NÉVRALGIES DIVERSES
J'ai traité aussi, par la méthode suggestive, quelques névralgies de diverses espèces. Je les place ici en bloc.
Une névralgie trifaciale disparue parle toucher et l'affirmation. Quelques jours après, les douleurs sont revenues obscures, puis elles ont cessé.
Une névralgie de la partie postérieure du cou, névralgie ne se faisant pas toujours ressentir et très ancienne. Enlevée en six minutes par le toucher et l'affirmation. 5 à 6 ans après, le mal n'avait pas reparu.
Une névralgie du bras et de l'avant-bras très douloureuse et datant de huit jours. Sommeil léger et suggestion. Tout disparaît. Plus eu de nouvelles.
Une névralgie de l'épaule. Sommeil et suggestion. Guérison.
Une névralgie intercostale. Somnambulisme et suggestion. Guérison.
Une névralgie occupant le jarret gauche et se faisant sentir seulement pendant la marche. Somnambulisme et suggestion. Guérison.
Plusieurs névralgies sciatiques.
La première datait de huit ans et avait résisté à toute les médications employées contre elle. La femme qui en I était atteinte la sentait toujours récidiver à la suite d'une fatigue. Celte personne, trois fois mise en sommeil léger, fut chaque fois débarrassée de sa souffrance après la suggestion.
Le plus long espace de temps qu'elle reeta alors sans
rien éprouver, fut de dix jours. Je suis disposé à croire qu'elle avait toujours bercé cette névralgie par la pensée. Elle me raconta que, dès qu'elle éprouvait de la fatigue, elle était à peu près sûre du retour de son affection. N'étaitce pas là le signal, pour son attention, de se porter au membre qui avait primitivement souffert et d'y réveiller machinalement la douleu
Une autre sciatique, disparue après une suggestion pendant le sommeil léger, ne revint pas.
Une troisième, après la production de deux états de sommeil et deux suggestions, ne fut nullement améliorée.
La plus belle cure, je l'obtins sur une femme qui avait une sciatique datant de plusieurs années, sciatique combattue par des applications de vésicatoires volants.
Il est bon d'émettre ici, par anticipation, ma manière de voir sur la médication irritante révulsive. Par suite de l'impression très douloureuse déterminée sur des tissus éloignés du mal, il arrive, qu'en outre de l'effet local de cette révulsion, la guérison est favorisée parce que Ton perd conscience de la maladie, l'attention se portant avec énergie dans une autre direction. 11 y a substitution d'une idée de douleur récente et plus vive à une idée de douleur invétérée, de telle façon que la plus nouvelle, disparaissant à son tour, l'attention ne retrouve plus les traces de celle sur laquelle elle se dirigeait d'ordinaire.
L'amélioration fut si grande chez cette femme, que je fus porté à croire que sans doute l'on n'avait pas employé un système de dérivation suivie pour la traiter; car, après la seule séance où je la mis en sommeil léger et pratiquai la suggestion, elle se trouva tellement soulagée qu'elle put se lever et marcher. Au bout de quelques jours, ce qui restait de son mal s'effaça sans que je fusse dans la nécessité de recommencer d'agir sur elle.
On le voit, sur six névralgies diverses, quatre furent
guéries radicalement ; et, quant aux deux autres disparues après suggestion, je ne sais si elles s'en allèrent définitivement n'en ayant plus entendu parler. Enfin, sur quatre névralgies sciatiques, deux ne reparurent plus.
La part de la médecine morale est assez belle pour les affections nerveuses précédentes; mais on devait, du reste, prévoir un tel résultat, du moment que l'on sait qu'il est possible d'être débarrassé de névralgies dentaires, de sciatiques, même rebelles aux traitements les mieux faits, par une cautérisation révulsive et à peine apparente d'un point de l'oreille externe.
Avant de finir cet article, je dois aussi parler de deux autres cas de maladies à peu près du même genre : d'abord, d'une gastralgie très ancienne chez une femme de soixante ans. Cette maladie revenait à la fin de chaque printemps pour s'éteindre aux premiers froids. Après sept suggestions faites dans un état de sommeil à peine prononcé, la douleur ne revint plus. Je ne dois pas oublier ensuite une phtisique qui ressentait de vives douleurs dans tout l'abdomen, effets probables d'une tuberculisation des ganglions mésentériques. Cinq séances de sommeil léger avec affirmation, séances répétées à la même heure, amenèrent seulement, pendant le jour, la cessation des souffrances. Le sulfate de quinine me donna raison de l'intermittence établie par ce moyen.
Enfin, sous forme d'épisode, je ne dois pas passer sous silence une névropathie hypocondriaque, qu'un grand nombre de médecins et moi, avons prise pour une névralgie suite d'affection syphilitique. Que de maladies du même genre n'y a t-il pas qui, de même, sont entretenues par la pensée ?En constater une seule, c'est mettre sur la voie d'en découvrir d'autres et c'est éclaircir, indirectement, et le diagnostic de ces maladies et leur thérapeutique.
L'homme en proie à cette affection a consulté toutes sortes de médecins, à Paris où il a habité la plus grande partie de sa vie, et en province où il demeure actuellement. Il a subi les traitements les plus actifs et les plus gênants, tant il avait le désir d'être délivré d'un tourment qui empoisonne son existence. Tous les médecins ont attribué ses douleurs aiguës, pongitives, occupant tantôt un point du corps et tantôt un autre, mais surtout les mollets et les cuisses, à une syphilis ancienne non encore éteinte. Et moi-même, de prime abord, parce que ces douleurs vinrent à la suite d'une affection chancreuse, je crus aussi à une névralgie greffée sur un vieil élément syphilique. Il n'en était rien. Ce fut seulement au mois de septembre 1864, douze ans après avoir soigné une première fois ce malade, que j'eus l'occasion de bien l'entendre de nouveau. En le laissant s'expliquer, je fis une découverte que je n'aurais pas pu faire en l'interrogeant.
Il me raconta que ses douleurs apparaissent partout et commencent presque toujours à se faire sentir aux mollets; elles reviennent à chaque changement de lune, ce dont rient les médecins ; mais lui, il en est sûr. Dès qu'il songe qu'elles vont renaître, elles reviennent au galop. S'il se dit, dès qu'elle se font sentir violemment quelque part: pourvu que je ne souffre pas au bras dont je me sers ou ailleurs ; sa pensée est trahie, le mal y court. Ainsi, chose singulière, il devine souvent d'avance la marche de ses souffrances. Enfin, il a remarqué que si, au plus fort de ses maux, une nouvelle vient le réjouir ou l'affecter, tout d'un coup ses symptômes morbides s'évanouissent. Quand cet incident brusque arrive, il est sûr d'être tranquille pour quelque temps.
L'exposition que cet homme me fit de ce qu'il éprouvait, rend transparente une véritable névralgie hypocondriaque ou par cause morale. On y retrouve un des carac-
tères bizarres des maladies par affirmation, lorsque, à chaque mouvement de la lune, il est souffrant. Derrière la lune, je reconnais la pensée créant le mal, lors des indications de changement de quartier de cet astre. C'est encore la pensée créatrice de la souffrance qui la devine d'avance ; et c'est, enfin, la pensée fortement révulsée qui en amène la disparition. Telle est la nature réelle d'une maladie remontant à une syphilis guérie depuis longtemps et qui a fait, plus de vingt-cinq ans, gorger de sudorifiques et de mercuriaux un malheureux auquel il ne fallait qu'un traitement moral au début !
Yoici comment les choses s'étaient passées. A la suite de son affection vénérienne, la constitution de cet homme fut affaiblie et son esprit, moins ferme, se frappa alors de certaines douleurs, les alimenta et en devint insciemment le continuateur. Ce malade parla de ses symptômes à des j médecins, lesquels le déclarèrent encore infecté et le con- l Armèrent dans l'idée qu'il était sous le coup invisible d'un vieux ferment vénérien ; aussi, ne se débarrassa-t-il ] jamais de cette idée préconçue, chaque docteur venant tour à tour consolider sa croyance. Et comme ils finirent tous par le déclarer inguérissable : à l'idée du mal, dont il était à la fois et l'auteur et la victime, il joignit celle de son incurabilité. C'est ainsi que tout s'enchaîne et fait la boule de neige, en matière de maladies par causes morales. Je doute qu'il soit maintenant possible de donner un autre pli à la pensée de cet homme, âgé maintenant de plus de soixante ans ; les quelques moyens que je lui ai indiqués pour révulser son attention n'ayant absolument servi à rien.