‹ Thérapeutique oculaireChapitre 51 sur 130 · LÉSIONS TRAUMAÏIQUES DE LA CORNÉE · texte numérisé non relu

LÉSIONS TRAUMAÏIQUES DE LA CORNÉE

Dans les conditions normales, s'il n'existe pas une affection lacrymale du côté de l'œil atteint, on instillera deux gouttes de collyre de cocaïne au 1/20.

On attendra deux minutes que l'anesthésie se soit produite; puis, avec une aiguille à corps étranger ou la pointe d'un couteau à cataracte stérilisé, on enlèvera le corps étranger en grattant les parties environnantes imprégnées d'oxyde métallique lorsqu'il s'agit d'un fragment de fer ou d'acier. Le malade se lavera l'œil et les paupières avec une solution boriquée deux fois par jour, pendant deux ou trois jours.

Lorsqu'il existe déjà des signes d'inflammation de l'iris, lorsque la cornée est légèrement infiltrée autour du corps étranger, ou enfin lorsque le malade est atteint d'une affection lacrymale, il sera nécessaire de prendre quelques précautions avant de procéder à l'extraction du corps étranger. On pratiquera une injection d'une solution d'oxycyaniire de mercure à un pour mille dans les voies lacrymales avec la seringue d'Anel, on lavera les culs-de-sac conjonctivaux avec de l'eau bouillie, puis on instillera la cocaïne et, immédiatement après l'extraction, une ou deux gouttes d'un collyre à l'oxycyanure de mercure.

Eau distillée 20 gr.

Oxjcjanure de mercure 0,05 centigr.

Traitement.

Eau distillée

Chlorhydrate de cocaïne

10 gr.

0,50 centigr.

Si l'on constate de l'iritis, on prescrira en outre

MALADIES DE LA CORNÉE

des instillations de collyre au sulfate d'atropine (0,03 centigrammes pour 10 grammes d'eau). L'œil sera surveillé quotidiennement, et les instillations d'atropine seront continuées tant que la cicatrisation de la plaie cornéenne ne sera pas complète. Il va sans dire que l'on devra traiter l'affection lacrymale par les moyens ordinaires.

I*laies de la cornée.

Nous pourrions répéter ici ce que nous venons de dire à propos des corps étrangers de la cornée. Dans les érosions superficielles qui provoquent souvent une gène visuelle considérable, on se contentera de prescrire des instillations de cocaïne et des lotions tièdes si les voies lacrymales sont normales. En ca contraire, on procédera comme nous l'avons indiqué plus haut.

Les plaies profondes et notamment les plaies pénétrantes sont d'une gravité plus grande. Encore cette gravité est-elle sous la dépendance de l'infection immédiate.

Lorsqu'on a à faire à une plaie pénétrante de la cornée récente, non infectée, la première indication est de procéder à la toilette des paupières et de l'œil atteint. Les collyres que l'on instillera seront stérilisés par l'ébullition ; il en sera de même de l'eau salée ou boriquée qui servira à faire le lavage de l'œil.

S'il existe un prolapsus irien, on le sectionnera à la pince-ciseaux et on cherchera à réduire les bords de l'iris sectionné avec la spatule afin de faciliter et de hâter la cicatrisation de la plaie cornéenne. Dans ces manœuvres de réduction, il faudra procéder avec beaucoup de prudence et de délicatesse.

PLAIES DE LA CORNÉE

On instillera deux gouttes d'un collyre d'atropine (5 centigrammes pour 10 grammes) stérilisé, et l'on appliquera un pansement occlusif sur les deux yeux de manière à les immobiliser, et le malade gardera le lit pendant les deux ou trois premiers jours. S'il ne se produit aucune douleur, le pansement ne sera pas renouvelé avant le troisième ou le quatrième jour. L'infection oculaire entraîne toujours des phénomènes douloureux périorbitaires; si ceux-ci ne se produisent pas, la seule indication consiste à laisser la cicatrisation suivre son cours normal.

L'insufflation de poudre antiseptique dans l'œil est absolument inutile dans les conditions habituelles. Si le traumatisme remonte à quelques jours, on se contentera de faire la toilette de l'œil, et, s'il existe un prolapsus ou un pincement de l'iris entre les lèvres de la plaie, il sera prudent de ne pas y toucher et de faire une instillation par jour du collyre myotique suivant :

Eau distillée 10 gr.

Sulfate d'ésérine 0,05 centigr.

Si la plaie cornéenne est déjà infectée, ou si l'état des voies lacrymales peut faire craindre une infection conjonctivale secondaire, les mêmes précautions seront prises, mais en outre on cherchera à agir sur l'infection en cours. Si les lèvres de la plaie sont le siège d'une ulcération et d'une infiltration superficielle, on les touchera avec le galvano-cautère. Les cautérisations avec le collyre au nitrate d'argent au 1/40 sont souvent très efficaces. On pourra aussi avoir recours aux injections sous-conjonctivales de sublimé ou d'oxycyanure de mercure (solution à

MALADIES DE LA CORNÉE

1/2000). Lorsque la plaie est infectée, le pronostic devient beaucoup plus grave ; mais il faut cependant savoir que le processus infectieux n'aboutit pas nécessairement à la perte de l'œil. Le pansement occlusif sera renouvelé tous les jours de manière à surveiller l'état de la plaie, et si la tension oculaire ne contre-indique pas l'atropine, on continuera les instillations jusqu'à disparition des phénomènes inflammatoires.

Les opérations secondaires nécessitées par l'état de la vision ne seront pratiquées que lorsque toute trace d'irritation aura disparu. Par contre, s'il se produisait une augmentation de tension intra-oculaire et si les myotiques (pilocarpine, ésérine) se montraient sans action, il faudrait sans hésiter pratiquer une iridectomie.

Pour résumer les indications thérapeutiques générales dans les plaies pénétrantes de la cornée, nous dirons que le médecin doit éviter l'infection lorsque la plaie est aseptique, la combattre si elle s'est déjà produite, et dans la suite surveiller la tension intraoculaire pour intervenir, s'il y a lieu, en temps utile.

Les brûlures s'accompagnent pendant les premières heures de douleurs vives, que l'on calmera par l'instillation répétée d'un collyre faible de cocaïne :

On peut aussi insuffler un peu de poudre d'ortho-

Brûlupes et cautéi*isatioii6».

Eau distillée

Chlorhydrate de cocaïne

10 gr.

0,10 centigr.

LÉSIONS CORNÉENNES

forme, qui joint à ses propriétés anesthésiques une action antiseptique légère.

On prescrira en outre des lotions bi-quotidiennes avec de l'eau salée ou de l'eau boriquée. Si la brûlure n'est pas très étendue, les conserves fumées seront préférables au bandeau occlusif.

Lésions cornéeniies causées par les vapeurs eaustî<iues.

Les caustiques chimiques : chaux vive, nitrate d'argent, donnent lieu à des brûlures souvent graves, mais qui ne diffèrent pas sensiblement de celles dues au contact d'un corps chaud. Par contre, certaines vapeurs caustiques déterminent dans la cornée des altérations spéciales qu'il est important de reconnaître. C'est particulièrement dans certaines industries que l'on observe ces lésions.

Les vapeurs d'acide chlorhydrique provoquent un trouble diffus de la surface de la cornée. Cette membrane perd son reflet brillant et sa surface paraît irrégulière. La vision peut être très altérée. Ce qui est assez caractéristique et doit attirer l'attention, c'est que le trouble cornéen est limité, ou en tous cas plus marqué dans la partie de la cornée correspondant à la fente palpébrale.

Chez les ouvriers de certaines teintureries où l'on utilise les colorants d'aniline, on a observé des troubles analogues causés par 1-es vapeurs de quinones. La cornée, dans ce cas, présente en outre une teinte brunâtre dans les parties altérées.

D'autres vapeurs : acide chrysophanique, etc., peuvent déterminer des lésions analogues. Dans tous ces cas, les lésions sont habituellement bilatérales.

MALADIES DE LA CORNÉE

Au point de vue thérapeutique, la seule indication consiste à soustraire les malades aux vapeurs qui ont déterminé leur affection, et pour cela il faut en faire le diagnostic.

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