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DIX-NEU VIÈME LEÇON

TRAITEMENT DE i/lRITIS. — IRIDO-CHOROIDITE

Pour ce qui concerne le traitement des diverses formes Traitement de nutis. d’iritis, un point capital est de mettre tout d’abord l’organe malade au repos, en le soustrayant par l’emploi de l’atropine à l’excitation contractante qu’exerce la lumière sur la pupille.

Le mydriatique poursuit encore un autre but, c’est de tenir * autant que possible la pupille dilatée et d’empêcher que des synéchies postérieures, se développant en abondance, n’arrivent à déterminer l’occlusion pupillaire ou la formation d’une synéchie postérieure totale. Enfin, un troisième résultat obtenu par l’usage de l’atropine dans l’iritis, nous est fourni par son action incontestablement calmante.

L’emploi du mydriatique ne doit pourtant pas être poussé à l’extrême, de façon, par exemple, à faire pratiquer pendant longtemps de 24 à 36 instillations chaque jour. Un pareil abus offre le très-grave inconvénient de priver le malade du repos dont il a absolument besoin, et de déterminer rapidement une saturation du tissu conjonctival, se traduisant par un simple catarrhe, ou même par une conjonctivite folliculaire souvent fort tenace et accompagnée d’un eczéma palpébral des plus caractéristiques. Une telle pratique ne peut être instituée que tout à fait passagèrement, dans le but d’obtenir la rupture de synéchies résistantes.

S'il existe d’autres contre-indications pour l’emploi de l’atropine, dont 4 à 6 instillations par jour suffisent ordinairement, elles résultent de l’âge de l’individu et d’une prédisposition à des attaques glaucomateuses. Du reste, chez les sujets dont la tension de l’œil se montre exagérée, l’action du mydriatique rencontre déjà un obstacle sensible par ce fait que son absorption par endosmose se trouve entravée. On sait, suivant les recherches de Gosselin , Donders et de Grœfe, que l’atropine, pour exercer son action, pénètre dans la chambre antérieure, et qu’il est possible d’obtenir les effets de l’atropine en se servant de l’humeur aqueuse provenant d’un œil sur lequel quelques gouttes du mydriatique ont été préalablement instillées.

Une véritable contre-indication de l’atropine ne se présente que chez les personnes atteintes depuis longtemps d’iritis, et qui ont été soumises à l’emploi du mydriatique à ce point qu’il en est résulté une irritation conjonctivale intense; dans ces cas, j’ai vu parfois que chaque instillation était suivie d’un surcroît de douleurs et d’irritation, de telle sorte que le malade lui-même s’opposait à continuer un remède qui lui semblait préjudiciable, bien que la préparation ait pu être, chose importante à vérifier, absolument neutre. Pour terminer ce qui a trait aux contre-indications, citons, comme mal fondé, le reproche d’après lequel une dilatation trop longtemps prolongée pourrait faire perdre à l’iris sa contractilité. Il n’en est pas ainsi même après un usage de plusieurs mois du mydriatique, et les synéchies formées sur le bord d’une pupille fortement dilatée sont aisément déchirées par la contraction pupillaire qui suit, quoiqu’un peu tardivement, la suspension de l’atropine. Si parfois on a vu persister un certain degré de dilatation, on devait F attribuer à ce que l’iris avait, par suite d’une inflammation grave, subi un haut degré d’atrophie.

Dans les cas où l’atropine ne remplit pas son double but de dilater la pupille et de calmer les douleurs, lorsque surtout

le palper a démontré un certain degré d’exagération de tension de l’œil, le moyen le plus efficace pour obtenir l’effet salutaire du mydriatique, c’est de pratiquer au bord cornéen une paracentèse avec une aiguille à arrêt ad hoc. Vous m’avez vu souvent pratiquer ces évacuations de la chambre antérieure chez des malades qui, en dépit de l’emploi de l’atropine, étaient privés de sommeil; grâce à la paracentèse, je pouvais leur prédire, sans crainte d’être démenti, qu’ils passeraient une excellente nuit. Je ne connais pas en effet de calmant plus puissant dans l’iritis que cette petite opération, qui s’exécute aisément en se plaçant derrière le malade assis et lui laissant croire qu’il s’agit simplement de faire un pansement.

Le patient se refuse-t-il à tout attouchement de l’organe malade, alors nous pouvons avoir recours à des injections de morphine pour calmer les douleurs, et qui, tout en ayant une action myotique, facilitent néanmoins l’effet de l’atropine. Dans ces cas d’excessive sensibilité de l’œil, avec larmoiement très-accusé, on fait mieux d’employer l’atropine en compresses chaudes. On prescrit une solution de 0,30 centigrammes pour 60 grammes d’eau, dont on verse une cuillerée à café dans un bol d’eau chaude.

Une autre condition qu’il est nécessaire de remplir pour guérir rapidement l’iritis, c’est de procurer au malade de longues nuits de sommeil, on lui prescrit 3 à 4 grammes de chloral, soit sous forme de sirop, soit dans une potion que nous formulons habituellement à la clinique de la manière suivante :

Hydrate de chloral 3 gr.

Sirop d’écorces d’oranges amères et sirop de gomme ââ 15 gr.

Eau distillée 30 gr.

A prendre le soir en deux fois à une demi-heure d’intervalle. En règle générale, le malade doit passer le plus de v

temps possible au lit et la température de la chambre sera maintenue relativement élevée. Ce que les personnes affectées d’iritis ont le plus à craindre, c’est le froid.

Aussi un excellent moyen h recommander dans l’iritis, c’est l’emploi des compresses chaudes faites avec une infusion de belladone (voy. pag. 167) ou de jusquiame. De même des cataplasmes de fécule ou de graine de lin placés chauds pendant longtemps sur les yeux sont d’un excellent effet. La nuit on les remplace par un bandeau contentif appliqué sur une épaisse couche de ouate, que l’on conseille aromatisée chez les sujets impressionnables.

, Il y a des personnes chez lesquelles l’emploi de l’atropine provoque rapidement des symptômes de dysphagie et de i sécheresse très-pénible de la gorge, dans ce cas il faut recommander de comprimer avec le doigt le sac lacrymal chaque fois que l’on pratique une instillation d’atropine, et d’empêcher ainsi que cet alcaloïde 11e descende dans la gorge. En outre on conseille à ces malades de se gargariser avec du café noir, qui est encore ordonné à tous ceux qui montrent du ténesme vésical.

C’est particulièrement chez les enfants qu’il faudra soigneusement éviter l’abus de l’atropine, qui peut déterminer des symptômes nerveux graves et surtout entraver singulièrement la nutrition. L’action de l’atropine n’est certes pas indifférente sur la santé générale, elle est d’autant plus à surveiller que l’excrétion urinaire se trouve entravée par une affection des reins, pouvant déterminer en quelque sorte un état de saturation. Cela ressort encore de ce fait que, pendant que nous faisions un emploi de ce mydriatique avant et après les opérations de cataracte, nous avions, sur un chiffre de i 260 à 300 opérés chaque année, plusieurs cas de délire sénile éclatant chez nos malades. Ces accidents ont disparu

à la clinique depuis que l’emploi de l’atropine a été presque

complètement abandonné pour l’opération de la cataracte. , Rappelons ici que dans les cas rares de véritable intoxica- i

tion, avec fièvre et délire, l’emploi des injections de morphine est d’un secours prompt et assuré.

Il se rencontre des sujets chez lesquels existe une véritable idiosyncrasie, de façon que l’emploi d’une solution la plus neutre d’atropine provoque à chaque instillation un œdème considérable des paupières avec catarrhe conjonctival. Rappelons ici que, dans les cas où les malades ont été anciennement atteints, par suite d’abus d’atropine, de conjonctivite folliculaire, cette idiosyncrasie reste acquise, et que même après des années une seule instillation provoque des symptômes très-accusés d’irritation du côté de l’œil. On a essayé de remplacer ici l’atropine par la daturine, mais cette préparation, que l’on n’obtient pure que très-difficilement, montre, même à cet état, une action beaucoup moins puissante et pourtant souvent irritante. L’hyoscyamine cristallisée n’a, paraît-il, aucune action mydriatique (Dor), l’extrait seul présente cette propriété ; aussi le prescrit-on, lorsqu’on peut l’avoir de bonne qualité, dans la proportion de 50 centigrammes, pour 10 grammes, en recommandant de iîltrer avec soin. En l’absence d’unebonne préparation d’hyoscyamine, il est préférable de faire préparer un collyre avec 1 gramme d’extrait de belladone pour 10 grammes d’eau ; la solution est filtrée très-soigneusement.

Fort heureusement nous possédons maintenant un nouveau mydriatique provenant d’une solanée australienne, le dubiosia myoporoides , d’une activité surprenante, et dont l’alcaloïde vient d’être isolé par M. Petit, à Paris, et M. Gerrard, à Londres. Les solutions à égale proportion de ditboisine l’emportent de beaucoup sur l’atropine. La dilatation ad maximum et la paralysie de l’accommodation s’effectuent avec une très-grande rapidité. C’est aux études physiologiques à nous renseigner maintenant auquel de ces deux puissants mydriatiques on devra donner la préférence. Ce que nous pouvons affirmer dès aujourd’hui, c’est que des yeux fortement irrités par la moindre instillation d’atropine suppor-

tent parfaitement les solutions de sulfate neutre de duboisine , qui peuvent y être substituées en pareil cas à dose égale.

Si nous envisageons les diverses variétés d’iritis au point de vue des avantages qu’elles retirent de l’emploi de l’atropine, ce sont évidemment les formes plastiques qui en obtiennent le plus grand bénéfice. L’action du mydriatique est d’une importance bien moindre dans les cas d’iritis parenchymateuse, surtout gommeuse et suppurative. Enfin, lorsqu'il s’agit d’une iritis séreuse, dans laquelle la pupille se trouve déjà naturellement dilatée et où il existe une certaine tendance à l’exagération de la tension, l’emploi de l’atropine peut rencontrer une véritable contre-indication, aussi son usage ne doit-il jamais excéder une ou deux instillations par jour.

Le traitement général variera suivant les différentes variétés d’iritis. S’agit-il d’une iritis plastique? Nous n’hésitons pas à prescrire les mercuriaux qui, mieux encore que tout autre médicament, s’opposent à l’organisation de nouveaux tissus et à la consolidation de produits inflammatoires. La formule habituelle des pilules usitée ici vous est connue; la dose varie suivant les forces du malade et l’état du tube digestif. Nous prescrivons de 1 à 2 centigrammes de sublimé par jour.

Sublimé corrosif 0,30 centig.

Extrait thébaïque. . . , 0,1 o centig.

Poudre de réglisse. Q. S.

Pour 30 ou GO pilules.

Une pilule est prise au commencement des repas; en outre on prescrit avant le dîner une cuillerée à bouche d’une solution faible d’iodure de potassium (4 gr. pour 200).

Chez les personnes très-sensibles, se plaignant de vives souffrances, et dont la santé est assez robuste, on recommande l’emploi de 5 à 8 sangsues à la tempe, dont l’application doit être faite de préférence dans la soirée. On a aussi conseillé de mettre les sangsues sur la muqueuse de la narine correspondante, mais elles peuvent ainsi déterminer des

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hémorrhagies désagréables et. même difficiles à arrêter. Je suis loin de vouloir nier que les sangsues ne puissent donner du calme et faciliter ainsi l’effet des mydriatiques, toutefois vous ne voyez guère prescrire ici cette médication susceptible d’entraîner des désagréments, sinon d’être préjudiciable au malade.

Je pense que l’on arrive encore aussi sûrement à obtenir une rémission dans les symptômes par une paracentèse, une injection de morphine, pratiquée le soir, avec 12 à lo gouttes d’une solution de 20 centigrammes d’acétate de morphine pour 20 grammes d’eau distillée, enfin par l’emploi de quelques grammes de chloral.

Une attaque d’iritis plastique s’est-elle terminée, en laissant des synéchies plus ou moins nombreuses? Une question se pose, c’est de savoir s’il faut recourir à un procédé opératoire. Règle générale, l’atropine doit être avant tout continuée pendant trois à quatre semaines après la disparition complète des symptômes inflammatoires. On voit parfois alors des synéchies se rompre encore bien tardivement. Une fois la période d’irritation passée, on peut, par un emploi alternatif de l’atropine et de l’ésérine, tenter d’obtenir la rupture des synéchies persistantes, quoiqu’il ne faille pas ici se faire illusion sur l’action du myotique qui, sur un œil atropinisé, reste toujours lente et incomplète. L'indication de rompre artificiellement des synéchies postérieures ne serait posée que s’il était établi qu’elles produisent des iridalgies pénibles et persistantes, ou qu’elles prédisposent manifestement, par leur seule présence, aux rechutes. Car il est évident qu’une rechute peut tout aussi bien être attribuée' à ce fait, que l’individu serait resté sous les mêmes influences diathésiques qui ont provoqué l’attaque antérieure.

Parmi les divers procédés de détachement artificiel des synéchies, autrement dit de corelyse , celui proposé par M. Passavent est incontestablement le meilleur. Il consiste à pratiquer une petite ouverture cornéenne périphérique et

à attirer, avec une pince, un pli de l’iris correspondant à la synéchie; dès que le bord pupillaire se trouve dégagé, on abandonne ce pli. Ce procédé a l’extrême avantage, sur les opérations d’après lesquelles on pousse un instrument mousse entre l’attache iridienne et la capsule du cristallin, qu’on n’a pas besoin de s’approcher de cette, dernière membrane si délicate et si facile à léser. Je crois que personne ne nous accusera de parti pris, si nous disons que tous ces procédés (Streatfeild, Weber) ont pris plus de place dans les traités que dans la pratique courante.

Mieux vaut, lorsque plusieurs rechutes ont laissé de nombreuses synéchies, que le traitement rationnellement indiqué et exactement suivi n’a pu garantir l’œil de nouvelles attaques, dégager le bord pupillaire sur une grande étendue, en pratiquant (de préférence en haut) une large pupille artificielle. i j Que l’on n’hésite pas surtout à prendre cette résolution, si, après la formation d’une synéchie postérieure complète, l’iris compience à bomber en avant vers sa partie ciliaire, de façon à obstruer l’angle iridien et à donner alors rapidement lieu à l’apparition de symptômes glaucomateux. L’éclairage j oblique nous permet facilement, dans ces cas, de nous rendre compte de la disposition en entonnoir que prend la chambre antérieure.

Même après avoir pratiqué l’iridectomie, on ne doit néan- i moins pas suspendre le traitement; il importe surtout de faire encore un usage prolongé de l’iodure de potassium et des mercuriaux chez les rhumatisants et les syphilitiques.

Ne croyez pas que vous puissiez compter sur une action absolument certaine de l’iridectomie comme moyen préventif. Je vous engagerai aussi à ne pas procéder à l’excision de l’iris pendant la période inflammatoire, surtout si la syphilis a été la cause prédisposante de l’affection. Ici il v a tout avantage à faire passer d’abord l’accès inflammatoire et, ? pendant ce temps, à préparer son malade, par un énergique traitement mercuriel, à bien supporter l’intervention chirur-

gicale. Une véritable attaque glaucomateuse pourrait seule nous obliger à nous départir de cette règle de conduite, et encore je préférerais, dans ce cas, apaiser d’abord les symptômes alarmants par une sclérotomie, suivie, sur l'œil débarrassé de douleurs, d’une large excision de l’iris.

L’iritis séreuse, surtout lorsqu’elle est absolument pure, que l’œil montre peu d’injection périkératique, que la pupille modérément dilatée ne présente aucune altération, et que le trouble qu’accuse le malade du côté de la vision attire seul notre attention sur les précipités de l’humeur aqueuse, peut réclamer un traitement tout autre, principalement si une tendance à des poussées glaucomateuses semble accusée. Ici on peut tenter un traitement anti-glaucomateux, substituer à l’emploi de l’atropine les instillations d’ésérine, recourir à des paracentèses réitérées ou même à la sclérotomie, mais avec la précaution de toujours observer bien attentivement le malade, afin de s’assurer que le caractère anatomique de l’affection ne change pas, et qu’une forme d’iritis plastique ne vient pas se greffer sur la variété purement séreuse.

Que l’on veuille bien ne pas oublier qu’on a affaire ici à une maladie qui traîne beaucoup plus en longueur que l’iritis simple, aussi doit-on en prévenir le malade dont la patience est ainsi mise à l’épreuve. D’abondantes transpirations sont seules capables d’abréger cette marche essentiellement traînante, et sous ce rapport les injections de pilocarpine (voy. p. 174) nous ont rendu d’excellents services. En même temps on prescrira l’iodure de potassium à la dose de 1 ou 2 grammes par jour, en y joignant, chez les sujets faibles, l’usage des ferrugineux et des préparations de quinquina. Des boissons diurétiques (et parmi celles-ci le lait se recommande tout particulièrement) ne doivent pas être oubliées dans ce régime.

De tout temps on a recommandé, pour cette maladie à marche si lente, les dérivations sur la peau. Tout en étant très-peu partisan d’une médication dont l’efficacité n’est nullement prouvée, on se trouve parfois contraint par l’entourage

du malade d’y avoir recours. En pareil cas, le moyen qui nous semble préférable consiste à entretenir sur la nuque, dans une étendue large comme la main, une éruption eczémateuse, au moyen de badigeonnages avec une solution de cantharidine appliquée tous les jours ou tous les deux jours :

Cantharidine 5 centigrammes,

Ether sulfurique et alcool rectifié ââ. . 15 grammes.

On n’aura, du reste, recours à cette application très-désagréable, que si la tendance de l’iritis séreuse à se transformer en irido-choroïdite est manifestement accusée par l’apparition de fins flocons dans la partie antérieure du corps vitré.

L’iritis parenchymateuse est évidemment la variété qui réclame le traitement le plus énergique, et l’on aura immédiatement recours aux onctions mercurielles, pouvant aller jusqu’à l’emploi de 12 et 16 grammes par jour, si une forme gommeuse tend à prendre une extension considérable. A ces frictions, nous joignons l’usage de lavements à l’iodure de potassium (2 à 3 grammes par jour), et nous nous efforçons de prolonger aussi longtemps que possible les onctions mercurielles (2 à 4 semaines), en maintenant la bouche dans un état d’excessive propreté au moyen de gargarismes au chlorate de potasse. Après ce traitement, l’iodure de potassium sera encôre continué pendant 1 ou 2 mois. J’ai, dans ces derniers temps, joint à cette médication, pour des cas graves, les injections de pilocarpine, dans le but de remplacer l’emploi de boissons sudorifiques (décoction de Zittmann).

Si les malades se refusent à une cure aussi énergique, on prescrira, conjointement avec les lavements sus-mentionnés, le sirop de Gibert (une cuillerée à bouche matin et soir), traitement que l’on s’efforcera aussi de continuer le plus longtemps que l’on pourra.

La pratique nous enseigne qu’il ne faut pas, dans les formes pures d'iritis parenchymateuse, trop insister sur les instilla-

tions d’atropine, dans l’intention d’obtenir à tout prix une dilatation à laquelle s’oppose souvent la formation d’épaisses membranes ou de larges boutons. Deux ou trois instillations suffisent, et l’on n’irritera pas l’œil par un usage du collyre trop fréquemment répété, d’autant mieux qu’un emploi abondant de l’atropine est ici absolument inutile.

Un autre enseignement fourni par une longue observation, c’est que, dans ces cas d’iritis où la tendance à la prolifération du tissu est très-accusée, il ne faut pas trop se hâter d’opérer, si une pupille artificielle doit être pratiquée. C’est qu’en effet on réveille parfois aisément le mal, lorsqu’on soumet un œil non encore guéri de son attaque à l’opération, et l’on voit alors la nouvelle pupille se boucher complètement. Mieux vaut donc opérer à une période d’acalmie complète, et après que le malade a déjà subi un traitement prolongé dirigé contre son état diathésique. On a essayé, dans les cas où toute la chambre antérieure était remplie par des masses gommeuses, d’en exciser une partie afin de prévenir la perforation, mais on n’a pas obtenu ainsi de résultats bien brillants.

Dans les formes où la tendance à la suppuration est nettement accusée par la production réitérée d’hypopions, l’usage des cataplasmes et des fomentations chaudes est d’une grande utilité. Du reste, les cataplasmes arrosés avec une solution d’atropine, ou immergés dans une infusion de belladone ou de jusquiame, ont souvent un pouvoir souverain pour calmer les douleurs de l’iritis parenchymateuse et abréger, grâce à un emploi méthodique de ces moyens, la durée de la maladie.

Dans tous les cas d’iritis rhumatismale ou spécifique bien avérés, il faut en ore faire suivre au malade, après le traitement sus-mentionné, une médication destinée à combattre l’état diathésique. Ici l’hydrothérapie consistant en des transpirations par emmaillottement sec et suivies d’une rapide ablution froide au moyen du drap mouillé, nous a paru le moyen jouissant de la plus grande efficacité, mais en ayant bien soin de ne jamais mouiller le cuir chevelu. Toutefois il

lrido-choroidite.

Irido-choroïdite

plastique.

ne faut pas attribuer au traitement général une valeur qu’il ne saurait avoir lorsque, dans l’œil même, existent consécutivement à des altérations anatomiques des causes qui prédisposent aux rechutes. Dans bien des cas, on ne conseillera donc utilement ces traitements qu’après avoir préalablement détaché par l’iridectomie, un large lambeau iridien accollé au cristallin.

Le très-grand danger de toute iritis, c’est qu’à force de persister ou de rechuter, elle n’arrive à se transformer en irido-choroïdite . Cette affection se développe chez nombre de malades à la suite d’une simple iritis, mais elle peut aussi apparaître d’emblée et en imposer à un praticien inexpérimenté, pour une simple iritis. Dans ce dernier cas, nous aurons à distinguer la forme véritablement spontanée ou cyclite , et celle où la maladie a été transmise par l’autre œil, c’est-à-dire est sympathique (traumatique).

Comme pour l’iritis, nous retrouvons aussi parmi ces diverses variétés dos h ido-choroïdites plastique, séreuse et parenchymateuse. La forme plastique se dérobe d’autant plus aisément à l’observation, que les produits de l’iritis déversés dans l’humeur aqueuse ou le champ pupillaire, s’opposent plus ou moins à l’exploration de la partie antérieure du corps vitré et à la constatation de la présence de produits inflammatoires déposés dans ce même point, et provenant de la partie antérieure du tractus uvéal enflammé.

Ce qui du côté de l’iris doit attirer tout de suite notre attention, c’est si, en l’absence d’une forme parenchymateuse, cette membrane s’est vascularisée, ce phénomène dénotant alors un trouble notable dans la circulation et tel qu’il ne saurait être produit par la seule inflammation bornée à l’iris. A ce symptôme se joint une rétraction de la partie antérieure du tractus uvéal, de façon à augmenter parfois sensiblement la profondeur de la chambre antérieure. Notons encore une injection périkératique frès-accusée et tout spécialement la très-grande sensibilité de l’œil au toucher, soit que la douleur

puisse être provoquée sur tout le pourtour de la cornée, ou seulement sur une partie plus ou moins étendue.

L’irido-choroïdite séreuse , avec sa marche particulièrement indolente, est bien plus aisément diagnostiquée, attendu que, le champ pupillaire restant ordinairement libre, l’existence de fins flacons ou de poussière dans le corps vitré nous démontre péremptoirement la nature du mal. Dans les cas où cette constatation est rendue impossible, parla présence de dépôts trop considérables sur la membrane de Descemet se repliant de la rainure de la chambre antérieure au devant de l’iris, et s’accompagnant d’une sclérose de la partie la plus déclive de la cornée, nous devons, précisément à cause de l’abondance de ces produits inflammatoires, les attribuer, non à une simple iritis, mais à une irido-choroïdite séreuse, et cela sans crainte de nous tromper, comme le démontre, dès que la pupille devient suffisamment libre, l’exploration du corps vitré, dont la partie antérieure est occupée par de nombreux flocons. Le toucher et la recherche de l’injection périkératique ne nous donnent pas, dans ces cas, de renseignements ayant quelque valeur.

Parmi les \Y\ào-çhovoï(ïiie$ parenchymateuses, la forme suppurative ne présentera guère de difficultés pour le diagnostic si, sans symptômes inflammatoires bien accusés, nous voyons soudainement et à intervalles répétés se produire des hypopions, sans que l’humeur aqueuse montre un trouble quelque peu marqué. Ces invasions multipliées de pus, facilement produites par la présence d’un corps étranger siégeant dans la partie antérieure du tractus uvéal, se compliquent peu à peu de symptômes d’iritis suppurative, dont l’intensité ne s’accorde guère ordinairement avec une forme qui se serait primitivement développée dans l’iris même.

Lfirido-choroïdite gommeuse, dont je vous ai récemment présenté un exemple, est une maladie que l’on peut appeler à surprise, lorsqu’elle prend son point de départ dans le corps diaire, Ici apparaît, dans l’espace de 3 ou 4 jours, un soûlées

Irido-choroïdice

séreuse.

Irido-choroïdite

parenchymateuse.

vement comme staphylomateux de la portion la plus antérieure de la sclérotique, et tel que, dans les cas où le mal siège sous la paupière supérieure, on serait tenté de croire que l’examen précédent n’a pas été fait avec une suffisante attention.

Le malade que je vous ai montré, âgé de quarante ans, avait vu apparaître dans l’espace de quatre à cinq jours, après avoir ressenti depuis quelque temps les symptômes d’une simple iritis, un bouton siégeant au-dessus du bord cornéen supérieur, offrant le volume d’une grosse fève, d’une couleur violacée, soulevantfortementlapaupièreet menaçant d’amener l’ouverture de l’œil. L’iris se trouvait poussé contre la cornée dans toute sa moitié supérieure. Sous l’influence d’un traitement des plus énergiques, ce staphylome formé par la gomme qui avait distendu les fibres de la sclérotique, s’est peu à peu affaissé, et, comme vous avez pu vous en convaincre, il ne reste actuellement de cette grave affection qu’une cicatrice très-pigmentée et aplatie, ne ressemblant à aucun autre genre de cicatrice, sauf pourtant à celle qu’à la rigueur un traumatisme aurait pu produire. La vision, qui avait été encore en partie conservée sur cet œil, s’est par la suite perdue, mais le malade s’estime encore très-heureux de n’avoir pas perdu la forme de son œil et de n’être pas défiguré.

Le diagnostic sera singulièrement facilité, si des gommes de l’iris ont précédé celles qui se développent dans le corps ciliaire meme. Ordinairement un trouble très-considérable du corps vitré et une diminution très-accusée de la vision annoncent le danger auquel est exposé le malade.

Dans la très-grande majorité des cas, Firido-choroïdite s’est propagée du côté de l’iris vers le fond de l’œil. Les symptômes qui nous guident dans le diagnostic sont, tout d’abord, l’intégrité relative de l’iris eu égard aux troubles visuels, et, en outre, les altérations survenant dans la transparence (par défaut de nutrition) du cristallin, ce qui, comme on le sait, n’est nullement l’apanage des affections de l’iris même,

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