corrodés, toute matière pourrie. Tout ce que nous voyons sur la terre se voit sur nous et en nous; le feu qui la chauffe à l’intérieur n’est-il pas semblable à celui qui est renfermé dans nos organes? Les éclaire dont nos yeux sont frappés, l’électricité et ses couronts n’ont-ils point leur analogue, en nous produisant aussi des résultats analogues? Pour compléter cette frappante ressemblance, ne pouvons-nous, dans un accès de colère, comme la nature dans un jour d’orage, rassembler les rayons de ce tluide inconnu, les lancer à une grande distance comme le fait la foudre dans son aveugle fureur? N’avons-nous pas les propriétés de l’aimant qui attire et repousse, ainsi que scs pôles?... Mais je ne pousse pas plus loin cette recherche, j’ai dit assez pour montrer seulement que nous ne nous connaissons point, que cette étude est h faire, et qu’en nous connaissant nous mêmes, nous connaîtrons toute la nature.
Il y a en nous une certaine force virtuelle, dont nous ne sommes pas maîtres, il faut absolument qu’elle sorte et se répande au dehors ; comprimez-la tant que vous voudrez, si vous ne finissez par y obéir, cette force vous rendra, fou. Lu force créatrice n’est-olle pas de même, ne tour-
mente-t-elle pas tous les êtres, même ceux qui ignorent son existence? Agités, inquiets, l’ardeur des sens bientôt vient aggraver cette tempête intérieure, si redoutable qu’elle peut conduire au suicide les êtres pris de ce vertige! mais les voilà gais, heureux, le calme s’est rétabli, l’orage dissipé,.., la nature a éclairé leur ignorance.
L’idée est comme un prisonnier qui demande à sortir de la maison; la raison est le geôlier, elle refuse d’ouvrir, souvent même elle isole le prisonnier, le garrotte.... tant pis alors. Ah! je conçois la folie comme je conçois l’indiscrétion; je plains l’une et pardonne l’autre. Pourquoi nous chargeons-nous d’un secret que nous ne pourrons garder ? pourquoi refusons-nous d’ouvrir à qui nous avons laissé pousser des ailes et veut prendre son essor ? Oui, la folie peut naître d’un désir comprimé, parce qu’il est une force ! Oui, malheur à l’homme dont la cervelle loge le génie, car les barreaux de cette cage mystérieuse peuvent se désunir etse rompre. AhI je plains aussi le moindre des écrivains, s’il veut écrire sur des choses sérieuses ; plus malheureux encore est celui qui a en lui ce qu’il ne peut rendre : l’amoureux muet soufTre davantage que celui qui est babillard ; celui-ci ne deviendra jamais fou, mais le premier se tue. Qu’est-ce donc qui les pousse l’un et l’autre? Quel est cet être inconnu qui exerce une si grande puissance sur nos sens et sur notre raison ? Est- il matériel ou spirituel? Les savants ne se prononcent point, mais, pour qui a produit des phénomènes magnétiques, le fait peut trouver son explication , ou du moins le magnétiste peut eu ha-
sarder une. — Laquelle? Laquelle? va-t-on me demander de toute part : voilà justement ce que je voulais éviter, ce que peut-être il n’est pas prudent de dire. — Ah bah! va-t-on m’objecter, vous vous taisez toujours quand il faudrait parler; vous éveillez l’attention sans jamais satisfaire le besoin que vous avez fait naître, c’est enfin que vous ne savez rien. — Non, mes bons amis, votre pensée est mauvaise, elle est fausse : je sais, mais je crains de tomber où vous qui ne savez que fort peu avez trébuché déjà . Avezvous des mots à me donner? à leur défaut avez-vous des signes, des images, des paraboles au moins ! Pouvez-vous seulement, avec des couleurs, peindre l’image de votre àme, rendre l’assemblage de vos idées, nous montrer en peinture les messagers qui vont et viennent en nous, et enfin tracer n’importe comment le fac-similé d’un pur esprit? Pourriez-vous donc, sans hésiter, commencer le travail qui vous serait demandé sur un sujet semblable? Vous m’objectez que vous n’avez pas vu ces choses..., — mais tous ceux qui les ont vues sont devenus muets ou ont perdu la raison ! Voyez si un seul d’entre vous a pu nous dire encore bien nettement ce qu’est ce magnétisme dont vous voyez pourtant chaque jour les grossiers phénomènes. Peignezmoi donc, vous qui pensez, la forme d’une idée..., toutes en ont une pourtant, car c’est quelque chose, mais ce n’est ni un arbre, ni un fleuve, ni un brin d’herbe...; la seule chose qu’on ait pu arracher à ceux qui avaient pénétré quelques-uns des mystères de la vie, c’est une exclamation : Ah! que c’est beau! mon Dieu que c’est beau ! et si
l’on ajoutait à sa demande une sorte de contrainte morale, celui qui avait vu ajoutait : C’est.... c’est beau , je n’en saurais dire davantage!... voilà tout.
Croyez-vous que je sois satisfait quand un physiologiste, me montrant l’intérieur de l’œil, me fait connaître la divine organisation de cet instrument d’optique? Mais c’est comme s’il me montrait une lunette... je ne vois pas, je ne devine pas l'agent qui perçoit, qui saisit l’image représentée, et pourtant il existe, il est aussi réel que l’œil lui-même, mais il est différent de nature. Non, nou3 n’avons saisi jusqu’à présent de toute la nature que l’enveloppe la plus grossière de ses sublimes ouvrages ; les ouvriers qui organisent, qui travaillent la substance nous sont inconnus ; celle-ci même, quoique matérielle, nous sommes loin de la connaître encore : sa forme, son poids, sa dureté, sa résistance, la science l’apprécie plus ou moins, elle décompose et recompose avec plus ou moins de succès ce que les sens ont saisi d’une forme primitive, et leur impose des noms, c’est immense, sans doute, mais l’esprit cherche au delà et ne peut plus rien saisir. Les corps opaques ne nous paraissent tels qu’à cause de notre faible vue, car ils ne le sont pas; une foule d’agents les traversent à chaque instant, leurs pores sont habités par des animaux invisibles ayant un système nerveux, un ou plusieurs sens; mais notre investigation s’arrête devant l’impossibilité d’aller aussi loin que la pensée, nous manquons d’instruments. Nous ne nous connaissons pas nous-mêmes et pourtant on donne le nom de savants aux hommes dont l’esprit s’est
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arrêté aux premières difficultés! Quel sera le Christophe Colomb du monde soupçonné, du monde des esprits? Une voix me crie, pour ce qui me concerne: Arrête, téméraire!... Qu’oses-tu prétendre? Reste sur le rivage, laisse à d’autres vivants le soin de percer ce mystère, la mort bientôt te le révélera ; la volonté humaine ne suffit point pour produire au jour une telle œuvre, il faut le consentement de Dieu !
L’homme s’appartient, dit-on: belle sottise, ma foi! D’abord son corps appartient au chef de l’État, à ses ministres, à la police, aux gendarmes, aux gardes champêtres, etc... Tous peuvent l’appréhender au corps, le mettre en prison, en cellule, sauf à le relâcher lorsque, après mûr examen, son corps n’offre aucune tache : première atteinte à notre moi, à notre personnalité.
Mais notre esprit est bien autrement subordonné et nous en disposons bien moins encore que de notre corps. Essayons-nous de le fixer; c’est alors un tiraillement insupportable dans l’intérieur, on nous dérange, on nous excite à faire ceci ou cela. — Quelque agent inconnu veut une chose, aussitôt une sorte de concurrence est établie par des agents qui pensent différemment ; tandis que l’un dit oui, les autres disent non, et souvent de toutes ces voix confuses nous n’écoutons que celles qui nous donnent les plus mauvais conseils : sommes-nous d’ailleurs maîtres de choisir? Je ne le crois pas. Celui qui pèche peut dire souvent avec raison : — « Mais je ne voulais point faire celle chose, quelque chose de plus fort que moi m'a poussé et j’ai commis ce que ma raison réprouve. » Le juge n’admet point
cette excuse, il condamne. La voix qui conseillait le bien ne pouvant dominer celle qui conseillait le mal, la raison, l’éditeur responsable de ce qui se passe au logis, est seule atteinte. Il y a donc une ignorance complète de ce jeu singulier de forces contraires, tour à tour mobiles de nos actions. Les anciens, pour expliquer ce mystère, disaient : C’est un démon : ils reconnaissaient d’ailleurs l’existence en nous de plusieurs esprits d'une nature ou espèce différente. Le magnétiste avancé peut évoquer tous ces esprits, il peut combattre l’esprit malin ouïe rendre maître absolu du royaume humain; cet esprit devenu dominateur altérera la raison, la chassera, et l’individu pourra dire : — «Je suis ensorcelé , un mauvais Esprit me domin e, ma raison lui est assujettie, je suis possédé. » Ce phénomène qui, il faut le dire, se produit aussi sans magnétisme, a dans ce dernier cas des causes spirituelles ou morales.
Souvent le suicide est le résultat de cette espèce de domination ; on l’absout sans l’expliquer comme on ose à peine condamner un ivrogne qui commet un crime ; il en est de même pour un buveur d’opium : on a raison d’absoudre; on reconnaît, jusqu’à un certain point, la cause du désordre ou l'effacement de la raison. Mais, avec le fou, le maniaque, l’halluciné, ces malades d’esprit qui n’ont pris ni vin ni opium et qu’un agent mystérieux a poussés au crime, la justice humaine doit être très-embarrassée. Elle excuse les actes lorsqu’ils sont provoqués par une cause sensible et reconnue comme entraînant la perte de la raison ; mais, dans bien des cas, croyant que le criminel a eu
toute sa liberté, la parfaite intégrité de sa raison, la justice condamne : elle se trompe, mais je ne puis la blâmer, je sais qu’il y a des bétes volontairement fauves parmi les hommes que l’on doit mettre dans l’impuissance de nuire. Au milieu des condamnés, pourtant, que de malheureux dominés par des agents que la science ne connaît point, qu’elle nie même, tant, sur ces matières, son ignorance est profonde ! Je le répète, il y a des obsessions qui troublent l’esprit, il y a des forces occultes inconnues qui peuvent dans certains cas dominer les caractères les plus fermes. Les anciens, pour les dissiper ou les guérir, employaient, non des remèdes matériels, ils avaient reconnu leur inefficacité, mais l’exorcisme qui est un remède spirituel. Le savant aujourd’hui se moquerait d’un prêtre se servant de cette arme, et il aurait un peu raison ; car le prêtre de nos jours n’en sait pas plus que lui sur les facultés de l’âme humaine, sur les rapports et les liens qui unissent le inonde matériel au monde spirituel.
Chacun a ses faiblesses, sa manie, ses défaillances d’esprit: nul n’est certain jamais de conserver sa raison, nul ne connaît les agents intérieurs qui travaillent la matière et font naître l’idée, nul ne sait enfin ce que nous sommes, pourquoi et comment nous existons : on ne peut s’imaginer, lorsqu’on vit loin des malades, le nombre infini d’êtres malheureux, souffrants des tortures dont la cause est aussi inconnue d’eux que des autres, et qu’on ne peut traiter de maniaques ni de fous; les uns sont affectés à certaines heures du jour ou de la nuit, d’autres n’ont de
lueurs que par moments pour examiner et peser froidement leur situation, d’autres sont constamment tourmentés; le médecin, dans sa courte vue, traite tout, <T imagination, d’hypocondrie, de mélancolie, etc... tous mots propres à couvrir son ignorance près des gens plus ignorants que lui.
Et en songeant à toutes ces tristesses, à toutes ces misères, le sommeil fuit ma paupière; mon âme, tourmentée, m’incite au travail et me fait pressentir que le magnétisme est la mystérieuse clef propre à dévoiler ces mystères: et je me retourne sur ma couche, comme si c’était un devoir impérieux pour moi de chercher et de trouver, comme si, enfin, j’étais payé pour sacrifier ainsi les heures de repos accordées à chaque être! Pareil souci des douleurs humaines, chez les médecins, eût transformé leur science, leur art eût été autre chose qu’une industrie, ils eussent fait des découvertes; la médecine aurait fait un pas en avant.
Lorsqu’on entre dans le domaine des idées, on ne peut en sortir ; il ressemble à un labyrinthe sans issue, l’esprit s’égare et ne peut retrouver sa route ; les plus habiles s’y sont perdus et c’est pourquoi je reste à l’entrée. Ce lieu enchanté, tout rempli de merveilles, confond ma raison et j’admire sans comprendre; mais je ne m’incline nullement devant les données cléricales sur la nature et sur Dieu, pas plus que je n’adopte ce qui a été dit sur le commencement du monde, le déluge, etc., etc... On peut prédire une révolution immense dans les idées et les doctrines ré-
gnantes, ou plutôt dans ce chaos, résultat bien évident du mélange des croyances de l’univers entier, lorsque les profonds penseurs auront saisi le magnétisme et qu’ils cesseront de régler les destinées humaines sur des suppositions. Basés sur des faits réels et justifiables, ils avanceront vers un ordre de choses tout nouveau ; ils ne nieront plus le principe divin, la survivance de l’àme à la matière, et les idées sur ce sujet auront un sens droit et acceptable pour tous les hommes. Tous les libres penseurs seront tirés d’embarras, car démolir sans reconstruire est une œuvre de folie. Il faudra bien faire deux parts : l'une qui constituera tout ce qui appartient 6 l’ordre physique, et l’autre tout ce qui appartient au monde des Esprits; car c’est en vain qu’on prétend les réunir et les réduire en un seul, en un tout indivisible, cette erreur a égaré les plus fortes têtes. La réconciliation entre les diverses croyances doit avoir lieu un jour, et ce bienfait inouï que nous entrevoyons sera le fruit de la découverte de Mesmer!
Oui, nous l'affirmons, quelles que soient les découvertes faites sur l’homme, il n’est pas encore connu ; il y a en lui une richesse immense à mettre au jour. Ce qui le constitue, pure essence ou matière, demande un nouvel examen, travail difficile, nous le savons, que peu de gens même peuvent entreprendre; la plus grande partie des magnétistes d’aujourd’hui y seraient inhabiles, car il s’agit de surprendre les opérations secrètes de l’entendement humain, de saisir des agents qui échappent aux sens vulgaires; mais, ce travail fait, toutes les connaissances de
l’homme s’illumineront à l’instant, et il pourra embrasser l’infini dans ses conceptions.
Si tu crains pour ta vie, ne vas pas à la guerre. Si tu crains pour ta raison, ne cherche point à pénétrer dans les profondeurs du magnétisme et surtout du spiritualisme. Fais le bien simplement en employant l’agent divin que Dieu t’a donné; laisse aux grands esprits le soin de découvrir ce qui est caché à nos sens et embarrasse notre jugement. Lorsque l’esprit a franchi certaines limites, il hésite d’abord, car sa marche devient incertaine ; s’il se décide à avancer encore, il peut prendre la mauvaise route, et dans ce cas il ne fera plus que s’égarer, à moins pourtant qu’un bon génie ne l’éclaire et ne le fasse revenir sur ses pas.
C’est une grande affliction de voir des hommes, sages encore la veille, devenir hallucinés et prendre leurs rêveries pour d’incontestables vérités : ils ont éprouvé une sorte d’ivresse morale, et ils ne voient plus avec leurs yeux, ne sont plus guidés par les autres sens, et, comme on ne les comprend pas, ils s’emportent, et toute discussion leur devient importune : il faut absolument leur laisser le champ libre, aucune objection n’étant permise. Fruit inévitable de trop grandes conceptions, ce vol dans le ciel laisse la terre trop loin ; et nous, pauvres petits, nous ne sommes plus pour ces géants de la pensée, et pourtant c’est nous qui tenons les fils de ces cerfs-volants. Mais à côté de ces hommes, qui s’émancipent trop de la chair, marchent des esprits moins téméraires qui, sans franchir d’un bond
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l’espace qui nous sépare du cjel, arrivent peu à peu à comprendre et à faire comprendre aux autres des vérités majeures qui satisfont l’esprit sans troubler la raison.
Plus les phénomènes ont de grandeur et deviennent surprenants, plus on doit rester froid et s’assurer de la fermeté de ses sens. Lorsque certains phénomènes éclatent, il semble que l’on soit placé dans un tourbillon ou enveloppé d’une atmosphère composée d’éléments différents de celle qui nous entoure ordinairement : j’éprouvai souvent dans ce cas, dans mes organes, un remuement particulier dont je ne pouvais me défendre, et je découvrais bien vite que je ne m’appartenais plus entièrement.
Le magnétisme produit l’enthousiasme chez les hommes épris de vérités.
Le somnambulisme exagère le sentiment du vrai et peut fausser la raison.
Le spiritualisme est bien capable de déterminer des hallucinations et la folie. Nous avons des exemples de ces faits regrettables : Tardent désir de pénétrer dans les profondeurs du spiritualisme n’est pas toujours accompagné de facultés de l’esprit assez fortes, assez développées, non pas seulement pour l’examen, mais pour se maintenir dans une sorte de rectitude des sens qui empêche seule l’altération de la raison. 11 ne serait donc pas prudent de se jeter inconsidérément dans cette étude.
La religion fait pis encore dans certains cas : exagérée, elle produit le fanatisme, cette folie dangereuse. La reliion catholique n’est pas la seule que Ton doive accuser,
toutes fournissent leur contingent de fous et de fanatiques.
C’est qu’il est des hommes qui ne peuvent voir froidement les phénomènes surprenants du magnétisme, ils en exagèrent la portée; d’autres, n’apercevant dans le somnambulisme que son côté lumineux, franchissent la limite du vrai et se perdent bientôt dans un tourbillon d’idées qui se confondent entre elles; il en est de même des spiritualistes, ils perdent pied immédiatement, s’envolent dans le ciel sans considérer l’immensité qu’ils ont à franchir et sans calculer le poids de la matière qui les environne et qui déterminera inévitablement leur chute. Serait-il donc vrai qu’on ne doive point sans crainte aborder aucune de ces études? Telle n’est point notre pensée ; mais qu’on sache bien que l’homme qui n’a point été, par son éducation première, préparé à subir ces épreuves, est comme le sourd-muet auquel on vient de rendre l’ouïe, comme l’aveugle dont on vient d’hbaisser les cataractes, un bruit, une lumière trop intenses peuvent leur ravir ce bienfait. L’intelligence de l’homme pour recevoir la vérité a besoin de ménagements ; mais qui écoute la voix de la sagesse?.. . On suit les inspirations de l’orgueil et, dès les premiers pas, comme un enfant, on trébuche : c’est le spectacle que nous offrent aujourd’hui nos modernes spiritualistes. Le spiritualisme n’est qu’un fruit du magnétisme; pourquoi le détacher de l’arbre et oublier son origine? Ne voit-on pas qu’il s’est altéré presque à l’instant de cette séparation? L’oiseau sorti du nid trop tôt n'a pas les ailes assez fortes pour prendre sa volée, il tombe bientôt et devient ainsi la
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proie du premier passant ou meurt faute d’aliments. Aussi voyons-nous les spiritualistes de France ne pas faire un seul pas en avant; leurs médiums-écrivains tournent dans le même cercle d’idées, les phénomènes propres à convaincre ne se produisent que bien rarement et trop faiblement pour agir sur la raison d’un grand nombre d’hommes. L’esprit humain est ainsi fait, il ne va jamais assez vite, il lui faut des éblouissements; ce n’est qu’après des écarts de raison qu’il reconnaît l’incertitude de sa marche. Je n’ai pas eu besoin d’auxiliaires pour avancer et découvrir de profonds mystères; je suis allé lentement en regardant à droite, à gauche, pour savoir toujours si j’étais bien sur le chemin. Pour me guider dans cette nuit obscure, le magnétisme était mon flambeau, puis le sommeil dont il est la cause, puis encore l’extase, ce résultat du magnétisme, où l’ôme est dégagée de la matière. Ici les phénomènes s’enchaînaient l’un à l’autre selon cette progression; après avoir évité ainsi des surprises trop fortes à mon intelligence, mes opérations devenant rationnelles et le môme principe, la même force agissant toujours, les éléments inconnus, ces vivants agents de l’espace, me sentaient et me prêtaient leur concours : voilà l’étude du spiritualisme telle que mon esprit la comprend, telle sans doute qu’elle devrait être faite. En suivant cette voie, j’ai possédé un critérium auquel se rapporte tout le merveilleux; je n’ai pu être dupe d’aucune illusion parce que dans mon esprit tout était lié à une cause, à une loi commune dont je possédais la clef. Mon expérience éclairer8-t-elle les cber-
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cheurs? Qui s’inquiète de la sagesse de mes conseils? Un temps viendra néanmoins où ces observations seront recueillies par d’autres hommes, et je recevrai, lorsque je ne serai plus, le témoignage de la justesse de mes aperçus.
Vous qui voulez apprendre partez toujours du connu
pour aller à ce qui ne l’est pas, jetez votre ancre sur un terrain solide, faites sortir alors vos antennes, voyez, sentez, assurez-vous du lieu où vous pénétrez. Vous n’avez point de lunettes pour apercevoir ce monde inconnu, ce monde des Esprits, point d’instruments pour peser les éléments qui vous environnent, votre intuition ; quelle qu’elle soit, peut vous faire défaut.... vous devez donc être réservés et quand vous apercevez votre incertitude et votre faiblesse.... vous arrêter un instant. Tout ce qu’a fait Dieu est bon et bien, mais tous ses ouvrages ne paraissent point tels à notre intelligence ; ne vous imaginez donc pas trouver des choses toujours parfaites et qui plairont à votre sentiment; rien ne vous paraîtra plus bizarre que ce mélange de bon et de mauvais, de noir et de blanc si vous voulez : image parfaite des créations du monde où nous vivons. Vous ne pourrez d’abord accepter ces images, je devrais dire ces réalités, mais votre esprit s’v fera et vous comprendrez qu’il en devait être ainsi. La raison n’accepte point d’abord que les Esprits d’outre-tombe, s’il en est, aient conservé leur caractère primitif, qu’ils ne soient pas devenus bons tout, ù coup : il est trop certain pour moi que les épurations ne se font que lentement, que ce premier échelon de l’ échelle des Esprits n’est encore qu’une prépa-
ration à une existence plus parfaite. La vérité de cette pensée démontre que l’homme doit travailler dès ce monde à se corriger des vices et des imperfections, afin de monter plus haut et d’abréger ce temps d’épreuves; cette conséquence, qui est et doit être le guide de ceux qui croient et espèrent, ne peut être utile aux sceptiques ni aux matérialistes qui, connaissant, sachant tout comme s’ils eussent présidé à la création des mondes, n’ont pas besoin de conseils : la raison de notre conduite doit ressortir de notre foi et en cela nous ne faisons que suivre la loi des destinées.
Le spiritualisme n’a rien de nouveau que le nom, il est aussi ancien que le monde. Tous les hommes ont en eux le germe de son existence et jamais on ne pourra l’en séparer; ils ont été créés en même temps. Otez le catholicisme, le boudhisme, le mahométisme tout ce que vous
voudrez des religions anciennes ou modernes; détruisez tout sacerdoce, anéantissez les livres de tous les révélateurs sacrés, prêchez même partout le matérialisme, que tous les gouvernements soient sceptiques; employez même le ridicule pour frapper plus sûrement tout ce qui croira à une domination extérieure, à l’existence des Esprits sans corps, à des communications d’outre-tombe.... vous ne réussirez point à anéantir dans le cœur de l’homme ce pressentiment de l’existence d’êtres surnaturels et de leur action sur nous : quelque contraire que notre éducation puisse être à ce sentiment, nous y revenons sans cesse, il se fait jour malgré nous et souvent nous remplit de terreur ; sans son
existence même, l’homme serait entièrement la béte; cruel et féroce, rien ne le retiendrait ; à peine serait-il arrêté par celte voix mystérieuse qui parle en lui et sans parole lui dit : — Tu fais le mal ou tu fais le bien, — ce que le lion, le tigre, les panthères, ne savent pas et ne sauront jamais. Cette vérité du spiritualisme se fait jour dans nos moments de chagrin et de désespoir, elle se montre encore dans les inspirations soudaines qui viennent on ne sait d’où, mais que l’homme ne peut attribuer à sa propre nature : c’est ainsi que l’on peut constater chez tous les peuples, même chez les plus sauvages, un rudiment de connaissances occultes par lesquelles l’homme se met en rapport avec des agents invisibles.
Les phénomènes qui se produisent aujourd’hui n’ont donc rien qui doive surprendre, néanmoins, le choc qu’ils ont produit sur la raison a eu partout son écho : il n’est pas une seule découverte dans l’ordre physique qui eût eu cette puissance ni produit cet ébranlement.
Mais qu’est-ce que ce monde des Esprits? Nul ne le sait, et peut-être ne le saura jamais complètement. Nous tenons seulement dans nos mains l’agent intermédiaire entre le monde matériel et le monde spirituel dont la chaîne semblait interrompue ; mais nul n’est assez fort pour marcher dans cette voie nouvelle sans crainte d’y perdre la raison.
La sorcellerie, la magie, les pactes secrets, les appels aux Esprits , tout cela détermine des faits et des apparitions étranges qui glacent souvent d’épouvante celui-là même qui se croyait bien fort ; mais lorsqu’on réfléchit que
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ces opérations, pour peu qu’elles durent, séparent forcément de la matière le principe qui s’y était soudé, on conçoit, dis-je, qu’il faut être résolu à l’abandon de sa propre vie, à quitter ce monde, car on ne se sent plus fait pour y vivre, on y devient étranger : le corps peut bien y rester quelque temps encore, mais l’esprit est déjà dans une autre sphère.
Reverra-t-on ces anciens collèges, ces assemblées d’hommes d’élite qui, mystérieusement, se réunissaient pour se communiquer ce qu’ils savaient touchant ces secrets rapports et en même temps pour interroger entre eux les Esprits et connaître les décrets des dieux : ils découvraient ainsi les lois de la sagesse et de la sainteté et méritaient, par une vie particulière, de devenir les élus de Dieu.
La kabale, dont on s’est moqué parce qu’on ne l’a pas comprise, venait de cette haute antiquité. Quoique bien dégénérée à l’époque du moyen âge, cette science conférait pourtant encore un tel pouvoir à ses adeptes qu’ils pouvaient produire des faits d’un ordre tellement supérieur et si incompréhensibles, qu’on fut obligé d’employer contre ces hommes étranges les bûchers pour en avoir raison.
On nie l’existence des Esprits ; mais l’agent saisi produit déjà les phénomènes attribués à ceux-ci, il s’insinue de même en nous. N’est-il pas démontré pour tout magnétiste qu’une pensée, qu’on n’a jamais crue matière, peut voyager et aller agir sur l’esprit d’un autre être, y porter notre désir, notre volonté sans être soumis à l'investigation
des sens? Ne peut-elle point, comme la pensée de Dieu renfermée dans une graine, déterminer plus tard l’éclosion d’autres êtres? Nous savons si peu de choses, même de celles qui se passent en nous ! Qui donc peut dire d’où lui viennent ses propres pensées? En présence de notre impuissance à répondre nous osons nier cependant l’action sur nous d’invisibles puissances. De ce que beaucoup de ces agents mystérieux ne peuvent s’apercevoir que dans l’obscurité, on nie leur existence, — mais on ne voit pas une comète en plein soleil ; en pleine lumière on n’aperçoit pas la clarté d’un flambeau, si rapproché de nous qu’il soit; une infinité de choses naturelles et grossières ne peuvent se voir que dans l’obscurité ; nos yeux sont si faibles qu’ils ne voient pas même les dissolutions contenues dans un liquide ; l’agent de nos mouvements leur est inconnu, ils n’ont pu découvrir que les chemins par où il passe.
Toutes les dénégations d’agents ambiants se sont produites et viennent de savants incomplets, de ces grands médecins qui ne savent pas seulement nous dire comment ' l’opium nous endort, comment le nitre agit sur les reins, ni l’émétique sur l’estomac.
Nous admettons l’existence des Esprits, la possibilité de communiquer avec eux, mais nous ne croyons pas qu’il soit loisible au premier venu de les faire mouvoir, apparaître, d’en obtenir des révélations. Pour comprendre comment l’illusion peut naître, il faut savoir qu’il y a dans chaque corps humain une force, un agent dont l’action n’est pas bornée aux seuls besoinsdu corps, mais qui, se réfléchissant
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au dehors, devient l’écho de nos propres pensées. De même que chez les somnambules qui, dominés par l’intelligence du magnétiseur, ne laissent échapper que les idées qui leur sont arrivées par cette influence, les corbeilles, les tables peuvent tourner, donner des signes évidents d’une sorte d’animation, répondre même sans que pour cela un Esprit étranger soit de la partie: ce n’est qu’un effet naturel de magnétisme; mais ces procédés, ces opérations produisent l’aimant, l’élément nécessaire pour établir une communication avec les Esprits, et c’est ainsi qu’ils arrivent parfois quand on est las de les attendre et même quand on ne les a point appelés.
C’est un sujet que nous n’avons jamais voulu traiter publiquement, tant nous avons la crainte qu’une semblable connaissance , mais rendue plus complète, n’arrive à tous les hommes. Nous voyons les efforts inutiles d’une foule de spiritualistes pour obtenir ce que quelques-uns des plus favorisés produisent. Convaincus de l’existence d’un monde occulte, il leur semble étrange de n’aller pas plus loin.
Les prétentions des hommes sont excessives et inconsidérées. — Voyez-vous un enfant, un idiot faire venir Voltaire, Rousseau, Bossuet, Mesmer, comme si ces puissants génies pouvaient obéir à un appel partant de si bas et se prêter aux caprices humains.... — Ce que l’on a pu obtenir de communications dans ce genre, n'a jamais eu de portée, car les êtres appelés y restaient étrangers : elles étaient dues à cette action si simple et purement magnétique que nous avons tout à l’heure signalée. Il y a
dans ces rapports secrets, dans ces communications d’outre-tombe quelque chose d’austère et de religieux qui ne s’allie point avec ce qui est léger et inconsidéré ; nous devons, pour être justes, avouer que des Esprits d’un ordre très-inférieur se sont parfois complu à venir se mêler à ces jeux et témoigner de leur présence par des excentricités et des tours de passe-passe, toutes choses enfin qui leur étaient familières pendant qu’ils étaient dans ce monde. Beaucoup encore de spiritualistes ne peuvent arriver à ce point d’intéresser des Esprits de cet ordre malgré leurs désirs, car ce qu’ils désirent surtout, c’est le bruit, le tapage, les coups mystérieux, toutes choses enfin qui frappent les sens, sans pourtant éclairer la raison.
Quelquefois, dans une assemblée, lorsqu’il s’y trouve un certain nombre de personnes bien disposées pour faire un appel aux Esprits, il peut arriver qu’un ou plusieurs d’entre eux répondent à cette sorte d’évocation : ainsi plusieurs communications ont eu lieu delà sorte, et je me rappelle qu’un soir, chez M. Delamarre,. propriétaire du journal la Patrie, un trentaine de personnes étant réunies, après avoir discuté sur la valeur de la découverte des faits étranges connus sous le nom des phénomènes spiritualistes, on convint d’essayer si, en se plaçant à une table, celle-ci, comme quelques-uns l'affirmaient, donnerait la preuve de l’existence de cet agent mystérieux. — La table où l’on se plaça pesait à peu près cent cinquante kilos : comme on le voit, elle était d’une énorme dimension ; elle pouvait au besoin, nous dit M. Delamarre, recevoir soixante couverts.
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— J’étais un des expérimentateurs; treize ou quatorze autres personnes formaient avec moi un cercle régulier; nos mains étaient appuyées sur la surfuce de la table l au bout d’un quart d’heure, celle-ci oscilla d’une manière singulière et inattendue ; bientôt elle tourna ; mais toutes ses évolutions se faisaient dans la direction d’une jeune dame, madame Savignon. Étonnée de ce mouvement singulier, cette daine privilégiée adressa la parole à cette table, et, d’une voix douce, lui dit: — Puisque vous m’aimez, levez-vous, et, à la grande surprise de chacun, la table se leva assez haut, non pas seulement pour surprendre, mais assez pour effrayer toutes les personnes qui formaient la chaîne. On se leva précipitamment, les expériences furent interrompues ; l’étonnement passé, on se remit en cercle, mais rien de semblable ne se manifesta. 11 me vint alors l’idée d’interpeller l’Esprit : — « Ange ou démon, puisque tu viens de montrer tant de pouvoir, frappe un grand coup quelque part. » Et à l’instant un grand coup fut frappé 6ur la toile d’un tableau suspendu dans la salle où nous faisions cette évocation : ce coup fut entendu de tous, et nous devons ajouter que le tableau se trouvait placé à une hauteur où nul n’aurait pu porter la main. Dans cent autres lieux, on expérimenta d’abord de la sorte ; on obtint des phénomènes plus ou moins remarquables, mais toujours l’inconstance des expérimentateurs empêcha d’obtenir plus : c’est que ce n’est point une chose légère et que l’on doive traiter comme un amusement, une distraction de l’esprit. Cette vérité n’est point faite pour des enfants ;
il faut être préparé à ce qu’elle révèle et expérimenter en homme résolu ; en dehors de ces conditions, ce qu’on obtient n’a presque point de valeur , l’incrédulité persiste, les esprits sceptiques ne sont point convaincus. Nous ne croyons pas que jamais, en France, la vérité nouvelle puisse devenir d’une étude générale ; notre nation demande à être amusée et non instruite ; elle souffre les plus grands mensonges et s’en amuse, mais les Vérités profondes lui font peur. Soumise au joug de fausses croyances, elle n’a point la force de s’en affranchir, le mensonge la berce ; la vérité la réveillerait trop vivement cette nation, et tout ce qu’elle ferait alors serait déraisonnable; mais il se trouvera toujours en elle quelques hommes sérieux et réfléchis, quelques esprits d’élite qui n’abandonneront point à l’otlbli ce qui est le plus digne d’attention, ce qui mérite le plus d’être étudié et approfondi ; peut-être même quelques découvertes nouvelles se produiront qui secoueront nos savants, les tireront de leur sommeil, les galvaniseront et les forceront à marcher en avant en leur faisant comprendre tout ce qu’il y a d'incomplet dans leurs systèmes et leurs doctrines, en les forçant à s’occuper de l’étude de l’âme humaine et de ses divines propriétés.
COMMUNICATIONS SPIRITUALISTES
« Si l'homme qui voue parle hautes sciences Vous peint la vertu sans ses œuvres, protestez qu'il ne réussira jamais. Si, au contraire, il peint les œuvres de la vertu pour vous représenter cette émanation de U Sagesse, soyez pour le moins porté à croire qu'en frappant on lui ouvrira. »
En supposant l’existence des Esprits sans corps et la possibilité de communiquer avec ceux qui ne sont plus, comment devrait-on s’y prendre pour obtenir cette faveur, car c’en serait une? Dans le monde où nous sommes, lorsqu’on veut obtenir quelque chose du pouvoir, on le sollicite, on expose les motifs qui justifient et appuient la sollicitation ; 6n ment quelquefois, mais on parle avec respect, on sait que toute impertinence serait fort mal venue et que la supplique serait jetée aux ordures. Celui à qui vous adressez votre placet examine les arguments que vous faites valoir ; non-seulement il les pèse, mais il étudie encore le solliciteur lui-même; il veut connaître s’il mérite qu’on s’occupe de lui, il s’enquiert de ses mœurs, de sa conduite et, s’il s’agit d’une place, de sa capacité; il faut en outre que la chose demandée puisse s’accorder, et c’est alors seulement que le préfet, le ministre ou l’empereur refusent ou accordent leurs grAces.
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Quand vous voulez obtenir les faveurs d’une femme, que faites-vous? Vous n’allez pas brusquement et effrontément faire comprendre le but de vos hommages, vous vous faites petit, vous cherchez à faire parler ses sentiments en montrant les qualités de votre esprit ou de votre cœur, enfin vous cherchez à captiver; mais vous ne pouvez y réussir que par un travail singulier qui a lieu en vous et qui vous métamorphose : vous n’êtes point alors l’homme de tous les instants, plus d’une corde vibre en vous, car, pour faire naître l’amour, il faut être amoureux soi-même ou employer mille stratagèmes pour tromper l’être que vous voulez séduire : je dis ceci pour les vivants, car peutêtre les morts ont plus de pénétration, et la feinte ou la ruse ne peuvent sur eux avoir d’accès.
Suivez un peu mon raisonnement : lorsque vous voulez apprivoiser les animaux sauvages, lesoiseaux, par exemple, vous ne leur jettez pas des pierres et n’arrachez point les plumes de leurs ailes; vous vous faites tendre et compatissant, vous cherchez à éveiller ce qu'il y a d’instinctif dans ces animaux, vous évoquez par conséquent la petite partie d’entendement qui s'y trouve et vous vous faites aimer, suivre ou caresser; ils comprennent votre langage bien mieux que vous ne comprenez le leur; enfin ils sont en rapport avec vous. Croyez-vous donc que, s’il y a des Esprits, il suffira de leur dire : — Viens ici, approche, j’ai besoin de toi, — pour que votre brutale demande vous soit accordée, et qu’ils viennent se soumettre à votre caprice et se faire vos esclaves? Croyez-vous donc que, pour être senti
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seulement ou être entendu lorsqu’on appelle, il ne faille pas une disposition particulière de l’âme, être enfin placé dans une situation exceptionnelle de manière à mériter une aussi grande faveur que celle dont vous voulez jouir? Pour vous faire obéir de vos propres valets pour des choses délicates, vous y mettez des formes, et le valet même réfléchit avant d’obéir.
Or, que voyons-nous chez beaucoup de ceux qui semblent vouloir se convaincre de la réalité des faits qui servent de base à la doctrine du spiritualisme? Une vanité sans pareille, un orgueil incroyable, et leur outrecuidance va jusqu’à la folie; elle fatigue les vivants; comment donc agiraient-ils sur les morts? Ce n’est pas tout : ce sont des sceptiques, des matérialistes, des gens pour qui la moquerie est un argument; des gens qui demandent sans demander et qui rient d’avance de l’insuccès qu’aura leur demande, sans s’imaginer qu’il y a en nous un certain parfum de l’âme qui ne s’exhale que lorsque l’esprit est calme et recueilli, que lorsque l’entendement, ne cherchant point à comprendre un aussi grand mystère, laisse à l’àme toute sa liberté : il y a quelque chose de si religieux, de si doux dans ce transport, dans cet état voisin de l’extase, é! at sans lequel rien ne peut se manifester, qu’on doit rire de ces Don Quichotte qui, armés de leur scepticisme, veulent se battre avec les Esprits, les asservir et les commander, disposés qu’ils sont à combattre même la vérité; ils veulent de leur sac à charbon faire sortir de la farine, et, comme il n’en sort que du charbon, ils s’écrient : — Vous voyezbien.il n’y a
COMMUNICATIONS SPIRITUALISTES. 503 •rien! — En effet, ne voyant rien sortir autre chose que du charbon, ils s’imaginent que tout ce qu’on raconte vient d’une sorte do prestidigitation bien inférieure à celle exercée par les Bosco et les Robert-IIoudin, non pas que tous ces sceptiques soient de mauvaise foi, non, au contraire ; mais ils s’attendent à ce que les manifestations viendront pendant leur digestion, à ce que les Esprits seront assez bien élevés pour prévenir leurs désirs, regardant comme une chose toute simple ce qui ne s’obtient pourtant que par une sorte de soumission de l’esprit, une sorte d’abnégation où le recueillement semble rappeler vers un centre inconnu toutes les forces du corps. Ces manifestations, nous devons en prévenir les chercheurs, s’obtiennent encore par une autre méthode ou d’autres procédés si l’on veut.
Un sacripant, un voleur, un assassin, celui qui enfin a donné son âme au mauvais génie, se place sur un chemin ou à un carrefour, il y tend une corde en travers, il arrête ainsi le voyageur et, lui plaçant un pistolet sur la gorge, il le contraint de vider ses poches, à moins pourtant que le brigand ne se contente de lui demander qui il est et où il va. Mais celui qui opère ainsi doit craindre des réactions, et, ma foi, tant pis pour lui s’il est le plus faible â ce jeu. Nous indiquons aux sceptiques ce petit moyen qui pourra troubler un instant leur quiétude ; mais qu’ils essayent, peut-être seront-ils satisfaits.
C’est en vain qu’on disserte sur ces choses, car il n'est point de lungage qui puissent les rendre sensibles; la dé-
monstration seule exerce cet empire sur nos sens, maisc’est surtout en ceci qu’il y a des élus, les uns peuvent arriver par la prière, par l’oraison mentale, les autres par la violence morale, par une vibration de ce qui les constitue; mais, pour arriver à produire en soi ces situations contraires, il faut désirer ou vouloir. 11 est difficile de reconnaître et de séparer ce qui appartient à la matière, aux lois qui la régissent, de ce qui en nous appartient à l’àme ou aux Esprits. On nie communément ce dernier ordre d’opérations pour ne voir que des agrégations, des molécules, des affinités chimiques régies par ce que l’on appelle sensibilité et qui ne ressortent point de tout ce que l’on aperçoit dans ce qui vit ou végète ; on ne veut voir en l’homme rien de ce qui serait supérieur à la matière : sous le rapport organique, la démonstration du contraire serait difficile; les preuves à l’appui du sentiment opposé ne sont pas toujours sous la main de celui qui veut faire prévaloir sa croyance. La tradition des faits passés, l’affirmation de l'histoire touchant les phénomènes d’un ordre surnaturel sont insuffisantes aujourd’hui pour ébranler la raison ; pour croire, on veut voir ou subir soi-même l’action d’une influence que ne peut produire la matière. On aurait pu se demander pourquoi ce qui a été ne serait plus, pourquoi des phénomènes qui pourraient éclairer sur des problèmes dont la solution intéresse le bonheur de l’homme, pourquoi, dis-je, ces faits n’existeraient plus, rien dans la nature n’ayant été retranché ni changé, les mêmes éléments, les mêmes forces n’ayant jamais cessé d’exister et
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devant toujours exister? La raison n’a voulu se soumettre qu’à l’expérience, et ces manifestations, tant combattues parce que l’homme était devenu inhabile à les obtenir, se retrouvent aujourd’hui en entier dans le magnétisme. Nous pourrions, mais ce serait un curieux et trop long examen, montrer que ces faits supérieurs se sont succédé en plus ou moins grand nombre et sans interruption jusqu’à nos jours, mais que la science, en les touchant, les ayant altérés, en avait modifié, détruit presque la portée et la signification.
Un scalpel à la main, un anatomiste, un physiologiste pourront me montrer les diverses pièces qui composent le corps humain, tout le mécanisme qui le fait mouvoir; mais je puis les défier de me montrer le mécanicien qui les a établis et qui donne l’impulsion à la machine : on me fera toucher du doigt les instruments admirables qui servent aux perceptions, mais ce qui perçoit me restera inconnu.
Les prêtres sont actuellement aussi impuissants que les savants. Il faut croire sans examiner et, s’en rapportant à ce qu’ils enseignent, vivre et mourir comme ils l’entendent, c’est-à-dire dans l’ignorance de sa propre nature; ils rejettent avec une opiniâtreté malheureuse toute vérité, tout fait qui pourrait éclairer un aussi vaste sujet; il semblerait qu’ils ont la discipline et la loi absolue, et qu’en dehors de leur doctrine il n’y a que le néant. Ils s’imaginent que les hommes se contentent de l’aliment moral qu’ils leur donnept; ils se trompent, car les convictions que l’on aperçoit
çà et là parmi le commun des humains sont loin d’être inébranlables, elles ne tiennent qu’à un fil, c’est-à-dire à un discours d’orateur sceptique, à un article de journal, au moindre ébranlement de la politique, à la chute d’un gouvernement protecteur. La foi vive peut exister chez plusieurs, mais elle n’est pas raisonnée; ne s’appuyant que sur des opinions, sa valeur n’est pas d’un grand prix : la science, d’ailleurs, n’accepte point la croyance comme un titre réel do la vérité des idéos; elle abandonne aux enfants ce qui lui paraît du domaine de l’imagination pure. En effet, toute vérité doit être susceptible de démonstration; plus le fait qui la constitue est merveilleux, plus on doit craindre l’erreur et prolonger l'examen : la conviction ainsi acquise devient inébranlable. En religion, on procède autrement, on défigure le vrai sens des vérités fondamentales, et malheur à celui qui a l’impertinence de trouver cela mauvais. Qu’en résulte-t-il? Un profond uthôisme : on étouffe le sentiment religieux que Dieu avait déposé dans nos cœurs, et l’on brise a vec ces dieux de plâtre et d,' argile dont on voulait imposer l’adoration, les regardant comme impuissants et mensongers.
J’ai vu démolir le palais d’un archevêque en présence de cent mille spectateurs dont pas un ne protesta : ceux qui s’imaginent aujourd'hui que l’esprit des masses est changé s’abusent étrangement ; la génération qui nous presse de partir ne vaut pas plus que nous. C’est que les traditions du passé doivent toujours se rajeunir et être vivantes, car rien ne change en nous : les instincts divins y
COMMUNICATIONS SPIRITUALITES. 507 sont comme au premier teqips. les mêmes dons du Créateur, et, je puis le dire avec assurance, le même besoin de croire.
Ne méprise donc point lescroyances,religieuses, quelque extravagantes que quelques-unes puissent te paraître; en elles est un trésor précieux que la science positive veut bien méconnaître, mais qui se découvre aux yeux de tout vrai magnétiste. La religion catholique nous est hostile autant qu’elle peut l’être, et ses ministres nous poursuivraient s’ils avaient le pouvoir; plus aveugles encore que les savants, nos prêtres n’ont point vu que nous avions en nos mains un des débris de l’ancienne science sacerdotale qu’ils ont laissé perdre ; qu’avec cette vérité retrouvée ils avaient en même temps retrouvé le moyen d’agir sur les masses, le moyen de terrasser les esprits forts et les sceptiques. Mais tout ceci est en dehors de notre sujet; ne nous présentons point comme réformateur, laissons à d’autres cette périlleuse mission. . Nous voulons simplement établir notre croyance en la réalité de phénomènes transcendants, qui ont pour fin dernière la croyance en une autre vie, la certitude d’un Dieu juste et bon.
Toutes les religions s’appuient sur des miracles, sur des faits exceptionnels dont les causes sont d’abord inconnues : l’homme suppose et croit d’abord à une intervention divine ou diabolique, rien de ce qu’il connaît n’ayant pu déterminer ce qui a causé sa surprise, sa frayeur ou son admiration.
Tonte religion se fonde sur des révélations, sur l’inspiration d’un ou do plusieurs hommes, sur des prodiges
et des guérisons miraculeuses, ^ur des visions et des apparitions, etc... Voilà la raison d'être des croyances ; elles n’en ont pas d’autres; la morale ne vient qu’après: c’est la conséquence qui résulte des phénomènes observés, et, il faut le dire, elle est partout la même et découle nécessairement des mêmes faits.
Je laisse de côté toutes les imitations frauduleuses et mensongères, les faux miracles, les visions simulées, les faux prophètes, etc. On n’imite que ce qui est ou a été, cela ne détruit absolument rien et ne sert au contraire qu’à confirmer la vérité.
11 y a donc ici un fait éclatant, sinon constant ; il y a un agent, une force saisissable par quelques points ; il y a un pouvoir, une faculté; il y a ce que la nature, invariable dans ses lois, reproduit de nos jours et ce que nous pouvons justifier. En effet, que trouve-t-on dans le magnétisme? Tous les phénomènes cités plus haut; leur identité est on ne peut plus manifeste; c’est en vain qu’on essayerait de le contester : les mêmes prodiges, les mêmes visions, les mêmes miracles, guérisons, apparitions, ascensions et perceptions; il n’est pas jusqu’aux corps matériels qui ne se meuvent sous nos mains, jusqu’au pouvoir d’évoquer ceux qui ne sont plus, qui de nos jours n'ait été reproduits à notre plus grand étonnement. Dans notre surprise, nous n’avons pu en croire nos sens, nous avons eu besoin de voir et de revoir les mêmes phénomènes pour nous assurer que nous ne rêvions point; nous eussions voulu contester, je ne dis point leur réalité, ils sont, mais leur identité avec
COMMUNICATIONS SPIRITUAL ISTKS. 509 les faits du passé, et nous ne l’avons pu; notre raison a fait taire nos scrupules.
Tant de merveilles pourraient-elles s’expliquer par des lois matérielles? Non, elles y échouent complètement ; elles sont au contraire modifiées, détruites même dans certains cas bien loin de pouvoir fournir aucune explication. Il faut chercher en dehors d u code des savants ce qui peut satisfai re l’esprit; c’est pourquoi nous apercevons, et assez près de nous, la naissance d’une science morale et la réhabilitation du passé.
Qui que tu sois qui liras cet écrit, ne méprise point ces assertions comme si elles venaient d’une imagination surexcitée 1 Ce rapprochement que nous faisons des choses nouvelles avec celles du passé seront justifiées, quelle que soit l’opinion actuelle sur les faits qui servent de base à ce rapprochement. On a contesté l’existence de l’âme humaine.... cette existence devient évidente. On a rejeté tous les faits merveilleux des livres saints et de l’histoire.... ils se retrouvent et se confirment aujourd’hui; on a nié l’existence des Esprits.... nous les touchons. J’ai dit dans plusieurs pages de cet ouvrage sur quoi je fondais ma croyance en la réalité des faits de l’âme humaine ; je les résume pour les attester encore :
1* Don de guérir les maladies les plus graves sans employer aucun médicament , lors même qu’on a fait usage de tous ceux-ci.
J’ai par-devers moi un grand nombre d’exemples de ces
610 THÉRAPEUTIQUE MAOKÉT1QUE.
guérisons inespérées ; bien souvent j'ai été l’instrument de ce pouvoir mystérieux, et j’ai suivi jusqu’au bout ses divines opérations.
2° Vue à distance et à travers tous les corps opaques.
Tous les magnétlstes ont constaté ce curieux phénomène, et j’ai pu moi-même le vérifier plusieurs fois.
3” Vue dans la pensée d'autrui.
Ce fait encore est commun ; tous les ouvrages sur le magnétisme en contiennent des récits, et cette faculté a été mise hors de doute pour tous ceux qui ont bien voulu observer.
Û* Découverte des choses cachées.
Je puis affirmer que des objets perdus, volés ou simplement égarés, ont été ainsi retrouvés par cette sublime lumière que possèdent certains dormeurs. Des assassins qui s’étaient dérobés à la justice lui ont été si bien signalés, qu’on les a appréhendés, jugés et guillotinés sur des preuves sans réplique données par une somnambule : les coupables eux-mêmes ont fait l’aveu de leurs crimes.
6° Prévision d’événements que rien ne pouvait indiquer, si ce n’est, non la raison humaine , mais l’âme ayant par sa nature la connaissance des temps.
J’ai recueilli plus de cent de ces faits incroyables sur
COMMUNICATIONS SPIRITUALISTES. 51 1 différents sujets, mais je n’eil citerai que trois qui me sont particuliers.
Le premier de ces faits de prévision me vint d’une jeune fille hystérique que je traitais par le magnétisme. Cette malade, que m’avait envoyée M, le docteur Fouquier, me dit Un jour dans son somnambulisme et sans être interro* gée sur la politique: « Dans un an, jour pour jour, il y aura une grande révolution; Charles X sera renversé. » Et en annonçant ce bouleversement devant toute sa famille, elle appela son oncle, M. Fauconnier, qui existe encore, et le pria d’écrire cette date et cette annonce. Un an, jour pour jour, après cette prophétie, Charles X partait pour l’exil.
Huit jours avnnt la révolution de Février, une dame, trèsgravement malade* fut mise par moi en somnambulisme ; c’était la première fois que je déterminais chez elle cette crise. Au bout de quelques instants de sommeil, elle me pria de la réveiller en me disant : — « Je vois du sang ! je vois du sang, beaucoup de sang! — Quoi donc, lui dis-je, seriez-vous menacée d’une hémorrhagie? — Non, répond elle, Louis-Philippe va être renvoyé, on se battra dans les rues. — Vous rêvez, vous êtes en proie à un cauchemar. Mais, insistant pour être réveillée elle me dit encore: — J’ai peur... vous verrez dans huit jours si j’ai rêvé. »
Trois semaines avant l’attentat de l’Opéra, une vieille femme de la campagne, qui par mes soins était devenue somnambule, vint me revoir pour me témoigner sa reconnaissance. Mise en somnambulisme, elle me dit, sans être interrogée : — • Il faut écrire à l’Empereur qu'il n’aille
512 THÉRAPBtiTIQUB MAGNÉT1QIÎB.
pas pendant quelque temps où il y aura foule ; je vois que vers le 15 il y aura une bagarre.... il y aura des morts et beaucoup de blessés. — L’Empereur sera-t-il atteint, lui demandais-je ! Elle me répondit : — Je ne le vois point blessé. Elle ajouta : — Que l’on ferait partir de petites machines où il y avait beaucoup de petits tuyaux ; que cela se mettait dans la poche et se jettait avec la main ; que ces petites choses étaient fabriquées en Angleterre. » Elle me désigna trois hommes, me donna leur signalement, mais je ne tins aucun compte de ces renseignements. J’avoue à ma honte que je ne crus point à la prophétie de cette femme et que je ne jugeai pas nécessaire d’écrire sur ce sujet au gouvernement, tant cela me paraissait un rêve : les prévisions partageant en cela la sottise humaine, m’ont toujours trouvé sceptique. Je n’avais point, je le répète, sollicité les aveux de cette brave femme, condition qui eût pu ébranler mon scepticisme s’il pouvait l’êtreautrcmentque par les faits.
Si toutes ces visions étaient pures d’alliage, ce serait trop magnifique; l’homme participerait de la divinité et Dieu sans doute ne l’a pas voulu. Il y a trop souvent, à côté de vérités, de fausses visions, de monstrueuses erreurs, présentées par le même sujet ; ce sera le rôle de la science, un jour, de débrouiller cet amalgame, de discerner le vrai du faux.
6* Déplacements et mouvements des corps matériels sans aucune force physique et sans contact.
Ces faits aujourd’hui sont mis hors de doute. Il y en a
COMMUNICATIONS SPIRITUALISTES. 513 un si grand nombre d’exemples en présence d’un si grand nombre de témoins, qu’on ne peut lesrejeter sans nier l’évidence. Moi-même, je les ai constatés, j’ai vu des corps graves, fort pesants, s’enlever dans l’espace, s’y maintenir et s’y balancer sans qu’aucune force matérielle apparente ou cachée ait été employée ; j’ai vu des tables pliantes s’ouvrir et se refermer, aller et venir d’ellesmêmes sans qu’on les touchât en rien; j’ai vu des chaises fuir ou se rapprocher de certains êtres sans qu’il y ait eu la moindre supercherie ; c’est donc un phénomène acquis et qui explique à son tour certains faits de l’histoire.
1° Ascension d’êtres humains.
L’histoire religieuse contient un grand nombre d’exemples de ces miracles. Si moi-même j’avais été témoin d’un de ces phénomènes, je l’avouerais ; mais je dois tenir compte des aveux qui m’ont été faits par plusieurs personnes distinguées et qui n’avaient aucun intérêt à mentir ; ces personnes m’ont confirmé la réalité de ces ascensions ; d’ailleurs elles sc prouvent d’elles-mèmcs, car il n’est pas plus difficile d’admettre l’ascension d’un corps humain que celle des objets matériels ; et nous avons vu que, malgré leur poids et leur volume, ils obéissaient à cette puissance inconnue à laquelle rien ne semble pouvoir résister.
8° Evocations.
De tout temps, on a évoqué les morts. Des témoignages
5 lli THÉRAPEUTIQUE MAGNÉT1QUB.
acceptés par la religion catholique et par les sectaires des religions anciennes, ne laissent aucun doute sur la croyance qu’on avait en la réalité de ce pouvoir. De notre temps, les médiums, quoique n’ayant qu’un pouvoir affaibli, nous offrent des exemples remarquables de cette faculté de l'âme des vivants de pouvoir établir des rapports avec les âmes de ceux qui ont vécu. Moi-même, par la magie, j’ai fait plus encore, j’ai vu des êtres spirituels qui m’étaient inconnus; ils s’agitaient devant moi et semblaient me menacer ; ils vinrent et disparurent sans que je pus découvrir par où ils étaient passés et comment ils avaient fui. Mon imagination n’eût pu rien produire de semblable : ma raison repoussait comme un mensonge et comme une illusion l’existence du monde des Esprits sans corps. J’ai dû me dire, en présence d’un tel fait et d’autres semblables ; 11 y a en dehors de nous des êtres inconnus, dont l’espace est rempli, qui vivent et agissent; si nos communications avec eux ne sont pas plus fréquentes, si nous ne les voyons pas, c’est notre ignorance seule qui en est cause ; ce sont les moyens d’établir ces rapports mystérieux qui nous manquent. Nous ne sommes séparés des invisibles que par l’épaisseur de notre peau, et la mort doit nous les faire connaître entièrement.
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RÉSUMÉ
RÉSUMÉ
Voici notre, profession de foi. Nous admettons comme vrai et indiscutable l’agent que l’on appelle fluide magnétique, le regardant comme cause immédiate ou médiate de tous les phénomènes et des guérisons chaque jour enregistrées dans nos Annales. Nous tenons le même agent pour la cause et le principe de la production et du développement du somnambulisme et de ses facultés, telles que la vue sans le secours des yeux, l’audition sans le secours de l’organe matériel de l’ouïe, la perception intuitive des objets éloignés; la communication des pensées, la découverte des choses cachées, dérobées, et surtout l’instinct des remèdes propres nux maladies, etc... et, dans un état plus avancé encore, nous admettons que la vue intérieure, développée dans le phénomène que l’on appelle extase ou ravissement d’esprit, puisse aller jusqu’à voir l’avenir, dévoilant ainsi la [réalité d’une science innée, obscurcie seulement par notre genre de vie et notre éducation.
Le magnétisme est aussi pour nous une des causes premières et évidentes du mouvement et de l'ébranlement des corps matériels. Ce premier point franchi, ses propriétés s'étendent et se multiplient à l’infini. Nous croyons qu’il sert d’intermédiaire pour établir des rapports entre l’homme
510 TUKBAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE,
et desagents intelligents dont l’univers paraît rempli, et que c’est alors que les lois matérielles sont comme brisées ou dé truites. L’attraction, pour un instant du moins, cesse d’exister; les corps matériels sont enlevés à une certaine hauteur dans l’espace, ils s’y balancent, et l’homme lui-même peut être soulevé, suspendu par cette sorte d’attraction mystérieuse sans que sa volonté puisse en rien maîtriser l’effet. Nous avons vu de sens rassis, en compagnie de plusieurs personnes suffisamment instruites, ces phénomènes inouïs. Nous avons vu des êtres humains pleins de santé jetés par terre avec une grande violence ou tournoyer sur euxmêmes, de gros meubles fuir sans contact, et quelquefois poursuivre de leur plein gré certains d’entre nous qui semblaient leur déplaire, et enfin, nous avons assisté à des démonstrations qui ne pouvaient laisser aucun doute dans l’esprit du plus sceptique sur l’existence et la réalité de forces et d’agents intelligents inconnus. J’affirme tout cela dans la plénitude de ma raison et sans y être en rien forcé. Je le dis, parce que cela est vrai, quoique cela paraisse invraisemblable, parce qu’on doit son témoignage à la vérité et que, quels que soient les préjugés de son temps, les croyances ayant cours, il est lâche de ne pas oser avouer l’existence de phénomènes dont on a été le témoin ou l’auteur principal, quand la certitude que l’on en a égale celle de l’existence même. Appuyer la résistance que l’on oppose à l’étude des phénomènes nouveaux sur des actes de charlatanerie, de jonglerie, etc., signalées chaque jour, et que nous ne nions pas, du reste, c’est montrer peu de
RÉSUMÉ
philosophie et trop de rétrécissement dans l’esprit. S’arrêter «1 de telles considérations pourrait faire croire que, derrière cette résistance opposée par les savants, se cachent des intérêts et peut-être la peur. Le magnétisme démolit les systèmes et les doctrines établis par nos grands hommes et nous jette dans l’inconnu, voilà sans doute les motifs qu’on n’avoue point, et comme nous n’avons pas les mêmes scrupules et que chez nous la vérité est un devoir de conscience, nous l’avons dite, quel que soit le sort que le temps lui réserve.
Notre embarras a été grand en entreprenant d’essayer de formuler une science lorsqu’il n’existe encore qu’un art imparfait. J’ai dit ce que je savais, ce que le magnétisme m’avait fait comprendre; et, raisonnant sur les données que me fournissaient mes nombreuses expériences, j’ai tracé ou indiqué une pratique conforme à mes idées. Elle n’est écrite qu’en vue de donner aux magnétistes commençants une base, afin que leur embarras soit moins grand lorsqu’ils seront appelés à donner leur avis et à fournir aux malades des éclaircissements sur leur pratique, toutes choses dont peuvent se passer les hommes qui, sans raisonner, veulent cependant arriver à soulager les douleurs d’autrui par les seuls procédés du magnétisme. Tous les agents que Dieu a créés ont un mode d’action déterminé, et le commun des hommes les emploie souvent sans aucune réflexion : on laisse à la science le soin de commenter et d’expliquer, tandis que les agents font leur office.
Ainsi, ce magnétisme, présent du ciel, pourra soulager et même guérir des malades sans que le magnétiseur sache autre chose que sa vertu curative, ignorant même les procédés réguliers qui favorisent le succès des traitements. Je n’ai rien que ce que Dieu ma donné; je te Iq donne. Lève-toi et marche. Tel sera le mouvement de son cœur et de son esprit. J’ai peur, je l’avoue, qu’on attache une trop grande importance aux règles que j’ai tra-< cées et que beaucoup d’êtres se récusent en apercevant les difficultés que j’ai signalées. Je dois les rassurer, et leur dire à tous : Quand un malade échauffé par la fièvre demande à boire, vous étanchez sa soif sans disserter sur l’eau ni sa composition ; quand il manque d’air ou d’aliments, vous pourvoyez à ses besoins, et, s’il manque de vie, vous avez en vous un trésor que vous pouvez épancher sur lui. Tant que vous n’agirez qu’en vue de lui rendre un bien suprême, la santé, vous n’avez rien à craindre, la nature vous suivra, car vous êtes dans sa loi ; ce que vous ferez sera bien, quoique ne s’expliquant point à votre esprit. C’est le magnétisme des Puységur et des Deleuse, qui ne voyaient point les difficultés de cet art, animés qu’ils étaient de l’amour de l’humanité. Ce qui est complexe ne se découvre qu’en soulevant le voile qui couvre les vérités. On distingue alors le mélange qui existe dans une chose que l’on croyait simple, et combien la nature a rendu difficile la connaissance parfaite des agents qu’elle emploie. Mais si, quittant cette voie, vous voulez entrer dans le vaste champ de l’expérimentation et
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surmonter de grandes difficultés, mon ouvrage alors vous deviendra nécessaire, car les règles qu'il enseigne sont utiles à connaître et se trouveront justifiées.
Nous avons souvent dit les motifs qui empêchaient les savants d’étudier l’agent nouveau afin de le faire rentrer dans le programme des études générales. Ces motifs sont de ce siècle et tout à fait contraires aux sentiments des savants du passé qui aimaient à éclairer de leur intelligence tout ce que la nature renferme d’occulte. Ce qui nous fait craindre que le magnétisme n’accomplisse point tout le bien que ses propriétés promettent, c’est qu’il demande deux sortes de vertus : l’amour du prochain et le dévouement. Si nous en jugeons par ce qui nous est connu d’un relâchement sensible dans les liens sociaux, le magnétisme ne trouvera pas au foyer domestique de nombreux instruments d’application. Quand nous n’aimons point les êtres souffrants qui nous environnent et que nous entendons avec indifférence le cri de leur douleur, nous sommes peu disposés a les soulager par le magnétisme, qui est tout sympatique. L’argent se trouve pour salarier le médecin, mais l’homme plein de vie n'aura point de forces s’il s’agit pour lui d’en enrichir sa compagne. — «... Cela m'ennuie, quelle se fasse traiter comme elle voudra, je n’ai pas le temps de m’occuper de ces choses! » Et il colorera son refus de cent motifs différents qui viendront tous du peu de solidité des liens qu'il a formés; ces liens, trop souvent formés par intérêt et sans amour, n’enchainent point les cœurs, et, pour que le magnétisme exerce toute
sa puissance curative, il faut que le cœur y consente. Ce sont donc des tiers qu’on enverra chercher pour apaiser les douleurs et guérir ceux que la science abandonne. Qu’attendre des magnétiseurs, dans ce cas, à moins que ceux-ci ne se considèrent comme exerçant une sorte de sacerdoce et ne soient tous des gens d’élite? Ils appliqueront machinalement des procédés qui exigent des sentiments élevés et, comme nous l’avons dit, l’amour du prochain; ils demandent en outre un effort sérieux et une tension de l'esprit à la fin fatigante. Faites des passes tant que vous voudrez, dirons-nous aux magnétiseurs, si elles ne sont point accompagnées d’émission iluidique, le fait que vous cherchez ne viendra point. Dans certains cas, pour guérir un malade, il ne faut qu’un moment ; mais cet instant, il faut le faire venir par un appel de toutes les forces. Toutes les magnétisations, meme bien dirigées, n’ont point la même efficacité, le magnétiseur et le malade en ont bien la conscience ; voilà pourquoi on doit s’abandonner sans réserve, être tout entier à ce que l’on cherche à obtenir; ce n’est qu’à ce prix qu’on produit un chefd’œuvre, car c’en est un vraiment que d’arrêter la décomposition des matériaux qui composent un être humain lorsque la nature elle-même avait résolu la destruction de l’être. On comprend dès lors tout ce que la profession magnétique exige, tout ce qui devrait se trouver au foyer, la charité, l’amour, qui seul détermine en nous Xexaluition, ce feu nécessaire qui chauffe sans brûler et qui, lançant au dehors de nous les jets pénétrants de son
KKSliMÉ. 521
principe, surpassent les effets de la foi. Je dis ce que je crois vrai et fondé dans tous ses points, ce qui m’a valu déjà des objections sur ma manière de voir, car on m’uccuse de ne point écrire scientifiquement, enfin de n’être pas savant, comme si on pouvait l’être en magnétisme aujourd’hui, comme si la science se faisait tout à coup et qu’un homme seul dût la créer. J’avoue sans honte ma faiblesse, mçis en accusant à mon tour mes adversaires de ne pas connaître le magnétisme ou de ne l’avoir exercé qu’en amateur, sans comprendre la valeur de l’agent employé et sans avoir reconnu la difficulté qu’il y a d’écrire quand on n’a pas des mots à son service ou tout au moins des faits déjà consacrés ayant de l’analogie avec ceux que l’on veut peindre ; mais je dois déclarer que j’ai peu de souci des opinions diverses formulées sur mes écrits. On me rendra justice un jour. Qu’on fasse mieux que moi, c'est mon seul désir, on ne me verra point jaloux. J’avoue que, parfois, j’ai souffert en apercevant la maladresse de certains opérateurs, l’inanité ou la fausseté de leur raisonnement; dans ces moments il me prenait l’envie d’opérer moi-même, mais c’eût été le rôle d’un Don Quichotte, et je ne me permettais d’intervenir qu’en pensée.
Je viens, en quelques lignes, d’exprimer mon sentiment sur ce qui m’a paru une incontestable vérité pratique. Qui me comprendra bien, qui s’initiera complètement à son point de départ, s’il a une longue carrière, fera faire un grand pas au magnétisme. Ce que j’ai pu acquérir je le dois à moi-même, je ne l’ai point puisé dans les ou-
522 THÉRAPEUTIQGB MAGNÉTIQUE.
vrages d’autrui ; je l’aurais d’ailleurs cherché vainement.
Aimes- vous les uns les autres; faites aux autres ce que vous voudriez que l’on vous fit. La science, la politique, pas plus que la médecine, n’ont point, à la rigueur, besoin de ces formules; mais l’humanité ne saurait trop en comprendre la portée. Elles indiquent qu’il est des choses essentielles au bonheur des hommes et à leur santé, et que la vie s’entretient et se prolonge lorsque nou3 sommes entourés d'êtres rayonnants; leur désir et leur pensée échauffent à notre insu notre cœur, et nous nous soutenons tous contre les agents destructeurs qui nous menacent sans cesse. C’est ce que le magnétisme dévoile aux yeux pénétrants et ce qui nous lie d’ailleurs à ceux qui ne sont plus de ce monde.
Le magnétisme est plein de merveilleux ; il est la seule roule qui permette de toucher aux choses surnaturelles, de les apercevoir ou plutôt de les sentir. Lorsqu’on ce moment presque tous les écrivains, récapitulant les connaissances humaines, concluent contre l’existence du pouvoir de l’âme en dehors de la matière, et ne voient rien au delà de l’action des sens, le magnétisme est là pour troubler leur entendement et faire revivre la vérité qu’ils semblent vouloir étouffer. Ce n’est point le premier exemple que nous offre l’histoire, et ce qu’on a pris aujourd’hui et jadis pour le triomphe de la raison n’est au contraire que la marque la plus manifeste de l'usure des facultés de l’esprit, une dégradation morale qui place sur la même ligne le crime et la vertu, et replonge, par conséquent, l’huma-
RÉSUMÉ
nité dans l’abjection. Ah! si les dindons et les oisons pouvaient, s’arrachant une plume de leurs ailes, la tailler et écrire sur la nature, ils diraient de même : — Nous ne voyons rien au delà de la mare où nous barbottons, du pré où nous pâturons; boire, manger, dormir et reproduire, c’est là tout ce que nous concevons : il n’y a rien au delà. — Et si, dans leurs écrits, se trouvait cette sorte d’éloquence bavarde qui consiste en phrases sans idées, ce qu’on rencontre enfin dans des ouvrages qui sont sous nos yeux, et qui ont mérité les faveurs de l’Institut, les oisons et les dindons y auraient des litres, car leur mérite serait égal. Mais c’est en vain qu’on prétend détruire l’immortalité et les destinées de l’âme humaine; c’est en vain qu’on cherche à prouver que notre raison suffit pour expliquer les mystères de la création, et qu’au delà des sens il n’y a rien pour la scieuce; car il se trouvera toujours, pour démentir ces assertions, les aspirations de l’àme humaine, le sentiment du juste et de l’injuste, les phénomènes du magnétisme, du somnambulisme et de l’extase, les faits inouïs de la magie feront toujours une opposition victorieuse à une si mesquine philosophie. Il restera toujours ce principe de l’existence des êtres qui agit en dehors de notre raison et qui ne cesse de contrarier celle-ci en en brisant les jugements. Il restera ce que Dieu a fait pour rappeler les hommes aux principes de la sagesse, à l’étude de cette lumière pure qui est en nous, lumière dont nous pouvons bien altérer pour un temps la clarté, mais qui ne cesse de nous avertir qu’étant supérieurs à tout ce qui vit et
5 '2!l THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE,
respire, nos destinées sont aussi placéesplushaut. Il me suffit de savoir que le hasard n’a point présidé à la formation des mondes, et qu'en moi se trouve un sens qui n’a rien de matériel et qui me fait apercevoir plein de vie ce que l’on croyait mort, une puissance qui domine la matière et le destin, pour croire ou surnaturel et à un enchaînement inouï propre à transporter l’esprit du sage dans l’ordre miraculeux. Je pardonne de grand cœur à tous ces écrivains, car ils n’ont vu que ce qu’ils cherchaient et ne se sont jamais approchés de ce qui pouvait déterminer en eux d’autres idées et d’autres principes. Mais s’il arrivait qu’un génie d'une autre trempe se révélât de nos jours, il y a assez de faits inscrits pour que, s’en emparant, il change bientôt ce courant des esprits qui les porte à ne voir qu’une partie des choses; il jetterait les fondements de la science morale sans laquelle tout n’est plus qu’abjection. J’ai assez fait pour inciter les hommes; j’ai, par mes colères, assez cherché à les animer contre l’enseignement des écoles en leur montrant qu’il ne pouvait rien pour le bonheur de l’homme.