CHAPITRE PREMIER
A. — Traitement prophylactique.
Ce traitement, dont l'importance est grande, mériterait de longs détails, car le sujet est digne d'intérêt puisqu'il est aujourd’hui protvé qu'après l’orchite la restitution fonctionnelle complète de l’organe peut ne pas exister: le sujet est donc, dans nombre de cas, condamné à l’infécondité si l’orchite a été double ; il y aurait mème lieu de rechercher de près si ce n’est pas l’explication d’un grand nombre de mariages stériles dans lesquels la femme est invariablement incriminée sans qu’un examen suffisant du mari ait été pratiqué.
C'est ordinairement à partir de la 2° semaine qui suit le début de l'écoulement qu’éclate l’orchite blennorrhagique, c’est donc à ce moment que le régime institué en vue de la prévenir doit être particulièrement suivi, mais en fait, l’orchite peut débuter bien avant, de même elle peut être posthume pour ainsi dire par rapport à l’écoulement, comme M. Duplay l’a montré pour le rhumatisme blennorrhagique.
Il en résulte que le médecin commet une faute sérieuse lorsque, ne prévoyant pas dès le début cette complication, il omet de prescrire au malade les précautions suivantes:
I. — Excèês de boisson. — S'ils n’influent pas directement sur l’éclosion de l’orchite, ils entretiennent ou aggravent l'écoulement et prolongent la durée pendant laquelle l’infection épididymaire est possible. Il y a donc lieu de les proscrire énergiquement.
IT. — Coît. — I] doit être absolument défendu pendant le cours de la blennorrhagie, non seulement à cause de l'écoulement, maïs parce qu’il est un des facteurs incontestés de la production de l’orchite. La congestion du testicule, les mouvements auxquels il est soumis pendant le coït expliquent surabondamment son influence dans la production de l’orchite.
III. — Marche. Fatigue. Efforts. — Ce sont autant d'agents efficaces de la production de l’orchite. C’est souvent après une course, après un exercice à cheval, qu’elle éclate.
Depuis que l'usage de la bicyclette s’est répandu, plusieurs observations ont déjà été publiées. Le blennorrhagique doit done se soumettre
à un régime de marche spécial qui exclut toute fatigue et tout excès. |
IV. — Traumatismes. — La théorie des loci minoris resistentiæ est trop bien établie, surtout depuis le mémoire de Verneuil et Nepveu, pour qu’il soit bien nécessaire d’insister sur ce sujet. Ce que l’on admet pour l’arthrite tuberculeuse (Expériences de Max Schüller), ce qui est, par analogie, admis pour l’arthrite blennorrhagique, doit être, à plus forte raison, admis pour le testicule qui est situé « dans la sphère d’infection de l’urèthre ». (Thiéry).
Mais ce n’est point tant encore le traumatisme violent, rare ou exceptionnel, qu’il faut redouter que la contusion chronique, insensible pour ainsi dire. Si le cheval, si la bicyclette constituent pour le blennorrhagique des exercices dangereux, c’est par contusion sur la selle unie à la congestion périnéo-prostatique qu’ils agissent. Le testicule flottant, surtout lorsque le scrotum est lâche ou flasque, est de même fort compromis. Nous en tirerons la déduction pratique suivante :
Pendant tout le cours de la blennorrhagie, le malade doit être muni d’un suspensoir élastique et très bien fait (chose rare) qui maintienne exactement les testicules sans leur permettre le moindre frottement ou choc.
V.— Injections uréthrales. — Le rôle des injections uréthrales a été très diversement apprécié, cependant la majorité des auteurs tend à les incriminer. Pournous, nous pensons que si les injections bien faites, avec méthode, sans brusquerie, surtout sielles sont antiseptiques, restent absolument innocentes, il en est tout autrement des injections brutales qui peuvent forcer l’arrière urèêthre comme dans le lavage de la vessie sans sonde, et refouler le pus pour produire l’infection vésicale ou l'infection déférentielle.
Ce qne nous disons des injections que l’on pourrait appeler postérieures, par analogie avec les instillations du même nom, est de tous points applicable au cathétérisme qui, sauf indication pressante, doit être absolument rejeté pendant toute la période aiguë et de défervescence de la blennorrhagie.
Pour nous résumer, le médecin attentif doit toujours mentionner sur son ordonnance la prescription suivante : Eviter les excès de boissons, la marche exagérée, les efforts, le coït, les exercicesde cheval etc..., ne faire d’injections qu'avec les précautions prescrites, ne faire aucune tentative de cathétérisme et porter un suspensoir bien ajusté pendant toute la durée du traitement de l’orchite.
Avant de passer à l'étude du traitement propre-
Es, GR CA
ment dit de l’orchite, il nous reste, pour être complet, à faire mention du traitement abortif qui a pour but d’enrayer d’emblée l’évolution de l’orchite, et du traitement par l’expectation, laquelle peut, faute de mieux, donner de bons résultats, l’orchite une fois déclarée.
B. — Traitement abortif.
Il est fondé sur la théorie ancienne dite de la métastase.
Bromfield, cité par Hunter dans son Traité des maladies vénériennes, ayant remarqué — fait incontestable — qu’au début de l’orchite correspondait le plus souvent une diminution de l’écoulement urèthal, pensa que par métastase le pus se portait vers l’épididyme. Rappeler l’écoulement urèthral, c'était, pensait-il, faire une dérivation utile. Aussi Bromfield, et à sa suite plusieurs autres auteurs eurent-ils l’idée de juguler l’orchite par des cathétérismes répétés qui sans influer autrement sur la fluxion épididymaire que pour l’aggraver, aggravaient encore la blennorrhagie.
On alla même plus loin, et des inoculations de pus blennorrhagique furent pratiquées dans le but d'augmenter l’écoulement. Nous ne nous arrêterons pas davantage à ces procédés qu’une pathogé-
Brno NE
nie erronée de l’orchite blennorrhagique aengendrés et qui doivent être relégués au rang des erreurs thérapeutiques. Mais puisque nous parlons des essais de traitement abortif, il nous faut mentionner le procédé de Curling qui administrait le tartre stibié à dose nauséeuse. Dans un cas que rapporte Rollet (1) Curling affirme par ce procédé «avoir arrêté une orchite en 30 heures» : la chose parait au moins extraordinaire.
Le même auteur, dans le même but, conseille aussi le calomel «à la dose de 10 à 15 centigr. avec 30 ou 40 centigr. de poudre de Dower (2) ».
Tels sontles divers essais faits dans ce sens et qui, comme il est actuellement bien établi, n’ont donné que des mécomptes.