TRAITEMENT PAR LES TOPIQUES
Avec l’étudedu traitement par les topiques nous entrons dans l'exposé des procédés qui sont encore aujourd’hui le plus vulgairement employés. Nous n’en ferons pas l’historique qui est de date fort ancienne, mais dès l’abord nous sommes,obligés de faire un départ entre les procédés employés par le vulgaire dont nous neferont qu’une courte men- tion d’avec les procédés anciens d’un usage courant et les procédés nouveaux dont la publication est récente, c’est-à-dire remonte à quelques années à peine.
A. — Procédés vulgaires.
Ils n’ont guère comme justification que la crédulité populaire. Un des plus anciens, héroïque autrefois, disait-on, et qui avait pour prétention non seulement de guérir mais même de faire avor= ter l’orchite, était le suivant;
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I.— Applications de boue de remouleur. — Voilà certes un topique peu fréquemment employé en thérapeutique : sa seule mention excite suffisamment le sourire pour qu’il ne soit pas besoin d’insister.
IT. — Applications du mâchefer des forgerons. — Nous paraît digne de la même pharmacopée.
Nous nenous y arrêterons donc pas.
A côté de ces procédés, nous devons mentionner un certain nombre d’autres qui, quoique d’une valeur thérapeutique plus immédiate, n’ont pas fait fortune.
IIT. — Lotions de solutions de sulfate de fer. — Ce sel agit évidemment comme astringent, il contribue aussi à la rétraction du scrotum et pourrait peut-être comme la glace rentrer dans le domaine des agents mécaniques. Maïs outre qu’il n’amène pas une guérison sensiblement précoce, il a le grave inconvénient d'être d’un maniement peu facile étant donné les souillures d’oxydes de fer qu’il produit inévitablement sur tous les linges, draps, etc..., qui sont imbibés du liquide et comme, ainsi que nous l’avons déjà dit, il n’est guère de petits détails dans le traitement d’une affection aussi banale que l’orchite blennorrhagique, onne saurait le laisser subsister ail-
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leurs que dans lhistorique de la thérapeutique de cette affection.
IV. — Applications de chloroforme. — Elles font partie, avec les procédés suivants, de la méthode révulsive dont elles ont les avantages et les inconvénients, Bouisson est le proraoteur de ce procédé.
V. — Badigeonnages de teinture d’iode.— Douloureuses,provoquant pour unlong tempsladesquamation épidermique ces applications dont le résultatest sensiblement le même que celui que provoque le chloroforme, c’est-à-dire révulsion douloureuse, ont encore l’inconvénient de provoquer des poussées érythémateuses rebelles, parfois un véritable eczéma du scrotum avec pigmentation des plis génito-cruraux. Ce procédé doit être délaissé ou relégué au rang d'exception ou de procédé de nécessité, lorsque le chirurgien — fait rare — n’a pas d’autre topique à sa disposition : 1l est cependant parfois encore employé par de vieux praticiens.
VI, — Les vésicatoires et autres agents révulsifs(1).—L'’ammoniaque, le coton iodé(2),rentrent
(1) Recommandés par Jordan.
(2) Préconisé par Larrieu (voyez bibliogr.).
encore dans cette catégorie. Il n’est point étonpant de les voir intervenir à une époque où toute affection inflammatoire, le phlegmon, par exemple, était soumise à la révulsion ; celle-ci fort douloureuse, entraînant la formation de phlyctènes, dif- ficile à appliquer, sujette aux complications Sep» tiques, plus douloureuse et plus longue à guérir que l'affection contre laquelle elle est dirigée n’a guère que l'avantage d'exiger du malade un repos absolu.
VII. — Pommades inertes : à l’iodure de potassium, à l’iodure de plomb etc. Elles n’ont pas d'action bien netteet on trouve dans le traitement expectatif, la raison des succès qu'on leur avait attribués.
Mentionnons encore afin d’être à peu près complets dans cette énumération :
VIII. — L'acide phénique que quelques auteurs (Drouet entre autres) n’ont pas hésité à appliquer presque pure et déliquescent, en tout cas en solutions très concentrées (Reliquet) (1), moyen dangereux, provoquant une véritable cautérisation potentielle, parfois avec formation d’eschares profondes et que l'usage même a réservé aux funiculites internes. Ces applications ne doivent être
(4) Jusqu’à 10 0/0 pour Reliquet.
faites en aucun cas sur le scrotum, et même sur le trajet du cordon'elles ne nous semblent pas obéir au grand aphorisme de toute thérapeutique « Prümium non nocere.» Le docteur Blanc (1) dit cependant « ce mode dé révulsion est employé quelquefois dans le traitement de l’orchite blennorrhagique. J’ai vu dans le service de mon maïtre M.Anger, les applications d’acidephénique pur employées comme révulsif sur le cordon dans tous les cas d’orchite blennorrhagique et chaque fois la résolution se produisit en quelques jours. Mais les premières heures de l'application sur la peau délicate et souvent macérée du cordon causent d’intolérables souffrances. Je crois qu'il ne faudrait pas abuser de ce moyen dans la pratique de la ville ». Nous ajouterons qu’il ne faudrait pas même en user. — Le docteur Laidier (2) vante les badigeonnages faits avec la mixture suivante :
Acide phénique cristall. en neige, 9 gr.
Alcoo!, 1 gr.
Plusieurs couches sur lé scrotum et le trajet du
cordon.
IX, — Les solutions de nitrate d'argent, qui agissent plus comme astringent que comme caustique et se rapprochent bien plutôt de l’action du $ © Blanc. — Revue de thérapeutique médico-chirurgicale,
4er juillet 1893.
(2) Laidier. — Gaz. des hôpitaux, 5 décembre 18983.
tannin (lui aussi employé) et du sulfate de fer que de celle de l’acide phénique, ont les mêmes inconvénients que celles de sulfate de fer sans être beaucoup plus efficaces.
X. — L’alun enfin clôt la série des topiques employés que l’on pourrait réunir sous le nom de médication topique astringente dans laquelle nous faisons rentrer :
L’extrait de saturne plus ou moins dilué, utilisé par M. Balzer, à l'hôpital Ricord,
Le sulfate de fer,
Le tannin,
Le nitrate d'argent,
L’alun.
B. Procédés d'usage courant.
Les procédés qu’il nous reste à mentionner ont au moins pour eux la sanction de la pratique et c’est de tous ceux que nous avons étudiés jusqu'ici ceux auxquels nous aurions le plus volontiers recours.
Les bains, les cataplasmes, l’onguentnapolitain en font tous les frais car nous ne voulons pas parler pour le moment des procédés dits de petite chirurgie,tels que l’application des sangsuesque nous nous réservons d'étudier plus loin.
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XT. — Bains (1). — On ne saurait leur refuser une influence directe sur la sédation des phénoménes douloureux et inflammatoires.
Certains auteurs, M. Mauriac entre autres, leur accordent la plus grande confiance. Le bain doit être très chaud, de longue durée, 20 minutes au moins : il amène une détente rapide de la douleur.
Mais il exige la mobilisation du malade et en ville il est dispendieux ou nécessite un dérangement considérable, car il doit être fréquemment renouvelé sous peine de voir la réversion des phénomènes inflammatoires et douloureux.
A l'hôpital où ces considérations n’existent pas, le bain est généralement prescrit et les médecins de l’hôpital du Midi M. Humbert, Mauriac autrefois M. Du Castel, et aujourd’hui M. le docteur Balzer le font figurer dans leurs ordonnances. Dans son remarquable article du dictionnaire de médecine et chirurgie pratiques, M. le professeur Fournier recommande les bains quotidiens d’une durée de 1 à 2 heures quand les phénomènes inflammatoires sont intenses. |
Nous verrons plus loin qu’il est possible, grâce à un procédé récent, d’en supprimer les inconvénients tout en en conservantlesavantages. En som-
(4) Voir la note de la page 48 sur les eaux thermales.