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IL - KÉRATITES AIGUËS Oons^idéi^ations générales

Nous avons vu que la conjonctive réagissait visà-vis de la plupart des agents pathogènes susceptibles de végéter à sa surface, par une réaction inflammatoire diffuse généralisée à toute la muqueuse. La cornée, au contraire, par suite de sa structure anatomique,ne réagit guère que par des lésions circonscrites caractérisées essentiellement par une perte de substance, avec infiltration cellulaire au niveau et autour de cette ulcération superficielle. Cette ulcération s'accuse déjà à un examen à l'œil nu par une perte du reflet dans Létendue de la région malade et par une diminution ou une perte complète de la transparence dans toute la zone infiltrée.

La lésion locale superficielle détermine presque toujours une réaction conjonctivale plus ou moins vive. En outre, très fréquemment il se produit dans la chambre antérieure de l'œil une réaction leucocytaire plus ou moins vive, accompagnée d'une exsudation fibrineuse. Leucocytes et fibrine se précipitent dans les parties déclives de la chambre antérieure, et forment dans l'angle irido-cornéen inférieur une tache blanche dont le bord inférieur est convexe et le bord supérieur, rectiligne et horizontal; le caractère principal de cet exsudât est de se déplacer

KÉRATITES AIGUËS

lorsqu'on change pendant quelques minutes consécutives la position de la tête.

On donne le nom d'hypopion à cet exsudât inflammatoire de la chambre antérieure. Sa présence est l'indice d'une réaction inflammatoire vive, mais en aucun cas elle ne devra être considérée comme la preuve de la pénétration intra-oculaire de l'agent infectieux. Si telle était sa signification, l'évacuation du pus pourrait paraître à des esprits chirurgicaux la première indication thérapeutique. Mais l'expérimentation et la pratique ont démontré que si cette intervention est indiquée dans certaines conditions, elle agit bien plus sur la nutrition de la cornée qu'en éliminant un foyer infectieux. Cet hypopion est, en efl'et, le plus habituellement stérile, au moins dans certaines infections.

Nous verrons que les infections cornéennes peuvent se produire dans diff'érentes conditions :

1° Elles peuventrésulterdelapropagationà la cornée d'une inflammation spécifique de la conjonctive.

2° Elles peuvent apparaître à la suite de traumatismes superficiels, soit que le corps vulnérant apporte avec lui le micro-organisme infectant, soit que celui-ci existe dans la sécrétion conjonctivale par suite d'une inflammation antérieure ou d'un trouble dans l'écoulement des larmes.

Suivant la nature de l'infection, l'aff'ection cornéenne présente des caractères évolutifs particuliers. L'examen microscopique du pus de l'ulcère peut ici, comme dans les conjonctivites, avoir une importance considérable au point de vue du pronostic et du traitement. Nous renvoyons à ce que nous avons dit à propos des conjonctivites.

3° L'infection peut enfin être favorisée par suite de

MALADIES DE LA CORNÉE

modification des conditions physiologiques normales de la cornée (anesthésie, dessèchement, trouble de la nutrition).

Nous étudierons donc trois groupes de kératites résultant d'une infection externe :

I. Les lésions cornéennes survenant au cours des conjonctivites : conjonctivite blennorrhagique, conjonctivite aiguë contagieuse, conjonctivite subaiguë, conjonctivite diphtérique.

II. Les kératites infectieuses proprement dites : l'ulcère serpigineux, la kératite aspergillaire, la kératite à hypopion atypique.

Enfin, dans un troisième groupe :

III. La kératomalacie, la kératite par lagophthalmos et la kératite neuro-paralytique.

Dans ces trois formes de kératites, l'infection joue évidemment un rôle des plus importants, mais elle paraît secondaire aux troubles généraux ou aux lésions nerveuses. Au point de vue thérapeutique, c'est elle qu'il faut surtout combattre.

A. — Lésions c*>i*néeiines au cours des conjonctivites.

Nous avons déjà vu que des lésions de la cornée pouvaient se développer au cours de diverses inflammations aiguës de la conjonctive. Nous les avons signalées au cours de la conjonctivite aiguë contagieuse, de la conjonctivite subaiguë, de la conjonctivite blennorrhagique ou de la conjonctivite diphtérique en indiquant les caractères qui leur sont propres dans ces diverses infections et en indiquant les moyens thérapeutiques qui leur conviennent.

LÉSIONS CORNÉENNES

En présence d'une lésion cornéenne, il ne faudra pas se contenter du diagnostic d'ulcère de la cornée ou de kératite, mais chercher à en préciser la cause et la nature.

1° Les lésions cornéennes de la conjonctivite aiguë contagieuse sont de petites infiltrations siégeant en général au centre de la cornée.

Tl est excessivement rare qu'elles s'accompagnent d'un hypopion.

Elles sont rapidement influencées par le nitrate d'argent en collyre. On y joindra des instillations de collyre à l'atropine.

2° Dans la conjonctivite subaiguë, on observe parfois des ulcérations superficielles et marginales de la cornée. Ces lésions provoquent peu de réaction du côté des vaisseaux périkératiques. Le sulfate de zinc mieux que toute autre médication les fait disparaître très rapidement.

3^ Les ulcérations de la cornée au cours de la conjonctivite blennorrhagique sont beaucoup plus graves que celles que nous venons d'envisager. Très souvent, en effet, elles gagnent très rapidement la profondeur et provoquent la perforation de la cornée. Mais s'il n'est pas toujours facile de les arrêter dans leur évolution, on peut néanmoins limiter le plus souvent leur étendue.

Nous avons toujours vu le collyre au nitrate d'argent au 1/40 donner les meilleurs résultats. Si l'ulcère se creuse rapidement, ou s'il y a déjà une perte de substance assez considérable, on instillera en outre deux fois par jour un collyre myotique.

Eau distillée 10 gr.

Chlorhydrate de pilocarpine 0,23 centigr.

4° Dans la diphtérie oculaire, il peut se produire des

MALADIES DE LA CORNÉE

lésions cornéennes de nature différente : la toxine diphtérique peut, à elle seule, produire une desquamation épithéliale accompagnée d'une infiltration cellulaire diffuse des couches superficielles de la cornée. Ces lésions se traduisent par une opalescence diffuse de la cornée avec perte ou diminution du reflet cornéen dans les parties privées de leur recouvrement épithélial.

Ces lésions ne se produisent qu'à la longue, lorsque le processus diphtérique a duré un certain temps et que l'absorption de la toxine par la cornée s'est poursuivie régulièrement.

Les lésions cornéennes qui se produisent d'emblée ou qui précèdent même l'apparition des fausses membranes ne sont pas dues au bacille diphtérique ou à sa toxine. Ce sont en général des manifestations impétigineuses, qui, il est vrai, sont influencées par la toxine diphtérique et acquièrent de ce fait une gravité plus marquée.

Le sérum antidiphtérique agira d'une manière préventive et thérapeutique sur les lésions cornéennes de la première catégorie. Mais s'il enlève le caractère de gravité que la diphtérie avait communiqué aux lésions cornéennes de la deuxième catégorie, il est impuissant à les guérir. Aussi, après l'injection sous-cutanée de sérum, faudra-t-il encore intervenir localement à l'aide des moyens usités dans la kératite phlycténulaire ou dans les kératites à hypopion atypiques. Pour ne pas nous répéter, nous renvoyons le lecteur aux indications thérapeutiques exposées à propos de ces affections.

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